SERMON CCXCII
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SERMON CCXCII. NATIVITÉ DE SAINT JEAN-BAPTISTE. VI. LA VRAIE SOURCE DE LA GRACE.

 

ANALYSE. — Les Donatistes, comme on sait, prétendaient que la grâce conférée par un sacrement venait du ministre qui l'administrait, et conséquemment, que le sacrement ne conférait pas la grâce quand il était administré par un pécheur. Saint Augustin entreprend de réfuter cette erreur, contre laquelle il a tant écrit, dans ce discours adressé au peuple. Quelle clarté d'exposition ! quelle vigueur de logique ! Voici comment il procède. — Après avoir dit d'abord que si Jean-Baptiste est le seul de tous les saints dont on célèbre la naissance, c'est qu'il est le seul qui ait glorifié le Christ, même avant de naître; après avoir dit encore que si saint Jean, au lieu d'être un disciple de Jésus-Christ, avait des disciples comme lui, c'était pour rendre à sa divinité un plus éclatant témoignage, saint Augustin aborde la question du baptême. Pourquoi Jésus a-t-il voulu être baptisé par saint Jean ? C'était sans aucun doute pour pratiquer la même humilité dont il nous a donné l'exemple en s'incarnant. Mais saint Jean aussi n'avait-il pas raison de s'écrier : « C'est moi qui dois plutôt être baptisé par vous? » Jésus répond : Baptise-moi; « ainsi doit s'accomplir toute justice ». C'est qu'il avait en vue ces hérétiques futurs qui attribueraient au ministre la grâce du sacrement. Est-ce de saint Jean que vient la sainteté de Jésus-Christ? Saint Jean est-il l’arbre, comme ils disent, et Jésus-Christ le fruit? Mais ne voient-ils pas que faire découler du ministre la justification, c'est faire dire au ministre qu'il est le Christ, puisque seul, le Christ justifie ceux qui croient en lui ? Pour n'exposer pas les fidèles à de stériles , alarmes, s'ils venaient à craindre que tout en paraissant bon le ministre du sacrement ne fait intérieurement mauvais, ils disent que Dieu alors confère la grâce lui-même. Ne comprennent-ils pas que d'après ce principe, mieux vaudrait être baptisé par au hypocrite que par un saint, puisque baptisé par un saint on naît d'un homme, et de Dieu quand on est baptisé par un hypocrite ? Qu'ils apprennent donc de saint Jean que si le ministre verse l'eau, c'est Jésus-Christ qui envoie la grâce et l'Esprit-Saint; qu'à l'exemple de saint Jean encore, ils soient de vrais disciples de Jésus-Christ et avouent que de lui ils ont tout reçu.

 

1. La solennité de ce jour demande un discours solennel, lequel est d'ailleurs bien vivement attendu. Aussi, Dieu aidant, nous vous présenterons ce qu'il nous donnera, mais sans oublier, mais avec la pensée bien précise que le devoir de notre charge est de vous parler, non comme maître, mais comme ministre; non comme à des disciples, mais comme à des condisciples; non comme à des serviteurs, mais comme à des collègues. Car nous n'avons tous qu'un Maître, dont l'école est sur la terre et la chaire dans le ciel, et qui a eu pour précurseur ce saint Jean dont la tradition nous rapporte que ce fut aujourd'hui la naissance; aussi la célébrons-nous aujourd'hui. Voilà ce que nous ont appris nos pères; voilà ce que nous transmettons à la postérité avec une fidélité religieuse qu'elle devra imiter. Aujourd'hui donc nous célébrons la naissance, non pas de Jean l'Evangéliste, mais de Jean-Baptiste.

Cela posé, une question se présente qu'il ne faut pas négliger, savoir, pourquoi nous célébrons plutôt la naissance charnelle de saint Jean que la naissance de tout autre, apôtre, martyr, prophète ou patriarche? Si on nous adresse cette question, que répondrons-nous? Voici, je crois, autant du moins que je puis le

 

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comprendre avec une force d'intelligence aussi médiocre que la mienne, quel en est le motif: C'est après leur naissance et quand ils eurent avec l'âge atteint leur développement, que les disciples du Seigneur furent admis à son école; ils s'attachèrent ensuite de tout leur coeur au Sauveur, mais aucun d'eux ne le servit dès sa naissance. Reportons notre souvenir vers les prophètes, vers les patriarches : ils naquirent comme les autres hommes, ils grandirent ensuite, puis remplis de l'Esprit-Saint ils prédirent le Christ; ils naquirent donc pour le prédire ensuite. Mais la naissance même de Jean-Baptiste fut une prédiction de l'avènement du Sauveur, puisqu'il le salua du sein de la mère qui le portait.

