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LETTRE XCVI. A RICHARD (a), ABBÉ DE WELLS (b), ET AUX RELIGIEUX DE SA COMMUNAUTÉ QUI AVAIENT PASSE; DANS L'ORDRE DE CÎTEAUX.

LETTRE XCVII. AU DUC CONRAD.

NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE XCVIII, A UN INCONNU (a).

LETTRE XCIX. A UN RELIGIEUX (a).

LETTRE XCVI. A RICHARD (a), ABBÉ DE WELLS (b), ET AUX RELIGIEUX DE SA COMMUNAUTÉ QUI AVAIENT PASSE; DANS L'ORDRE DE CÎTEAUX.

L'an 1132.

Bernard les félicite d'avoir embrassé une règle plus sainte.

Que de merveilles nous apprenons et quelles bonnes nouvelles les deux Geoffroy nous apportent! Ainsi, le feu sacré d'eu haut s'est rallumé

a Il avait été prieur du monastère de Sainte-Marie d'York, qu’il quitta suivi de douze autres religieux, ainsi que nous l'avons vu plus haut. Il mourut à Rome, comme on le voit dans l'Histoire des monastères d'Angleterre, page 744. Il eut pour successeur un autre Richard, ancien sacriste du même monastère de Sainte-Marie d'York, lequel mourut à Clairvaux, comme il est dit dans la même histoire, page 745 du même tome, il est question de lui dans la trois cent vingtième lettre de saint Bernard.

b Le monastère de Wells, au diocèse d'York, embrassa la règle de Citeaux en 1132. On est étonné en voyant quelle fut la ferveur des religieux de cette abbaye, dans le tome premier de l'Histoire des monastères d'Angleterre, page 733 et suivantes. On peut consulter aussi les lettres trois cent treizième et trois cent vingtième, pont ce qui Concerne la mort de cet abbé Richard, le second de et nom, et le deuxième aussi dans l'ordre de succession.

dans vos âmes, votre langueur a disparu, la sainteté pousse en vous de nouvelles fleurs! Evidemment le doigt de Dieu est là, c'est lui qui agit avec cette délicatesse, renouvelle tout avec tant de douceur, vous change si fort à propos et vous rend non pas de mauvais bons, mais de bons meilleurs que vous n'étiez. Que je serais heureux de pouvoir me transporter auprès de vous pour contempler ce miracle de mes propres yeux! Car c'en est un pour moi, qui me cause plus d'étonnement et de joie due ne pourrait le faire une simple conversion. Il est plus facile, en effet, de trouver des hommes du monde qui se convertissent que des religieux qui de bons deviennent meilleurs qu'ils n'étaient. Vous savez comme il est rare d'en trouver qui s'élèvent dans les voies de la perfection un peu plus haut que le point où ils se sont une fois arrêtés : aussi plus le spectacle que vous offrez est rare et salutaire, plus il est cher et fait pour combler de joie et de bonheur l'Église entière, ainsi que moi qui m'estimerais bien heureux de pouvoir contribuer en quelque chose à votre sainteté. La prudence vous taisait un devoir de vous éloigner de cette vie qui tient le milieu entre la règle et le dérèglement et de sortir d'une tiédeur qui eût obligé Dieu à vous rejeter; c'était même pour vous un devoir de conscience de le faire, car vous savez qu'il n'est pas sûr pour des hommes qui ont embrassé une règle sainte de s'arrêter avant d'avoir atteint le but où elle conduit. Je suis on ne peut plus affligé de ne pouvoir, à cause des obligations qui réclament tout mon temps et du départ précipité de votre commissionnaire, vous exprimer plus longuement les sentiments dont mon coeur déborde et toute l'étendue de mon affection; le frère Geoffroy (a) suppléera de vive voix à l'insuffisance de ma lettre.

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LETTRE XCVII. AU DUC CONRAD.

Vers l'an 1132.

Saint Bernard l'engage d ne pas faire la guerre au comte de Genève s'il ne veut attirer sur lui les vengeances de Dieu.

1. Toute puissance vient de Celui dont parle le prophète quand il dit: « La puissance et l'autorité vous appartiennent, Seigneur, vous régnez

a Ce Geoffroy, « homme saint et religieux, qui fonda ou réforma de nombreux monastères, » avait été envoyé par saint Bernard aux religieux de Wells pour les façonner à la règle de son ordre, comme on peut le voir au tome Ier de l'Histoire des monastères d'Angleterre, page 741. Il est appelé d'Amayo, il est fait mention de lui au n.10 du livre IV de la Vie de saint Bernard.

