SERMON CCCLX
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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
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SERMON CCCL.

DE LA CHARITÉ. II.

 

Analyse. — Le discours précédent comprenait les devoirs : celui-ci comprend l’éloge de la charité. Quels ne sont pas les avantages de la charité? Par elle, on accomplit toute la loi, on est un homme nouveau, on embrasse tout ce que renferment les Ecritures, et on trouve en elles consolation et secours pour toutes les Circonstances de la vie.

 

1.    On embrasse sans mélange d’erreur et sans aucune peine les trésors multiples des divines Ecritures et leurs enseignements immenses, lorsqu’on a le coeur rempli de charité, mes frères. L’Apôtre dit en effet : « La charité est la plénitude de la loi (1) » ; et ailleurs; « La fin du commandement est la charité qui vient d’un cœur pur, d’une bonne conscience, et d’une foi non feinte (2)». Qu’entendre par la fin du commandement, sinon son accomplissement, et par l'accomplissement du précepte, sinon la plénitude de la loi ? A ces mots : « La charité est la plénitude de la loi », équivalent donc ceux-ci : « La fin du commandement est la charité ».

On ne doit pas douter non plus que l’homme en qui règne la charité ne soit le temple de Dieu. Jean ne dit-il pas : « Dieu est charité (3) ?» Si les Apôtres nous tiennent ce langage, s’ils nous font un si grand éloge de la charité, c’est qu’ils ne pouvaient nous redire que ce qui remplissait leurs cœurs. En les nourrissant de la parole de vérité, de la parole de charité, parole qui n’est autre chose que lui-même, lui, le pain vivant descendu du ciel, le Seigneur leur avait dit effectivement : « Je vous donne un commandement nouveau, c’est de vous aimer mutuellement» ; et encore : « La marque qui vous fera reconnaître de tous pour mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres (4)». C’est ainsi que descendu parmi nous pour détruire la corruption de la chair par les dérisions de la croix, et pour rompre l'antique lien qui nous assujettissait à la mort par la nouveauté de sa propre mort, le Seigneur nous a donné un commandement nouveau, pour faire de nous des hommes nouveaux. La mort de l'homme

 

1 Rom. XIII, 10. — 2 I Tim. I, 5. — 3 I Jean, IV, 8. — 4 Jean , XIII, 34, 35.

 

était chose ancienne ; pour qu’elle ne durât pas toujours, il se fit une chose toute nouvelle, la mort de Dieu même ; et comme Dieu mourut dans sa chair et non dans sa divinité, l’éternelle vie de sa divinité ne permit point à la mort de la chair d’être éternelle. Aussi, comme s’exprime l’Apôtre : « II est mort en vue de nos péchés, et il est ressuscité en vue de notre justification (1) ». Si donc à l’ancienneté de notre mort il a opposé la nouveauté de sa vie, en face de l’ancien péché il a placé le commandement nouveau. Et toi, si tu veux détruire l’ancien péché, éteins en toi la cupidité et embrasse la charité. De même que la cupidité est la racine de tous les maux, ainsi la charité est la racine de tous les biens.

2.    La charité ! la charité qui nous fait aimer Dieu et le prochain, mais elle comprend sans crainte les divins oracles dans toute leur longueur, dans toute leur ampleur. Le céleste Docteur, le Maître unique ne nous dit-il pas : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit ; tu aimeras aussi ton prochain comme toi-même ; dans ces deux préceptes « sont contenus toute la loi et les prophètes (2)? » Si donc tu n’as point le loisir de sonder toutes les pages sacrées, de mettre à nu tous les replis de la parole, de pénétrer tous les secrets des Ecritures ; attache-toi à la charité, qui comprend tout ; tu auras ainsi et tout ce que tu as appris, et tout ce que tu n’as point appris encore dans le livre divin. Effectivement, si tu y connais la charité, tu connais par là même quoi se rapporte ce que lu peux ne connaître pas encore; car dans les passages de l’Ecriture que tu saisis, c’est la charité qui se montre; dans ceux que tu ne comprends pas, c’est la charité qui se

 

1 Rom. IV, 25. — 2 Matt. XXII, 37-10.

 

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cache ; et garder la charité dans sa conduite, c’est posséder à la fois ce qui est clair et ce qui est obscur dans les divins oracles.

