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rte de l'église 38 - CH-1897 Le Bouveret (VS)

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SERMON CCLXXIX. POUR LA FÊTE DE LA CONVERSION DE SAINT PAUL. II. CHANGEMENT MERVEILLEUX.

 

ANALYSE. — La conversion de saint Paul avait été prédite par le vieux patriarche Jacob ; elle offre l'exemple d'un changement merveilleux. En effet, 1° autant Paul était cruel avant sa conversion, autant après il fut doux : c'est le loup devenu agneau; 2° autant il faisait souffrir les chrétiens, autant il dut souffrir lui-même : il lui fallut ici déployer une grande énergie ; 3° autant il était orgueilleux, autant il devint humble : c'était Saul et c'est Paul. A son exemple et à sa voix confessons Jésus-Christ. Rougir de lui ce serait orgueil, ce serait noire ingratitude, ce serait enfin lâcheté fort mal placée.

 

l. Nous venons d'entendre les paroles de l’Apôtre, ou plutôt nous venons d'entendre de la bouche de l'Apôtre les paroles du Christ qui parlait en lui; car de ce persécuteur le Christ a fait un prédicateur, le frappant et le guérissant tout à la fois, lui donnant la mort et lui rendant la vie : Agneau immolé par des loups, il change les loups en agneaux.

Ce fait était prédit dans une prophétie célèbre. Lorsque le saint patriarche Jacob bénissait ses fils et que, la main étendue sur eux, il lisait dans l'avenir, il prédit ce qui vient d'arriver à Paul. En effet, Paul était, comme lui-même l'atteste, de la tribu de Benjamin (1). Or lorsqu'en bénissant ses fils Jacob fut arrivé à bénir Benjamin, il dit de lui : « Benjamin, loup ravisseur ». Mais quoi ! s'il est loup ravisseur, le sera-t-il toujours ? nullement. Qu'arrivera-t-il donc? « Le matin, il ravira; vers le soir, il partagera ses aliments (2) ». C'est ce qui s'est accompli dans l'apôtre saint Paul; aussi est-ce lui que concernait la prédiction.

Voyons maintenant, s'il vous plaît, comment il ravissait le matin et comment vers le soir il distribuait ses aliments. Matin et soir sont ici synonymes de d'abord et d'ensuite; c'est donc comme s'il était dit: Il ravira d'abord, ensuite il partagera. Voici le ravisseur : « Saul, est-il dit aux Actes des Apôtres, ayant reçu des princes des prêtres l'autorisation écrite d'emmener et d'entraîner », sans doute pour les punir, « les sectateurs des voies de Dieu, en quelque lieu qu'il pût les découvrir, s'en allait respirant et soupirant après le meurtre ». Voilà bien le loup qui ravit

 

1. Philip. III, 5. — 2. Gen. XLIX, 27.

 

le matin. Aussi quand Etienne, le premier martyr, fut lapidé pour le nom du Christ, Paul paraissait là plus que tout autre. Il était bien là avec les bourreaux, mais pour lui ce n'était pas assez de lapider de ses propres mains; afin de se trouver en quelque sorte dans toutes les mains qui lançaient les pierres, il gardait tous les vêtements, plus cruel en secondant les autres que s'il eût frappé lui-même. « Le matin, il ravira ». Voyons, maintenant : « Vers le soir il partagera les aliments ». Du haut du ciel la voix du Christ le renverse, il reçoit l'ordre de ne plus sévir et tombe la face contre terre. Il fallait qu'il fût abattu d'abord, puis relevé; d'abord frappé, puis guéri : car le Christ n'aurait jamais vécu en lui, s'il n'était mort à son ancienne vie de péchés. Or, ainsi renversé, que lui est-il dit: « Saul, Saul, pourquoi me persécuter? Il t'est dur de regimber contre l'aiguillon. — Qui êtes-vous, Seigneur? » reprend-il. Et la voix lui crie du ciel : « Je suis Jésus de Nazareth, que tu persécutes ». C'est la tête dont les membres étaient encore sur la terre, qui criait du haut du ciel. Aussi bien ne disait-elle pas : Pourquoi persécuter mes serviteurs? mais: « Pourquoi me persécuter? » —  Ah ! « que voulez-vous que je fasse? » Déjà il se dispose à obéir, cet ardent persécuteur; déjà ce persécuteur devient prédicateur, ce loup se change en brebis, cet ennemi en défenseur. Il vient d'apprendre ce qu'il doit faire. S'il est devenu aveugle, si la lumière extérieure lui est soustraite pour quelque temps, c'est pour faire briller dans son coeur la lumière intérieure; la lumière est ravie au persécuteur, pour être rendue au prédicateur. Mais quand il ne voyait (404) plus rien , il voyait Jésus. C'est ainsi que sa cécité était le symbole mystérieux des croyants. Celui en effet qui croit au Christ doit le contempler, sans tenir même compte de la créature; dans son cœur la créature doit déchoir toujours et le Créateur être goûté de plus en plus.

