LET. XXXIII-XLI
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LETTRE XXXIII. A HUGUES, ABBÉ DE PONTIGNY.

LETTRE XXXIV. AU MOINE DROGON (a).

LETTRE XXXV. AU DOCTEUR HUGUES FARSIT (a).

NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE XXXVI. AU MÊME.

LETTRE XXXVII. A THIBAUT, COMTE DE CHAMPAGNE.

NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE XXXVIII. AU MÊME, SUR LE MÊME SUJET.

LETTRE XXXIX. AU MÊME.

NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE XL. AU MÊME.

LETTRE XLI. AU MÊME.

LETTRE XXXIII. A HUGUES, ABBÉ DE PONTIGNY.

Saint Bernard lui dit ce qu'il pense de ce qu'il a reçu Drogon, et lui fait connaître qu'il ne le blâme point de ce qu'il a fait.

A son très-cher frère l'abbé dom Hugues, le frère Bernard de Clairvaux, salut et tous les voeux qu'il ferait pour lui-même.

1. Si j'en juge par ce que vous m'écrivez, j'ai bien mal rendu ma pensée dans ma dernière lettre, ou bien vous l'avez prise dans un sens qu'elle n'avait pas. Quand je vous ai parlé des conséquences que pouvait avoir pour vous l'admission de ce religieux, je ne l'ai fait que dans la crainte qu'il n'en fût ainsi, et maintenant, je suis dans les mêmes appréhensions que je vous disais alors. Mais en vous écrivant comme je l'ai fait, je n'avais certainement pas l'intention de vous donner le conseil ou de vous suggérer, comme vous le dites, la pensée de le renvoyer; il y a trop longtemps que je connais son zèle et sa ferveur; aussi je le félicite de ce qu'il a fait, bien loin de l'en blâmer. Mais comme son abbé, mon intime ami, et l'archevêque de Reims me pressaient vivement de vous écrire, pour vous le redemander, je vous ai écrit à dessein, afin d'éloigner de moi tout soupçon, si je le pouvais, dans les termes où je l'ai fait, de manière qu'ils fussent satisfaits, et que vous, en même temps, vous fussiez prévenu des reproches qu'ils ne pouvaient tarder à vous adresser. J'ai cru que vous aviez l'esprit trop pénétrant pour ne pas saisir ma pensée du premier coup, surtout en lisant ce que je me rappelle vous avoir dit à la fin de ma lettre, pour peu que vous la lussiez dans le même esprit que je l'ai écrite; en effet, après vous avoir dit les tribulations que j'avais des raisons de craindre pour vous, j'ajoutais C'est à vous de voir maintenant si vous aimez mieux vous y exposer que de renvoyer ce religieux ; ce sont là mes propres paroles ou à peu prés. En m'exprimant ainsi, ne voulais-je pas vous faire entendre à demi-mot que tout ce due j'avais dit auparavant était un langage de complaisance, sinon un déguisement de ma pensée.

2. Quant aux insinuations que j'aurais chargé votre messager de faire à ce religieux : que je me flattais d'obtenir son absolution s'il voulait entrer dans notre ordre, je vous déclare qu'il n'est rien de plus faux. Comment aurais-je eu l'imprudence ou la présomption de croire que je pouvais recevoir un religieux venant d'un monastère avec lequel j'ai des relations si étroites, quand je soutenais que vous ne pouviez le garder vous-même sans scandale ? Mais soit : supposons que vous enviant ce religieux et désirant l'attirer, j'aie cru ou feint de croire que je pourrais faire quelque chose pour son absolution; est-il croyable, en ce cas, que j'aurais choisi, pour lui faire connaître des projets si contraires à votre couvent, le religieux même que vous m'avez envoyé ?

Mais pour vous convaincre que vous avez eu raison de me croire jusqu'à présent votre ami, je me sens obligé, pour vous bien plus que pour moi, de redoubler d'efforts sinon, comme je l'ai fait jusqu'à présent, afin de rendre notre amitié plus solide, du moins pour empêcher que les liens ne s'en rompent tout à fait.

Que vous dirai-je encore ? Il est bien certain que je ne pourrais vous croire capable, quand même vous m'assureriez que vous l'êtes, de ce dont vous m'avez soupçonné sans fondement. Au reste, vous saurez, mon cher ami, due le comte Thibaut a reçu ma lettre de recommandation pour Humbert, mais il ne m'a pas encore répondu. Qu'avez-vous à faire dans cette circonstance ? Votre piété vous le dira mieux que qui .que ce soit, si vous voulez bien considérer d'un oeil de compassion le malheur d'un homme injustement frappé d'exil.

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LETTRE XXXIV. AU MOINE DROGON (a).

Vers l’an 1120

Saint Bernard félicite Drogon d'avoir embrassé une règle plies sévère, et il l'exhorte à persévérer.

