SERMON CCCXLVI
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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
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SERMON CCCXLVI.

LE PÈLERINAGE DE LA TERRE.

 

Analyse. — D’après l’Ecriture, il n’y a de véritable vie que la vie éternelle, et la vie présente n'est qu’un pèlerinage; mais en nous y conduisant d’après les lumières de la foi chrétienne, nous parviendrons à la jouissance de la vérité et de la vie bienheureuse. Aussi Jésus-Christ a-t-il dit : « Je suis la voie », dans la vie présente, et dans le siècle à venir « la vérité et la vie ».

1.    Rappelons-nous ensemble, mes frères bien-aimés, ces paroles de l’Apôtre : « Tant que nous sommes dans ce corps, nous voyageons loin du Seigneur ; car nous marchons par la foi, et non par la claire vue (1) ». Ainsi donc en disant : « Je suis la voie, la vérité et la vie (2) » , Notre - Seigneur Jésus-Christ a voulu nous faire marcher par lui et vers lui. Par où en effet marchons-nous, sinon par la voie? Et où allons-nous, si ce n’est à la vérité et à la vie, savoir, à la vie éternelle, laquelle mérite seule le nom de vie ?

Comparée à cette vie suprême, la vie mortelle où nous sommes maintenant est plutôt une mort évidente, tant il y a en elle de variations, de changements, et d’inconsistance ! tant elle est de courte durée ! Aussi lorsque ce jeune homme riche lui eut dit : « Bon Maître, qu’ai-je à faire pour parvenir à la vie éternelle? » le Seigneur lui répondit : « Si tu veux parvenir à la vie, garde les commandements (3) ». Ce riche avait sans doute une vie quelconque, car ce n’était pas à un cadavre, à un homme inanimé que s’adressait le Sauveur; mais quoique la question fût relative au moyen d’obtenir la vie éternelle, le Seigneur ne répondit pas ; Si tu veux parvenir à la vie éternelle ; il dit simplement : « Si tu veux arriver à la vie, garde les commandements ». N’était-ce pas nous dire que la vie qui n’est point éternelle ne mérite pas même le nom de vie, et qu'il n’y a de vraie vie que l’éternelle?

Voilà pourquoi, en invitant de conseiller l’aumône aux riches, l’Apôtre disait à son tour : « Qu’ils soient riches en bonnes œuvres, qu’ils donnent aisément, qu’ils partagent, qu’ils s’amassent un trésor qui soit

 

1 II Cor. V, 6, 7. — 2 Jean, XVI, 6. — 3 Matt. XIX, 17.

 

pour l’avenir un point d’appui afin d’arriver à la vie véritable (1) ». Que faut-il entendre ici par la vie véritable, sinon l’éternelle vie, laquelle mérite seule le nom de vie, parce que seule elle est bienheureuse ? Sans aucun doute encore ces riches à qui il disait qu’il fallait commander de mériter la vie véritable, passaient cette vie au milieu de leur opulence; et si saint Paul avait estimé que cette vie fût la véritable vie, il n’aurait pas dit : « Qu’ils s’amassent un trésor qui soit pour l’avenir un solide point d’appui afin d’arriver à la vie véritable ». Ici donc il nous enseigne que la vie des riches n’est pas la vraie vie, quoique les sots l’appellent et la vraie vie, et la vie bienheureuse. Pourtant comment serait-elle la vie bienheureuse, dès qu’elle n’est pas la vie véritable? Il n’y a de vie heureuse que la vraie vie, et il n’y a de vraie vie que la vie éternelle. C’est celle vie que, d'après l’Apôtre, les riches ne possèdent pas malgré toutes leurs délices. Aussi les invite-t-il à la mériter par leurs aumônes, afin de pouvoir entendre à la fin des siècles : «Venez, bénis de mon Père, recevez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde; car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ». Puis un peu plus loin, le Seigneur montre que ce royaume n’est autre chose que l'éternelle vie. « Ceux-là, dit-il, iront aux éternelles Ranimes, et les justes à la vie éternelle (2)».