2. Cette question résolue comme nous avons pu la résoudre, abordons-en une autre avec toute l'énergie que nous donnera le Seigneur. Ici en effet se présente une autre question, laquelle me semble plus obscure et plus difficile à résoudre, et pour laquelle vous aiderez beaucoup ma faiblesse par votre attention et par vos prières. Jean-Baptiste avait reçu une grâce si éminente que, comme nous l'avons dit,étant encore dans le sein maternel il salua k8eigneur, non par ses paroles, ruais par ses tressaillements, et qu'ainsi l'attrait qui l'attachait à Dieu était déjà manifeste, quoique son corps fût encore enfermé dans un autre corps. Néanmoins on ne le rencontre point parmi les disciples du Seigneur, on remarque plutôt qu'il avait lui-même des disciples. Pourquoi? Que penser de lui? C'est un grand homme; quel est ce grand homme ? Que penser de :cotte grandeur? Non, il ne suivait pas le Seigneur avec ses disciples, il avait lui-même des disciples pour le suivre. Loin de moi la pensée qu'il fût contre le Seigneur ! cependant il semblait vivre loin de lui. Le Christ avait des disciples, Jean en avait aussi ; le Christ enseignait, Jean enseignait également. Que dire encore? Jean baptisait, le Christ aussi baptisait; il y a même plus ici : Jean baptisa le Christ.

Où sont les superbes, qui, à propos de l'administration du baptême, se gonflent arrogamment d'animosité et d'orgueil? Où sont ces mots si peu humbles et si fiers : C'est moi qui baptise, c'est moi qui baptise? Que n'aurais-tu pas dit, si tu avais mérité de baptiser le Christ?

Ici déjà, votre sainteté en fait la remarque, se dessine visiblement le grand motif pour lequel Jésus devait être envoyé par son Père, et Jean envoyé en avant par Jésus. Sans doute Jean précède Jésus, mais comme les serviteurs précèdent le juge. Jésus ne s'est fait homme qu'après Jean, mais Jean a été créé par Jésus, par Dieu même. Jean était donc un homme si parfait et doué d'une grâce si éclatante, que le Sauveur disait lui-même : « Parmi les enfants des femmes, nul ne s'est élevé au-dessus de Jean-Baptiste (1)». Or, c'est ce grand homme qui reconnaît le Seigneur dans un si petit corps; c'est cet homme qui reconnaît le Dieu qui vient de se faire homme. S'il est vrai que parmi les enfants des femmes, c'est-à-dire parmi les hommes, nul ne s'est élevé au-dessus de Jean-Baptiste; quiconque est au-dessus de Jean n'est pas seulement un homme, il est Dieu. C'est pour rendre plus frappante cette conclusion que ce grand homme dut avoir des disciples, et conjointement avec eux reconnaître dans le Christ le Maître de tous. Pouvait-il faire éclater un témoignage plus saisissant de vérité, qu'en reconnaissant par ses abaissements Celui dont l'envie pouvait le porter à se faire le rival? Jean pouvait être pris pour le Christ, être regardé comme le Christ; il ne le voulut pas, il s'y opposa. Trompé sur son compte, on disait : Ne serait-il pas le Christ? Et lui de répondre qu'il ne l'était pas. C'était le moyen de rester ce qu'il était; car si Adam perdit en tombant ce qu'il était d'abord, ce fut pour avoir cherché a usurper ce qu'il n'était pas. Ce souvenir revenait à cet homme si grand, vrais si petit devant le Christ abaissé; il savait cela, il se le rappelait, il n'avait garde de l'oublier, car il songeait à reconquérir ce qu'Adam avait perdu.