2. Examinons la suite. Paul est conduit vers Ananie. Or, Ananie signifie brebis. Voilà donc ce loup ravisseur qu'on mène vers la brebis, pour qu'il marche à sa suite et non pour qu'il s'en empare. Mais pour empêcher la brebis de trembler à l'arrivée soudaine de ce loup, le Pasteur céleste qui faisait tout ici, lui annonça que le loup allait venir, mais qu'il ne serait pas cruel. Nonobstant, le loup était précédé d'une réputation si affreuse, que la brebis ne put s'empêcher de trembler, en entendant son nom seulement. Le Seigneur Jésus ayant en effet appris à Ananie que Paul était venu, qu'il croyait et qu'il allait arriver auprès de lui, Ananie, celui-ci répondit: « Seigneur, j'ai a entendu dire de cet homme qu'il a fait beaucoup de maux à vos saints; maintenant encore il a reçu des princes des prêtres l'autorisation d'emmener, en quelque lieu qu'il les rencontre, les disciples de votre nom ». Or, le Seigneur reprit : « Sois tranquille, et je lui montrerai combien il faut qu'il souffre pour mon nom (1) ». Quel événement merveilleux ! Le loup reçoit la défense de ravager, on le mène soumis devant la brebis. Or, il était précédé d'un tel renom, que son nom seul faisait trembler la brebis, jusque sous la main de son Pasteur. La brebis toutefois s'affermit ; elle ne croit plus à la fureur du loup et ne redoute plus sa colère. C'est l'Agneau mis à mort pour les brebis qui apprend à la brebis à ne pas craindre le loup.

3. Nous chantions, Dimanche dernier « Seigneur, qui est semblable à vous? Ne gardez, ô Dieu, ni votre silence, ni votre douceur (2)». Dieu dit cependant: « Venez, et apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur (3)». Examinons comment se concilient ces deux idées, comment s'harmonisent en Dieu ces deux paroles. Il est doux et humble de coeur, puisqu' « il a été conduit comme « une brebis à l'immolation, puisque semblable à un agneau qui se tait sous le ciseau

 

1. Act. IX, 1-16. — 2. Ps. LXXXII, 2. — 3. Matt. XI, 28, 29.

 

qui le tond, il n'a pas ouvert la bouche (1) ». Attaché ensuite au gibet, il y a enduré les feux injustes de la haine, il y a ressenti les traits perçants de langues cruelles. Ne sont-ce pas ces langues qui ont blessé l'Innocent, qui ont crucifié le Juste? C'est d'elles qu'il avait été dit: «Enfants des hommes, leurs dents sont des lances et des flèches, leur langue est un glaive perçant ». Qu'a fait cette langue? Qu'a fait ce glaive perçant? Il a mis à mort. Qu'est-ce qui a été mis à mort? C'est la mort qui a tué la Vie, afin qu'à son tour la Vie tuât la mort. Qu'a donc fait, qu'a fait leur langue, ce glaive perçant ? Ecoute ce qu'elle a fait, lis ce qui suit: « Elevez-vous, Seigneur, au-dessus des cieux, et que votre gloire se répande sur toute la terre (2). » Voilà ce qu'a procuré le glaive perçant. Nous savons, non pour l'avoir vu, mais par la foi, que le Seigneur s'est élevé au-dessus des cieux; et par la lecture, par la foi, pour le voir, que sa gloire est répandue sur toute la terre.

