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SERMON CCXCIV. SAINT GOUDIN, MARTYR. DU BAPTÊME DES ENFANTS.

 

ANALYSE. — Après avoir rappelé qu'il n'a pu traiter suffisamment, dans le précédent discours, la question du baptême des enfants, saint Augustin annonce qu'il va continuer ce sujet, quoiqu'on célèbre la fête d'un martyr, en répondant aux objection des Donatistes. 1° Les Donatistes enseignent que s'il faut baptiser les enfants, ce n'est point pour leur assurer la vie éternelle, mais pour leur procurer l'entrée dans le royaume des cieux. Pitoyable raison, puisque l'Écriture nous présente indubitablement le royaume des cieux comme synonyme de la vie éternelle, et la vie éternelle comme synonyme du royaume des cieux. 2° Ils prétendent que les enfants ne sont souillés d'aucun péché, même originel, et si on leur cite ces paroles de Notre-Seigneur à Nicodème : « Quiconque ne renaîtra de l'eau et de l'Esprit-Saint n'entrera point dans le royaume de Dieu », ils reviennent à leur prétendue distinction entre ce royaume et la vie éternelle. Ils ne voient donc pas que dans le passage même qu'ils citent se trouve inscrite leur condamnation. Jésus y dit en effet que nul ne peut monter au ciel que lui-même, et conséquemment, qu'il faut lui être incorporé pour y parvenir, incorporation qui ne se fait pour les enfants que par la foi qui leur est communiquée avec le baptême ; puis il ajoute que celui qui n'a pas cette foi est déjà jugé ou condamné, qu'il est exclu de la vit éternelle et que la colère de Dieu demeure sur lui. 3° Quand on leur cite le texte de saint Paul enseignant que tous ont péché en Adam, ils répondent qu'il faut l'entendre en ce sens qu'Adam a été le premier pécheur et a entraîné par son exemple tous les hommes au mal. Mais c'est le démon qui a péché le premier. Dit-on néanmoins que nous avons péché dans le démon? De plus, Abel étant le premier juste, il faudrait ajouter que c'est en lui et non en Jésus-Christ que nous puisons la vie : ce qui est contraire à toutes les Écritures. 4° Les enfants de parents chrétiens ne doivent-ils pas être, eux au moins, exempts du péché originel.? Mais ce n'est point la partie régénérée des parents chrétiens qui engendre, c'est le vieil homme qui reste souillé. 5° Si Adam nuit à ceux mêmes qui n'ont pas péché, ne s'ensuit-il pas que le Christ doit faire le salut de ceux mêmes qui ne croient pas? Les Donatistes admettent cependant que le Christ fait du bien aux enfants baptisés. Reconnaissent-ils que ces enfants ont la foi ? ils sont d'avec nous. Prétendent-ils qu'ils ne l'ont pas ? comme ils reconnaissent alors que le Christ leur fait du bien quoiqu'ils ne croient pas, ils s'obligent à avouer qu'Adam aussi a fait du mal à ceux qui n'ont pas péché. 6° L'Apôtre ne dit-il pas expressément que les enfants des fidèles sont saints? Comme il dit que l'époux infidèle est sanctifié, c'est-à-dire, est aidé à se sanctifier par l'époux fidèle. 7° Enfin les Donatistes nous accusent d'enseigner une doctrine nouvelle.   Ils se trompent, et voici un texte très-formel de S. Cyprien qui dit formellement ce que nous disons. Nos frères égarés ont donc tort de nous traiter d'hérétiques : faisons tout ce que nous pouvons pour les faire rentrer dans le chemin de la vérité.

 

1. En parlant, le jour de la fête de saint Jean-Baptiste, de ce qui semblait se rattacher à notre sujet, nous avons été amenés à traiter du baptême des petits enfants. Mais comme notre discours était déjà long et que nous songions à le terminer, nous n'avons pas dit sur une aussi grave question tout ce que notre sollicitude nous obligeait de dire en face d'un pareil danger. Ce qui nous inquiète effectivement, ce n'est pas la décision rendue depuis longtemps sur ce sujet dans l'Église catholique et appuyée sur l'autorité la plus imposante, ce sont les discussions que plusieurs cherchent à engager aujourd'hui pour la perversion d'un grand nombre. Aussi nous paraît-il convenable, en ce moment, d'aborder cette matière avec le secours du Seigneur. Il est vrai, nous célébrons la fête d'un martyr ; mais l'intérêt de tous les fidèles doit passer avant l'intérêt des martyrs seulement. D'ailleurs si tous les fidèles (459) ne sont pas martyrs, pour être martyr il faut d'abord être fidèle. Ainsi donc examinons ce que disent nos adversaires, voyons ce qui les touche : nous devons songer en effet moins à les réfuter qu'à les guérir.

2. Ils admettent qu'on doit baptiser les petits enfants. Il ne s'agit donc pas entre eux et nous de savoir si on doit conférer le baptême à ces petits, mais de constater pour quel motif on le leur doit conférer. Point de doute sur ce qu'ils reconnaissent avec nous ; point d'hésitation, personne n'en a, pas même eux qui pourtant nous contredisent, en quelque point, sur la nécessité de baptiser les enfants.

Voici le sujet précis de la querelle : Nous enseignons, nous, que les enfants n'obtiendront ni le salut ni la vie éternelle que s'ils reçoivent le baptême du Christ; ils prétendent, eux, que ce baptême ne leur assure pas la vie éternelle, mais le royaume des cieux. Nous allons exposer leur sentiment le mieux qu'il nous sera possible : soyez un instant attentifs. Un petit enfant, disent-ils, a le mérite de l'innocence ; il n'est souillé d'aucun péché, ni personnel, ni originel, ni par son propre fait ni par le fait d'Adam; il est donc nécessaire que sans même être baptisé il obtienne le salut et la vie éternelle: il faut toutefois le baptiser pour le faire entrer dans le royaume de Dieu, en d'autres termes, dans le royaume des cieux. Faut-il discuter cette assertion ? Oui, mais dans l'intérêt de nos frères plutôt que dans le nôtre. Sans doute ils se sont troublés en face d'une question si profonde; mais ils devraient se laisser gouverner par l'autorité. En soutenant que ce n'est ni en vue du salut ni en vue de la vie éternelle, mais seulement en vue du royaume des cieux, du royaume de Dieu, que les enfants doivent être baptisés, ils reconnaissent la nécessité du baptême ; seulement ils ne veulent pas qu'il procure aux enfants l’éternelle vie, mais uniquement le royaume des cieux. Et cette éternelle vie? Ils l'auront, répondent-ils. Pourquoi l'auront-ils ? Parce que exempts de tout péché ils ne sauraient être du nombre des réprouvés. Il s'ensuit donc que l'éternelle vie est indépendante du royaume des cieux ?