Mon bien cher Drogon,

1. Je trouve plus que jamais justifiée l'affection toute particulière que j'ai toujours eue pour vous. Vous me paraissiez autrefois aimable et accompli en toutes choses; mais j'avais pressenti je ne sais quoi de mieux encore et de plus excellent que ce due je voyais ou entendais dire de votre mérite. Aviez-vous déjà entendu la voix du céleste Epoux dans les bras duquel votre âme s'est plus étroitement serrée? Vous avait-il dit comme à cette chaste tourterelle des Cantiques : « Vous êtes toute belle, ô ma bien-aimée; vous êtes parfaitement belle (Cant., IV, 1), sans parler des beautés intérieures que vous cachez à tous les yeux? » Qui pourrait croire ce que vous venez de faire? Déjà il n'était bruit dans la ville entière que de vos vertus et de votre extrême piété; il ne semblait pas

a Le manuscrit de la Colbertine, n° 1410, a la même suscription; celui de Compiègne porte : A Hugues Drogon, bien que dans le cours de la lettre il ne soit parlé que de Drogon. On aura réuni en un seul nom celui de l'abbé Hugues de Pontigny, et de Drogon, son intime ami,

qu'il fût possible de rien ajouter à tant tic perfections, et voilà que, quittant votre monastère, comme un autre aurait quitté le monde, vous êtes allé soumettre aux observances d'une règle plus austère un corps déjà usé sous le joug de Jésus-Christ, vérifiant ainsi en vous ces paroles du Sage : « Quand un homme est arrivé à la perfection, il ne fait encore que de commencer (Edeli., XVIII, 6). » Vous commencez maintenant, et vous montrez par là que vous étiez déjà parfait. Vous croyez n'avoir pas encore atteint le but, et vous prouvez ainsi que déjà vous y êtes arrivé; car on n'est parfait que lorsqu'on désire le devenir davantage; et plus on l'est, plus on aspire à se perfectionner encore.

2. Mais, hélas! mon cher ami, je vois celui dont l'envie a fait entrer la mort dans le monde bander son arc et le préparer contre vous. Chassé de votre cœur et ne pouvant plus y exercer son empire, il va redoubler ses attaques au dehors; ou, pour parler plus, ouvertement, sachez que les pharisiens se sont scandalisés de ce que vous avez fait; mais rappelez-vous qu'il y a des scandales dont on ne doit pas se mettre en peine. Le Seigneur n'a-t-il pas dit: « Laissez-les; ce sont des aveugles qui conduisent d'autres aveugles (Matth., XV, 14) ? » Mieux Vaut permettre le scandale que d'abandonner la vérité! Rappelez-vous quel est celui dont il a été dit: « Il est né pour la raine et pour le salut de plusieurs, » et vous ne serez pas surpris si vous êtes comme lui une odeur de vie pour les uns et de mort pour les autres, Si on vous maudit, si on fulmine des anathèmes contre vous, Isaac répondra pour vous : « Celui qui volis maudira sera maudit lui-même, et celui qui vous bénira sera comblé de bénédictions (Gen., XXVII, 29). » Et vous, derrière le rempart inexpugnable de votre conscience, répondez-leur comme de l'intérieur d'une place forte : « Quand même je verrais une armée tout entière se lever contre moi, mon coeur serait sans crainte, et si on me livrait bataille , je serais plein de confiance au milieu du combat (Psalm. XXVI, 3). » Ne craignez pas d'être confondu quand vous tiendrez ce langage aux ennemis qui vous assiègent. Pour moi, j'espère qu'avec la grâce de Dieu, si vous tenez bon contre les premiers coups; si vous ne vous laissez pas plus ébranler par les menaces que par les promesses, vous ne tarderez pas à fouler Satan sous vos pieds : les justes en seront dans la joie, et les méchants confondus seront réduits au silence.

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LETTRE XXXV. AU DOCTEUR HUGUES FARSIT (a).

L’an 1128.

Bernard lui recommande la cause d'un certain Humbert, et l'engage à ne pas rougir de rétracter une erreur.

A son très-cher frère et coabbé Hugues, le frère Bernard, salut et assurance de la plus vive affection.

