DU SYMBOLE
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DU SYMBOLE. Discours adressé aux Catéchumènes.

Traduction de M. l'abbé BURLERAUX.

 

IN OEUVRES  COMPLÈTES DE SAINT AUGUSTIN, traduites pour la première fois en français sous la direction de M. Raulx, Tome XII, p. 306-314. BAR-LE-DUC,1866.

 

CHAPITRE PREMIER. LE SYMBOLE, RÈGLE DE FOI.

CHAPITRE II. LE FILS DE DIEU, NOTRE-SEIGNEUR, EST VÉRITABLEMENT DIEU ET TOUT-PUISSANT.

CHAPITRE III. LE FILS DE DIEU RECEVANT D'UNE VIERGE UNE NAISSANCE HUMAINE. SA PASSION.

CHAPITRE IV. ÊTRE ASSIS A LA DROITE DU PÈRE.

CHAPITRE V. LE SAINT-ESPRIT EST DIEU.

CHAPITRE VI. DE LA SAINTE ÉGLISE.

CHAPITRE VII. LES PÉCHÉS LES PLUS GRIEFS REMIS DANS LE BAPTÊME, ET LES PÉCHÉS VÉNIELS DANS L'ORAISON DOMINICALE.

CHAPITRE VIII. TROIS MOYENS DIFFÉRENTS D'OBTENIR LA RÉMISSION DES PÉCHÉS.

CHAPITRE IX. DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR POUR LA VIE ÉTERNELLE.

 


 

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DU SYMBOLE. Discours adressé aux Catéchumènes.

 

CHAPITRE PREMIER. LE SYMBOLE, RÈGLE DE FOI.

 

1. Recevez, mes enfants, la règle de foi que nous appelons symbole. Après l'avoir reçue, écrivez-la dans votre coeur et récitez-la chaque jour; avant de vous endormir, avant d'entreprendre un voyage, armez-vous de votre symbole. Pour ne point l'exposer à être lu par des yeux profanes, personne n'écrit le symbole ; gravez-le donc profondément dans votre mémoire, si vous voulez ne pas oublier ce que vous avez appris avec une si noble ardeur. Vous devrez croire ce qui vous sera enseigné, et ce que vous aurez cru vous le formulerez par la parole. L'Apôtre ne dit-il pas: « C'est parle coeur que l'on croit pour la justice, mais c'est par la bouche que l'on confesse sa foi pour le salut (1) ? » Voici donc le symbole que vous apprendrez et que vous redirez. Toutes les paroles qui le composent se retrouvent en différents endroits des divines Ecritures; c'est là qu'elles ont été puisées pour ne former qu'un seul tout, que la mémoire la plus lente pût apprendre facilement. De cette manière, tout homme peut formuler et retenir ce qu'il croit. Est-ce d'aujourd'hui seulement que vous entendez parler de la toute-puissance de Dieu ? Eh bien ! il deviendra votre père, dès que vous aurez reçu la naissance par l'Eglise votre mère.

2. Après ce que vous avez entendu, médité et retenu, vous pouvez dire : « Je crois en Dieu le Père tout-puissant » . Dieu est tout-puissant, et parce qu'il est tout-puissant il ne peut mourir, il ne peut être trompé, il ne peut mentir, et selon la parole de l'Apôtre, « il ne peut se renier lui-même (2) ». Que de choses il ne peut pas, quoiqu'il soit tout-puissant; ou plutôt, il est tout-puissant parce qu'il ne peut pas toutes ces choses, S'il pouvait mourir, il ne serait pas tout-puissant; s'il pouvait

 

1. Rom. X, 10. — 2. II Tim. II, 13.

 

mentir, se tromper, être trompé, faire le mal, il ne serait pas tout-puissant; car s'il était capable de tout cela il ne serait pas digne d'être tout-puissant. Dès lors notre Père tout-puissant ne peut pécher. Il peut faire tout ce qu'il veut, c'est là sa toute-puissance. Il fait tout ce qu'il veut de bien et de juste; mais il ne veut rien de ce qui pourrait être mal. Personne ne peut résister au tout-puissant jusqu'à l'empêcher de faire ce qu'il veut. C'est Dieu qui a créé le ciel et la terre, la mer et tout ce qu'ils renferment, les choses invisibles et visibles. Les choses invisibles, comme sont par exemple les trônes, les dominations, les principautés, les puissances, les archanges, et les anges, dont nous deviendrons les concitoyens, si nous menons une vie sainte. Dieu a fait également dans le ciel les choses visibles: le soleil, la lune, les étoiles. Il a créé les animaux terrestres pour orner la terre ; dans l'air, il a lancé les oiseaux; sur le sol il a jeté les animaux marchants et rampants, et dans la mer les poissons; il a rempli chaque élément des créatures qui lui sont propres. Enfin il a donné à l'homme une âme créée à son image et à sa ressemblance; l'âme est donc l'image de Dieu, voilà pourquoi elle ne peut se comprendre elle-même, en tant qu'elle est l'image de Dieu. Nous avons été créés pour commander à toutes les autres créatures ; mais nous sommes tombés par le péché du premier homme, et, depuis ce moment, nous avons hérité de la mort. Nous sommes devenus des hommes mortels, nous sommes remplis de craintes et d'erreurs ; c'est là l'oeuvre du péché dont tout homme apporte en naissant la coulpe et le châtiment (1). Voilà pourquoi vous voyez que l'on souffle sur les petits enfants, et qu'on les exorcise , afin de chasser loin d'eux la puissance ennemie du démon qui n'a trompé les hommes que pour en faire ses esclaves. Dans