3. Première erreur, qu'il faut ne plus laisser entendre, qu'il faut arracher de l'esprit. Prétendre que la vie éternelle est en dehors du royaume des cieux, que l'éternel salut n'est pas le royaume de Dieu, c'est assurément une chose nouvelle et inouïe dans l'Eglise. Considère tout d'abord, mon frère, si tu ne dois pas reconnaître avec nous que n'appartenir pas au royaume de Dieu, c'est être au nombre des réprouvés. Lorsque le Seigneur viendra juger les vivants et les morts, comme s'exprime l'Evangile, il fera deux grands partis, la gauche et la droite. A la gauche il dira : « Allez au feu éternel, qui a été préparé pour le diable et pour ses anges », et à la droite « Venez, bénis de mon Père, recevez le royaume qui vous a été préparé dès l’origine du monde ». Ici donc c'est le royaume; là, c'est la damnation avec le diable : point de milieu pour y placer les enfants. Les vivants et les morts seront également jugés; les uns seront à la droite, les autres à la gauche je ne sais que cela. Toi qui nous parles d'un milieu, quitte-le, sans t'irriter contre ceux qui cherchent la droite. Je vais même te dire encore : Quitte le milieu , mais garde-toi d'aller à la gauche. Mais s'il y a une droite et une gauche sans que l'Evangile, au moins nous l'ignorons, parle d'un milieu quelconque, le royaume des cieux est sûrement à la droite : « Entrez en possession du royaume ». N'y être pas, c'est être à gauche. Qu'y aura-t-il à gauche ? « Allez au feu éternel ». Ainsi à la droite est réservé le royaume, sans aucun doute le royaume éternel ; et à la gauche le feu éternel aussi. Donc celui qui n'est pas à la droite est sans aucun doute à la gauche ; celui qui n'est pas dans le royaume est sans aucun doute aussi dans le feu éternel. Celui qui n'est pas baptisé pourra jouir, dis-tu, de l'éternelle vie, quoiqu.'il ne soit pas à la droite, en d'autres termes, dans le royaume ? Prendrais-tu le feu éternel pour la vie éternelle?

D'ailleurs, apprends plus formellement encore que le royaume ne diffère pas ici de l'éternelle vie. Le Seigneur a parlé d'abord du royaume réservé à la droite et du feu éternel destiné à la gauche. Mais il indique, en concluant l'arrêt irrévocable, ce qu'il faut entendre soit par le royaume, soit par le feu éternel. « Alors, dit-il, ceux-ci iront brûler éternellement, et les justes iront dans la vie éternelle (1) ». Ainsi d'après cette explication qu'il donne lui-même du royaume et du feu éternel, croire avec toi que, les petits enfants ne seront pas admis dans le royaume des cieux, ce serait

 

1. Matt. XXV, 33, 34, 41, 46.

 

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avouer qu'ils seront jetés dans l'éternelle flamme; puisque le royaume des cieux n'est autre chose que la vie éternelle.

4. L'apôtre saint Paul ne parle pas autrement. Lorsqu'il cherche à jeter l'effroi, non dans les petits enfants, non dans ceux qui n'ont pas reçu le baptême, mais dans l'âme des scélérats, des méchants, des débauchés, des hommes perdus de moeurs, il ne les menace pas du feu éternel où ils iront assurément s'ils ne se corrigent pas, mais il leur fait craindre d'être exclus du royaume ; son but étant de leur faire comprendre que n'ayant plus cette espérance ils ne peuvent plus s'attendre qu'au supplice des feux éternels. « Ne vous abusez pas, dit-il : ni les fornicateurs, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les Sodomites, ni les avares, ni les voleurs, ni les ivrognes, ni les médisants, ni les rapaces, ne posséderont le royaume de Dieu ». Il ne dit pas : Ceux-ci et ceux-là, tels et tels seront tourmentés dans les éternelles flammes ; mais : « Ils ne posséderont point le royaume de Dieu ». Quand on n'est pas à la droite, on ne saurait être qu'à la gauche. Comment échapper au feu qui ne s'éteint point? On ne pourra y échapper que si on est admis dans le royaume.

L'Apôtre ajoute : « Il est vrai, vous avez été a cela ». Comment ne le sont-ils plus ? « Mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés , mais vous avez été justifiés au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ et dans l'Esprit de notre Dieu (1) ». — « Au nom de a Notre-Seigneur Jésus-Christ. Car il n'y a sous « le ciel aucun autre nom par lequel nous a devions être sauvés (2) », nous tous, qui que nous soyons, petits ou grands. Or, si c'est par ce nom que nous devons être sauvés, en dehors de ce nom on n'obtiendra sûrement pas même l'espèce de salut qu'on promet aux enfants. Je ne veux blesser personne ; mais promettre le salut en dehors du Christ, n'est-ce pas se condamner à n'obtenir pas soi-même le salut dans le Christ ?

5. Faisons-leur une autre question : Qu'un homme vienne à vous affirmer qu'en vertu du mérite de leur innocence, comme vous vous exprimez, et de leur exemption de toute faute, les petits enfants obtiendront non-seulement le salut et l'éternelle vie, mais encore

 

1. I Cor. VI, 9.11. — 2. Act. IV, 12.

 

le royaume de Dieu , comment répondrez-vous ? Comment êtes-vous sûrs et certains que les enfants non baptisés ne parviendront pas au royaume de Dieu? Comment osez-vous, non pour venir au secours de ces petits, mais pour opprimer ces infortunés, faire une séparation arbitraire et leur donner le salut et la vie éternelle sans le royaume des cieux ? Voici un coeur qui l'emporte sur vous en bienveillance, en miséricorde, et à votre point de vue, en justice même ; il donne le tout à ces enfants, le royaume des cieux aussi bien que l'éternelle vie : comment le réfuterez-vous? Vous aimez quelquefois à vous appuyer sur le raisonnement humain pour vous élever contre l'autorité la plus évidente. Eh bien ! recourez maintenant à toutes vos règles de raisonnement et prouvez avec tous les arguments dont-vous pourrez disposer qu'il y a erreur à soutenir qu'en considération des mérites de leur innocence, de leur exemption de toute faute, comme vous vous exprimez, c'est-à-dire du péché originel, les enfants qui n'ont pas reçu le baptême obtiendront non-seulement la vie éternelle, mais encore le royaume des cieux. Oui, prouvez qu'il y a erreur dans cette assertion. Je vais, mais sans rien préjuger encore, la soutenir tant soit peu et exprimer ce dont je ne suis pas convaincu. Je vous en avertis pour vous faire mieux sentir les traits de l'adversaire.

