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LETTRE LV. A GEOFFROY, ÉVÊQUE DE CHARTRES (a).

NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE LVI. AU MÊME.

NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE LVII. AU MÊME.

LETTRE LV. A GEOFFROY, ÉVÊQUE DE CHARTRES (a).

Vers l'an 1128.

Saint Bernard le prie d'accueillir et d'assister un religieux reclus qui, après avoir renoncé à son premier genre de vie, avait le dessein d'y revenir.

Au très-fidèle et très-prudent serviteur de Dieu, Geoffroy, évêque de Chartres, Bernard serviteur des pauvres du Christ, de Clairvaux, salut et souhait de la gloire éternelle,

Plus la sainteté de votre vie vous procure de gloire et d'honneur, plus elle vous attire d'affaires; ainsi la personne qui doit vous remettre cette lettre, et pour qui je vous écris, s'est sentie, comme tant d'autres, attirée de bien loin par la bonne odeur que répand votre piété. Elle s'adresse à vous dans l'espérance de trouver en vous non-seulement un conseil pour ce qu'elle doit faire, mais encore un aide pour l'accomplir. Voici ce dont il s'agit.

Après avoir formé la résolution de vivre en reclus pour l'amour de Dieu, cet homme a quitté sa retraite et transgressé son veau; il vous dira lui-même pourquoi (b). Maintenant il veut revenir à son premier dessein et se propose de recourir à vos conseils pour cela, si toutefois vous voulez bien les lui accorder en ma considération, ce dont je vous prie dans ce mot dont il a voulu se munir en partant. Laissez-vous aller à votre penchant et venez en aide à ce malheureux; faites plus, car je sais que vous vous regardez comme étant redevable aux sages et aux insensés; arrachez promptement de la gueule du loup cette pauvre brebis de Jésus-Christ; ramenez-la dans ses anciens pâturages, et veuillez lui donner une humble cellule dans le voisinage de l'une de vos maisons, à moins que vous ne jugiez que cet homme a quelque chose de mieux à faire, et que vous ne réussissiez à le convaincre qu'il peut en conscience et doit le faire.

a Geoffroy, évêque de Chartres, homme d'uni insigne piété, fut légat du saint Siége et lié d'une étroite amitié avec saint Bernard. Voir la note développée.

b D'après Grimlac, dans sa Règle des Solitaires, il n'était pas permis à ceux qui avaient fait profession solennelle de réclusion de quitter ensuite leur cellule.

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NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE LV.

36. Au très-fidèle et très prudent serviteur de Dieu Geolfroy. Saint Bernard est un grand admirateur de ce prélat dont il connaissait toutes les vertus par expérience, ayant été bien souvent chargé par le souverain Pontife de certaines affaires de l'Église de concert avec lui (Voir la Vie de saint Bernard, livre II, chapitres I, II, VI, etc.). Ce fut un homme vraiment apostolique. dont les mœurs, les manières et l'intelligence avaient un grand rapport avec celles de saint Bernard, puisqu'il dit qu'il a conservé de lui le plus doux souvenir. Voici en quels termes il en parle : « Quel endroit agréable à mon coeur, dit-il, que celui on j'ai l'occasion de rappeler le souvenir et de redire le nom d'un homme d'une si agréable odeur, de l'évêque de Chartres, Geoffroy, qui s'est acquitté à ses frais pendant plusieurs années des obligations de légat du saint Siège en Aquitaine! Je ne dis rien que je n'aie vu de mes yeux... etc.» Voir au livre IV de la Considération, chapitre V, où il rapporte avec quel désintéressement il ne cessa de refuser les présents qui lui étaient offerts, et le comble ensuite de louanges. Voir aussi le bien que dit de lui Pierre abbé de Cluny, et le cas qu'il en fait, dans la quarante-troisième lettre du livre III. Consulter le Polycratique de Pierre de Salisbury, livre V, chapitre XV ; le Ménologe de Henriquez, 1er février. Le même auteur rapporte dans le deuxième livre des Fascicules, distinct. 10, chapitre XII, qu'il fut tiré de Cîteaux pour être placé dans la chaire cathédrale de Chartres. Voir aussi ce que Baronius, tome XII, à l'année 1135 et suivantes, dit de remarquable à son sujet. Dans la Vie de Guillaume, duc d'Aquitaine, on l'appelle « un homme rempli de l'esprit de force et de sagesse; » mais à nos yeux il n'est rien de plus flatteur pour lui que l'éloge de saint Bernard. Voir les endroits cités plus haut. Il mourut le 24 janvier 1138 (Note de Horstius).