 

1. Gen. I, III.

 

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les petits enfants ce n'est donc pas la créature même de Dieu que l'on exorcise et sur laquelle on souffle, c'est le démon sous le joug duquel nous naissons tous par le péché, car il est le prince des pécheurs. Et c'est ainsi que pour un seul homme qui est tombé et qui a condamné à la mort toute sa postérité; Dieu a envoyé sur la terre Celui-là seul qui est sans péché et qui délivre de leurs péchés et conduit à la vie éternelle tous ceux qui croient en lui.

 

 


 

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CHAPITRE II. LE FILS DE DIEU, NOTRE-SEIGNEUR, EST VÉRITABLEMENT DIEU ET TOUT-PUISSANT.

 

3. Nous croyons donc également en Jésus-Christ Notre-Seigneur, le Fils unique de Dieu, Père tout-puissant. Quand vous entendez parler du Fils unique de Dieu, reconnaissez qu'il est Dieu. En effet le Fils unique de Dieu ne saurait ne pas être Dieu. Le Père engendre ce qu'il est, quoiqu'il ne soit pas celui qu'il engendre. Si donc la personne engendrée est véritablement le Fils de Dieu, elle est ce qu'est le Père lui-même; si elle n'était pas, quant à la nature, ce qu'est le Père lui-même, elle ne serait pas le vrai Fils de Dieu. Jetez les yeux sur les créatures mortelles et terrestres; toute créature engendre toujours ce qu'elle est. L'homme n'engendre pas un boeuf ; la brebis n'engendre pas un chien, et réciproquement. Tout être engendre donc toujours ce qu'il est. Aussi, croyez fortement, fermement, fidèlement; que Dieu le Père engendre ce qu'il est lui-même , lui tout-puissant. Les créatures mortelles engendrent par la corruption. Est-ce donc ainsi que Dieu engendre? Un être mortel engendre ce qu'il est; il en est de même de l'être immortel ; l'être corruptible engendre un être corruptible; et l'être incorruptible engendre un être incorruptible. L'être corruptible engendre par la corruption, l'être incorruptible engendre sans corruption ; et il engendre tellement ce qu'il est , qu'étant un , son Fils est un aussi et par conséquent Fils unique : Vous savez les termes dans lesquels je me,suis exprimé et que j'ai imposés à votre foi, en formulant devant vous le Symbole : « Nous croyons en Dieu le Père tout-puissant et en Jésus-Christ son Fils unique ». Puisque Jésus-Christ est le Fils unique de Dieu, croyez donc qu'il est tout-puissant; Dieu le Père ferait-il ce qu'il veut, tandis que Dieu le Fils ne pourrait pas faire ce qu'il veut? Dans le Père et le Fils il n'y a qu'une seule et même volonté, puisqu'il n'y a qu'une seule et même nature. La volonté du Fils ne peut donc en aucune manière être séparée de la volonté du Père. Le Père est Dieu, le Fils est Dieu; tous deux ne font qu'un seul Dieu ; le Père est tout-puissant, le Fils est tout-puissant, tous deux ne sont qu'un seul tout-puissant.

4. Nous n'admettons pas deux dieux comme le font certains impies qui disent: Dieu le Père et Dieu le Fils, en sorte que Dieu le Père soit plus grand, et Dieu le Fils plus petit. Que sont-ils tous deux? Deux dieux? Vous rougiriez de le dire , rougissez donc de le croire. Vous dites : le Seigneur Dieu le Père, et le Seigneur Dieu le Fils ; et voici que le Fils lui-même déclare : « Personne ne peut servir deux maîtres (1) ». Dans la famille chrétienne , comme dans une grande maison où le père a un fils, nous serions donc obligés de dire

Le grand maître et le petit maître ? Ayons horreur d'une semblable pensée. Si vous l'aviez conçue dans votre coeur, c'est à des idoles que vous auriez consacré votre âme. Brisez immédiatement ces idoles. Croyez d'abord, et ensuite comprenez. S'il arrive à quelqu'un de comprendre aussitôt qu'il croit, une telle faveur ne peut lui venir que de Dieu, la fragilité humaine n'y est pour rien. Toutefois si vous ne comprenez pas encore , du moins croyez qu'il n'y a qu'un seul Dieu, Dieu le Père et Jésus-Christ son Fils. Tous deux que sont-ils ? Un seul Dieu. Et comment tous deux ne sont-ils qu'un seul Dieu ? Comment? Vous vous étonnez? Ne lisons-nous pas dans les Actes des Apôtres : « Et la multitude des croyants n'avait qu'un coeur et qu'une âme (2) ? » De toutes ces âmes, la foi n'en avait fait qu'une seule. Il y en avait plusieurs milliers, mais elles s'aimaient et la charité n'en avait fait qu'une seule âme ; elles aiment Dieu dans le feu de la charité et cette multitude offrait le spectacle d'une ravissante unité. Si la charité a pu ne faire qu'une seule âme de toutes ces âmes; que ne peut pas faire la charité en Dieu, car là du moins elle ne rencontre aucune diversité, mais une égalité parfaite ? Sur la terre et parmi les hommes, si la charité a pu s'élever au point de ne faire qu'une seule âme de toutes ces âmes ; là où

 

1. Matt. VI, 24. —  2. Act. IV, 32.

 

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le Père est essentiellement inséparable du Fils et le Fils du Père, se peut-il que le Père et le Fils ne, soient pas un seul Dieu ? De ces âmes dont nous parlons on pouvait dire qu'elles étaient plusieurs âmes et une seule âme; mais en Dieu il- se trouve une union ineffable et souveraine : voilà pourquoi il ne peut y avoir qu'un seul Dieu et non pas deux dieux.