Considère maintenant comment il a été doux et humble de coeur, pour élever à une telle gloire sa chair morte, puis ressuscitée. Voici sa douceur. Du haut de sa croix il disait: « Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font (3) ». Il avait dit ailleurs: « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur ». Oh ! apprenez-nous vous-même que vous êtes doux et humble de coeur. Où ces vertus ont-elles pu, où ont-elles dû se révéler avec plus de convenance que sur la croix? Aussi, c'est lorsque ses membres y étaient suspendus, que ses mains et ses pieds y étaient cloués, que ses ennemis le poursuivaient encore de leurs paroles cruelles, sans se rassasier de son sang répandu et sans re. connaître le Médecin qui venait les guérir de leurs maladies, c'est alors que Jésus disait: « Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent « ce qu'il font » ; en d'autres termes: Je suis venu pour guérir ces malades; c'est l'excès même de leur fièvre qui les empêche de me reconnaître. Quelle douceur donc et quelle humilité de cœur dans ces paroles: « Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce « qu'ils font ! »

4. Mais que signifie : « Ne gardez ni votre silence, ni votre douceur ? » Qu'il accomplisse aussi ce voeu. Il n'a point gardé son silence,

 

1. Isaïe, LIII, 7. — 2. Ps. LVI, 5, 6. — 3. Luc, XXIII, 34.

 

405

 

quand il a crié du haut du ciel: « Saul, Saul, a pourquoi me persécuter? » Voilà: « Ne gardez point votre silence ». Et « ne gardez point non plus votre douceur? » D'abord il n'a épargné ni l'erreur , ni la cruauté de Saul ; sa parole l'a abattu au moment même où il ne respirait que meurtres, il lui a enlevé la vue et l'a amené tremblant comme un captif vers ce même Ananie qu'il cherchait pour le persécuter. Ici donc ce n'est pas la douceur, c'est la sévérité; la sévérité contre l'erreur et non pas contre la personne. Ce n'est pas assez : continuez à ne garder ni votre silence ni votre douceur. Comme Ananie craignait et tremblait en entendant seulement le

in de ce loup connu au loin: « Je lui montrerai, dit le Seigneur. — Je lui montrerai »  voilà des menaces, voilà de la sévérité. « Je lui montrerai. — Ne gardez ni votre silence, ni votre douceur ». Montrez à ce persécuteur, non-seulement votre bonté, mais encore votre rigueur. Montrez; qu'il endure ce qu'il a fait endurer, qu'il apprenne à souffrir ce qu'il faisait souffrir, qu'il éprouve enfin ce qu'il faisait éprouver à autrui. « Je lui montrerai combien cil doit souffrir ». C'est avec un accent sévère que le Sauveur prononce ces paroles; c'est pour accomplir celles-ci : « Ne gardez ni votre silence ni votre douceur ». Il ne doit pas toutefois se mettre en contradiction avec ces autres: «Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur. Je lui montrerai ce qu'il doit souffrir pour mon nom ». Voilà de quoi t’effrayer : ah ! venez à son secours, ne laissez ai souffrir outre mesure ni périr cet homme que vous avez créé, retrouvé ensuite. Ce sont ici des menaces de votre part ; ce n'est ni votre silence ni votre douceur, ce sont des menaces. « Je lui montrerai ce qu'il doit souffrir pour mon nom ». Ce qui l'effraie ici fera son salut. Il agissait contre mon nom; que pour mon nom il souffre. O sévérité miséricordieuse ! Voici le Seigneur aiguisant le fer; non pour donner la mort, mais pour faire une incision ; non pour tuer, mais pour guérir. Le Christ disait: « Je lui montrerai ce qu'il doit souffrir pour mon nom ». Et dans quel but? Apprends-le du patient lui-même. « Les douleurs de cette vie ne sont pas proportionnées à la gloire à venir qui éclatera en nous (1)». Que le monde sévisse, qu'il menace, qu'il