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LETTRE LVI. AU MÊME.

Vers l'an 1128.

Saint Bernard ne sait pas si Norbert doit faire le pèlerinage de la terre sainte. Il ne partage pas son opinion au sujet de l’antechrist. Il lui recommande Humbert.

Vous me demandez si le seigneur Norbert a l'intention de faire le pèlerinage de Jérusalem, je l'ignore absolument; je l'ai vu dernièrement, il ne m'en a pas parlé, bien qu'il m'ait honoré d'un assez long entretien pendant lequel j'ai bu avec avidité les paroles qui coulaient de ses lèvres comme d'une source céleste (a).

Comme je lui demandais ce qu'il pensait de l'antechrist, il me parut bien convaincu qu'il doit apparaître de nos jours et que la génération présente le verra. Je le priai de me dire sur quoi il fondait sa conviction; mais sa réponse ne me convainquit pas qu'il eût raison, En résumé, il m'a assuré qu'il y aurait du moins, avant sa mort, une persécution générale dans l'Eglise.

Enfin je prie votre charité de ne pas oublier un pauvre exilé nommé Humbert. Il vous a supplié, à l'époque de votre passage à Troyes, de vouloir bien intercéder pour lui auprès du comte Thibaut, qui l'a dépouillé de ses biens. J'unis, dans cette lettre, ma voix à la sienne, pour, faire à votre charité la même prière que lui. J'ai écrit à ce sujet au comte lui-même, mais je n'ai point obtenu la grâce que je sollicitais, et ma lettre est demeurée sans réponse. Je dois, en terminant, vous apprendre une nouvelle qui vous fera plaisir. Etienne, votre ancien disciple, court, et ce n'est point au hasard, dans les voies du salut; il combat, et ne donne pas des coups en l'air. Priez pour qu'il coure de manière à mériter le prix, et qu'il combatte de façon à remporter la victoire.

a C'est un bien bel éloge de Norbert, que de pareilles expressions dans la bouche d'un aussi grand homme que saint Bernard; mais on ne saurait trop signaler en même temps quel discernement notre Saint avait dans les choses divines; il ne se laissait point facilement imposer les vues de toute espèce de piété, comme on peut en juger par le n° 6 de sa cent soixante-quatorzième lettre. Ce Norbert, dont il a déjà été parlé dans la trente-huitième lettre, est le fondateur de l'ordre de prémontré, qui comptait déjà près de soixante-dix abbayes quand il n'avait encore que vingt ans d'existence, au dire de Laurent de Liége, tome XII du Spicilége, page 32. Voir aussi la deux cent cinquante-troisième lettre.

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NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE LVI. AU MÊME.