Je vous recommande, avec la plus grande confiance en votre bonté, le nommé Humbert qu'on dit avoir été injustement déshérité. J'ai entrepris, pour plaire à Dieu, de plaider sa cause auprès de votre comte, et j'espère que vous m'aiderez, avec la grâce du Roi du ciel, à réconcilier cet homme avec son prince, et à lui faire rendre sa patrie, son épouse, ses enfants, ses amis, enfin tout ce qui lui appartient, et que vous ferez tout ce qui dépendra de vous pour arriver à ce résultat. Vous délivrerez de la main d'un pécheur un homme qui est dans la détresse; vous travaillerez en même temps au saint de son oppresseur, et vous me donnerez ainsi la preuve que vous désirez m'être agréable; sans compter qu'en travaillant pour le bien de la paix vous vous préparez une belle place parmi les enfants de Dieu. Parlons maintenant d'une autre affaire. On vous a rapporté que j'avais jeté au feu la lettre que Votre Sainteté a daigné m'écrire dernièrement. Veuillez croire que je la conserve précieusement. Ne serait-ce pas l'effet d'une jalousie voisine de la fureur que de condamner avec témérité un ouvrage utile et louable où je n'ai rien vu que de conforme aux plus saines croyances et aux meilleures doctrines, et qui ne tende à l'édification des âmes? Je dois

a Je trouve à cette époque deux moines de ce nom, l'un de Lagny, il en est parlé dans le sixième livre de la Diplomatie, page 585; l'autre de Saint-Lucien de Beauvais, dont le Nécrologe fait ainsi mention: « le 24 mars, mort de Hugues Farsit, moine profès. » Peut-être est-ce le même que celui dont il est question dans l'Histoire de Louvet, page 555. Il y a un troisième Hugues Farsit, qui fut chanoine régulier de Saint-Jean-des-Vignes, cité dans le Nécrologe de l'église de Soissons. Abélard parle d'un autre personnage de ce nom, dans son sermon sur saint Jean-Baptiste, page 967, où il fait mention de saint Norbert et de blagues Farsit, le compagnon de son apostolat. Peut-être était-il abbé de Prémontré et successeur de saint Norbert, dont il fut le premier et le plus remarquable disciple, et auquel est adressée la deux cent cinquante-troisième lettre de saint Bernard. Pour moi, je suis porté à croire que l'abbé auquel écrit saint Bernard n'est autre que le vénérable docteur Hugues de Chartres, à qui Hugues Métellus, alors chanoine régulier de Toul en Lorraine, a adressé la trente-quatrième lettre du manuscrit. En effet, Hugues Farsit, dont parle saint Bernard, était abbé d'un monastère situé sur les terres de Thibaud, comte de Champagne, à Blois ou à Chartres, selon quelques annotateurs. Peut-être celui dont il est question ici fut-il abbé de Saint-Jean-de-Chartres, après l'abbé Etienne, qui fut élu patriarche de Jérusalem en 1128, et auquel saint Bernard a adressé sa quatre-vingt-deuxième lettre.

pourtant excepter un endroit; car entre amis c'est se trahir que de trahir la vérité par une pusillanime et dangereuse flatterie; j'excepte, dis-je, cet endroit où vous essayez de soutenir et de défendre. en commençant votre ouvrage, une opinion que vous aviez émise dans l'entretien a que nous avons eu ensemble sur les sacrements; j'avoue que je m'en suis senti et m'en sens encore ému. Réfléchissez, je vous prie, à la doctrine que vous avez soutenue dans cet entretien, et jugez si elle est ou non contraire à l'enseignement de l'Église. Vous avez trop de science et d'humilité pour avoir honte de rétracter une opinion qui ne serait pas conforme à la saine doctrine. Adieu.

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NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRES XXXV et XXXVI.

28. A Hugues Farsit. Il est facile de voir à la manière dont saint Bernard parle de lui, dans cette lettre, en quelle estime il le tenait, puisqu'il l'appelle« son frère bien-aimé et son cher collègue, un homme qu'il aime depuis longtemps et dont il est aimé; » il passait généralement pour un saint; mais il n'est pas aussi facile de dire qui il était. Les savants ne connaissent de lui que son nom. Possevin, dans son Apparat, assure qu'il fut moine de Saint-Médard de Soissons; mais ce n'est, je crois, qu'une simple conjecture. D'après une lettre de notre Hildephonse Vrayet, il paraîtrait que Hugues Farsit fut chanoine régulier de Saint-Jean-des-Vignes, près Soissons, dont les Nécrologes et les actes publics portent souvent sa signature. Dans le calendrier de la cathédrale de Saint-Gervais, on lit : « Le 4 août, mort de Hugues Farsit, chanoine régulier qui nous a légué ses livres tant sacrés que profanes. » On ne sait en quel endroit il a été abbé., les uns pensent que ce fut à Château-Thierry, d'autres à Valenciennes; peut-être bien était-ce de Saint Jean-de-Chartres, où je trouve, en 1234, un abbé du nom de Hugues. La trente-cinquième lettre de saint Bernard ne contient qu'un renseignement bien insuffisant sur ce point, puisqu'elle ne nous fait connaître qu'une chose, c'est que cette abbaye dépendait de Thibaut, comte de Campagne, qu'il appelle le comte de Hugues. Au reste, on peut juger combien il était versé dans la connaissance des lettres par ce fait, qu'il possédait une bibliothèque que nous voyons léguer à sa mort à une église cathédrale, et par ce livre des Sacrements dont saint Bernard parle dans sa trente-cinquième lettre, en lui reprochant d'y admettre certaines choses qui ne sont pas absolument conformes à la foi catholique; je me ligure que cet Hugues de Saint-Victor qui consulte saint Bernard sur l'opinion d'un certain auteur qu'il ne nomme pas, et dont la doctrine sur le baptême n'était pas ce qu'elle devait être, n'est autre que notre Hugues Farsit. Enfin j'ai en ce moment sous les yeux un manuscrit sur les miracles de Marie, divisé par lui en trente et un chapitres, avec cette inscription : Hugues Farsit de vénérable mémoire; cet ouvrage a été publié en entier par notre Michel Germain, dans l'Histoire Gallicane du Parthénon de Soissons (Note de Mabillon).