5. Le Père fait ce qu'il veut, le Fils fait ce qu'il veut. Gardez-vous de croire que le Père soit tout-puissant et que le Fils ne soit pas tout-puissant; ce serait là une grossière erreur, rejetez-la loin de vous, qu'elle ne laisse aucune trace dans votre mémoire, qu'elle ne pénètre point dans votre foi, et si déjà elle y avait pénétré pour quelques-uns, rejetez-la avec dégoût. Le Père est tout-puissant, le Fils est tout-puissant. Si le tout-puissant n'a pas engendré le tout-puissant, ce n'est pas son véritable Fils qu'il, a engendré. Disons-nous, mes Frères, que le Père plus grand a engendré un Fils plus petit.? Que veut dire ce mot : il a engendré? Parmi nous, sans doute, le père qui engendre est plus grand que le fils engendré ; mais ensuite ne voyons-nous pas ce père décroître par la vieillesse et le fils grandir avec l'âge et parvenir à la grandeur de son père ? Or le Fils de Dieu ne croit pas, parce que Dieu ne peut vieillir; il est engendré dans toute sa perfection. Puisqu'il ne grandit pas et qu'il n'est pas plus petit que le Père, il est donc engendré dans un état parfait et absolument égal à son Père. Pour mieux vous convaincre que le Père tout-puissant engendre un Fils tout-puissant, écoutez. celui qui est la Vérité même. Le témoignage, que la vérité rend d'elle-même ne saurait être que véritable. Or, que dit la Vérité? Que dit le Fils qui est la vérité? « Tout ce que fait le Père, le Fils le fait également (1) ». En faisant tout ce qu'il veut, le Fils est donc tout-puissant. Car, si le Père fait quelque chose que le Fils ne peut, pas faire, le Fils nous a trompés quand il a dit: « Tout ce que fait le Père, le Fils le fait également ». Si donc le Fils a dit la vérité, croyez fermement que « tout ce que fait le Père, le Fils le fait également», et en le, croyant, vous croyez que le Fils est tout-puissant, Quoique cette parole ne soit pas formellement exprimée dans le symbole, cependant vous la formulez implicitement quand vous croyez en un seul Dieu. Le Père a-t-il

 

1. Jean, V, 19.

 

 

quelque chose que n'ait pas le Fils? Les hérétiques Ariens l'affirment dans leurs blasphèmes, mais je soutiens qu'ils sont dans l'erreur. J'ajoute que si le Père a quelque chose que n'ait pas le Fils, le Fils nous trompe quand il nous dit : « Tout ce qui est à mon Père est à moi (1) ». On pourrait citer d'innombrables témoignages pour prouver que le vrai Fils de Dieu est le Fils du Père, que Dieu le Père engendre Dieu le Fils et que le Père et le Fils sont un seul Dieu.

 


 

 

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CHAPITRE III. LE FILS DE DIEU RECEVANT D'UNE VIERGE UNE NAISSANCE HUMAINE. SA PASSION.

 

6. Voyons dans ce Fils unique de Dieu le Père tout-puissant, ce qu'il a fait pour nous, ce qu'il a souffert pour nous. Il est né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie. Ce Dieu si grand, parfaitement égal à son Père, est né humble du Saint-Esprit et de la Vierge Marie, afin de guérir les orgueilleux. L'homme s'était enorgueilli et était tombé; Dieu s'est humilié et a été exalté. Qu'est-ce que cette humilité de Jésus-Christ? C'est la main que Dieu présente à l'homme tombé. Nous sommes tombés, et Dieu est descendu; nous gisions à terre, et Dieu s'est incliné vers nous. Saisissons cette main libératrice et relevons-nous, si nous ne voulons pas irrévocablement tomber dans le châtiment. Ainsi donc, voulant s'incliner vers nous, Dieu est né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie. Et cette naissance humaine est tout à la fois un abîme d'humilité et de grandeur. Comment un abîme d'humilité ? Parce que Dieu est né des hommes. Comment. un abîme de grandeur? Parce qu'il est né d'une Vierge. Une Vierge a conçu, une Vierge a enfanté, et pendant et après son enfantement elle est restée Vierge.