37. Comme je lui demandais ce qu'il pensait de l'Antechrist..... Norbert, comme plusieurs anciens Pères, pour ne pas parler des nouveaux, était persuadé que l'Antechrist était sur le point de paraître et que la fin du monde ne pouvait guère tarder, ainsi qu'on peut le voir dans saint Jérôme, saint Léon, saint Grégoire le Grand de même que dans saint Augustin Ce qui le leur faisait croire, c'étaient la malice des temps et l'apparition de quelques-uns des signes dont Notre-Seigneur avait prédit que la fin du monde serait précédée. Mais reprenons les choses de plus haut : Dès le temps même des apôtres, on avait vu se produire un grand nombre de sentiments, de conjectures, d'opinions et de prédictions sur l'Antechrit et sur la fin du monde. Plusieurs philosophes, des astronomes, grand nombre aussi d'imposteurs, de débiteurs de fables et de sornettes, des hérétiques et des fanatiques se mêlèrent de faire des prédictions à ce sujet, et se donnèrent pour plus habiles que le reste des hommes en ce point; mais l'événement s'est joué déjà de la plupart de ces prédictions et en a convaincu les auteurs de vanité et de mensonge; le reste recevra sans doute du présent et de l'avenir une pareille confirmation,' et l'on sera bien convaincu de la vérité de cet oracle divin : « Il ne vous est pas donné de connaître ni les temps ni les moments; » et de cet autre : « Quant à ce jour-là, personne ne le connaît. » Nous pensons que le lecteur nous saura gré d'entrer ici dans quelques détails sur ce sujet.

38. Les premiers qui pensèrent que la fin du monde était imminente, furent les Thessaloniciens, qui comprenaient mal ces paroles de l'Apôtre: « Puis nous autres qui sommes vivants et qui serons demeurés au monde jusqu'alors, nous serons emportés avec eux,..... etc.» (I Thess., IV, 17). C'est pour les tirer de leur erreur que saint Paul jugea nécessaire de leur écrire une seconde lettre, ainsi que le remarque saint Jérôme, dans la lettre à Minerius et à Alexandre. Lactance pensait que la fin du monde devait avoir lieu 600 ans après Jésus-Christ (livre I, chapitre XXVI, de Instit. divin).

D'autres, qu'on a appelés Chiliastes, assignaient au monde une durée de mille ans, à compter depuis Notre-Seigneur; ils appuyaient leur sentiment sur ces paroles apocalyptiques de saint Jean (Apoc., XX, 7). » Après que mille ans se seront écoulés, Satan sera délié et sortira de da prison. »

Un certain évêque de Florence prétendait que l'Antechrist était né en 1105 (Voir Plat. sur Paschal II).

Pierre Jean, celui qui a donné naissance aux Béguines et aux Béguards, disait que le règne de l'Antechrist finirait en 1335 (Joss. de la Coste, des Derniers Temps).

Un certain Espagnol, nommé Arnold, indiquait, selon Florimond, l'année 1345 comme celle où devait apparaître l'Antechrist, et fixait au jour de la Pentecôte de cette année-là le moment où ses disciples devaient se répandre dans le monde.

L'abbé Joachim pensait, au moment où il écrivait, que l'Antechrist ne serait pas soixante ans sans paraître, et que certainement il viendrait avant le treizième siècle.

Pierre d'Ailly, évêque de Cambrai et cardinal, avait supputé, d'après les observations et les calculs astronomiques, que l'Antechrist naîtrait en 1789. Nicolas de Cuse était sùr qu'il viendrait en 1700 ou en 1734. L'illustre Pic de la Mirandole conjecturait, dans ses Assertions, conclusion neuvième, que I'Antechrist ne pouvait manquer de venir en 1994. Jérôme Cardan (livre II, de la Variété, ch. II); et Jacques Maclant, dans les Préluda Medul., ch. IV), pensaient que l'Antechrist apparaîtrait en 1800.

Dans le siècle dernier, un certain nombre d'astrologues et d'hérétiques, tourmentés de je ne sais quelle démangeaison de faire les prophètes, se sont mis à prédire la fin du monde qui n'en subsiste pas moins encore, et dont ils sont devenus la fable et la risée.

Jean de Keenigsberg, mathématicien d'ailleurs fort distingué, assigna l'année 1588 comme celle qui devait voir le monde périr. Jean Stoffler, astronome non moins fameux, était du même avis, ainsi que Henri de Rantzau, illustre Danois, dans son livre sur les années fatales et sur les périodes des empires.