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LETTRE XXXVI. AU MÊME.

Saint Bernard répond à la lettre de Hugues et lui conseille de ne pas attaquer la doctrine d'un évêque qui n'est plus.

A son toujours très-affectionné et, par la grâce de Dieu, très-saint abbé Hugues, le frère Bernard de Clairvaux, salut et amitié aussi sincère qu'inébranlable.

J'avais l'intention, et c'était mon devoir, de répondre plus longuement à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser et que j'ai trouvée plus courte que je ne l'aurais désiré, quoique beaucoup plus longue encore que je ne l'ai mérité; mais votre messager était pressé, je n'en ai pas eu le loisir. Néanmoins, pour qu'il ne s'en allât pas les mains vides, je l'ai chargé de ces quelques lignes écrites à la hâte, en réponse à la longue lettre que vous m'avez adressée. Je commencerai par vous donner, en peu de mots, mais avec une entière sincérité, comme à une personne que j'aime depuis bien longtemps et dont je me crois aimé, l'assurance la plus complète que je vous tiens du fond du coeur pour un saint, un parfait catholique et mon plus cher ami. Quant à la pureté de votre foi, je m'en rapporte à votre propre confession; pour la sainteté de votre vie, je m'en tiens à votre réputation; quant à l'affection que je vous déclare ressentir pour vous, je n'en veux d'autre, garant que le témoignage de mon propre coeur.

Vous protestez que vous ne conservez pas le moindre souvenir de l'opinion qui inquiétait ma foi, je l'avoué, et non pas sans raison; j'en recors l'assurance avec un bonheur égal à celui que j'ai ressenti en lisant, dans votre dernière lettre, l'exposition développée de la plus pure et de la plus saine doctrine. Je ne serais même pas très-éloigné

a Je pense que Hugues Farsit est le même que Hugues de Saint-Victor, dont saint Bernard combat l'opinion dans sa soixante-dix-septième lettre rangée au nombre des traités ; mais je n'oserais l'affirmer.

de croire que c'est moi qui ai mal compris votre pensée, et non pas vous qui aviez émis une proposition contraire à la foi.

Maintenant permettez-moi de conseiller à votre esprit de modération, avec une liberté toute fraternelle, de ne pas attaquer, après sa mort, la doctrine d'un évêque (a) aussi saint que savant, et que vous avez laissé en repos pendant qu'il vivait; car je craindrais qu'en vous voyant accuser un homme qui ne peut plus se défendre, l'Eglise tout entière ne vous reprochât d'agir beaucoup moins par amour de la vérité que par un défaut de charité.

Je vous prie encore une fois de vouloir bien aider Humbert, quand vous le pourrez, de vos conseils et de votre protection. Adieu.

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LETTRE XXXVII. A THIBAUT, COMTE DE CHAMPAGNE.

Saint Bernard s'éloigne d'essuyer un refus de sa part dans l'affaire de Humbert, attendu qu'il ne lui demande rien que de parfaitement juste et raisonnable. Il l'exhorte à penser au souverain juge : ce sera le moyen de se montrer moins impitoyable pour un malheureux.

Au glorieux prince Thibaut, Bernard, serviteur inutile des serviteurs de Dieu qui sont à Clairvaux, salut, paix et santé.

1. Je vous suis bien reconnaissant de ce que vous avez bien voulu, m'a-t-on dit, vous inquiéter de ma pauvre santé; car si je vois en cela une preuve de l'intérêt que vous me portez, j'en vois une aussi de l'amour que vous avez pour Dieu; autrement, un homme de votre rang ferait-il à un aussi petit personnage que moi l'honneur de le connaître ?