7. Et ensuite? Jésus-Christ a souffert sous Ponce-Pilate. Ce dernier exerçait la double fonction de gouverneur et de juge , quand Jésus-Christ souffrit les douleurs de sa Passion. Le nom du juge Ponce-Pilate précise la date de la passion du Sauveur, de son crucifiement, de sa mort et de sa sépulture. Qui a souffert? Qu'a-t-il souffert? Pour qui a-t-il souffert? Qui? Le Fils unique de Dieu Notre-Seigneur. Quoi? Il a été crucifié, il est mort et a été enseveli. Pour qui? Pour les impies

 

1. Jean, XVI, 15.

 

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et pour les pécheurs. O bonté infinie ! O miséricorde immense! « Que rendrai-je au Seigneur pour toutes les grâces dont il m'a comblé (1) ? »

8. Le Verbe a été engendré avant tous les temps, avant tous les, siècles. Il a été engendré avant. Avant quoi, puisqu'il n'y avait rien? N'imaginez aucun temps antérieur à la naissance du Fils de Dieu dans le sein de son Père; je parle de cette naissance en tant qu'il est le Fils unique du Dieu tout-puissant, Notre-Seigneur. Telle est la naissance dont je parle d'abord. Avant tout il ne saurait y être question d'un commencement dans l'ordre temporel; gardez-vous de croire qu'il y ait dans l'éternité un moment où le Père était, sans que le Fils existât. Depuis que le Père est Père, le Fils est Fils. Pourquoi dire depuis, dès qu'il n'y a pas commencement? Si donc le Père n'a pas eu de commencement, le Fils n'en a pas eu davantage.

Mais, direz-vous, comment donc est-il né s'il n'a pas eu de commencement? Je réponds qu'il est éternellement coéternel à son Père. Jamais le Père n'a existé sans que le Fils existât, et cependant le Fils est engendré par le Père. Trouverai-je quelque part une comparaison pour rendre ma pensée? Nous appartenons aux choses terrestres, à la créature visible. Que la terre me fournisse une comparaison; elle ne m'en fournit point. La mer sera-t-elle plus heureuse? pas davantage. Et le genre animal? il est dans la même impuissance. L'animal engendre, et alors nous voyons et celui qui engendre et celui qui est engendré; mais dans l'ordre du temps, le père est toujours antérieur au fils. Cherchons la coexistence, et nous croirons la coéternité. Si nous pouvons trouver un père coexistant à son fils et un fils coexistant à son père, croyons que Dieu le Père est coexistant à son Fils unique et que le Fils est coexistant à son Père. Sur la terre nous pouvons trouver deux êtres coexistants, mais nous ne pouvons trouver deux êtres coéternels. Cependant la coexistence nous facilitera la croyance à la coéternité. Je vous vois redoubler d'attention quand on vous dit : où peut-on trouver un père coexistant à son fils et un fils coexistant à son père? Le père n'engendre que parce qu'il est plus âgé, et pour la même raison le fils est plus jeune que son père. Ne trouverons-nous donc pas

 

1. Ps. CXV, 12.

 

un père coexistant à son fils et un fils coexistant à son père? Comment cela se peut-il?

Eh bien ! voici du feu; considérez le feu comme père et la lumière comme fils, et aussitôt vous trouvez un père et un fils coexistants. Dès que le feu existe, il engendre immédiatement la lumière; le feu n'est pas plus avant la lumière, que la lumière n'est après le feu. Et si nous demandons quel est celui qui engendre, si c'est le feu qui engendre la lumière, ou la lumière qui engendre le feu; aussitôt le bon sens naturel nous répond sans hésiter : c'est le feu qui engendre la lumière, et ce n'est pas la lumière qui engendre le feu. Nous trouvons là un père qui commence, et un fils qui existe simultanément à son père, sans qu'il puisse y avoir ni antériorité ni postériorité. Le père commence, et le fils commence en même temps. Puisque je vous ai montré un père qui commence et un fils qui commence en même temps; ne devez-vous pas croire à un Père sans commencement et à un Fils également sans commencement; l'un éternel, l'autre coéternel? Si vous êtes en progrès, vous comprenez; tâchez donc de faire des progrès. Vous naissez et vous devez croître; car personne ne débute par la perfection. Quant au Fils de Dieu, il est né parfait; parce qu'il n'est pas né dans le temps, parce qu'il est coéternel à son Père et avant tous les temps, non point par l'âge mais par l'éternité. — Or ce Fils coéternel au Père, ce Fils dont la génération a arraché ce cri au prophète : « Qui racontera sa génération (1) ? » et qui est né du Père éternellement, ce Fils est né d'une Vierge dans la plénitude des temps. De longs siècles avaient précédé cette naissance. Quand le moment lui parut opportun, quand il le voulut, quand il le jugea convenable, le Verbe Fils de Dieu naquit humainement, et cette naissance fut de sa part un acte de libre volonté. Personne d'entre nous ne naît quand il veut et ne meurt quand il veut; au contraire Jésus-Christ naquit quand il voulut et mourut quand il voulut; comme il l'avait voulu il naquit d'une Vierge; comme il l'avait voulu, il mourut sur une croix. Il a fait tout ce qu'il a voulu, parce que sous la forme extérieure de l'humanité, il cachait véritablement sa divinité; sans cesser d'être Dieu il se fit réellement homme, de telle sorte que Jésus-Christ était en même temps Dieu et homme.