Comme je viens déjà de le dire, ce grand-homme que glorifia la Vérité même et à qui le Seigneur rendit témoignage jusqu'à dire de lui : « Parmi les enfants des femmes, nul ne s'est élevé au-dessus de Jean-Baptiste », Jean put donc passer pour le Christ; séduits même par la grâce étonnante qui brillait en lui, plusieurs le prenaient déjà pour le Christ, et ils seraient morts dans cette erreur, si lui-même en confessant sa foi ne les en avait repris. Il leur répondit donc au moment où ils avaient de lui cette opinion : «Je ne suis pas le Christ (2)». C'était leur dire en quelque sorte : Votre

 

1. Matt. XI, 11. — 2. Jean, I, 20.

 

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méprise me fait honneur, l'opinion que vous avez de moi ajoute beaucoup à ma gloire: cependant je dois reconnaître ce que je suis, afin que le Christ même puisse vous pardonner un tel mécompte. De fait, s'il n'avait pas détruit l'opinion fausse qu'on avait de lui, il n'aurait point eu de part avec Celui qui était réellement ce qu'on le supposait.

3. Jean a été envoyé en avant pour baptiser le Seigneur si profondément humble. Si le Seigneur voulut recevoir. le baptême, ce fut en effet pour pratiquer l'humilité et non pour effacer en lui quelque iniquité. Pourquoi le Christ Notre-Seigneur a-t-il voulu être baptisé? Pourquoi a voulu être baptisé le Christ, le Fils unique de Dieu ? Apprends pourquoi il est né, et tu sauras en même temps pourquoi il a été baptisé. Tu le verras sur ce chemin de l'humilité que ne foule pas ton pied superbe, quoiqu'en t'abstenant d'y marcher d'un pied modeste tu ne puisses parvenir où il mène. Le Christ est descendu pour toi, et pour toi il s'est fait baptiser. Vois combien il est descendu du haut de sa grandeur ! «Il était de la nature de Dieu et il n'estimait pas usurper en s'égalant à Dieu » . En effet l'égalité du Fils avec le Père n'était pas une usurpation, c'était sa nature. Pour Jean t'eût été une usurpation de se présenter comme étant le Christ. Mais le Christ «n'estima pas usurper en s'égalant à Dieu »; attendu qu'il lui était réellement coéternel, étant né de toute éternité. « Cependant il s'est anéanti lui-même en prenant une nature d'esclave », c'est-à-dire en prenant la nature humaine. «Ayant donc la nature de Dieu », sans l'avoir prise ; «ayant ainsi la nature de Dieu, il s'est anéanti lui-même en « prenant une nature d'esclave» ; en prenant ce qu'il n'était pas, sans rien perdre de ce qu'il était; en demeurant Dieu et en devenant homme. Oui, en prenant cette nature d'esclave, le Dieu qui a fait l'homme est devenu l'Homme-Dieu. Ah ! quelle majesté, quelle puissance, quelle grandeur, quelle égalité avec le Père, est venue se revêtir pour l'amour de nous d'une nature d'esclave ! Considère la voie d'humilité que t'a ouverte un si grand Maître; ne s'est-il pas plus abaissé en voulant se faire homme qu'en voulant se faite baptiser par un homme?

4. Ainsi donc, je le répète, le Christ se fait baptiser par Jean, le Seigneur par le serviteur, le Verbe par la voix. Car, n'oubliez pas ces mots : « Je suis la voix de Celui qui crie dans le désert » ; ni ces autres : « Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous (1) ». Le Christ donc est baptisé par Jean, le Seigneur parle serviteur, le Verbe par la voix, le Créateur par la créature, le soleil par le flambeau; le soleil qui a formé cet autre soleil; le soleil dont il est dit . « Pour moi s'est levé le soleil de justice, le salut est sous ses ailes (2) »; et dont les impies impénitents finiront par dire au jugement de Dieu : « Que nous a servi l'orgueil? Que nous a procuré l'ostentation des richesses? Tout cela a passé comme une ombre »; a passé avec les ombres poursuivant des ombres. « Ainsi donc, poursuivent-ils, nous avons erré loin de la voie de la vérité, et la lumière de la justice n'a point lui à nos yeux, et le soleil ne s'est point levé sur nous (3) ». Sur eux ne s'est pas levé le Christ; parce qu'ils ne l'ont pas reconnu. Ce Soleil de justice sans nuage et sans nuit ne se lève ni sur les méchants, ni sur les impies, ni sur les infidèles ; au lieu que Dieu. fait lever chaque jour sur les bons et sur les méchants son soleil visible (4).