6. Voici donc un homme; un homme quelconque qui vient vous dire : Dès qu'il n'a aucun péché absolument, ni commis par lui-même, ni contracté du premier homme, l'enfant parviendra sûrement à la vie éternelle et au royaume des cieux. Répondez, réfutez cette argumentation qui s'élève contre vous, car vous faites une distribution bien différente. Vous dites en effet :  Cet enfant qui n'a point reçu le baptême parviendra sans doute à la vie éternelle, mais non pas au royaume des cieux. Et eux : Il parviendra à l'un comme à l'autre. Pourquoi dépouiller cet innocent de ce royal et céleste patrimoine ? Le priver du royaume des cieux, n'est-ce pas le priver d'un bien immense? Où est ici la justice? Pourquoi cet arrêt ? En quoi a péché ce petit qui n'est pas baptisé, mais qui n'est souillé non plus d'aucune faute soit personnelle, soit héréditaire ? Comment a-t-il mérité, dis-le-moi, de n'entrer pas au royaume des cieux, de ne partager pas le sort des saints, d'être exilé de la (461) société des anges ? Tu te crois compatissant en ne lui ôtant pas la vie; tu ne le condamnes pas moins en le reléguant loin du royaume des cieux. Tu le condamnes, non pas en le frappant, mais en l'exilant. Sans aucun doute les exilés peuvent vivre s'ils ont la santé ; ils n'éprouvent point de douleurs corporelles, ne sont point mis à la torture ni jetés dans les désolantes ténèbres d'un cachot, et ils n'éprouvent d'autre peine que de n'être pas dans leur patrie. Mais s'ils aiment cette patrie, quel supplice 1 Et s'ils ne l'aiment pas, n'y a-t-il pas dans leur coeur un ulcère plus profond ? Le coeur n'est-il pas profondément gâté, s'il ne désire ni la société des saints ni le royaume des cieux ? S'il n'a point ces désirs, sa perversité même est un supplice; s'il les éprouve, la privation imposée à son amour est un supplice encore. Admet-on avec toi que ce supplice soit léger ? Le châtiment n'en est pas moins terrible, puisqu'il n'est mérité par aucune faute. Prends ici le parti de la justice de Dieu. Comment inflige-t-elle une peine, même légère, à un innocent où elle ne trouve absolument aucun péché ? Réfute donc cet adversaire qui, plus miséricordieux et plus juste que toi, veut accorder aux enfants qui n'ont pas reçu le baptême, non-seulement l'éternelle vie, mais encore le royaume des cieux. Réponds-lui, si tu le peux, mais en raisonnant, puisque tu es si fier de ta raison.

7. Pour moi, je sens combien cette question est profonde et je ne me reconnais pas la force de la sonder complètement. Je préfère, ici encore, m'écrier avec saint Paul: « O profondeur ! » Pour n'avoir pas été baptisé, un enfant est mis au nombre des réprouvés, car l'Apôtre dit expressément que la condamnation vient d'un seul homme (1) : je ne trouve pas à cette condamnation une raison suffisante. Est-ce à dire qu'il n'y en a pas de suffisante ? Non; mais je n'en trouve point. Or, si je ne découvre pas la profondeur même de cette profondeur, je dois l'attribuer à la faiblesse humaine, sans condamner une autorité divine. Je m'écrie donc et sans rougir: « O profondeur des trésors ode la sagesse et de la science de Dieu! Que ses jugements sont impénétrables et ses voies incompréhensibles ! Qui a connu la pensée du Seigneur? ou qui l'a assisté de ses conseils ? ou enfin qui lui adonné le premier et

 

1. Rom. V, 16.

 

sera rétribué? Car c'est de lui, et par lui, et en lui que sont toutes choses : à lui la gloire dans les siècles des siècles (1) ». Ces paroles vont servir d'appui à ma faiblesse, et soutenu par cette défense je vais rester inébranlable en face de tous les traits que va me lancer ta raison. Pour toi, guerrier ou raisonneur vigoureux, riposte à l'adversaire qui te crie : Je soutiens qu'innocent et exempt de tout péché, soit originel soit actuel, le petit enfant jouira tout à la fois de l'éternelle vie et du royaume des cieux. C'est justice: puisqu'il n'y a en lui aucun mal, pourquoi manquerait-il de quelque bien? — Je sais pourquoi, reprends-tu. — Pourquoi donc? — Parce que Dieu l'a dit. — Tu arrives enfin. Ainsi tu crois cela, non sur l'autorité de ton raisonnement, mais sur l'autorité du Seigneur même. Je t'en loue, sans arrière pensée; c'est bien : ne trouvant point de raison comme homme, tu as recours à l'autorité. J'applaudis, j'applaudis sans réserve ; tu fais bien; ne trouvant rien à répliquer, jette-toi dans les bras de l'autorité; je ne t'y poursuivrai point, je ne veux point t'en arracher, j'aime mieux t'accueillir et te presser sur mon coeur pour t'en féliciter.

8. Cite donc un témoignage de cette autorité, armons-nous-en l'un et l'autre pour résister à notre ennemi commun; car je dis comme toi que l'enfant sans baptême n'entre point dans le royaume des cieux; tandis que notre ennemi dit que cet enfant qui n'est point baptisé, n'y sera point reçu. Résistons tous deux, et opposons à ses traits perfides le bouclier de la foi.

Laissons de côté pour le moment les conjectures de la raison humaine et revêtons-nous d'une armure divine. « Couvrez-vous, dit l'Apôtre, de l'armure de Dieu (2) ». Disons tous deux à cet homme : Es-tu chrétien? — Oui, répond-il. — Eh bien ! toi qui veux mettre au ciel les enfants qui n'ont pas reçu le baptême, écoute l'Evangile; voici ce qu'il dit : « Quiconque ne renaîtra de l'eau et de l'Esprit-Saint, n'entrera point dans le royaume de Dieu». C’est l'arrêt formel du Seigneur; il n'y a pour y résister que celui qui n'est pas chrétien. — Nous avons repoussé l'agresseur: à nous deux maintenant. Ah ! si ce qui t'a servi à le vaincre pour son bonheur, pouvait aussi te désarmer pour le tien ! A moins d'être

 

1. Rom. XI, 33-36. — 2. Ephés. VI, 13.

 

462

 

complètement endurci, ton adversaire n'a pu être vaincu sans être éclairé par toi. Ne t'endurcis pas non plus, et tous deux en attendant, attachons-nous à cet arrêt: « Si on ne renaît de l'eau et de l'Esprit, on n'entrera point dans le royaume de Dieu ». — C'est sur cet arrêt si clair, reprends-tu, et c'est pour ne pas y contrevenir, que je ne saurais promettre le royaume de Dieu à l'enfant qui n'est pas baptisé. C'est cet arrêt qui me fait dire : Ces enfants ne posséderont pas le royaume de Dieu; et qui me fait dire encore : Pour qu'ils possèdent le royaume de Dieu, il faut les baptiser. — C'est pour cet arrêt, dis-tu ? — C'est pour cet arrêt même. — Examine pourtant si ce que nous avons dit plus haut ne montre pas qu'en dehors du royaume de Dieu il n'y a point de vie éternelle. Rien de plus clair en effet que ce qui est enseigné sur ces deux grands partis, la gauche et la droite, entre lesquels il n'y a pas moyen de placer un milieu où serait la vie indépendamment du royaume de Dieu. Quoi l ces considérations ne font-elles rien sur toi pour redresser ta manière de voir? Mais reviens un peu avec moi sur le texte même où tu appuies ton sentiment.

