SERMON CCCLX
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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
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SERMON CCCLX.

POUR LA VEILLE DE SAINT MAXIMIEN

ACTE DE RECONNAISSANCE D'UN DONATISTE CONVERTI (1).

 

 

Grâces à Dieu. Mes frères, félicitez votre frère : il était mort, et il revit ; il était perdu, et il est retrouvé. Grâces à la patience et à la miséricorde du Seigneur notre Dieu : à sa patience, pour m'avoir supporté dans mon retard ; à sa miséricorde, pour avoir daigné me recevoir à mon retour.

 

1 Cet acte ne figurerait pas dans les oeuvres de saint Augustin, s’il n’avait pas dicté par lui.

 

Me voici dans la vigne où je ne travaillais pas, puisque j'épuisais mes forces dans une autre. Ô vigne bien-aimée de mon Seigneur, non-seulement mes labeurs n'étaient pas pour toi, c'est contre toi que j'obéissais à ton ennemi. Avec quelles sueurs je dissipais, quand je ne recueillais pas pour toi ! Grâces à celui qui t'a plantée : il ne retient pas leur récompense aux ouvriers mêmes qu'il a appelés à la

 

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dernière heure. J’arrive lard, mais je ne désespère point de recevoir le denier (1).

Hélas ! je l’ai accablée d’abord de blasphèmes, de persécutions et d’outrages; mais j’ai obtenu miséricorde, pour avoir agi avec ignorance (2). Effectivement, j’étais attaché au langage de mes pères, non pas des Patriarches, ni des Prophètes, ni des Apôtres, mais de mes parents selon la chair. Je ne me suis plus laissé aller ni à la chair ni au sang; vaincu, j’ai adhéré à la vérité, et je me suis reposé en rentrant dans la vérité. Ne lisais-je donc pas les mêmes Ecritures qu’aujourd’hui ? Ah ! c’est ce que faisait aussi ce Docteur des Gentils, ce vaisseau d’élection, ce Saul devenu Paul, cet orgueilleux devenu petit, ce ravisseur devenu pasteur, ce loup devenu bélier; il était hébreu de naissance et pharisien par son zèle pour la loi (3), qu’il avait étudiée aux pieds de Gamaliel (4) ; toutefois il ne savait pas que fût assis dans le ciel et il ne souffrait pas qu’on adorât sur la terre le Christ dont lui parlaient les Prophètes. Il chantait des lèvres, sans la connaître, la foi à sa passion et à sa résurrection; mais il la détruisait dans son aveugle fureur. D’après ces Prophètes au milieu desquels il était né et avait grandi, le Christ ressuscité d’entre les morts siégeait déjà dans le ciel; mais lui, plongé encore

 

1 Matt. XX, 9. — 2 I Tim. I 13. — 3 Philip, III, 5, 6. — 4 Act. XXII, 3.

 

dans les ténèbres avec ses parents, il s’imaginait que ses disciples l’avaient emporté du tombeau. C’est ainsi que frappé constamment de ce que disent les divines lettres louchant l’Eglise catholique répandue par tout l’univers, j’y étais sourd à cause du bruit que faisaient à tort mes parents contre les traditeurs.

Ah ! je ne me compare point à Paul sous le rapport des mérites, mais sous le rapport des péchés. Mais si je n’ai pas mérité de devenir aussi bon que lui, ma méchanceté n’a point laissé de recevoir le remède de la correction. S’il ne reconnaissait pas l’Epoux, dans les livres qu’il lisait; à mon tour je n’y reconnaissais pas l’épouse. Celui qui lui montra qu’il fallait entendre de la glorification du Christ ces paroles de l’Ecriture : « O Dieu, élevez-vous au-dessus des cieux », m’a montré qu’il fallait appliquer à l’étendue de l’Eglise ccs paroles qui suivent : « Et que votre gloire se répande sur toute la terre (1) ». Ces deux témoignages sont clairs pour qui a les yeux ouverts, mais obscurs pour qui les a fermés. C’est le baptême du Christ qui ouvrit les yeux à Paul, c’est la paix du Christ qui me les a ouverts. Lui devint un homme nouveau dans le bain de l’eau sainte, et moi, la charité a couvert la multitude de mes péchés.

 

1 Ps. CVII, 6.