 

1. Rom. VIII, 18.

 

calomnie, qu'il prenne ses armes, qu'il fasse enfin tout ce qui lui est possible : qu'est-ce que tout cela en présence de ce qui nous est réservé ? En face de ce que j'espère, je place ce que j'endure; je sens l'un, je crois l'autre; combien ce que je crois l'emporte dans la balance sur ce que je souffre ! Quelles que soient les rigueurs endurées pour la gloire du Christ, si elles permettent de vivre encore, elles sont tolérables; ne permettent-elles plus de vivre ? elles font sortir de ce monde. Elles ne détruisent pas, elles bâtent. Que hâtent-elles ? La récompense elle-même, ces jouissances qui n'auront point de fin lorsqu'on y sera parvenu; car, si le travail a une fin, le salaire n'en a point.

5. Cet homme, ce vase d'élection se nommait d'abord Saul. Saul vient de Saül. Vous, mes frères, qui connaissez les divines Ecritures, rappelez-vous ce qu'était Saül. C'était un roi méchant et qui persécutait David, ce saint serviteur de Dieu ; il était aussi, vous vous en souvenez, de la tribu de Benjamin. De là égaiement venait Saul ; il semblait en avoir emporté l'habitude de la persécution ; mais il ne devait point y persévérer, car si Saul vient de Saül, d'où vient Paul? Saul était donc comme issu de ce roi cruel, lorsque superbe et cruel il respirait le meurtre; mais d'où vient Paul? Paul signifie Petit. Paul est donc un nom d'humilité. L'Apôtre prit ce nom lorsqu'il eut été amené aux pieds du Maître qui a dit : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur ». Voilà d'où vient le nom de Paul. Remarquez qu'en latin Paul signifie Petit. Ces mots: PAULO post videbo te, PAULUM hic expecta, signifient en effet : Dans PEU de temps je te reverrai, Attends ici PEU de temps. Aussi Paul disait-il : « Je suis le plus petit des Apôtres (1)» ; oui, « le plus petit des Apôtres »; et ailleurs : « Je suis le dernier des Apôtres (2) ».

6. Le plus petit et le dernier des Apôtres, il est comme la frange de la robe du Seigneur. Qu'y a-t-il dans un vêtement de plus petit, de plus bas que la frange? C'est néanmoins en la touchant qu'une femme se trouva guérie d'une perte de sang (3). Aussi dans ce petit, dans ce dernier Apôtre, vivait quelqu'un de grand, d'immense, quelqu'un à qui il laissait d'autant plus de place qu'il était plus petit. Pourquoi nous étonner que la grandeur habite dans la

 

1. I Cor. XV, 9. — 2. Ib. IV, 9. — 3. Matt. IX, 20, 22.

 

406

 

petitesse? Elle demeure principalement dans ce qu'il y a de plus petit. Vois comme elle s'exprime : « Sur qui reposera mon Esprit? Sur l'homme humble, sur l'homme paisible et qui tremble à mes paroles (1) » . Si le Très-Haut habite ainsi dans l'homme humble; c'est pour l'élever; car il est dit : « Du haut de son « trône le Seigneur regarde les humbles : et « de loin seulement il aperçoit les superbes (2) ». Donc humilie-toi, et il s'approchera, élève-toi, et il s'éloignera.