Le Créateur a été baptisé, je le répète, par la créature, le Soleil par le flambeau; mais au lieu de s'élever, Jean s'est abaissé en baptisant. Comme Jésus s'approchait de lui : «Vous venez me demander le baptême? lui dit-il; et c'est moi qui dois être baptisé par vous». Importante profession de foi ! elle met en sûreté le flambeau dans son humilité. Si ce flambeau se lançait contre le Soleil, il serait bientôt éteint au souffle de l'orgueil. C'est ce qu'a prévu le Seigneur, c'est ce qu'il nous a appris en se faisant baptiser; quand si grand qu'il était il a voulu recevoir le baptême d'un être si petit; quand, pour tout dire en un mot, le Sauveur s'est fait baptiser par un homme ayant besoin d'être sauvé par lui. Tout grand qu'il fût en effet, Jean sans doute avait conscience de quelque mal secret; sans quoi au. rait-il dit : «.C'est moi qui dois être baptisé par vous? » Le baptême du Sauveur conférait assurément le salut; car «le salut vient du Seigneur (5) » ; de plus, « le salut des hommes est vain (6) ». Jean donc aurait-il dit : «C'est moi qui dois être baptisé par vous», s'il n'avait eu besoin d'être guéri ? O merveilleux remède de l'humilité ! L'un baptisait et l'autre

 

1. Jean, I, 23, 14. — 2. Malach. IV, 2. — 3. Sag. V, 6-8. — 4. Matt. V, 45. — 5. Ps. III, 9. — 6. Ps. LIX, 13.

 

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guérissait. Si le Christ est « le Sauveur de tous les hommes, surtout des fidèles (1) » ; or c'est une vérité. aussi incontestable qu'elle est apostolique, que le, Christ est le Sauveur de tous les hommes; personne ne doit dire : Je n'ai pas besoin du Sauveur. Parler ainsi, ce n'est pas s'humilier devant le médecin, c'est périr de la maladie dont on est atteint. Si le Christ est le Sauveur de tous les hommes, il est donc aussi le Sauveur de Jean, attendu que Jean ne laisse pas que d'être un homme. Il est sans doute un grand homme; mais après tout c'est un homme. Le Christ est le Sauveur de tous les hommes; aussi Jean reconnaît-il en lui son Sauveur, et le Christ n'excluait pas Jean du salut qu'il conférait. Jean non plus ne le suppose pas lorsqu'il dit avec tant d'humilité : « C'est moi qui dois être baptisé par vous». Aussi le Seigneur lui répond-il: « Fais maintenant, pour que toute justice s'accomplisse (2)». Qu'est-ce à dire, toute justice? C'est l'humilité qu'il recommande sous le nom de justice; oui, c'est à l'humilité surtout que le Maître du ciel, que le Seigneur de vérité donne le nom de justice. Si effectivement il se faisait baptiser, c'était par humilité; et c'était avant de faire cet acte d'humilité qu'il disait : « Que n'accomplisse toute justice ».

5. Il voyait dans l'avenir beaucoup d'hommes qui devaient s'enorgueillir de donner le baptême et qui devaient dire : C'est moi qui baptise; tel je suis en baptisant, tel je rends celui que je baptise. — Et le prouver ? — Je le prouve. — Par quels témoignages ? — Des témoignages de l'Evangile. — Ecoutons cet étrange et nouvel évangéliste s'élevant contre le plus ancien ministre du baptême. Donc par quels témoignages évangéliques prouves-tu que tel tu es, tel tu rends celui que tu baptises ? — C'est qu'il est écrit : « L'arbre bon porte de bons fruits». Je ne fais que lire, j'ai en main l’Evangile : « L'arbre bon porte de bons fruits, et l'arbre mauvais, de mauvais fruits (3) ». —  Je reconnais ici l'Evangile ; mais, me semble-t-il, tu ne te reconnais pas, toi. Je vais prendre quelque peu patience ; explique ta pensée, suppose provisoirement que je ne l'ai pas comprise. Dis-moi à quoi se rapportent ces témoignages ? Comment peuvent-ils sertir à résoudre la question que nous agitons sur le baptême? — L'arbre bon est le bon

 