Mais plus il est certain que vous aimez Dieu et que vous m'aimez pour l'amour de lui, plus je m'étonne de voir que vous me refusez une toute petite grâce que Dieu seul m'a inspiré la pensée de vous demander, et que, d'ailleurs, je crois parfaitement juste et raisonnable. Si je vous avais demandé de l'or, de l'argent ou quelque autre chose semblable, ou je me trompe beaucoup sur vos sentiments, ou vous me l'auriez accordé sur-le-champ. Ne m'avez-vous pas déjà donné de nombreux témoignages de votre générosité sans attendre même que je vous eusse jamais rien demandé? Pourquoi donc, quand je vous prie de m'accorder une grâce que je sollicite de vous par esprit de charité, et au nom de

a Si je ne me trompe, il s'agit ici de Guillaume de Champeaux, évêque de Châlons-sur-Marne, pour lequel saint Bernard avait une très-grande affection, comme nous l'avons dit dans les notes de la troisième lettre. Un manuscrit de Panchrysis, de l'abbaye de Chéminon, au diocèse de Châlons-sur-Marne, mentionne plusieurs ouvrages de lui sur la théologie dont il cite même de nombreux passages.

Dieu même, beaucoup plus dans votre intérêt que dans le mien a, pourquoi, dis-je, n'essuyé; je qu'un refus de votre part? Est-ce que vous trouveriez indigne de moi de chercher à toucher votre coeur pour un chrétien qu'on accuse, il est vrai, mais qui se justifie, et de vous, de lui faire grâce ? Si vous croyez qu'il ne s'est pas pleinement justifié parce qu'il ne l'a pas fait devant vous, souffrez qu'il se présente à votre tribunal pour soutenir son innocence et mériter ainsi sa grâce.

2. Avez-vous oublié les menaces de celui qui vous dit : « Quand mon temps sera venu, je jugerai les justices elles-mêmes (Psalm. LXXIV, 3) ? » Or, s'il juge les justices, à combien plus forte raison les injustices ?Ne craignez-vous pas ce qui est écrit encore : « Qu'il sera fait usage pour vous de la même mesure que vous aurez employée pour les autres (Matth., VII, 2)? » Et ne savez-vous pas que s'il vous est facile de priver Humbert de son héritage, il est aussi facile, beaucoup plus facile même, à Dieu de priver le comte Thibaut du sien. A Dieu ne plaise que cela arrive jamais! Dans le cas où la faute paraît tellement claire et inexcusable qu'il semble qu'il n'y a plus lieu qu'à sévir si on ne veut manquer aux lois de la justice, ce n'est encore qu'en tremblant et comme à regret que vous devez punir, plutôt pour accomplir un devoir de votre charge, que pour le plaisir de frapper du glaive de la justice. Mais quand le crime n'est pas certain ou lorsque l’accusé offre de se justifier, non-seulement vous ne devez pas répondre par un refus à une demande de grâce; mais vous devez vous estimer trop heureux de pouvoir, sans blesser la justice, trouver place pour l'indulgence et la miséricorde.

Je supplie donc Votre Excellence, pour la seconde fois, d'avoir pitié d'Humbert comme elle voudrait que Dieu eût pitié d'Elle un jour, et de prêter l’oreille à ces paroles engageantes du Seigneur : « Heureux les miséricordieux, parce qu'ils obtiendront miséricorde (Matth., V, 7), » aussi bien qu'à ces menaces effrayantes : « Celui qui n'aura pas fait miséricorde sera jugé sans pitié (Jacob., II, 13). » Adieu.

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NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE XXXVII.

29. Au glorieux prince Thibaut. Les écrivains de son temps ont fait de lui le plus pompeux éloge. Anselme de Gembloux en parle ainsi, à l'année 1154 : « Le comte Thibaut de Blois ou de Chartres, se distingua entre tous les princes de France par son excessive justice; il aima et protégea les moines, les religieux et le clergé ; il fut le défenseur de l'Eglise, la providence des pauvres et la consolation des affligés; il brilla par la prudence et la discrétion dans les affaires et par sa juste sévérité envers tous ceux qui s'écartaient de la justice et du droit. »

Un moine d'Autun, nommé Hugues, lui décerne les mêmes éloges, en parlant de lui, à l'année 1136.

Quant à ce qui est de son zèle pour la justice qu Anselme se plaît particulièrement à relever, on en trouve une preuve éclatante dans la trente-neuvième lettre et dans quelques autres encore qui nous apprennent avec quelle rigueur il osa, un des premiers, sinon le premier, sévir contre le duel jusqu'alors toléré à peu près par tous les autres princes, mais que les canons avaient depuis longtemps interdit aux clercs, comme nous l'apprend Yves de Chartres, dans sa deux cent quarante-septième lettre.