7. Mais que dit le petit Paul ? Ce que nous avons entendu aujourd'hui même : « On croit a de coeur pour être justifié; on confesse de bouche pour être sauvé (3) » . Beaucoup croient de coeur et rougissent de confesser de bouche. Sachez, mes frères, qu'il n'y a presque plus aucun païen qui n'admire en lui-même le Christ et qui ne sente l'accomplissement des prophéties relatives à son élévation au-dessus des cieux, en voyant sa gloire répandue par toute la terre. Mais en se craignant, en rougissant les uns devant les autres, ils éloignent d'eux le salut dont il est dit : « On confesse de bouche pour être sauvé ». Que sert de croire pour être justifié, si les lèvres hésitent de manifester tes convictions du coeur? Dieu voit bien la foi intérieure; mais ce n'est pas assez. La peur que tu as des orgueilleux t'empêche de confesser le Dieu fait humble, et tu lui préfères ces superbes auxquels il n'a pas craint de déplaire pour l'amour de toi. Tu n'oses confesser le Fils de Dieu fait humble. Tu oses bien confesser la grandeur du Verbe, de la Sagesse, de la Puissance de Dieu ; mais tu rougis de reconnaître qu'il soit né, qu'il ait été crucifié et qu'il soit mort. Le Très-Haut, l'Egal du Père, Celui par qui tout a été fait, par qui tu as été formé toi-même, s'est fait ce que tu es; pour l'amour de toi il s'est fait homme, il est né, il est mort. O malade, comment pourras-tu guérir, en rougissant de prendre tes remèdes? Profite du temps. Tu en as le temps aujourd'hui : plus tard ce Sauveur méprisé viendra éveiller l'admiration; jugé, il viendra juger; mis à mort, il viendra rendre la vie; couvert d'outrages, il viendra combler d'honneurs. Distingue aujourd'hui de l'avenir : ce que nous croyons est aujourd'hui voilé, dans l'avenir nous le verrons à découvert. Choisis maintenant le parti où tu veux

 

1. Isaïe, LXVI, 2. — 2. Ps. CXXXVI, 6. — 3. Rom. X, 10.

 

rester à l'avenir. Tu rougis du nom du Christ? En en rougissant maintenant devant les hommes, tu te prépares à rougir encore lors qu'il viendra dans sa gloire rendre aux bons ce qu'il leur a promis et aux méchants ce dont il les a menacés. Où seras-tu placé alors? Que deviendras-tu, si te fixant du haut de son trône il te dit : Tu as rougi de mon humilité, tu n'entreras point dans ma gloire? Arrière donc cette honte coupable; qu'on s'anime d'une sainte impudence, si toutefois on peut ici employer cette expression. J'avoue pour tant, mes frères, que pour bannir de moi toute crainte, je me suis fait violence, afin de parler ainsi.

8. Non, je ne veux pas que nous rougissions du nom du Christ. Pénétrons-nous profondément de notre foi au Christ crucifié, mis à mort. Oui, il a été mis à mort; car si son sang n'avait coulé, la cédule de nos péchés ne serait pas effacée encore. Oui, je crois qu'il a été mis à mort; car ce qui est mort en lui,c'est ce qu'il me doit et non la nature à qui je dois l'existence. Je crois donc à un mort ; à quel mort ? A un mort qui est venu parmi nous avec une existence pleine et qui pourtant nous a emprunté. Quel était-il en venant? Il était Celui « qui possédant la nature de Dieu n'a pas cru usurper en se faisant égal à Dieu ». Voilà Celui qui est venu. Que nous a-t-il emprunté ? « Mais il s'est anéanti lui-même en prenant une nature d'esclave et en devenant semblable aux hommes (1) ». Ainsi c'est le Producteur quia été produit, le Créateur qui a été créé. Comment a-t-il été formé et créé? Dans sa nature d'esclave, en prenant cette nature d'esclave sans perdre sa nature divine, Or, c'est dans cette nature de serviteur, dans cette nature que le Fils de Dieu nous a empruntée pour l'amour de nous, qu'il est né et qu'il a souffert, qu'il est ressuscité et qu'il est monté au ciel. Je viens de nommer quatre choses: la naissance et la mort, la résurrection et l'ascension au ciel. Deux ont précédé, deux ont suivi. Les deux premières sont la naissance et la mort; les deux dernières, la ré. surrection et l'ascension. Dans les deux premières on t'a montré ce que tu es; dans les deux dernières, ce que tu seras une fois récompensé. Tu savais naître et mourir; sur cette terre habitée par des mortels c'est ce