9. Si tu ne veux pas promettre le royaume des cieux aux petits enfants qui ne sont pas baptisés, c'est que ce serait, as-tu dit, aller contre cet arrêt manifeste : « Si quelqu'un ne renaît de l'eau et de l'Esprit, il n'entrera point dans le royaume des cieux ». Nicodème demanda alors comment cela pouvait se faire, comment un homme pouvait renaître, naître de nouveau, attendu qu'il ne saurait rentrer dans le sein de sa mère pour acquérir une nouvelle naissance. Mais n'as-tu pas remarqué ce que lui répondit le Seigneur, ce que lui dit ce bon Maître, ce que la Vérité dit à l'erreur?

Pour lui montrer en effet comment la chose pouvait avoir lieu, le Sauveur employa, entre autres moyens, une comparaison. Mais il dit d'abord : « Nul ne monte au ciel que Celui qui est descendu du ciel, que le Fils de l'homme qui est dans le ciel (1) ». Il était sur la terre; il n'en disait pas moins qu'il était au ciel, et ce qu'il y a de plus étonnant, c'est qu'il plaçait au ciel le Fils de l'homme lui-même. C'était pour montrer que dans ses deux natures il ne formait qu'une seule personne, soit comme Fils de Dieu égal au Père, comme Verbe de

 

1. Jean, III, 5, 13.

 

Dieu, existant au commencement et Dieu dans le sein de Dieu, soit comme Fils de l'homme, comme revêtu d'une âme humaine et d'un corps humain, comme homme enfin vivant avec les hommes; car sous ce double rapport il n'y a ni deux Christs ni deux Fils de Dieu, mais une seule personne, un seul Christ, qui est, en même.temps Fils de Dieu et Fils de l'homme, sans cesser d'être le même Christ; Fils de Dieu à cause de sa divinité et Fils de l'homme à cause de son humanité. Nous qui sommes si peu attentifs ou si peu éclairés, n'aurions-nous pas préféré mettre au ciel le Fils de Dieu et le Fils de l'homme sur la terre? Pour écarter de nous l'idée d'une telle distinction qui pourrait introduire la croyance à deux personnes, « nul n'est monté au ciel, dit le Seigneur, que Celui qui est descendu du ciel, que le Fils de l'homme ». C'est donc le Fils de l'homme qui est descendu du ciel. Pour. tant n'est-ce pas sur la terre, n'est-ce point dans le sein de Marie qu'il est devenu Fils de l'homme? Garde-toi bien, ô homme, de séparer ce que je veux unir.

C'est peu encore que le Fils de l'homme soit descendu, puisque c'est le Christ qui est descendu et que le Christ est en même temps Fils de Dieu et Fils de l'homme : ce même Fils de l'homme siège au ciel, tout en marchant sur la terre. Il était au ciel, puisque le Christ est partout et puisque le Christ est Fils de Dieu et Fils de l'homme tout à la fois. L'unité de personne met sur la terre le Fils de Dieu comme elle met au ciel le Fils de l'homme, ainsi que nous l'avons prouvé par ces paroles : « Le Fils de l'homme, qui est au ciel ». N'est-ce pas également à cause de cette unité de personne que tout placé et tout visible qu'il fût sur la terre, Pierre lui disait: « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant (1)? »

10. Que Nicodème apprenne donc mainte. nant comment peut s'accomplir ce qu'il comprend peu en ce moment, ce qui lui parait incroyable et comme impossible, savoir: «Nul ne monte au ciel que Celui qui en est descendu ».

Quels sont ceux qui montent certainement au ciel? Tous ceux qui sont régénérés, et pas un seul de ceux qui ne le sont pas. De plus, tous ceux qui sont régénérés, c'est parla grâce de Dieu qu'ils montent au ciel : « Nul ne monte

 

1. Matt. XVI, 17.

 

463

 

au ciel que Celui qui est descendu du ciel, que le Fils de l'homme qui est dans le ciel » . Comment cela ? Parce que tous ceux qui sont régénérés deviennent les membres du Christ, du Christ qui reste toujours un, soit qu'on le considère comme Fils de Marie, soit qu'on le considère comme Chef du corps qui lui est uni. Voilà ce qu'il a voulu faire entendre par ces mots: « Nul ne monte que Celui qui est descendu ». Ainsi nul ne monte que le Christ. Veux-tu monter? Fais partie de son corps. Veux-tu monter? Sois l'un de ses membres. « Comme notre corps, qui est un, est composé de plusieurs membres, et que tous ces membres du corps, bien que nombreux, ne sont tous néanmoins qu'un seul corps; il en est de même du Christ (1) » ; car le Christ est tout à la fois la tête et le corps. Mais cherchons encore le secret de ce mystère: la question est obscure, on dirait que c'est un abîme qui s'approfondit encore.

11. Le Christ n'est coupable d'aucun péché; il n'a point contracté le péché originel et il n'y a point ajouté de péché personnel. Conçu sans aucune impression de volupté, en dehors de toute union sexuelle, il n'a pris dans le corps virginal de sa mère aucune maladie, il y a puisé le remède : il n'en a rien emporté à guérir; mais de quoi guérir; je parle de ce quia rapport au péché. Seul donc il est exempt de souillure: comment alors deviendrons-nous ses membres, nous dont aucun n'est sans péché ? Ecoute la comparaison suivante : « Et de même que Moïse a élevé un serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l'homme, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais possède la vie éternelle (2) ». Pour quel motif te semblait-il que les pécheurs ne pouvaient devenir membres du Christ, du Christ complètement exempt de péché ? C'était à cause de la morsure du serpent. Eh bien ! c'est pour cela même que le Christ se laisse crucifier, c'est pour cela qu'il répand son sang afin d'effacer les péchés. C'est à cause du péché, c'est-à-dire du poison du serpent, que « Moïse éleva un serpent dans le désert » ; c'était pour la guérison de tous ceux qu'avait mordus le serpent dans la solitude; ils étaient obligés de le regarder au haut du gibet, et quiconque le regardait se trouvait guéri: « Ainsi faut-il que le Fils de l'homme

 

1. Cor. XII, 12. — 2. Jean, III, 14, 15.

 

soit élevé, afin que quiconque croit en lui » ; en d'autres termes, le regarde sur la croix, ne rougit point de le voir crucifié, se glorifie de la croix du Christ, « ne périsse pas, mais possède la vie éternelle ». Comment ne périra-t-il pas ? En croyant en lui. Comment encore ? En le fixant sur la croix; autrement il périrait. C'est bien ce que signifie : « Afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais possède la vie éternelle ».