2.    Jusqu’à ce que nous soyons arrivés à cette vie, « nous voyageons loin du Seigneur, car nous marchons par la foi, et non par la claire vue ». Aussi bien le Christ dit-il : « Je suis la voie, la vérité et la vie ». Par la foi il est pour nous la voie ; avec la claire vue

 

1 Tim. VI, 18, 19. — 2 Matt. XXV, 34, 35, 36.

 

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il sera la vérité et la vie. «Nous voyons maintenant à travers un miroir, en énigme » ; c’est la foi : «mais alors ce sera face à face (1)»; c’est-à-dire la claire vue. L’Apôtre dit encore qu’intérieurement le Christ habile par la foi dans vos cœurs » : c’est la voie, où nous ne voyons que partiellement. Rajoute bientôt après : « Connaissez aussi la science suréminente de la charité du Christ, pour être remplis de toute la plénitude de Dieu (2)» : ce serait la claire vue; nous en jouirons quand, remplis de cette plénitude, en possédant ce qui est parfait, nous n’aurons plus ce qui n’est que partiel (3). Saint Paul dit aussi : « Vous êtes morts, et votre vie est cachée en Dieu avec le Christ » : voilà la foi. Il poursuit : « Lorsque apparaîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi vous apparaitrez dans la gloire (4)» : voilà la claire vue. Saint Jean dit à son tour ; « Mes bien-aimés, dès maintenant nous sommes les enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore» : c’est la foi. Il continue : « Or, nous savons que quand il se montrera nous lui a serons semblables, puisque nous le verrons a tel qu’il est (5) » : ce sera la claire vue.

Aussi le Seigneur, qui a prononcé ces mots : « Je suis la voie, la vérité et la vie », disait-il, dans un discours aux Juifs et en s’adressant à ceux d’entre eux qui avaient cru en lui : « Si vous restez attachés à ma parole, vous serez a véritablement mes disciples; et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous délivrera ». Ceux-ci dès lors étaient devenus croyants, car l’Evangéliste s’exprime ainsi : « Or, Jésus disait à ceux qui avaient cru en lui : Si vous restez attachés à ma parole, vous serez véritablement mes disciples , et

 

1 I Cor. XIII, 12. — 2 Eph. III, 16, 17, 19. — 3 I Cor. XIII, 10. — 4 Coloss. III  3, 4. — 4 Jean, III, 2.

 

vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous délivrera (1) ». Ainsi donc ils croyaient, et avaient commencé à suivre le Christ comme la voie de la vérité. C’est pourquoi le Christ les exhorte à y rester afin de parvenir au terme. A quel terme, sinon à celui qu’indiquent ces mots : « La vérité vous délivrera?» Vous délivrera de quoi, sinon de toutes les vicissitudes auxquelles est exposée l’inconstance humaine, de toutes les corruptions qui accompagnent la mortalité? Ainsi la vraie vie, la vie éternelle, est celle que nous ne possédons pas encore, tant que nous voyageons loin du Seigneur et que nous acquerrons par la foi, puisque nous ne marchons pas moins dans le Seigneur, si nous demeurons attachés à sa parole avec une invincible constance. Car à ces mots : « Je suis la voie », répondent ceux-ci : « Si vous demeurez attachés à ma parole, vous serez véritablement mes disciples» ; et à ces autres : « Et la vérité et la vie », ces autres encore : « Et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous délivrera ».

Durant ce pèlerinage, durant cette vie, tant que dure la foi, à quoi vous exciter ? Je répéterai ces paroles de l’Apôtre : « Puisque nous avons de telles promesses, mes bien-aimés, purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit, achevant notre sanctification dans la crainte du Seigneur (2) ». Désirer voir cette pure et immuable lumière de la vérité avant d’avoir la foi, et quoiqu’on ne puisse la regarder qu’avec un cœur purifié par la foi, attendu qu’il est dit : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu (3) » ; c’est ressembler à un aveugle qui voudrait, pour recouvrer la vue, voir cette lumière matérielle du soleil, quand il lui est impossible de la voir avant de n’être plus aveugle.

 

1 Jean, VIII, 31, 32. — 2 II Cor. VII, 1. — 3 Matt. V, 8.