1. Tim. IV, 10. — 2. Matt. III, 14, 15. — 3. Ib. VII, 17.

 

ministre du baptême. — L'arbre bon, dit avec son parti mon interlocuteur, l'arbre bon est le bon ministre du baptême ; le bon fruit de cet arbre est celui qui le reçoit, car l'un est bon fruit si l'autre est bon arbre. Que penses-tu du Christ et de Jean? Allons, éveille-toi, voici la lumière d'une éclatante vérité qui te frappe les yeux ; vois ce que nous avons rappelé précédemment ; lis l'Evangile. Jean a baptisé le Christ : diras-tu que Jean est l'arbre, que le Christ en est le fruit? Diras-tu que la créature est l'arbre et que le fruit en est le Créateur? Ah ! si le Christ Notre-Seigneur a voulu recevoir le baptême des mains de Jean, ce n'était pas pour effacer l'iniquité, c'était pour fermer la bouche à l'impiété. Celui qui baptise est l'inférieur, dirai-je qu'il est meilleur que Celui qu'il baptise ? — J'aurai peut-être assez de mal à comprendre cela. —Reviens aux hommes, considère deux hommes. Ananie a baptisé Paul ; Paul l'a emporté sur Ananie. Le fruit vaudrait-il mieux que l'arbre ? C'est l'arbre qui porte le fruit, et non le fruit qui porte l'arbre.

6. Tu ne vois plus à quoi te prendre ? Le Seigneur a dit en personne: « Beaucoup viendront en mon nom, disant: Je suis le Christ (1) ». Beaucoup d'égarés et de séducteurs sont venus, il est vrai, au nom du Christ ; mais nous n'en avons entendu aucun dire : Je suis le Christ. Si innombrables qu'ils soient, tous les hérétiques se sont présentés au nom du Christ, c'est-à-dire en se cachant sous le nom du Christ et en décorant d'un nom glorieux leur séparation de boue; mais nous n'en avons entendu aucun qui ait dit: Je suis le Christ. Que conclure ? Que le Seigneur ne savait ce qu'il prédisait ? N'a-t-il pas voulu plutôt nous tirer de notre sommeil pour nous faire comprendre ses secrets et nous les ouvrir : pour nous exciter à sonder, à frapper, afin d'obtenir . qu'il découvre en quelque sorte là toiture, et que, semblables à ce paralytique, nous soyons déposés à ses pieds et méritions d'être guéris par lui (2) ?

Eh bien ! il est parfaitement vrai que tous ces égarés disent : Je suis le Christ ; ils ne le disent pas de vive voix; mais, ce qui est pire, ils le disent par leurs actes. Ils n'auraient pas l'audace de prononcer ces paroles : qui les écouterait? qui serait assez dupe pour ouvrir

 

1. Matt. XXIV, 5. — 2. Marc, II, 3-12.

 

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à ces insensés ou l'oreille ou le coeur? Qu'on vienne dire à celui qu'on va baptiser : Je suis le Christ ; le néophyte aussitôt détourné le visage, il laisse ce superbe avec sa sotte arrogance et court chercher la grâce de Dieu. L'hérétique ne dit donc pas formellement : Je suis le Christ; il le dit indirectement. Voici de quelle manière. C'est le Christ qui guérit, le Christ qui purifie , le Christ qui justifie l'homme ne justifie pas. Qu'est-ce que justifier? Rendre juste. De même que mortifier signifie faire mourir ; vivifier, faire vivre ; ainsi justifier veut dire rendre juste. Voici donc qu'entrant de côté, non par la porte mais par-dessus la muraille, un ministre du baptême qui n'est ni pasteur ni gardien du troupeau, mais voleur et larron, vient baptiser sans mission, et sans mission il dit: Je baptise. S'il baptise simplement comme ministre, soit; ne fais pas davantage, tout ce qui va au delà vient du mal (1). Mais il va plus loin et sans hésiter. Jusqu'où va-t-il ? Jusqu'à dire : C'est moi qui justifie, c'est moi qui rends juste; car tel est le sens de ces mots. Je suis le bon arbre, et de moi a besoin de naître quiconque veut être bon fruit. S'il y a en toi prise encore à la sagesse, écoute un peu ; je ne t'adresserai que peu de mots ; mais, si je ne me trompe, ils portent la lumière avec eux.