12. Pour toi, tu me présentes un enfant et tu veux qu'il contemple le Crucifix, tout en niant qu'il y ait en lui du venin du serpent. Ah ! si tu l'aimes, si tu es touché de l'innocence qu'il a conservée dans sa vie propre, né nie point qu'il ait contracté quelque culpabilité dans une vie antérieure, non dans sa propre vie, mais dans la vie de son premier père. Ne nie pas cela; avoue qu'il est empoisonné avant de demander le contre-poison ; sans quoi il ne guérira. point. Pourquoi d'ailleurs lui dire de croire ? C'est en effet ce que répond celui qui porte l'enfant. Si la parole d'autrui le guérit, c'est qu'il a été blessé par le fait d'autrui. Croit-il en Jésus-Christ? demande-t-on ; et on répond : Il y croit. Cet enfant ne parle pas, il se tait, il pleure, et ses pleurs semblent crier au secours; on répond pour lui, et la réponse est valide. Le serpent chercherait-il à persuader encore que la réponse ne sert à rien? Loin du coeur de tout chrétien une pensée semblable ! Oui, la réponse est efficace. L'esprit passe en quelque sorte de l'un à l'autre; cet enfant croit dans la personne d'autrui comme dans la personne d'autrui il a péché. La naissance qu'il reçoit de l'infirmité lui communiquerait-elle la vie du siècle présent, sans que la naissance que lui donne la charité pût lui assurer la vie du siècle futur ?

13. Ainsi donc, de même que Moïse éleva un serpent au milieu du désert, afin que tout ceux qui étaient blessés par les serpents de feu regardassent ce serpent élevé et fussent guéris; ainsi fallut-il que fût élevé le Fils de l'homme, afin que quiconque est empoisonné par le serpent infernal le regarde sur la croix et trouve ainsi sa guérison. Adam reçut le premier la morsure empoisonnée du serpent; il est donc convenable qu'en naissant avec une chair de péché, nous puisions dans le Christ le salut que donne sa chair semblable seulement à la chair du péché.

Effectivement « Dieu a envoyé son Fils », (464) non pas avec une chair de péché, « mais avec une chair semblable à la chair de péché » ; attendu qu'elle ne vient pas de l'union sexuelle mais d'un sein virginal. « Il l'a envoyé avec une chair semblable à la chair de péché ». Pourquoi ? « Afin de condamner dans sa chair le péché par le péché même (1) » , le péché par le péché, le serpent par le serpent. Qui hésiterait de donner au péché le nom de serpent ? Ainsi Dieu a condamné le péché par le péché, le serpent par le serpent; ou plutôt par ce qui en avait la ressemblance, puisque le Christ a toujours été sans péché et n'a eu que la ressemblance de la chair de péché. Aussi le serpent élevé par Moïse était-il un serpent d'airain, et la chair élevée sur la croix pour désinfecter la source même du péché n'était-elle que la ressemblance de la chair de péché; puisque «Dieu a envoyé son Fils avec une chair « semblable à la chair de péché » : non point avec une ressemblance de chair, puisqu'il avait une chair véritable, mais « avec une ressemblance de la chair de péché», puisque c'était une chair mortelle, bien qu'exempte de tout péché absolument. « Afin de condamner le péché », l'impiété réelle, « par le péché même », par ce qui en a l'apparence. Le Christ en effet était véritablement sans péché, et pourtant il était mortel ; il ne s'était pas chargé du péché, mais seulement de la peine du péché. Or, en prenant sur lui le châtiment sans la faute, il a mis fin à la faute et au châtiment.

Voilà comment cela s'accomplit, pour en revenir à ce cri d'étonnement qu'avait jeté Nicodème : « Comment cela peut-il se faire ? » C'est ainsi que s'accomplit en nous la guérison que nous ne méritons pas. Voilà comment se réalise le mystère. Que vas-tu faire maintenant des petits enfants ? Il n'y a en eux, dis-tu, le venin d'aucune morsure. Éloigne-les donc de la vue du serpent élevé en croix. Ne pas le faire, c'est dire,qu'ils ont besoin d'être guéris, c'est avouer qu'ils sont empoisonnés.

14. Aujourd'hui encore n'avez-vous pas entendu, pendant la lecture du même discours, ce qu'y disait en personne le Seigneur à Nicodème ? « Qui croit en lui n'est pas jugé; mais il est déjà jugé, celui qui n'y croit pas (2) ». Homme de milieu, ici encore tu cherches quelque milieu, tu discutes, tu te fais remarquer

 

1 Rom. VIII, 3. — 2. Jean, III, 9, 18.

 

sans remarquer toi-même ces mots : « Qui croit en lui n'est pas jugé : mais il est déjà « jugé, celui qui n'y croit pas». Que signifie: « Il est déjà jugé ? » Il est condamné; car le mot jugement est souvent pris dans le sens de, con. damnation. Les Écritures l'attestent, surtout dans ce passage si clair dont personne ne con. teste le sens. Le Seigneur dit, à propos de la résurrection : « Ceux qui ont fait le bien, en sortiront pour la résurrection de la vie; et ceux qui ont fait le mal, pour la résurrection du jugement (1) ». Ici jugement est mis évidemment pour condamnation. Et tu oses, toi, affirmer ou croire le contraire ! « Qui ne croit pas est déjà jugé». Ailleurs: « Qui croit au Fils possède la vie éternelle » ; et toi, tu la promettais aux enfants non baptisés ! « Qui croit au Fils possède la vie éternelle ». Pourtant, dit-on, cette vie éternelle est aussi le partage du petit enfant qui ne croit pas encore, bien qu'il n'ait aucun droit au royaume de Dieu. Vois donc ce qui suit : « Qui ne croit pas au Fils ne possède pas la vie éternelle, mais la colère de Dieu demeure sur lui (2) ». Où mets tu les enfants baptisés? sans aucun doute au nombre des croyants ; voilà pourquoi une coutume ancienne, canonique et fort autorisée dans l'Église, donne aux petits enfants baptisés le nom de fidèles. Si nous demandons de quel. qu'un de ces enfants : Est-il chrétien? Oui, répond-on. — Catéchumène ou fidèle? — Fidèle. Or fidèle vient de fades, foi, et foi désigne la croyance. Il est donc bien vrai que tu compteras parmi les croyants les petits enfants baptisés; et tu n'oseras penser d'eux autre chose, à moins de vouloir passer. pour un hérétique déclaré. D'où il suit que si ces enfants possèdent la vie éternelle, c'est parce qu' « a droit à la vie éternelle celui qui croit au Fils».