sur toutes les nations (I Paral., XXIX, 11). » C'est pourquoi je me permets, très-illustre prince, de rappeler à Votre Excellence le respect que vous devez à ce Dieu terrible qui détruit les princes eux-mêmes. Le comte de Genève m'a dit qu'il est disposé à faire droit à toutes vos réclamations justes et fondées : si, après cette déclaration, vous continuez à vous avancer sur ses terres, saccageant les églises et mettant tout à feu et à sang sur votre passage, vous ne pouvez manquer d'allumer contre vous la colère redoutable de Celui qui est le vengeur de la veuve et le père de l'orphelin : or, si jamais vous l'avez contre vous, la valeur et le nombre des troupes à la tête desquelles vous marchez ne vous mettront pas à l'abri de ses coups; le puissant Dieu de Sabaoth fait pencher la victoire du côté qu'il veut, sans tenir compte du nombre des bataillons engagés dans la lutte; qu'il le veuille, un soldat en défait mille, et deux en mettent dix mille en déroute.

2. Le cri des pauvres qui est venu jusqu'à moi inspire à un pauvre religieux la hardiesse de tenir ce langage à Votre Grandeur; je sais, d'ailleurs, que vous trouvez plus digne de vous de céder à la prière des faibles qu'aux menaces d'un ennemi. Ce n'est pas que je croie les forces de votre adversaire supérieures aux vôtres, mais ce que je ne puis oublier, c'est que le Tout-Puissant est plus fort que vous et qu'il se plaît à briser les superbes en même temps qu'il donner la grâce aux humbles. Si je l'avais pu, je serais allé en personne pour traiter avec vous; je vous envoie, à ma place, ces deux religieux pour obtenir, de Votre Altesse, par leurs prières unies aux miennes, que vous consentiez à faire une paix solide, s'il est possible, ou du moins à signer une trêve est attendant que nous puissions obtenir de Dieu que vous acceptiez un arrangement qui soit en même temps honorable pour vous et avantageux à votre pays. Si vous rejetez les propositions qui vous sont faites et si vous êtes sourd à mes prières, ou plutôt aux avis salutaires que Dieu vous donne par ma bouche, je vous abandonne à ses justes, vengeances, car je ne puis penser sans trembler à l'horrible carnage qui ne peut manquer de se faire, si deux atomes de l’importance des vôtres viennent à se rencontrer sur un champ de bataille.

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NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE XCVII.

79. Au duc Conrad. - Samuel Guichenon rapporte dans son Histoire des ducs de Savoie, écrite en français, qu'il songeait à cette époque à prendre les armes contre Amédée, comte de Genève. Munster, dans le troisième livre de sa Cosmographie, dit que Zeringen, qui a donné son nom aux comtes de Zeringen est un château actuellement détruit, situé à un demi-mille de Fribourg en Brisgau. Les ducs de Zeringen, issus des comtes de Hapsbourg par un certain Gebizon vivant au temps de l'empereur Henri III, durèrent jusqu'en 9357. Le dernier duc de ce nom fut Egon. (Note de Mabillon).

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LETTRE XCVIII, A UN INCONNU (a).

Saint Bernard expliqué pourquoi les Machabées sont les seuls martyrs de l'ancienne loi dont l'Eglise fasse la fête.

1. Déjà l'abbé Foulques d'Epernay (b) m'a fait la même question que vous adressez à votre très-humble serviteur par le frère Hescelin (c). J'ai toujours différé de lui répondre, espérant découvrir dans les Pères quelque raison de ce qu'il me demandait, et préférant la lui donner plutôt que celle que je pourrais moi-même tirer de mon propre fond. Mais, comme je n'ai pu en trouver une seule, je vous envoie à tous les deux celle qui m'est venue à la pensée, à condition que si vous découvrez quelque chose de mieux à dire, sur ce sujet, dans vos lectures, dans vos entretiens ou dans vos méditations, vous m'en ferez part à votre tour. Vous me demandez donc pourquoi nos Pères ont établi dans l'Eglise pour les seuls Machabées, parmi tous les saints de l'ancienne loi, un jour de fête aussi solennel que celui de nos martyrs. Si je vous dis qu'ayant fait preuve du même courage qu'eux, ils sont dignes maintenant des mêmes honneurs, ce sera bien justifier le culte qui leur est accordé; mais ce n'est pas dire pourquoi on ne le décerne qu'à eux parmi les saints de l'ancienne loi, à l'exclusion de tous ceux qui ont souffert avec un amour égal pour la religion. Si on répond que ces derniers n'ont pas reçu les mêmes honneurs que nos martyrs quoiqu'ils aient montré le même

a Tel est le titre de cette lettre dans presque tous les manuscrits. Celui de Citeaux porte néanmoins cette autre suscription : « A Bruno de Cologne, comme on le croit, sur le martyre des Machabées. Dans une vieille édition, on lit: a On la croit adressée à l'abbé Hugues de Saint-Victor. a Ce qui a fait croire que cette lettre était adressée à Bruno de Cologne, c'est que les reliques des Machabées sont conservées dans cette ville.; mais il faut remarquer qu'elles n'y furent apportées de Milan qu'après la mort de saint Bernard, par l'évêque Reinold, qui les avait reçues des mains de l'empereur. Frédéric Ier. Dans plusieurs manuscrits, cette lettre est placée immédiatement avant la soixante-dis-septième, adressée à l'abbé Hugues de Saint-Victor.