3.    Ainsi donc, mes frères, recherchez la charité, ce bien si doux et si salutaire, la charité sans laquelle le riche est pauvre, et avec laquelle le pauvre est riche. Elle nous aide à supporter l’adversité, à nous modérer dans la prospérité; à être courageux sous le poids des douleurs, à être gais en faisant les bonnes oeuvres; elle met en sûreté dans la tentation, se montre généreuse pour donner l’hospitalité ; heureuse au milieu des vrais frères, elle est patiente au milieu des faux frères; avec Abel elle offre des sacrifices agréables, elle est avec Noé en sûreté pendant le déluge, fidèle avec Abraham au milieu des voyages, douce avec Moïse au milieu des injures, clémente avec David au sein des afflictions ; avec les trois jeunes Hébreux elle attend en conservant l’innocence des feux inoffensifs; avec les Machabées elle endure avec courage des feux dévorants ; chaste avec Susanne dans le mariage, après le mariage avec Anne, avec Marie elle ne connaît pas d’époux; avec Paul elle accuse librement, avec Pierre elle obéit humblement; bienfaisante envers les chrétiens en les portant à confesser leurs fautes, elle est dans le Christ toute divine pour les pardonner.

Mais quel éloge plus grand et plus pompeux faire de la charité, que celui qu’inspire à l’Apôtre le Seigneur même, lorsqu’il veut nous montrer cette voie suréminente et qu’il s’écrie : « Quand je parlerais les langues des anges et des hommes, si je n’ai point la charité, je suis comme un airain sonnant et une cymbale retentissante. Quand je connaîtrais toute les prophéties, que je saurais tous les mystères, que je posséderais toutes les sciences que j’aurais toute la foi, jusqu’à transporter les montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. Quand je donnerais tous mes biens et que je distribuerais aux pauvres tout ce que je possède, et que je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien. La charité est magnanime ; la charité est bienfaisante; la charité n’est point envieuse, elle ne fait pas le mal, ne s’enfle point, ne se dégrade point, ne cherche point ses propres intérêts, ne s’irrite point, ne pense pas le mal, elle ne se réjouit point de l’iniquité, mais elle applaudit à la vérité; elle souffre tout, elle croit tout, elle espère tout, elle endure tout ; la charité ne finira jamais (1) ».

Que n’est-elle pas ? Elle est l’âme des Ecritures, la vertu qu'inspirent les prophéties, le salut que donnent les sacrements, l’appui de la science, le fruit de la foi, la richesse du pauvre, la vie des mourants. Qu’y a-t-il de plus magnanime que de mourir pour des impies, de si généreux que d’aimer ses ennemis? Seule, la charité ne souffre pas de la prospérité d’autrui, parce qu’elle n’est pat envieuse ; seule, elle ne s’élève point par suite de sa prospérité, parce qu’elle n’est point orgueilleuse; seule encore elle n’est point déchirée par les remords de la conscience, parce qu’elle ne fait pas le mal. Tranquille au milieu des opprobres, elle fait le bien en face de la haine ; calme quand elle est entourée de colères, elle est inoffensive quand ou lui tend des pièges; elle gémit à la vue de l’iniquité, elle respire à la vue de la vérité. Qu’y a-t-il de plus fort qu’elle, non pas pour renvoyer les injures, mais pour les dédaigner? Qu’y a-t-il de plus fidèle, non en vue de la vanité, mais en vue de l’éternité? Si elle souffre tout dans la vie présente, c’est qu’elle croit tout de la vie future ; si elle endure tout ce qui lui arrive ici, c’est qu’elle espère tout ce qui lui est promis ailleurs : c’est donc avec raison qu’elle ne finira jamais.

Ainsi appliquez-vous à la charité, et saintement occupés d’elle, produisez des fruits de justice. Du reste faites reluire dans votre conduite tout ce que vous verrez que je n’ai pu dire à sa louange ; car le discours d’un vieillard doit être non-seulement grave, mais encore court.

 

1 I Cor. XIII, 1-8.