Garde-toi bien de leur promettre cette éternelle vie sans la foi et sans le sacrement qui la donne. « Celui qui ne croit point au Fils n'a pas la vie éternelle, mais la colère de Dieu demeure sur lui ». Il n'est pas dit que la colère viendra, mais qu' « elle demeure sur lui ». Ces mots: « La colère de Dieu demeure sur lui», font allusion à notre origine. C'est en vue de cette origine que l'Apôtre disait aussi : « Nous aussi nous étions autrefois, par nature, enfants de colère (3) ». Nous ne blâmons point la nature: c'est Dieu qui en est l'Auteur; Dieu, l’a créée

 

1. Jean, V, 29. — 2. Ib. III, 36. — 3. Eph. II, 3.

 

465

 

bonne, c'est la volonté perverse du serpent qui l'a viciée. Aussi ce qui fut en Adam l'effet de sa faute et non de sa nature, est devenu en nous, qui sommes issus d'Adam, l'effet de la nature. Or, nul ne délivre de ce vice de nature, apporté par l'homme en naissant, que Celui qui est né sans être souillé. Nul ne nous délivre de cette chair de péché, que Celui qui est né sans péché, mais avec la ressemblance d'une chair de péché. Rien ne guérit de l'empoisonnement du serpent, que l'élévation d'un autre serpent. A cela, que dis-tu ? N'est-ce pas avoir suffisamment prouvé ?

15. Examinez encore un peu cette autre objection pénétrante qu'ils élèvent contre nous. Les presse-t-on par ce témoignage de l'Apôtre : « Par un seul homme le péché est entré dans ale monde, et par le péché la mort, qui a ainsi passé dans tous les hommes par celui en qui tous ont péché (1) » , témoignage qu'il est comme impossible de ne pas comprendre dont personne, sans doute, n'a besoin de demander l'explication ? Ils essaient une réponse encore ; ils disent que l'Apôtre parle ainsi pour rappeler qu'Adam le premier a péché et que les autres pécheurs n'ont fait que l'imiter. Répondre ainsi, n'est-ce pas travailler à amonceler des ténèbres autour de la lumière la plus transparente ? « Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la a mort, qui a ainsi passé dans tous les hommes, par celui en qui tous ont péché ». Ceci, prétends-tu , veut dire simplement qu'ils ont imité Adam, le premier pécheur.

Je réponds d'abord : Adam n'est pas le premier pécheur. Veux-tu savoir qui a péché le premier ? Vois le diable. L'Apôtre voulait montrer que la masse du genre humain avait bu le poison avec la vie : voilà pourquoi il nomme ici , non pas celui que nous avons imité, mais celui dont nous sommes issus. Sans doute on appelle aussi ton père celui que lu imites : « Mes enfants, dit l'Apôtre, que j'engendre de nouveau (2). — Soyez mes imitateurs », dit-il encore (3). Aux impies considérés comme imitateurs, il est dit aussi : « Vous avez le diable pour père (4) » . Il est sûr en effet, d'après la foi catholique, que le diable n'a engendré ni formé notre nature ; s'il marche devant nous, c'est uniquement en nous séduisant ; si nous le suivons, c'est en

 

1. Rom. V, 12. — 2. Gal. IV, 19. — 3. I Cor. IV, 16. — 4. Jean, VIII, 44.

 

l'imitant. D'ailleurs, qu'on me montre écrit quelque part. Tous ont péché dans le diable, comme il est écrit que tous ont péché en Adam. Autre chose est de pécher en marchant sur les traces du diable et en se laissant séduire par lui, et autre chose de pêcher en Adam. Ceci suppose qu'issus de lui selon la chair, nous étions tous en lui avant de naître, nous y étions comme on est dans un père, comme un arbre dans son germe : c'est ainsi que s'est trouvé corrompu l'arbre dont nous sommes les fruits.

La preuve que notre origine ne remonte pas au diable, c'est-à-dire au prince du péché et certainement au premier de tous les pécheurs, mais que nous l'imitons seulement, c'est qu'il est dit de lui dans l'Ecriture. « Par l'envie du diable la mort est entrée dans l'univers, et ceux de son parti l'imitent (1) ». C'est même en l'imitant qu'ils sont de son parti. Lit-on ici qu'ils ont péché en lui ? D'Adam au contraire il est dit expressément, parce qu'il est la source première, le principe du genre humain : « En lui tous ont péché » . D'ailleurs, si c'est seulement pour nous avoir donné l'exemple du mal et non pour nous avoir corrompus à la source même de la vie, qu'Adam est considéré par nous comme le premier auteur du péché, pourquoi attendre si longtemps, pourquoi différer durant tant de siècles pour. opposer le Christ à Adam ? Si tous lés pécheurs ne forment le parti d'Adam que parce qu'il a péché le premier , Abel étant le premier juste, tous les justes doivent se rattacher à lui. Qu'est-il alors besoin du Christ ? Eveille-toi, mon frère. Oui, qu'est-il besoin du Christ, sinon parce que notre naissance étant viciée en Adam, nous avons besoin de renaître en Jésus-Christ?

16. Que personne donc ne cherche plus à nous tromper : l'Ecriture parle clairement, nous nous appuyons sur une autorité solide, notre foi est on ne peut plus catholique. Nous sommes tous condamnés en naissant; nul ne se sauve qu'en renaissant.