C'est donc toi qui justifies, qui rends juste ? Eh bien ! celui que tu justifies doit croire en toi. Dis, ose lui dire : Crois en moi, puisque tu ne crains pas de lui dire : C'est moi qui te justifie. — Ici on se trouble, on hésite, on s'excuse. Eh ! dit-on, quel besoin ai-je de dire Crois en moi ? Je dis au contraire : Crois au Christ. — Tu as chancelé, tu as douté ; tu as donc daigné descendre quelques pas jusqu'à nous ; tu as fait un aveu qui peut servir à te guérir, tu as confessé une vérité qui peut servir à redresser toutes tes opinions dépravées. Ecoute donc, non plus moi, mais toi. Tu n'oses dire : Crois en moi. — A Dieu ne plaise ! — Tu  oses bien dire pourtant : C'est moi qui te justifie. Ecoute donc et apprends que si tu n'oses dire : Crois en moi, pour le même motif tu ne dois pas oser dire non plus C'est moi qui te justifie. L'Apôtre lui-même va parler, et bon gré mal gré, il faut que tu cèdes devant lui, que tu lui sois soumis. Ici en effet tu ne dois pas le regarder comme un homme

 

1. Matt. V, 37.

 

mais comme le représentant de Celui dont il disait: « Voulez-vous éprouver Celui qui parle en moi, le Christ (1) ? » Ecoute donc, non pas l'Apôtre, mais le Christ s'exprimant par l'organe de l'Apôtre. Que dit l'Apôtre ? « Quand un homme croit en Celui qui justifie l'impie, sa foi lui est imputée à justice (2) ». Remarquez bien, je vous en prie; voyez combien est claire et nette cette phrase: « Quand un homme croit en Celui qui justifie l'impie, sa foi lui est imputée à justice ». Ainsi quiconque croit en Celui qui justifie l'impie, qui d'impie qu'il était le rend pieux ; quiconque croit en Celui qui justifie l'impie, qui le rend juste d'impie qu'il était ; sa foi lui est imputée à justice. Dis encore, si tu l'oses : C'est moi qui justifie. Vois comment je te réponds d'après l'Apôtre: Si c'est toi qui me justifies, je dois croire en toi, car «c'est quand un homme croit en Celui qui justifie l'impie, que sa foi lui est imputée à justice ». C'est toi qui me justifies? Alors, je vais croire en toi, croire en Celui qui me justifie; c'est-à-dire qui justifie l'impie, et je crois en toi sans inquiétudes, puisque croyant en celui qui me justifie, ma foi m'est imputée à justice. Si donc tu n'oses dire C'est moi qui te justifie; je me trompe, si tu n'oses dire: Crois en moi, évite de dire encore: C'est moi qui te justifie. Retrouve-toi, homme égaré, pour ne pas me perdre avec toi.

7. Quant à ce que tu as dit de l'arbre et de son fruit, je vais te citer quelque exemple et tu apprendras à comprendre quel est le sens véritable de ces mots : « L'arbre bon porte de bons fruits, et l'arbre mauvais, de mauvais fruits ». Pour moi effectivement je les entends dans le sens même que leur assigne le Seigneur. Que signifie donc : « L'arbre bon porte de bons fruits (3) ? — L'homme de bien « tire le bien du bon trésor de son coeur ; et « du mauvais trésor de son coeur l'homme mauvais tire le mal (4) ». Les hommes sont ainsi comparés à des arbres, et leurs actes à des trésors. Tel est l'homme, tels sont ses actes. Bon, ses actes sont bons; mauvais, ils sont mauvais : l'homme de bien ne saurait faire des actes mauvais, ni le méchant des actes bons. Est-il rien de plus clair, de plus limpide, de plus manifeste ?

Pour toi au contraire, l'arbre bon, c'est toi qui baptises, et son fruit est celui qui est baptisé

 

1. II Cor. XIII, 3. — 2. Rom. IV, 5. — 3. Matt. VII, 17. — 4. Ib. XII, 35.

 

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par toi, en sorte qu'il te ressemblerait. Ah ! qu'il s'en garde bien, et saisis combien tu comprends mal.