Ernald de Bonnevaux, de même que Geoffroy, parle avec admiration de la charité et de la bonté du comte Thibaut, dans sa Vie de saint Bernard, livre II, chapitre 8, et livre IV, chapitre 3. Il en est aussi fait mention dans la quatre cent seizième lettre, une des nouvelles de la collection. Il est facile de voir par là quels fruits il sut recueillir de l'amitié et des conseils de notre saint Docteur. Il mourut le 8 janvier 1152 et fut enterré, non pas dans l'abbaye de Pontigny, comme le prétendent Jongelin et Manrique, d'après Vincent de Beauvais qu'ils ont suivi l'un après l'autre, ni à Clairvaux, comme le veut Brito de Portugal, mais dans l'abbaye de Bénédictins de Lagny-sur-Marne, dont il était le patron et le protecteur, ainsi que nous le voyons par la deux cent trente-septième lettre de saint Bernard: cette abbaye avait été fondée par Heribert, comte de Champagne, vers l'année 990, on y voit encore maintenant le tombeau en porphyre du comte Thibaut. Le moine Etienne rapporte en ces termes, dans sa Chronique, le jour de sa mort et le lieu de sa sépulture : « En 1152, le 8 janvier, mort du comte Thibaut de Campagne qui fut enterré à Lagny. Il eut six filles dont la première fut Marie, duchesse de Bourgogne; la seconde, Agnès, comtesse de Bar-le-Duc; la troisième, d'abord comtesse de pays éloignés, fut mariée ensuite à Guillaume Goez, dans le pays Chartrain; la quatrième, Mathilde, comtesse du Perche; la cinquième fut religieuse de Fontevrault, et la sixième fut Adélaide qui devint reine de France. »

Tous ces détails sont confirmés par Albérie, dans sa Chronique à l'année 1152, il ajoute de plus que le comte Thibaut eut quatre fils qu'il place dans l'ordre suivant : « Henri, comte palatin de Trèves, bien connu par ses largesses et ses libéralités; Thibaut, comte de Blois et de Chartres; Etienne; comte de Sancerre, et Guillaume, d'abord archevêque de Sens, puis de Reims. »

Le docteur Simon, surnommé la Chèvre-d'Or, chanoine de Saint-Victor de Paris, fit l'épitaphe du comte Thibaut que Chifflet nous a conservée dans sa dissertation. Elle se trouve dans le manuscrit de l'abbaye de la Charité, de l'ordre de Coteaux. Le comte Thibaut nous parait mériter que nous la rapportions ici en entier.

« Le comte Thibaut dont le nom est connu dans le monde entier, unit tous les sentiments d'un père à ceux d'un fils, pour l'Eglise notre mère.

« Il fut aussi remarquable par la grandeur de sa gloire, la puissance de ses armes et l'illustration de sa naissance, que par la pénétration de son esprit. l'éloquence de sa parole et la beauté de sa physionomie. Petit avec les petits, fier avec les fiers, méchant aux méchants et simple avec les simples, il se faisait tout à tous.

Il se plut à donner, toute la vie, aux malheureux et aux infirmes, secours et abri; aux religieux, présents, églises et maisons.

Protéger les gens de bien, poursuivre les méchants, vivre en saint et rendre la justice, ce fut l'oeuvre de toute sa vie.

« On put voir toutes les vertus briller en lui et travailler, comme à l'envi, à le rendre fameux entre tous.

« Notre France pleura à sa mort de se voir privée d'un tel soutien; quand il était debout elle semblait triompher avec lui, maintenant qu'il n'est plus on la dirait frappée du même coup que lui.

« Le dix (le six) janvier fut son dernier jour; mais Dieu est à présent pour lui un jour qui vaut mieux que des milliers de jours.

Ces vers ont été faits à la demande du comte Henri (Note de Mabillon).

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LETTRE XXXVIII. AU MÊME, SUR LE MÊME SUJET.

L'an 1128.

Au très-pieux prince Thibaut, Bernard, abbé de Clairvaux, salut et prières.

1. J'ai bien peur de finir par me rendre insupportable à force de vous fatiguer les oreilles par mes importunités, et de vous distraire de vos importantes occupations. Mais que faire ? Si j'ai peur de vous indisposer par mes lettres, je crains bien davantage de mécontenter

a On voit par là que cette lettre n'est pas la première que saint Bernard a écrite pour Humbert; elle est certainement postérieure en date à la trente-neuvième, qui nous apprend la patrie d'Humbert et la peine dont il avait été frappé.

Dieu en n'intercédant pas pour un malheureux; d'ailleurs, pardonnez-le-moi, je ne puis voir d'un oeil insensible la misère affreuse du malheureux pour lequel je reviens encore vous importuner de mes prières. C'est toujours de l'infortuné Humbert que je veux parler. Son sort est d'autant plus à plaindre que de riche qu'il était il est tombé dans la détresse la plus grande et dans la misère la plus profonde. Il m'est également impossible de voir, sans en être vivement touché, le malheureux sort de sa veuve et de ses enfants, qui sont d'autant plus à plaindre qu'ils sont orphelins du vivant même de leur père.