39. C'est ainsi qu'un certain nombre d'astronomes, en voulant, d'après le mouvement des astres, leurs conjonctions et leurs différents aspects, pronostiquer l'avenir et prédire des choses qui ne dépendent que de la volonté de Dieu et de sa souveraine providence, se sont exposés au ridicule et ont vu s'accomplir en eux ce que dit saint Thomas, dans la distinction quarante-quatrième : « Tous ceux qui, par le secours des nombres, prétendent annoncer d'avance quand arriveront les temps marqués, ont constamment été convaincus de s'être trompés; on voit maintenant leur erreur, et on verra également plus tard celle de ceux qui n'ont pas encore renoncé de nos jours à ces calculs. » Ceux qui trouveraient encore quelque charme à la lecture des présages ingénieux et risibles, ou plutôt des songes et des extravagances de quelques fanatiques sur la fin du monde, peuvent consulter les Recueils sacrés de Tilmann de Bredembach, homme très-pieux et ancien chanoine de l'illustre église de Saint-Géronn de cette ville (livre VII, chap. xxxii et xxxui); Cochleas, dans les Actes de Luther, à l'année 1533; et Frédéric Nauséas, évêque de Vienne, livre de la Fin du Monde; ou bien de préférence Florimond, du Progrès des hérésies, livre II, chapitre IV, et livre de l'Antechrist, chapitre VII; et enfin Harpocrate divin de Rémacle de Vaulx.

40. Si nous avons cru à propos d'entrer dans ce détail à l'occasion des prédictions touchant la venue de l'Antechrist, nous n'avons pas eu la pensée de le faire à l'intention de Norbert, dont la sainteté est connue et que saint Bernard appelle le céleste ruisseau; il n'est pas le seul Père qui ait cru à l'approche de la fin du monde, mais plusieurs d'entre eux ont pensé comme lui que cette catastrophe arriverait de leurs jours et l'ont prédite comme imminente. On peut citer, entre autres, Tertullien, livre de la Fuite dans la persécution, chapitre XII; Cyprien, lettres LVI, LVIII, LXIII ; saint Jérôme, épître à Ageruch, ou Géronte , saint Léon, huitième sermon, sur le Jeûne; saint Basile, lettre soixante-onzième; Cluysostome, homélie trente-troisième sur saint Jean; Ambroise, discours sur Satyre, son frère; Grégoire, livre IV, lettre LXXII,et homélies I et XV sur l'Evangile ; saint Bernard, sermon sixième sur le Psaume XC ; Vincent Ferrier, de l'ordre des Frères-prêcheurs, lettre au pape Benoît, et beaucoup d'autres. Mais il faut bien remarquer que tous ces saints personnages ont parlé de la fin du monde dans une autre pensée que Ceux dont nous avons parlé plus haut. Les premiers s'appuyaient, pour le faire, sur l'observation des astres et des planètes, science bien trompeuse à peu près pour tout le reste, mais surtout en cela, ou sur quelques passages de la sainte Ecriture pris dans un sens autre que celui qu'ils ont; ils étaient encore poussés à le faire ou par le plaisir qu'ils trouvaient à tromper et à mentir, ou par le désir de s'attirer l'admiration et le respect de la foule. Quant aux saints, c'était l'horreur que leur inspirait la vue des maux et des crimes qui inondaient la face de la terre presque tout entière, qui les portait à croire que le monde ne pouvait plus durer longtemps, et que sous le poids des iniquités allant toujours croissant, il n'était pas possible qu'il ne s'affaissât avant le temps même fixé par Dieu.