 

1. Isaïe, LIII, 8.

 

310

 

9. Que dirai-je de sa croix ? Comment en parler ? Il choisit le dernier genre de mort , afin qu'aucun genre de mort ne fût capable de faire trembler les martyrs. Pendant sa vie mortelle, il montra la sublimité de sa doctrine; sur la croix, il donna l'exemple d'une patience sublime. Son martyre, ce fut le crucifiement ; l'instrument de ce martyre, ce fut la croix; la récompense, ce fut sa résurrection. Sur la croix, il nous a montré ce que nous devons supporter; dans sa résurrection il nous a montré ce que nous devons espérer. Semblable au juge suprême qui décerne le prix de la lutte il nous a dit: Faites et recevez; faites l'oeuvre et recevez-en la récompense; combattez dans la lice et vous serez couronnés. Quelle est cette œuvre ? L'obéissance. Quelle est la .récompense? La résurrection pour ne plus mourir. Pourquoi ajouter : pour ne plus mourir ? Parce que Lazare est ressuscité et est mort de nouveau; Jésus-Christ est également ressuscité, « mais il ne meurt plus, la mort n'exercera plus sur lui son empire (1) ».

10. L'Ecriture nous dit: « Vous avez appris quelle a été la patience de Job, et vous avez vu le terme qu'y a mis le Seigneur (2) ». A la lecture des souffrances de Job , on tremble, on frémit. Quelle a été sa récompense ? Il a reçu le double de ce qu'il avait perdu. Remarquons ici que ce n'est pas en vue de récompenses temporelles que l'homme doit pratiquer la patience; qu'il ne se dise pas Je supporterai cette perte et Dieu me rendra le double d'enfants; Job a reçu le double de ce qu'il avait perdu, et il n'engendra qu'autant de fils qu'il en avait. Il n'en eut donc pas le double? En réalité il en eut le double, puisque ses premiers enfants vivaient encore pour lui. Qu'on ne dise pas davantage : Je supporterai tous les maux qui m'arriveront et Dieu fera pour moi ce qu'il a fait pour Job; n'y aurait-il pas là, non plus de la patience, mais de l'avarice? En effet, si ce saint patriarche n'avait pas eu la patience, il n'aurait pas supporté courageusement tous les maux qui venaient fondre sur lui; et alors en quoi donc aurait-il mérité ces éloges que Dieu lui prodigue : « Avez-vous remarqué mon serviteur Job ? Il  n'est personne qui lui ressemble sur la terre; c'est un homme parfait, un véritable serviteur de Dieu ». Quel plus beau témoignage, mes frères , cet homme pouvait-il mériter de la

 

1. Rom. VI, 9. — 2. Jacq. V, 11.

 

part du Seigneur? Et cependant sa femme voulut le tromper par ses suggestions insidieuses, comme si elle eût été une forme nouvelle revêtue par ce même serpent qui, dans le paradis terrestre, trompa le premier homme à peine sorti des mains de Dieu (1), et maintenant se flattait encore de tromper ce saint patriarche et de faire entrer une pensée de blasphème dans son âme. Que ne souffrit-il pas, mes frères? Qui peut avoir autant à souffrir dans ses biens, dans sa famille, dans la personne de ses enfants, dans son corps, et enfin dans la personne d'une femme qui semblait ne lui être laissée que pour mettre le comble à ses épreuves ? Si le démon lui avait conservé cette femme, c'est parce qu'il savait devoir trouver en elle une aide très-efficace ; n'avait-il pas vaincu le premier homme par la première femme? voilà pourquoi il avait conservé cette Eve. Quelles souffrances Job eut donc à supporter ! Il avait perdu tout ce qu'il possédait ; sa maison s'était écroulée et en s'écroulant elle avait écrasé ses enfants. Pour juger de l'empire que la patience exerça sur lui, écoutez sa réponse : « Le Seigneur m'a donné, le Seigneur m'a ôté; il n'est arrivé que ce qui a plu au Seigneur: que son nom soit béni ». Il m'a repris ce qu'il m'avait donné; l'auteur de ces dons est-il mort ? Il m'a ôté ce qu'il m'avait donné. Comme s'il disait : il m'a tout ôté; qu'il me prive de tout, qu'il me laisse dans une complète nudité et qu'il me conserve pour lui. Que peut-il me manquer si je possède mon Dieu ? ou à quoi tout le reste pourrait-il me servir, si je ne possédais pas Dieu ?

Puis vinrent les souffrances corporelles; son corps ne fut plus qu'une plaie depuis les pieds jusqu'à la tête; il était couvert de tumeurs et rongé par les vers : et malgré cet état, Job ne laissait pas de s'attacher de plus en plus étroitement à Dieu. Sa femme, se faisant non pas la consolatrice de son mari, mais l'auxiliatrice du démon , tenta de lui inspirer la pensée du blasphème : « Jusques à quand, dit-elle, supporterez-vous toutes ces infortunes? Lancez quelque parole contre le Seigneur, et mourez ». Puisqu'il était si profondément humilié, il méritait d'être glorifié. Et c'est en effet ce que Dieu s'empressa de faire à son égard, même sur la terre, en attendant qu'il pût au ciel lui décerner une récompense infiniment plus belle. Job s'était humilié et

 

1. Gen. III, 1-6.

 

(311)

 