Ceci vous apprend, mes bien-aimés, à répondre à cette autre chicane qu'ils élèvent contre les petits enfants. Si d'un pécheur on naît pécheur, disent-ils, pourquoi d'un fidèle, d'un baptisé à qui sont remises toutes ses fautes, ne naît-on pas juste? Répliquez sans

 

1. Sag, II, 24, 25.

 

466

 

hésiter : La raison pour laquelle on ne naît pas juste d'un père baptisé, c'est que la génération est l'oeuvre, non de ce qui est régénéré, mais de ce qui ne l'est pas. Il est dit du Christ qu'il est « mort selon la chair et ressuscité selon l'esprit (1)»; de l'homme on peut dire semblablement qu'il est corrompu selon la chair et justifié selon l'esprit. « Ce qui naît de la chair est chair ». Tu voudrais que du juste on naquît juste, quand tu sais que nul absolument ne peut être juste à moins d'être régénéré. Tu ne fais donc pas attention à cette sentence du Seigneur, que tu as sans cesse à la bouche : « Si on ne renaît de l'eau et de l'Esprit (2) ». Apparemment ce n'est point par le rapprochement des sexes que s'opère cette renaissance. Tu t'étonnes de voir que d'un juste on naît pécheur: et tu n'admires pas comment de l'olivier franc naît l'olivier sauvage ! Voici une autre comparaison. Suppose que le juste après son baptême est un grain de pur froment : ne vois-tu pas comment ce grain, tout pur qu'il soit, produit avec le froment la paille qu'on n'a pas semée avec lui? D'ailleurs encore, si la propagation naturelle se fait par la génération charnelle, la propagation surnaturelle s'accomplit au moyen de la propagation spirituelle. Pourquoi donc vouloir que d'un baptisé naisse un baptisé, puisque d'un circoncis ne naît pas un circoncis ? Notre génération est charnelle, la circoncision l'est aussi; et pourtant d'un circoncis ne naît pas un circoncis. C'est ainsi que d'un baptisé ne saurait naître un baptisé. Pour être régénéré ne faut-il pas avoir été engendré?

17. Voici un autre de leurs traits les plus acérés : mais qu'y a-t-il de si acéré qui ne s'émousse contre le bouclier de la vérité? Ils font donc une nouvelle objection, la voici : Si Adam, disent-ils, fait le malheur de ceux mêmes qui n'ont pas péché, le Christ aussi doit faire le bonheur de ceux mêmes qui n'ont pas cru en lui. Vous voyez combien ce raisonnement attaque vivement la vérité ; considérez maintenant combien il la soutient. Parler ainsi c'est ,dire tout simplement que le Christ n'assure aucun avantage à ceux qui ne croient pas. C'est vrai ; qui n'admet cela? Qui ne confesse que le Christ fait le bonheur, non de ceux qui ne croient. pas, mais de ceux qui croient? Or, dis-moi maintenant, je t'en prie

 

1. I Pierre, III, 18. — 2. I Jean, III, 6, 5.

 

Le Christ fait-il ou ne fait-il pas du bien aux enfants qui ont reçu le baptême ? Il faut répondre qu'il leur fait du bien : l'autorité maternelle de l'Eglise ne permet pas de dire le contraire. Peut-être voudraient-ils répondre qu'il ne leur procure aucun avantage, c'est à quoi semblent aboutir leurs raisonnements; mais l'autorité de l'Eglise les arrête, ils ont peur, je ne dirai pas d'être couverts de crachats et de mépris, mais d'être emportés par le torrent des larmes de ces petits enfants. Effectivement, s'ils affirmaient que le Christ n'accorde rien aux enfants qui reçoivent le baptême, ce serait prétendre qu'il est inutile de leur conférer ce sacrement. Or, pour ne pas dire, car ils ne l'osent, qu'il est inutile de donner le baptême aux enfants; ils avouent que le Christ leur accorde quelque grâce lors. qu'ils le reçoivent.

Mais si le Christ leur fait du bien quand ils reçoivent le baptême, croient-ils ou ne croient• ils pas? Qu'on prenne le parti qu'on voudra. Si on répond que ces enfants ne croient pas Pourquoi, demanderai-je alors, soutenais-tu donc calomnieusement que le Christ ne sau. rait faire aucun bien à qui n'a pas la foi? Ne confesses-tu pas maintenant qu'il en fait à ces enfants, quoique ceux-ci ne croient pas? Or, il leur en fait de toute manière. Selon toi il ne leur en fait pas pour leur assurer l'éternelle vie, le salut éternel, mais il leur en fait sûrement en leur octroyant le royaume des cieux. Toutefois il leur en fait, bien qu'ils ne croient pas. Dieu me garde pourtant d'avancer que ces enfants ne croient pas ! Je l'ai remarqué déjà précédemment, l'enfant croit par autrui, comme par autrui il a péché; on dit dé lui qu'il croit, cette parole a son efficacité et l'enfant compte au nombre des fidèles baptisés. Voilà ce qu'enseigne l'autorité de l'Eglise notre mère, voilà ce qu'exprime inébranlable loi de la vérité; se heurter contre ce roc, contre ce mur inexpugnable, c'est se mettre en pièces.

Ainsi donc le Christ fait du bien aux enfants qui ont reçu le baptême, et comme je le sou. tiens avec toute l'Eglise, il leur fait du bien parce qu'ils croient, parce qu'ils sont fidèles, Pour toi, adopte ce que tu voudras. Je désire sans doute que tu te prononces pour ce qu'il y a de plus incontestable et que tu confesses avec nous que le Christ leur fait du bien parce qu'ils croient. Si tu dis néanmoins qu'il les

 

467

 

sauve bien qu'ils ne croient pas, tu te condamnes toi-même; et tu fais d'avec moi si tu admets qu'il leur profite et qu'ils sont croyants. Choisis donc si tu veux te condamner en disant faux, ou faire d'avec moi en disant vrai. N'est-il pas vrai que tu enseignais, il y a un instant, que le Christ n'est d'aucune utilité à ceux qui ne croient pas, et que tu avais l'intention de faire admettre qu'Adam n'a pas plus nui à ceux qui n'ont pas péché, que le Christ n'avantage ceux qui n'ont pas la foi? Maintenant, au contraire, tu prétends que le Christ fait du bien aux enfants baptisés qui ne croient pas ! Ah ! si tu admettais qu'ils croient, tu soutiendrais la vérité et tu serais d'avec moi, car ces enfants ont sûrement la foi. D'où leur vient-elle? Comment croient-ils? Elle leur vient de la foi de leurs parents. Si la foi de leurs parents sert à les purifier, c'est que c'est aussi le péché de leurs parents qui les a souillés. Leurs premiers parents les ont engendrés pécheurs avec leur corps de mort ; et avec l'esprit de vie leurs derniers parents les ont régénérés fidèles. L'enfant ne répond pas, et tu admets qu'il a la foi; il n'agit point, et je crois qu'il a péché.

