SERMON CCCXLII
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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
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SERMON CCCXLII.

LE SACRIFICE DU SOIR.

Analyse — Le sacrifiée du soir ou le sacrifice offert sur ta croix est celui de notre rédemption. Or, qui a part à cette rédemption ? Non pas tout le monde indistinctement, puisque Jean a été envoyé pour montrer le Fils de Dieu à ceux qui ne te connaissaient pas et qui le repoussaient ; mais ceux-là seulement qui se sont attachés à lui, comme les Gentils convertis sincèrement. Et quel avantage retirent-ils de cette rédemption ? L’avantage immense d'être les enfants adoptifs de Dieu.

 

1.    Nous devons vous parler du sacrifice du soir. Car voici ce que nous avons demandé dans nos chants et chanté en priant : « Que ma prière s’élève comme l’encens en votre présence, que mes mains élevées dirent le sacrifice du soir (1) ». La prière nous rappelle ici l’humanité, et les mains étendues, la croix, on le signe que nous pot ions au front, le signe qui a assuré notre salut ; signe outragé avant d’être mis en honneur, signe méprisé avant d’être couvert de gloire. Ici Dieu se montre, pour porter l’homme à le supplier ; il se voile aussi, pour permettre de mourir a

 

1 Ps. CXL, 2.

 

la nature humaine, «car s’ils l’avaient connu, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de  la gloire (2) ».

Eh bien ! c’est à ce sacrifice, où le prêtre est en même temps victime, que nous devons d’avoir été rachetés par le sang répandu du Créateur même ; sans doute le Créateur lie nous a pas créés avec son sang, mais avec son sang il nous a rachetés. Il nous a créés « dans le principe» ou dans son Verbe qui était en Dieu et qui était Dieu; c’est par ce Verbe que nous avons été créés. Le contexte ajoute : « Tout a été fait par lui, et

1 I Cor. II, 8.

 

8

 

sans lui rien ne l’a été ». Voilà ce qui concerne notre création. Mais notre rédemption? Ce qui est fait était vie en lui, et la vie était « la lumière des hommes ; et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise ». Ici encore c’est la divinité, c’est ce qui demeure éternellement immuable, c’est celui qui demande, pour se laisser voir à nous, que nos cœurs soient purifiés. Mais l’Evangéliste n’a pas dit encore le moyen de les purifier. « La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point cornet prise ». Que faut-il pour que les ténèbres ne soient plus ténèbres et puissent, la comprendre? Les ténèbres sont ici les pécheurs, les infidèles. Afin quel les ténèbres ne soient plus ténèbres et puissent comprendre la lumière, « le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous ». Contemplez donc le Verbe, le Verbe fait chair, et le Verbe avant de s’être fait chair. « Au commencement était le Verbe, et « le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu : tout a été fait par lui ». Où est-il fait mention de son sang? voilà bien ton créateur : où est ta rançon ? D'où te viendra la rédemption? De ce que « le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous ».

2.    Remonte un peu plus haut. « La lumière, est-il dit, luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise ». Or, les ténèbres n'ayant point compris la lumière, il fallait aux hommes un témoignage d’homme. Ils ne pouvaient voir le jour; peut-être pourraient-ils regarder un flambeau. Eh bien ! oui, trop peu capables de fixer le grand jour, ils pouvaient jusqu’à un certain point soutenir la lumière d’un flambeau. « Il y eut un homme envoyé de Dieu, son nom était Jean. Il vint pour rendre témoignage à la lumière ». Quel est-il, et de la part de qui vient-il pour rendre témoignage à la lumière? Comment n’était-il pas la lumière, n’eût-il été qu’un flambeau? Remarque d’abord qu’il était un flambeau. Veux-tu savoir ce que ce flambeau disait du jour, et le jour, de ce flambeau ? « Vous avez envoyé vers Jean, dit le Sauveur, vous avez voulu un moment vous réjouir à sa lumière ; c’était un flambeau ardent et luisant (1) ». Que voyait donc cet autre Jean, lorsque peu admirateur de ce flambeau il disait : « Il n’était pas la lumière, mais il devait rendre témoignage à la lumière ». A

 