Dieu l'exalta; le démon s'était élevé et Dieu l'abaissa, car « il humilie celui-ci et exalte celui-là (1)». Toutefois, mes frères, quand quelqu'un d'entre nous se trouve éprouvé par quelques tribulations de ce genre, qu'il n'en attende point ici-bas la récompense ; par exemple s'il subit quelques pertes, qu'il ne dise pas: « Le Seigneur me l'a donné, le Seigneur me l'a ôté; il n'est arrivé que ce qui a plu au Seigneur, que son nom soit béni » ; qu'il ne tienne pas, dis-je, ce beau langage, dans l'intention d'obtenir le double de ce qu'il a perdu. Que ce soit la patience et non pas l'avarice qui loue le Seigneur. Si vous cherchez à recevoir le double de ce que vous avez perdu, et si c'est dans ce but que vous louez le Seigneur, c'est la cupidité qui vous inspire et non la charité. N'invoquez pas en votre faveur l'exemple du saint homme Job; ce serait une illusion de votre part. Quand Job supportait toutes ses douleurs, il n'espérait pas recevoir le double de ce qu'il perdait. Vous pouvez en trouver la preuve, si vous voulez étudier soit la première de ses épreuves quand il perdit tous ses biens et ses enfants, soit la seconde quand son corps ne devint plus qu'une plaie.

A la première épreuve il répond : « Le Seigneur me l'a donné, le Seigneur me l'a ôté;  il n'est arrivé que ce qui a plu au Seigneur; que son nom soit béni ». Il pouvait dire : Le Seigneur m'a donné, le Seigneur m'a repris, il peut me rendre ce qu'il m'a enlevé, il peut me rendre plus qu'il ne m'a enlevé. Tel n'est point son louange, niais: il n'est arrivé que ce qui a plu au Seigneur; je veux que ce qui lui plait me plaise à moi-même; ce qui plait à un bon Maître ne doit pas déplaire à un serviteur fidèle; ce qui plaît à un médecin ne doit pas déplaire à un malade. Ecoutez sa seconde profession de foi : « Vous avez parlé, dit-il à sa femme, comme une personne insensée. Puisque nous recevons tous les biens de la main de Dieu, pourquoi ne supporterions-nous pas les maux (2)? » Il n'ajoute pas, et il aurait pu le faire en toute vérité : le Seigneur est tout-puissant et il peut remettre ma chair dans son premier état, et nous rendre au centuple ce dont il nous a dépouillés: il aurait craint de laisser croire que sa patience n'était qu'un calcul basé sur cette espérance. Ce ne fut point là son langage, ce n'est point là ce qu'il espérait. Or le Seigneur lui accorda

 

1. Ps. LXXIV, 8. — 2. Job, I, II

 

la récompense qu'il n'espérait pas, afin de nous apprendre qu'il ne l'abandonnait point dans ses épreuves ; toute autre récompense qu'il lui aurait accordée eût suffi à ce saint homme, mais comme elle eût été invisible pour nous, nous n'aurions pu y puiser aucun enseignement salutaire. Quand donc la sainte Ecriture nous exhorte à la patience et à l'espérance des biens futurs, elle veut élever nos coeurs au-dessus des choses présentes. « Vous avez appris la patience de Job, et vous avez vu la fin du Seigneur ». Pourquoi « la patience de Job » et non pas la fin de Job lui-même? Vous aspireriez aussitôt à une possession double de la première ; vous diriez, je rends grâces à Dieu, je veux souffrir, et comme Job je reçois le double. « La patience de Job, la fin du Seigneur ». Nous connaissons la patience de Job et la fin du Seigneur. Quelle fin du Seigneur ? « Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné (1) ? » Ce sont là les paroles de Jésus-Christ sur la croix. Dieu l'avait abandonné quant au bonheur présent, mais non quant à l'immortalité éternelle. C'est là la fin du Seigneur. Les Juifs se saisissent de lui, l'insultent, le chargent de chaînes, le couronnent d'épines, le couvrent de crachats, le flagellent, l'accablent d'opprobres, le clouent sur la croix, le percent d'une lance, enfin l'ensevelissent : il est entièrement abandonné. Mais à qui donc ? A ceux qui l'insultent. Eh bien ! donc prenez patience, afin que vous ressuscitiez et que vous ne mouriez plus, à l'exemple du Sauveur. N'est-il pas écrit : « Jésus-Christ ressuscitant d'entre les morts ne meurt plus (2)? »

 

 

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CHAPITRE IV. ÊTRE ASSIS A LA DROITE DU PÈRE.

 

11. Croyez que Jésus-Christ est monté au ciel. Croyez qu'il est assis à la droite du Père. Le mot s'asseoir signifie habiter; comme nous disons d'un homme: il s'est assis dans cette patrie pendant trois ans. L'Ecriture dit également de tel personnage qu'il s'est assis pendant longtemps dans cette cité (3). Est-ce qu'il s'est assis sans jamais se lever? Voilà pourquoi l'on dit des hommes qu'ils siègent dans tel lieu pour indiquer qu'ils y habitent. Mais quoiqu'on ait son siège en tel endroit, s'ensuit-il que l'on est toujours assis? Ne peut-on pas se lever, marcher, se coucher ? On le peut,

 

1. Ps. XXI, 2. — 2. Rom. VI, 9. — 3. III Rois, II, 38, selon les Sept.

 

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et cependant il est toujours vrai de dire qu'on a bon siège en tel lieu. De même croyez que Jésus-Christ habite à la droite de Dieu le Père; c'est là son séjour. Ne demandez pas : que fait-il ? Ne cherchez pas ce que vous ne devez pas trouver; il est là, que cela vous suffise. Il est heureux de ce bonheur infini qui s'appelle la droite du Père. Loin de vous sur ce point toute idée charnelle, car alors nous devrions dire que c'est à la gauche du Père que Jésus-Christ est assis. Et en effet pourrions-nous admettre que le Fils soit à droite tandis que le Père serait à gauche? Au ciel la droite est partout, car partout est le bonheur sans aucun mélange de misère.