18. Les saints, poursuit-on, doivent mettre des saints au monde, car l'Apôtre dit expressément : « Sans quoi vos enfants seraient souillés , tandis qu'ils sont saints (1) ». — Comment l'entends-tu ? Comment veux-tu qu'un enfant de fidèles naisse saint au point de ne devoir pas être baptisé? Tu peux prendre cette sainteté dans plusieurs sens ; car il y a plusieurs espèces de sainteté et plusieurs modes de sanctification. Est-ce que tout ce qui est sanctifié entre pour ce motif dans le royaume des cieux? L'Apôtre dit de la nourriture que nous prenons : « Elle est sanctifiée par la parole de Dieu et par la prière (2) ». Bien qu'elle soit sanctifiée, ignorons-nous où elle se jette ? Sache donc qu'il y a une espèce et comme une ombre de sainteté qui ne suffit point au salut. Elle en est éloignée,et éloignée à un point que Dieu tonnait. Donc aussi qu'on coure porter au baptême l'enfant issu de parents fidèles, et que. ces parents ne s'abusent pas jusqu'à croire qu'il est à sa naissance un fidèle comme eux. Ils peuvent bien dire qu'il est né, mais non qu'il soit

 

1. Cor. VII, 14. — 2. I Tim. IV, 5.

 

rené. Veux-tu savoir dans quel sens sont sanctifiés les enfants des fidèles? Il me faudrait beaucoup de temps pour approfondir ce mode de sanctification; rappelle-toi seulement ce qui est dit du mari infidèle et de l'épouse fidèle. « Le mari infidèle, est-il écrit, est sanctifié par son épouse, et la femme fidèle est sanctifiée par son frère (1) » . De ce que l'époux infidèle se trouve sanctifié jusqu'à un certain point par son union avec une fidèle épouse, s'ensuit-il qu'il doive être sûr d'entrer dans le royaume des cieux, sans avoir besoin d'être baptisé, d'être régénéré, d'être racheté par le sang du Christ? De même donc que tout sanctifié qu'il soit par son épouse, l'époux infidèle est perdu s'il ne reçoit le baptême; ainsi, quoique sanctifiés dans un certain sens, c'en est fait des enfants des fidèles, s'ils ne sont baptisés.

19. Je vous en prie, prenons un peu de relâche : je ne vais faire que lire. Le livre que je prends à la main est un ouvrage de saint Cyprien, ancien évêque de ce siège. Il vous instruira en peu de mots,'de ce qu'il pensait, ou plutôt de ce que d'après lui l'Eglise a toujours pensé du baptême des enfants. Peu contents des nouveautés impies qu'ils tâchent d'introduire par leurs raisonnements, nos adversaires travaillent encore à nous faire passer nous-mêmes pour des novateurs. Si donc je lis aujourd'hui un passage de saint Cyprien, c'est pour vous montrer quelle signification canonique et catholique on a donnée aux paroles que je viens d'expliquer.

On avait demandé à saint Cyprien s'il fallait baptiser les enfants avant le huitième jour, attendu que d'après l'ancienne loi il fallait attendre jusqu'au huitième jour pour circoncire les enfants. La question roulait donc sur le jour du baptême; il ne s'agissait pas du péché originel : aussi, comme il n'y avait pas doute à ce sujet, on partit de là pour résoudre la question soulevée. Voici ce qu'ajoute saint Cyprien aux considérations que j'ai faites plus haut : « Aussi pensons-nous que la loi précédemment établie ne doit empêcher personne d'obtenir la grâce et que la circoncision charnelle ne peut être un obstacle à la circoncision spirituelle, mais que tous absolument doivent être admis à

 

1. I Cor. VII, 14.

 

468

 

la grâce du Christ. Pierre en effet s'exprime ainsi dans les Actes des Apôtres : Dieu m'a enseigné qu'il ne faut traiter personne de profane ni d'impur. D'ailleurs, si quelque chose pouvait jamais éloigner de la réception de la grâce, ce serait surtout les péchés graves qui devraient en éloigner les adultes et les hommes plus avancés en âge. Mais comme les plus grands pécheurs, comme ceux qui ont le plus grièvement offensé Dieu , reçoivent le pardon de leurs fautes quand ils sont devenus croyants, et qu'à nul d'entre eux ne sont refusés ni le baptême ni la grâce; à combien plus forte raison doit-on ne pas les refuser à l'enfant nouveau-né qui n'a pu pécher et qui seulement doit à sa qualité de fils d'Adam le vieil héritage de mort attaché à sa première naissance : d'autant plus facilement admis au pardon de ses péchés que les fautes dont il reçoit la rémission sont pour lui des fautes étrangères et nullement des fautes  personnelles (1) ». Remarquez comment la certitude qu'il a du péché originel, lui sert de point de départ pour fixer le doute sur la nécessité du baptême. Cette doctrine a été empruntée par lui à ce qui sert comme de fondement à l'Eglise, et dans le dessein d'en affermir les pièces chancelantes.

20. Ainsi donc obtenons de nos frères, s'il est possible, qu'ils ne nous donnent plus le titre d'hérétiques, quand, à raison de leurs prétentions, nous pourrions, si nous le -voulions, leur donner cette qualification , que pourtant nous ne leur appliquons pas. Mère pieuse, que l'Eglise les porte dans ses entrailles pour les guérir, et les tolère pour les instruire, afin de ne pas déplorer leur mort, Ils vont trop loin; ils s'égarent énormément, on peut les supporter à peine, on a besoin d'une grande patience. Ah ! qu'ils n'abusent point de cette patience de l'Eglise, qu'ils se corrigent, ce sera leur bonheur. Nous les y exhortons en amis, au lieu de disputer contre eux en ennemis. Ils parlent mal de nous, nous le souffrons; seulement qu'ils ne s'élèvent point contre la règle, contre la vérité, qu'ils ne se mettent point en contradiction avec la sainte Eglise, qui s'appliquant chaque jour à effacer la tache originelle dans les petits enfants. Cette doctrine est solidement établie. En d'autres questions qui n'ont pas encore été examinées avec soin, ni décidées parla pleine autorité de l'Eglise, on doit souffrir la discussion, supporter l'erreur : seulement celle-ci ne doit pas aller jusqu'à chercher à ébranler le fondement même de l'Eglise. Il ne serait pas avantageux de sévir alors, et peut-être notre patience n'est-elle point à blâmer; nous devons craindre pourtant aussi que notre négligence ne devienne coupable.

Que votre charité se contente de ce que j'ai dit; vous qui connaissez ces frères égarés, conduisez-vous envers eux avec amitié, avec un coeur fraternel et pacifique, avec amour et avec compassion; que votre piété fasse tout ce qu'elle peut, attendri que plus tard il n'y aura plus d'impies à aimer.

            Unis au Seigneur notre Dieu, etc.

 

1. S. Cypr. Epist. LIX ac Fidus.

 

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