1 Jean, V, 33, 35.

 

quelle lumière? « Il y avait une vraie lumière, celle qui éclaire tout homme venant en ce monde». Tout homme? Jean donc aussi? Oui, quand le grand jour ne voulait pas se montrer encore, il s’était allumé un flambeau qui devait lui rendre témoignage. Et quel flambeau? un flambeau que le jour même pouvait allumer. Jean le confesse expressément, écoute : « Tous, dit-il, nous avons reçu de sa plénitude ». On le prenait pour le Christ, et il se disait homme ; pour le Seigneur, et il se disait son serviteur. Que tu as raison, flambeau, de l’abaisser, pour ne t’éteindre pas au vent de l’orgueil. Aussi bien existait-il « une lumière véritable, celle qui éclaire tout homme venant en ce monde » ; tout être vivant susceptible d’être éclairé, en d’autres termes, tout homme doué d’esprit et de raison pour pouvoir participer au Verbe de Dieu.

3.    Mais cette lumière véritable qui éclaire tout homme raisonnable venant en ce monde, où était-elle? «Elle était dans ce monde». La terre n’y était-elle pas aussi? le soleil et la lune n’étaient-ils pas également? Œil de l’esprit humain, sois attentif au jour qui l’éclaire. « Il était dans ce monde, et le monde a été fait par lui ». Il était ici comme il y était avant l’origine du monde, et non pas comme manquant d’un séjour à lui; car au lieu d’être contenu dans le lieu qu'il habite, Dieu le contient, ce qui prouve qu’il était eu ce monde d'une manière merveilleuse et mettable.

« Et le monde acte fait par lui, et le monde ne l’a pas connu ». Quel est ce monde fait par lui? « Au commencement Dieu fit le ciel et la terre (1 ) » : c’est ainsi que par lui tout a été fait. Quel est le monde qui ne l’a point connu ? Il y a monde et monde, comme maison et maison ; on entend par maison l’édifice, et par maison encore les habitants. L’édifice: ainsi cet homme a fait une grande maison, il a construit une maison magnifique. Les habitants: ainsi voilà une bonne maison, que Dieu la bénisse, une mauvaise maison, que Dieu lui pardonne. « Le même qui a été fait par lui », signifie donc la demeure et les habitants; « et le monde qui ne l’a point connu », désigne uniquement les habitants du monde.

4.    « Il est venu citez lui, et les siens ne l’ont pas reçu ». Pourquoi donc y est-il venu? ignorait-il que les siens ne le recevraient pas?

 

1 Gen. I, 1.

 

9

 

Ecoute pourquoi il y est venu. « Mais à tous ceux qui l’ont reçu ». Il y a eu des siens pour ne le recevoir pas, et des siens pour le recevoir ; un monde pour ne croire pas en lui, et le monde entier pour y croire. Quand nous disons : Cet arbre est tout couvert de feuilles, prétendons-nous qu’il n’y ait point place pour les fruits? Ou peut dire, on peut remarquer tout à la fois, et que l’arbre est couvert de feuilles, et que l’arbre est couvert de fruits ; de feuilles que doit emporter le vent, et de fruits à recueillir. Ainsi donc, fidèles de Dieu, vous qui le servez et qui l'aimez, vous dont il est la gloire, l’espérance, le bien, lorsque vous entendez dire : « Les siens ne l’ont point reçu», ne vous attristez pas, comme lui appartenant par la foi. « Les siens ne l’ont pas reçu». De qui s’agit-il? Sans doute des Juifs lires autrefois par lui de l’Egypte, délivrés de force de prodiges; des Juifs qui traversèrent la mer Rouge, qui s’en échappèrent à pied sec, se dérobèrent à la poursuite de leurs ennemis, se nourrirent de la manne, et furent par lui affranchis de la servitude, mis en possession d’un royaume et achetés par des bienfaits sans nombre. Voilà quels furent ceux des siens qui ne le reçurent pas; mais en ne le recevant pas ils lui devinrent étrangers. Ils étaient sur l’olivier; leur orgueil les en a fait tomber.