41. Aussi un pieux auteur de nos jours nous dit-il avec sagesse Si quelques pères que nous admirons à cause de leur haute sainteté et de l'excellence de leur doctrine, n'ont pu voir la malice et la dépravation de leur siècle, la grandeur et la cruauté des persécutions déchaînées contre les fidèles, les terribles attaques des hérésies, l'incendie des villes, les ravages de la guerre, les affreux tremblements de terre, les changements terribles et funestes survenus dans l'air et dans les éléments, la chute des empires et l'effusion cruelle du sang humain, sans se sentir amenés par la crainte et l'appréhension de maux si nombreux et si grands à penser et à dire que l'avènement de l'Antechrist était proche; il ne faut ni les accuser de présomption ou de fausseté, ni leur en faire un crime; car s'ils ont cru et parlé ainsi, cela vient de ce que les maux que nous voyons nous semblent toujours beaucoup plus grands; le spectacle qu'ils avaient sous les yeux les jetait flans la consternation, et ils s'efforçaient, tant qu'ils pouvaient, d'exciter, par leurs discours, dans le coeur des autres, une crainte capable de les tirer du mal et de leur faire produire de dignes fruits de, salut; de plus, ils regardaient le temps présent tout entier,parce qu'il passe, comme un court instant en comparaison de l'éternité. D'ailleurs ils ont pu dire, sans blesser la vérité, que le jugement général approche de plus en plus tous les jours. Quiconque a lu les saintes Lettres sait bien que cette manière de s'exprimer est très-commune aux auteurs sacrés. » Tel est le langage de l'auteur de l'Harpocrate divin.

42. Les prophètes eux-mêmes ne firent peint autrement quand ils prédirent la fin du inonde comme imminente, à cause des maux dont l'univers était plein. C'est ainsi que l'un d'eux s'écriait: « Voici, voici venir la fin du monde aprés les quatre plaies de la terre ! » Et les autres s'exprimaient à peu près de même. Ou peut citer ici la vision d'un évêque de Florence, nommé Rédemptus, dont saint Grégoire parle dans le troisième livre de ses Dialogues, chapitre XXXVIII. Baronius rapporte aussi quelque chose de bien extraordinaire qui se serait passé vers l'année 419 de Notre-Seigneur. On vit tant de signes et on entendit tant de choses surprenantes à cette époque sur le mont des Oliviers; due beaucoup de peuples voisins qui les virent ou en entendirent parler, en furent saisis de frayeur et se convertirent au christianisme; par un effet de la permission de Dieu, la crois de Jésus-Christ apparut imprimée sur la robe blanche de tous ceux qui reçurent le baptême. Ce miracle donna occasion de parler dans tous les sermons et dans toutes les exhortations de l'avènement du Seigneur; c'est ce qui porta Hesychius à écrire à saint Augustin pour lui demander son avis sur la fin du monde. Saint Augustin lui adressa en réponse, les lettres soixante-dix-huitième et quatre-vingt-huitième. Il faudrait lire cette dernière à propos du sujet qui nous occupe; le saint docteur y explique savamment et longuement plusieurs passages de l'Ecriture où il est question d'une manière différente de la fin du monde. Mais c'est assez sur ce sujet, passons à autre chose (Note de Horstius).

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LETTRE LVII. AU MÊME.

vers l'an 1125.

Un voeu ne peut être un motif de ne pas faire quelque chose de plus parfait que ce qu'on a voué. Celle lettre semble se rattacher à la cause du moine dont il est question plus haut dans la cinquante-cinquième lettre.

D'après ce que m'a dit cet homme, vous avez refusé jusqu'à présent d'accéder à son désir et à ses prières, parce qu'il vous semble qu'il a manqué à son veau d'aller à Jérusalem. Pour moi, si vous me demandez ce que je pense là dessus, je vous dirai qu'il ne me semble pas qu'un moindre voeu puisse rendre nul un veau plus important, ni que Dieu réclame une bonne oeuvre de moindre importance de celui qui s'est acquitté à son égard par quelque chose de préférable. En effet, vous plaindriez-vous d'un débiteur qui, au jour convenu, vous donnerait un marc au lieu de douze écus qu'il vous devait? Quant à son évêque, vous pouvez être sûr non-seulement de ne pas le mécontenter, mais encore de lui faire le plus grand plaisir si vous assistez cet homme. Adieu.

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