Je vous remercie de la grâce ; que vous avez du moins daigné m'accorder dans cette affaire, en permettant qu'Humbert vînt lui-même plaider sa cause devant vous, et en lui faisant la justice de ne pas écouter ses calomniateurs. Pour mettre le comble à vos bontés en cette circonstance, vous aviez ordonné qu'on rétablit sa femme et ses enfants dans leurs biens; je ne sais d'où vient qu'on n'a point exécuté jusqu'à ce jour vos ordres charitables.

2. Quand il nous arrive de surprendre dans les autres princes quelques paroles légères ou peu conformes à la vérité, nous ne nous en étonnons guère et cela ne nous parait pas nouveau; mais quand il s'agit du comte Thibaut, le oui et le non sur ses lèvres nous surprendront toujours, car un mot de lui, pour nous, est un serment, et le plus léger mensonge dans sa bouche, un énorme parjure; car de toutes les qualités qui ajoutent à l'éclat de votre rang et rendent votre nom célèbre dans tout l'univers, celle qu'on aime le plus à citer, c'est votre amour de la vérité. Qui donc a pu essayer d'ébranler, par ses insinuations ou par ses conseils, l'énergique fermeté de votre âme? quel est, dis-je, le conseiller qui a osé entreprendre d'affaiblir, dans votre coeur, par ses mensonges, cet amour si saint et si constant de la vérité, cette vertu si connue et si digne d'être donnée en exemple à tous les autres princes? Le malheureux que la cupidité porte à tenter d'obscurcir le glorieux nom d'ami de la vérité que vous vous êtes fait, n'est qu'un faux et perfide ami, puisqu'il ne tend à rien moins, dans je ne sais quel sentiment pervers, qu'à rendre vaine, pour accabler un homme déjà dans le malheur, une parole sortie de votre bouche, parole non moins agréable à Dieu que digne de vous, et qui avait su concilier ensemble la piété et la justice. Je vous supplie donc, au nom du Dieu des miséricordes, si vous voulez qu'un jour il se montre miséricordieux pour vous, de ne pas permettre que l'impie se glorifie d'avoir écrasé le pauvre. Faites plutôt que vos promesses soient une vérité et reçoivent leur accomplissement. Or vous avez eu la bonté de nous donner l'assurance, à dom Norbert et à moi, que les biens d'Humbert seraient rendus à sa femme et à ses enfants. Adieu.

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LETTRE XXXIX. AU MÊME.

L’an 1127.

Saint Bernard recommande à Thibaut les intérêts de différentes personnes; puis il l'engage à traiter avec honneur et déférence les évêques qui se sont rendus à Troyes pour assister au concile.

1. Vous m'avez donné tous les jours des marques de votre bienveillance, mais ce qui excite davantage mon attachement et ma reconnaissance, c'est que, malgré mes nombreuses importunités pour une foule de gens, vous ne m'avez jamais fait essuyer un refus : aussi ma confiance s'en est-elle accrue et je n'hésite pas un instant à venir vous recommander les chanoines de Larzicourt (a). Je ne vous demande aucune faveur pour eux, car j'ai une telle confiance dans votre intégrité que je ne doute pas que, si votre ennemi même venait plaider sa cause à votre tribunal, il ne se fît rendre justice; mais voici pourquoi je m'unis de loin à eux : c'est pour vous demander, avec toute l'instance possible, de leur faire un accueil plus prompt et plus favorable que par le passé quand ils se présenteront devant vous; cela est nécessaire pour que leurs voisins apprennent à leur rendre le respect qui leur est dit, ce qu'ils feront quand ils sauront votre bienveillance à leur égard. Vos soldats ou vos officiers verront ainsi qu'ils ne pourront plus désormais, sans s'exposer à votre indignation et sans encourir une disgrâce, porter une main injuste sur leurs biens et troubler leur saint repos.

2. J'ai encore une autre prière à vous faire . comme je passais dernièrement par Bar, une femme vraiment digne de pitié et plongée dans un profond chagrin vint me trouver. Le récit de ses peines m'a navré; elle a tant fait par ses larmes et par ses prières que je lui ai promis d'intercéder pour elle auprès de vous. C'est la femme de ce Belin que vous avez dû punir, il y a quelque temps, avec sévérité, à cause de son crime. Veuillez avoir pitié de cette femme, et Dieu aura aussi pitié de vous un jour.

3. Puisque j'ai commencé, souffrez, prince, que je continue de vous parler encore. Dans un duel qui vient d'avoir lieu en présence du prévôt de Bar, le vaincu (b) fut condamné sur-le-champ par votre ordre à perdre les yeux; mais de plus, comme si ce n'était pas assez d'avoir

a C'étaient des chanoines réguliers de Saint-Augustin. Larzicourt est du doyenné du Pertois, diocèse de Châlons-sur-Marne; les pères jésuites y possédaient un prieuré au temps de Mabillon.

b Il s'agit d'Humbert, pour lequel saint Bernard écrivit cette lettre avant la trente-septième.