N'y a-t-il pas ou n'y a-t-il pas eu parmi vous quelque adultère même inconnu? — Ce que je ne connais pas, réplique-t-on, ne saurait me souiller. — Il ne s'agit pas de cela, la question est ailleurs, je veux parler du baptême, c'est ce que nous avons entrepris. Il y a donc parmi vous un adultère inconnu, dissimulé, par conséquent ; non qu'il soit un faux adultère : l'adultère en lui n'est que trop réel, c'est la chasteté qui est feinte. Eh bien ! de cet adultère dissimulé, et d'autant plus dissimulé qu'il est plus inconnu, car s'il était connu il ne serait plus dissimulé, de cet adultère dissimulé s'éloignera sûrement l'Esprit-Saint, car il est dit bien clairement : « L'Esprit-Saint qui enseigne à vivre fuira l'homme dissimulé (1) ». Néanmoins cet adultère inconnu baptise. Voici donc un homme baptisé par un adultère inconnu : c'est un fruit produit; est-ce par un bon arbre? Il est baptisé, il est innocent, ses péchés sont effacés; par conséquent, c'est un impie justifié, c'est un bon fruit, produit par quel arbre ? Dis, réponds-moi. Cet arbre, l'adultère caché, est un arbre mauvais; si donc le baptisé est le fruit de cet arbre, c'est assurément un mauvais fruit; le Seigneur même ayant dit : « L'arbre mauvais a porte de mauvais fruits ». Pour certifier que c'est un bon fruit, tu répondras qu'il n'est pas le produit de cet arbre; si tu ignores que cet arbre est mauvais, il n'en est pas moins mauvais pour cela; il l'est même d'autant plus qu'on le sait moins, puisqu'il lui faut en ce cas, pour cacher son crime, une malice plus consommée. S'il se faisait connaître pour ce qu'il est, cet aveu même préparerait sa guérison. Voilà donc un très-mauvais arbre, et cependant le fruit est bon. D'où vient-il ? Diras-tu qu'il n'est produit nulle part ? — Je ne le dirai pas. — Où donc est-il né? Que vas-tu répondre? Où est-il né ? Il n'y a qu'une réponse à faire, c'est qu'il est né de Dieu ; j'ignore si on essaiera jamais une autre réponse que celle-là. Si l'hérétique en disait autant de tous ceux qui sont baptisés; si au lieu de se présenter avec dissimulation pour un bon arbre, quand il n'est qu'un arbre mauvais, et par conséquent de se rendre

 

1. Sag. I, 5.

 

plus mauvais encore, il disait de tous ceux qui ont reçu le baptême qu'ils sont nés de Dieu, il aurait pour lui cette assertion si claire de l'Evangile : « Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu à ceux qui ne sont nés ni de la chair, ni du sang, ni de la volonté de l'homme, ni de la volonté de la chair, mais qui sont nés de Dieu (1) ».

Revenons à ce fidèle: Est-il né de Dieu? — Oui. — Pourquoi est-il né de Dieu? — Parce qu'un bon fruit ne saurait naître d'un mauvais arbre. Quand celui qui baptise est chaste, c'est un bon arbre, ce n'est pas un homme dissimulé ; quand il est vraiment chaste et qu'il a baptisé, c'est un bort fruit porté par un bon arbre. — Mais ce fidèle dont nous parlons, ce bon fruit, quel arbre l'a produit? Oseras-tu dire que c'est un mauvais arbre? — Je ne l'oserai. — C'est donc aussi par un bon arbre qu'il a été produit? — C'est par un bon arbre. — Quel est ce bon arbre ? — C'est Dieu. — Et l'autre baptisé? — Il est le fruit d'un homme chaste. — Arrête-toi un peu; comprenons ce que nous disons. Ce catéchumène baptisé par un homme chaste est le fruit d'un bon arbre, d'un homme de bien; et cet autre qui est baptisé par un adultère inconnu comme tel, est le fruit d'un mauvais arbre; mais quel fruit? — Un bon fruit. — C'est chose impossible. Si le fruit est bon, change-le d'arbre. Selon toi le fruit est bon, et l'homme qui l'a produit est mauvais, puisque c'est un homme secrètement adultère; change donc ce fruit d'arbre. — Je l'ai fait, et voilà pourquoi j'ai dit que le fidèle est né de Dieu. — Compare maintenant ces deux hommes nouvellement baptisés : l'un a été baptisé par un homme manifestement chaste; l'autre par un homme secrètement adultère; le premier est né de l'homme, le second est né de Dieu. Il vaut donc mieux être né d'un homme secrètement adultère que d'un homme manifestement chaste?