Or, il y avait un sauvageon sans prix, qui portait des fruits amers et méprisables, et qui couvrait l’univers entier ; l'univers entier offrait un aspect horrible à cause de cet olivier sauvage. L'humilité toutefois lui mérita d’être greffe à la place d’où l'orgueil avait détaché l’olivier véritable (1). Vois ici l’orgueil de cet olivier qui a mérité d'être rompu: « Nous ne sommes pas nés dans la servitude, nous avons Abraham pour père. — Si vous étiez enfants d'Abraham, leur fut-il répondu, vous feriez les oeuvres d’Abraham»; et a ces mots : « Nous ne sommes pas nés dans la servitude », on oppose ceux-ci : « Si le Fils vous affranchit, vous serez libres réellement». Vous vous vantez de votre liberté? Quiconque fait le péché est esclave du péché (2) ». Combien, ô homme, tu aurais moins à perdre d'être l’esclave d’un homme, que de l’être d’une passion perverse ! Parleur orgueil toutefois ces malheureux ne reçurent pas l'humble Sauveur.

1 Rom, XI, 17. — 2 Jean, VIII, 33-39.

 

Contemple maintenant le sauvageon qui mérite d’être greffé; c’est le centurion, enfant de la gentilité et non d’Israël : « Seigneur, dit-il, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma demeure. —  En vérité, je vous le déclare, reprit le Seigneur, je n’ai pas trouvé une foi si grande en Israël » ; je n’ai pas trouvé sur l'olivier ce que j’ai trouvé sur ce sauvageon. Qu’on rompe cet olivier orgueilleux, et qu’on greffe sur le tronc ce sauvageon si humble. Vois le Sauveur abattre et greffer tout à la fois : « Aussi je vous déclare que beaucoup viendront de l’Orient et de l’Occident » ; il en viendra beaucoup de sauvageons pour se faire greffer sur l’olivier, « et ils se mettront à table avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux». Voilà comment sera greffé l’humble sauvageon. Veux-tu voir briser l’olivier orgueilleux? «Mais les enfants du royaume se jetteront dans les ténèbres extérieures: là il y aura pleur et  grincement de dents (1) ». Pourquoi? Parce que « les siens ne l’ont pas reçu ». Pourquoi d’un autre côte le sauvageon a-t-il été greffé ? Parce qu’ «à tous ceux qui l’ont reçu il a donné  le pouvoir de devenir enfants de Dieu ».

5.    Redresse ton cœur, ô genre humain ; respire un air de vie et de liberté sans danger. Qu’entends-tu ? Que te promet-on ?« Il leur a donné le pouvoir ». Quel pouvoir? Est-ce le pouvoir dont les hommes sont si fiers, le pouvoir de décider de la vie humaine, de porter des sentences sur les innocents et sur les coupables? « Il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu ». Dès lors en effet sans être enfants ils le devenaient, parce que celui qui accorde de le devenir et qui est le Fils de Dieu, était devenu fils de l'homme. L’est ainsi que ces fils des hommes sont devenus enfants de Dieu. Lui s’était abaissé à ce qu’il n’était pas, car il était bien autre chose; il t'a élevé à ce que tu n’étais pas non plus, Car tu en étais fort loin. Elève donc les espérances. A la vérité, on t’a fait de grandes promesses; mais elles viennent de la grandeur même. Il semble excessif, incroyable, impossible, que les fils «les hommes deviennent enfants de Dieu. Mais ils ont reçu davantage quand le Fils de Dieu s’est fait le fils de l’homme.

Mortel, élève donc tes espérances et bannis de ton cœur toute défiance. Ce qui est fait

1 Matt. VIII, 8-12

 

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pour toi est plus incroyable que ce qui t’est promis. Tu t’étonnes de voir un homme vivre éternellement? Tu t’étonnes de voir un homme parvenir à l’éternelle vie? Etonne-toi plutôt qu’un Dieu soit mort. Comment douter de sa promesse, quand il t’en a donné un gage semblable? Reconnais donc combien ce gage te rassure, combien il donne de poids à cette divine promesse : « A tous ceux qui l’ont reçu il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Par quel moyen ? non par le moyen ordinaire, non par la génération du vieil homme, génération charnelle et qui cessera.

« A ceux qui sont nés, est-il dit, non de la  chair, ni du sang, ni de la volonté de  l’homme, mais de Dieu ». Tu t’en étonnes ; tu n’y crois pas ! « Le Verbe s’est fait chair, et a habité parmi nous (1) ».

Voilà de quoi s’est formé le sacrifice du soir. Attachons-nous-y; qu’on offre avec nous celui qui pour nous s’est offert. Ainsi le sacrifice du soir mettra fin à notre vie ancienne, et des lors, l’aurore paraîtra en nous une vie nouvelle.

1 Jean, I, 1, 14.