été vaincu et d'être privé des yeux, il fut dépouillé de tous ses biens par vos gens : voilà ce dont il se plaint. Votre bienveillance trouvera juste qu'on lui rende de quoi soutenir sa triste et misérable vie. D'ailleurs, l'iniquité du père ne peut retomber sur ses enfants qui sont bien innocents de ses fautes; qu'ils puissent donc au moins posséder les biens qui leur appartiennent.

4. Enfin je vous demande encore de vouloir bien traiter avec tout l’honneur dont ils sont dignes les saints évêques qui se sont réunis dans votre capitale pour traiter ensemble des choses de Dieu. Daignez aussi vous montrer plein d'empressement et de soumission pour le légat du saint Siège, en reconnaissance de ce qu'il a fait choix de votre ville capitale pour la tenue d'un concile (a) aussi célèbre, et veuillez donner votre appui et votre assentiment aux mesures et aux résolutions qu'il jugera convenable de prendre dans l'intérêt du bien ; mais je vous prie tout particulièrement d'accueillir avec honneur l'évêque de Langres, qui est votre évêque aussi bien que le nôtre, et de lui rendre, avec de très-humbles respects, l'hommage que vous lui devez pour le fief (b) que vous tenez de son église. Adieu.

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NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE XXXIX.

30. A Thibaut. — Après avoir adressé plusieurs autres requêtes dans cette lettre au comte Thibaut, saint Bernard le prie pour un pauvre malheureux du nom de Humbert qui avait été vaincu en duel, et par suite privé, sur l'ordre du comte, non-seulement de tous ses biens, mais encore de la vue, de sorte qu'il n'avait plus moyen de soutenir sa misérable existence. Le châtiment de la faute était bien cruel et le coeur charitable de saint Bernard en était profondément ému. Il est vrai que l'habitude des combats singuliers était un mal si grand et si invétéré, qu'il ne fallait rien moins qu'une pareille sévérité pour y porter remède. Voyez sur cette plaie lamentable de l'époque ce que dit Sirmond dans ses notes à Geoffroy de Vendôme, livre 3, épître 38; Duchesne dans sa bibliothèque de Cluny et d'autres encore. Consultez aussi la trois cent soixante-seizième lettre de saint Bernard (Note de Mabillon).

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LETTRE XL. AU MÊME.

Vers l'an 1127.

Saint Bernard recommande à Thibaut un pauvre religieux.

J'ai deux motifs pour vous recommander cet homme; c'est un pauvre, et de plus un religieux. Si vous ne ressentez pour le premier aucune compassion, ayez du moins quelque considération pour le second, et veuillez ne pas lui refuser ce qu'il vient, de si loin, et au prix de tant de fatigues, chercher auprès de vous. Donnez-lui quelques secours, sinon à cause de lui, du moins pour vous-même; car s'il a besoin de vous parce qu'il est pauvre, vous n'avez pas moins besoin de lui parce qu'il est religieux. Enfin, de tous ceux que je vous ai adressés pour la même cause, je ne sais pas s'il s'en est trouvé un autre auquel vous ayez pu faire du bien avec une plus grande certitude d'être agréable au Seigneur. Adieu.

a De Troyes, en 1128, dont il est question dans les notes développées de la lettre vingt et unième à Matthieu, légat du saint Siège

b Dépendant de la maison du seigneur, d'où lui vient son nom latin de Casamentum.

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LETTRE XLI. AU MÊME.

L'an 1127

Saint Bernard lui recommande un religieux âgé.

J'ai peur de vous fatiguer avec toutes mes lettres. Mais s'il en est ainsi, ne vous en prenez qu'à la charité de Jésus-Christ et aux besoins de mes amis, Ne renvoyez pas, je vous prie, sans lui avoir donné quelque chose, cet homme que je vous recommande. Il est âgé comme vous le voyez, et de plus il vous est adressé par une maison religieuse. Comme il se propose d'aller trouver le roi, votre oncle (a), je vous prie de vouloir bien lui donner une lettre pour lui. Je voudrais, s'il était possible, que tous les serviteurs de Dieu devinssent vos débiteurs, afin qu'ils vous reçussent un jour dans les tabernacles éternels en retour des quelques richesses d'iniquité dont vous leur aurez fait part. Adieu.

a Henri Ier , roi d'Angleterre, oncle de Thibaut, d'après Enald, dans la Vie de saint Bernard, livre II, vers la fin ; et Robert du Mont à l'année 1151, par Adèle, fille de Guillaume le Conquérant, sieur d'Henri Ier, et mère de Thibaut.

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