 

1. Philip. II, 6, 7.

 

407

 

qu'on voit partout. Qu'y a-t-il en effet de plus universel pour tous les hommes, que de naître et de mourir ? C'est une destinée que partage l'homme avec la bête, de sorte que cette vie nous est commune avec elle. Nous sommes nés, nous mourrons. Ce que tu ne savais pas faire encore, c'est de ressusciter et de monter au ciel. Deux choses donc t'étaient connues, et deux choses inconnues ; le Sauveur s'est chargé de ce que tu connaissais, et il t'a donné l'exemple de ce que tu ne connaissais pas souffre donc ce qu'il a pris sur lui, espère ce qu'il t'a montré dans sa personne.

9. En vérité, te suffit-il pour lie pas mourir de ne consentir pas à ta mort ? Pourquoi craindre ce que tu ne saurais éviter? Tu crains ce que tu ne saurais éviter en le repoussant ; et ce qu'en le repoussant tu pourrais écarter, tu ne le crains pas ? Qu'est-ce que je viens de dire? Quand les hommes sont nés, Dieu les assujettit à la mort comme à un moyen pour eux de sortir de ce siècle ; et tu n'es exempt de la mort que si tu es étranger au genre humain. Aveugle, que fais-tu ? Te demande-t-on de choisir si tu veux être homme ? Tu l'es, puisque tu es arrivé comme homme sur cette terre. Songe à la manière dont tu en sortiras. Dès que tu es né, tu dois mourir. Fuis, prends garde, repousse, rachète; tu ne peux ni ajourner ni éviter la mort. Elle viendra, même malgré toi; à ton insu elle viendra. Pourquoi donc craindre ce que ta résistance ne saurait empêcher? Crains plutôt ce qui ne sera pas, situ n'y consens. Qu'est-ce? Ce dont Dieu a menacé les impies, les infidèles, les parjures, les blasphémateurs, les injustes et tous les méchants, savoir les feux brûlants de l'enfer et les flammes éternelles.

Commence donc par comparer ces deux choses : la mort qui dure un instant, et les supplices qui durent l'éternité. Tu redoutes la mort d'un instant; elle viendra, même malgré toi: crains les peines de l'éternité; si tu veux, tu en seras exempt. Ce que tu dois craindre, ce que tu peux écarter, n'est-il pas ce qu'il y a de bien plus sérieux? Oui, ce qu'il y a de plus, de bien plus, d'incomparablement plus sérieux, est ce que tu dois redouter et ce que tu peux éloigner de toi. Que tu vives bien ou mal, tu mourras ; tu ne saurais échapper à la mort, quel que soit ton genre de vie. Mais si tu prends le parti de bien vivre, tu ne seras point condamné aux peines éternelles. Donc, dès que tu ne peux prendre le parti de ne pas mourir, prends celui de ne pas mériter, durant ta vie, de mourir éternellement. Telle est notre foi ; tel est l'enseignement que nous a donné le Christ par sa vie et par sa mort. Il t'a montré en mourant ce que tu dois souffrir, bon gré, mal gré ; et il t'a montré, en ressuscitant, ce à quoi tu parviendras en vivant saintement. Or ici « on croit de coeur pour être justifié, et on confesse de bouche pour être sauvé ». Pour toi, tu n'oses confesser, de peur d'être insulté, non par des hommes qui ne croient pas, car eux aussi croient intérieurement, mais par des hommes qui rougissent de montrer qu'ils croient. Ecoute ce qui suit : « Quiconque croira en lui, dit l'Ecriture, ne sera point confondu (1) ».

Médite cela, sache t'en occuper ; c'est l'aliment, non pas du corps, mais de l'esprit ; c'est la nourriture que distribuait, vers le soir, le ravisseur du matin.

Unis au Seigneur, etc.

 

1. Hom. X, 10, 11.

 

 

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