12. « De là il viendra juger les vivants et les morts ». Les vivants qui survivront à la ruine du monde; les morts antérieurement frappés par le trépas. On peut également dire que les vivants ce sont les justes, tandis que les morts ce sont les pécheurs. En effet Jésus-Christ juger,a les uns et les autres et rendra à chacun selon ses oeuvres. Dans ce jugement il sera dit aux justes : « Venez, bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé depuis le commencement du monde ». Rendez-vous dignes de cette récompense, espérez-la, vivez, croyez et recevez le baptême, de telle sorte qu'il puisse vous être dit : « Venez, bénis de mon Père , possédez le royaume qui vous a été préparé depuis le commencement du monde ». Et à ceux qui seront à gauche, que sera-t-il dit ? « Allez au feu éternel, qui a été préparé pour le démon et ses anges (1) ». C'est ainsi que Jésus-Christ jugera les vivants et les morts. Nous avons parlé de la naissance éternelle du Fils de Dieu dans le sein de son Père; de la naissance temporelle de Jésus-Christ fils d'une Vierge, de sa passion et du jugement dernier. C'est là tout ce que nous avions à dire de Jésus-Christ, Fils. unique de Dieu,. Notre-Seigneur; mais nous ne connaissons pas encore toute la Trinité.

 

 


 

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CHAPITRE V. LE SAINT-ESPRIT EST DIEU.

 

13. Le Symbole ajoute. « Et au Saint-Esprit ». Cette Trinité est un seul Dieu, une seule nature, une seule substance, une seule puissance, une souveraine égalité, sans aucune division, sans aucune différence, et avec une perpétuelle

 

1. Matt. XXV, 34, 41.

 

charité. Voulez-vous savoir si le Saint-Esprit est Dieu ? Recevez le baptême et vous deviendrez son temple. L'Apôtre ne dit-il pas: « Ne « savez-vous pas que vos corps sont le temple du Saint-Esprit, que vous avez reçu de Dieu (1) ?» Dieu a un temple : car Salomon, roi et prophète, a reçu l'ordre de construire un temple au Seigneur. S'il bâtissait un temple au soleil, à la lune, à une étoile ou à un ange quelconque, est-ce que Dieu ne condamnerait pas son entreprise? Or, en bâtissant un temple à Dieu, il s'est montré l'adorateur du Très-Haut. De quels matériaux s'est-il servi ? De bois et de pierres; parce que Dieu a daigné recevoir de son serviteur une demeure sur la terre, pour y recevoir à son tour nos prières et y recueillir nos adorations. De là ces paroles de saint Etienne : « Salomon lui a construit une demeure, mais le Très-Haut n'habite point dans les temples faits de mains d'hommes (2)». Si donc nos corps sont le temple du Saint-Esprit, quel est ce Dieu qui a construit un temple au Saint-Esprit? C'est Dieu lui-même.

Car si nos corps sont le temple du Saint-Esprit, celui qui a bâti nos corps, n'a-t-il . point par là même élevé un temple au Saint-Esprit? Ecoutez l'Apôtre : « Dieu a mis un tel ordre dans tout le corps, qu'on honore davantage ce qui en soi était moins honorable (3) » ; il parlait des divers membres dont l'organisation est telle qu'il n'y a aucune division dans le corps. Dieu a créé notre corps. Si c'est Dieu qui a créé l'herbe des champs, qui donc a créé notre corps? Comment prouvons-nous que c'est Dieu qui a créé l'herbe des champs ?Celui qui lui donne le vêtement, n'est-ce pas aussi celui qui la crée? Lisez l'Evangile : « Si Dieu revêt ainsi l'herbe des champs qui est aujourd'hui et demain sera jetée dans la fournaise (4)». Celui qui la revêt, c'est donc celui qui la crée. Et l'Apôtre que dit-il? « Insensé que vous êtes ! ce que vous semez ne reprend point de vie, s'il ne meurt auparavant. Et quand vous semez, vous ne semez pas le corps de la plante qui doit naître, mais la graine seulement, comme du blé ou de quelqu'autre chose. Mais Dieu lui donne un corps tel qu'il lui plaît, et il donne à chaque semence le corps qui est propre à chaque plante (5) ». Si donc Dieu construit nos corps et organise nos membres, et si nos

 

1. I Cor. VI, 19. — 2. Act. VII, 47, 48. — 3. I Cor, XII, 24. — 4. Matt. VI, 30. — 5. I Cor. XV, 36-38.

 

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corps sont le temple du Saint-Esprit, croyez fermement que le Saint-Esprit est Dieu. Et ne voyez pas en lui comme un troisième Dieu, car le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont qu'un seul Dieu. C'est là ce que vous devez croire.

 


 

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CHAPITRE VI. DE LA SAINTE ÉGLISE.