8. Ah ! que tu ferais mieux, ô hérétique, d'écouter saint Jean; homme arriéré, d'écouter le précurseur; ô superbe, d'écouter cet humble; ô lumière éteinte, d'écouter ce flambeau ardent. Oui, écoute Jean. Lorsqu'on venait à lui : « Moi, disait-il, je vous baptise avec l'eau » seulement. Si donc tu savais te connaître ! tu ne fais que donner l'eau. « Moi, je

 

1. Jean, I, 12, 13.

 

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vous baptise avec l'eau; mais quelqu'un viendra qui est au-dessus de moi ». De combien au-dessus de toi? « Je ne mérite pas de dénouer les courroies de sa chaussure ». S'il prétendait mériter cela, ne s'humilierait-il pas déjà beaucoup ? Eh bien ! il prétend n'être pas même digne de cet office de dénouer les courroies de sa chaussure. « C'est Lui qui baptise avec l'Esprit-Saint (1) ». Pourquoi te substituer au Christ ? « C'est Lui qui baptise avec l'Esprit-Saint». C'est donc Lui qui justifie. Pour toi, que dis-tu ? C'est moi qui baptise avec l'Esprit-Saint, c'est moi qui justifie. Ce n'est pas dire : Je suis le Christ? Ce n'est pas être du nombre de ceux dont il est écrit : « Beaucoup viendront en mon nom, disant : « Je suis le Christ (2)? » Tu es pris. Et plût à Dieu que tu le fusses pour être retrouvé, toi qui étais perdu quand tu ne l'étais pas ! Ah ! il est bon de se laisser prendre dans les filets de la vérité, pour servir d'aliment au grand Roi. Ne dis donc plus : C'est moi qui justifie, c'est moi qui sanctifie, si tu ne veux pas être convaincu de dire : Je suis le Christ. Dis plutôt avec un ami de l'Epoux, et sans vouloir te faire passer pour l'Epoux : « Ce n'est ni celui qui plante, ni celui qui arrose qui sont quelque chose; mais Dieu, qui donne l'accroissement (3) ».

Ecoute aussi cet autre ami de l'Epoux dont nous parlons maintenant. Il avait en quelque sorte des disciples comme le Christ et ne comptait pas au nombre des disciples du Christ : vois cependant comme il se confesse le disciple du Christ; vois-le parmi ces disciples, disciple d'autant plus fidèle qu'il est plus humble, et d'autant plus humble qu'il est plus grand; vois-le pratiquant ce conseil de l'Ecriture : « Humilie-toi en toutes choses

 

1. Luc, III, 16; Jean,  I, 27, 33. — 2. Matt. XXIV, 5. — 3. I Cor. III, 7.

 

d'autant plus que tu es plus grand, et tu trouveras grâce devant Dieu (1) ». Il a déjà dit : « Je ne mérite pas de dénouer les courroies de sa chaussure » ; mais ce n'était pas se donner comme son disciple. Il dit donc encore : « Celui qui descend du ciel est au-dessus de tous (2); et tous nous avons reçu de sa plénitude (3) ». Ainsi, tout en réunissant des disciples comme le Christ, il était un des disciples du Christ. Ecoute-le en faire l'aveu d'une manière plus explicite : « L'Epoux est celui à qui appartient l'épouse; mais l'ami de l'Epoux est celui qui se tient debout et l'écoute (4) » ; et s'il reste debout, c'est parce qu'il l'écoute. « Il se tient debout et écoute »; car s'il n'écoute pas, il tombe. C'est avec raison que cet ancien s'écriait : « Vous ferez retentir à mon oreille la joie et l'allégresse ». Parler ainsi, c'est dire qu'on écoute le Seigneur, et non pas qu'on veut être écouté à sa place. Voulez-vous savoir encore qu'aux yeux du prophète c'est pratiquer l'humilité? Il ajoute aussitôt: «Et mes os humiliés tressailleront (5) ». C'est ainsi qu'il reste debout et écoute. Ses «os humiliés tressailleront », car ils se brisent quand ils se gonflent.

Ainsi donc, qu'aucun serviteur ne s'attribue la puissance du Seigneur. Qu'il s'estime heureux de compter dans la famille, et s'il est préposé à quelque service, qu'il ait soin de donner en temps voulu la nourriture à ses compagnons (6); mais en en vivant comme eux, sans les faire vivre de lui-même. Qu'est-ce, en effet, que donner la nourriture en temps opportun, sinon donner le Christ, louer le Christ, exalter, prêcher le Christ ? C'est bien là donner la nourriture au temps voulu; car pour devenir la nourriture de ses bêtes de charge, le Christ est né dans une étable.

 

1. Eccli. III, 20. — 2. Jean, III, 21. — 3. Ib. I, 16. — 4. Ib. III, 29. — 5. Ps. L, 10. — 6. Matt. XXIV, 45.

 

 

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