 

14. Après la Trinité vient la sainte Eglise. Dieu nous a été montré en lui-même et dans son temple. « Car le temple de Dieu est saint», dit l'Apôtre, «et c'est vous qui êtes ce temple (1) ». L'Eglise est sainte, une, véritable, catholique, toujours en lutte contre toutes les hérésies; elle peut combattre, mais elle ne saurait être vaincue. Toutes les hérésies sont sorties de l'Eglise comme les sarments inutiles que l'on retranche du cep de la vigne; quant à cette Eglise, elle demeure sur sa souche, sur son cep, dans sa charité. Les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle (2).

 


 

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CHAPITRE VII. LES PÉCHÉS LES PLUS GRIEFS REMIS DANS LE BAPTÊME, ET LES PÉCHÉS VÉNIELS DANS L'ORAISON DOMINICALE.

 

15. « La rémission des péchés ». Vous avez en vous-mêmes le symbole dans toute sa perfection quand vous êtes baptisés. Que personne ne dise : Tel péché que j'ai commis ne m'est peut-être pas pardonné. Quelle faute avez-vous donc commise? Quelle en était la gravité ? Quel que soit votre péché, fût-il des plus graves, des plus horribles, sa seule pensée dût-elle vous faire rougir ; quel qu'il soit, avez-vous donc mis à mort Jésus-Christ? C'est ici, sans doute, le plus grand de tous les crimes, puisque rien n'est comparable à Jésus-Christ. Quel crime que de mettre à mort Jésus-Christ ? Tel fut cependant le crime des Juifs, et nous voyons que dans la suite beaucoup d'entre eux crurent à Jésus-Christ et burent son sang; et c'est alors que le péché qu'ils avaient commis leur fut pardonné. Quand vous aurez reçu le baptême, suivez la voie sainte des préceptes du Seigneur, afin que vous conserviez ce sacrement jusqu'à votre mort. Je ne vous dis point que vous vivrez ici-bas sans péché, car il est des péchés véniels dont on ne saurait rester exempt pendant cette vie. Comme remède à

 

1. I Cor. III, 17. — 2. Matt. XVI, 18.

 

tous ces péchés, nous avons le baptême; et comme remède à tous ces péchés véniels que nous ne pouvons toujours éviter, nous avons la prière par excellence. Que renferme cette prière ? « Pardonnez-nous nos offenses ,  comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés (1) ». Nous ne sommes purifiés qu'une seule fois par le baptême, et chaque jour nous nous purifions par la prière. Surtout mettez-vous en garde contre ces péchés qui vous sépareraient nécessairement dû corps de Jésus-Christ; que Dieu vous préserve d'un tel malheur ! Ces chrétiens que vous voyez condamnés à la pénitence publique, ce sont ceux qui ont commis quelques grands crimes, adultères ou autres; voilà pourquoi ils font pénitence. Si leurs péchés n'avaient été que légers, ils auraient pu s'effacer par la prière quotidienne.

 


 

 

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CHAPITRE VIII. TROIS MOYENS DIFFÉRENTS D'OBTENIR LA RÉMISSION DES PÉCHÉS.

 

16. Dans l'Eglise, nous pouvons donc obtenir la rémission de nos péchés de trois manières différentes : dans le baptême, dans la prière et dans l'humilité plus grande de la pénitence; cependant Dieu n'accorde ce pardon qu'à ceux qui ont été baptisés. La première rémission qu'il accorde, c'est aux baptisés qu'il l'accorde. Quand donc ? Quand ils reçoivent le baptême. Quant aux péchés qui plus tard sont pardonnés à ceux qui prient et à ceux qui font pénitence, ce n'est qu'après le baptême et à cause de ce sacrement qu'ils sont pardonnés. Ceux qui ne sont pas encore nés, comment pourraient-ils dire : « Notre Père ? » Tant que vous resteriez catéchumènes, vos péchés resteraient dans votre âme. S'il en est ainsi des catéchumènes, à combien plus forte raison doit-il en être ainsi des païens, et surtout des hérétiques? Pourtant nous n'invalidons pas le baptême conféré aux hérétiques. Pourquoi ? Parce qu'ils conservent le baptême, comme un déserteur conserve son caractère; le baptême reste donc en eux, non pas comme un gage de récompense, mais comme un titre de condamnation. Et cependant si le déserteur , revenant à de meilleures dispositions, reprend le métier des armes, osera-t-on changer son caractère?

 

1. Matt. VI, 12.

 


 

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CHAPITRE IX. DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR POUR LA VIE ÉTERNELLE.

 

17. Nous croyons aussi la résurrection de la chair, devant se faire pour nous, comme elle s'est déjà faite pour Jésus-Christ; le corps ne doit-il pas espérer une transformation qui est déjà réalisée dans son chef? Jésus-Christ est la tête de l'Eglise ; l'Eglise est le corps de Jésus-Christ (1). Notre chef est ressuscité, il est

 

1. Ephes. V, 23.

 

monté au ciel; là Où se trouve la tête, les membres doivent également se trouver. Comment s'opérera cette résurrection de la chair? Afin de nous faire comprendre que cette résurrection ne sera pas pour nous ce qu'elle a été pour Lazare après sa première mort, le symbole ajoute : « La résurrection de la chair pour la vie éternelle ». Que Dieu vous régénère, que Dieu vous conserve et vous protége, et qu'il vous réunisse à lui, car telle est pour nous la vie éternelle. Ainsi soit-il.

 

Traduction de M. l'abbé BURLERAUX.

 


 

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