b Foulques, abbé de Saint-Martin d'Epernay, sur la Marne, dans le diocèse de Reims; c'est le même que celui à qui est adressée la treizième lettre de Hugues Metellus, avec cette suscription : « Au révérend Foulques, abbé d'Epernay, béni en Notre-Seigneur,» au sujet d'un certain chanoine d'Epernay que l'abbé Guillaume réclamait. Foulques fut le premier abbé de ce monastère, après que, sur le conseil de saint Bernard et de Guy, l'ordre des chanoines réguliers y fut établi en 1128; on l'avait fait venir de l'abbaye de Saint-Léon de Toul. On retrouve une lettre sur ce sujet dans le Spicilége, tome XIII, pages 805 et suivantes. La fondation de la basilique de Saint-:Martin par le comte Eudes est rapportée à la page 281.

c Cet Hescelin parait être le même que le chanoine de Lille, dont il est parlé dans le tome le, des Analectes, p. 289.

courage dans la souffrance, parce qu'ils n'ont pas souffert à la même époque, il se trouve que la même considération s'applique aux Machabées, qui ne moururent dans les supplices, que pour passer de ce monde dans un séjour ténébreux, et non pour entrer aussitôt dans la lumière des cieux. Car le Premier-né d'entre les morts, celui qui ouvre la porte sans que personne puisse la fermer derrière lui, l'Agneau de la tribu de Juda, n'avait point encore paru ni ouvert la porte des cieux aux saints, et les puissances supérieures n'avaient pas encore chanté à son entrée triomphante : «Princes du ciel, ouvrez vos portes ! Et vous, portes éternelles, laissez passer le roi de gloire (Psalm. XXIII, 7 ) ! » Si donc il ne parait point qu'on doive fêter le trépas de ceux dont la mort ne fut point le passage des peines d'ici-bas aux joies de là-haut, pourquoi y a-t-il une exception pour les Machabées? Ou si l'on ne s'est réglé que sur le courage qu'ils ont déployé, pourquoi tous les autres martyrs sont-ils exceptés?

2. Dira-t-on, pour expliquer cette différence, que si les martyrs de la loi ancienne, aussi bien que ceux de la loi nouvelle, ont souffert pour la même cause, ils n'ont cependant pas souffert dans la même condition ? Car si les uns et les autres ont également donné leur vie pour la justice, il y a néanmoins cette différence entre eux, que les nôtres sont morts

pour n'avoir pas voulu renoncer à la foi, et les autres pour avoir repris ceux qui y renonçaient; les uns, pour conserver ce qu'ils avaient, les autres, pour menacer ceux qui ne le gardaient pas; en un mot, la persévérance dans la foi a fait dans nos martyrs ce que le zèle pour la foi a produit dans ceux de la loi ancienne. Or, parmi les martyrs de l'ancienne loi, les Machabées font seuls exception et ressemblent aux nôtres, non-seulement par la cause, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, mais aussi par la forme de leur martyre, et se sont ainsi montrés dignes des mêmes honneurs que ceux plus nouveaux de l'Eglise. Car, comme les nôtres, ils furent pressés de faire des libations et des sacrifices aux faux dieux, de renoncer à la loi de leurs pères et de fouler aux pieds les commandements de Dieu, et, comme eux, ils ont souffert la mort plutôt que d'y consentir.

3. Il n'en fut pas de même d'Isaïe, de Zacharie et de l'illustre Jean-Baptiste ; l'un fut scié, dit-on, l'autre tué entre le temple et l'autel, et le troisième décapité dans sa prison. Si vous me demandez quels furent leurs meurtriers, il se trouve que ce sont des méchants et des impies. La cause de leur mort est la même, car ils ont donné leur vie pour la justice et pour la religion, et le motif n'en est différent pour aucun, c'est la juste et simple exposition de la vérité. Ils annonçaient la vérité à des hommes qui la détestaient, et s'attiraient ainsi de leur part une haine implacable dont le fruit pour eux était la mort. Ce que les méchants et les impies persécutaient, ce n'était pas la religion, mais ceux qui la leur annonçaient, et ils ne persécutaient les saints que pour échapper à leurs reproches et vivre tranquilles dans leur impiété. Il y a de la différence entre voler le bien d'autrui et défendre ce qu'on a ; entre persécuter la vérité et ne pas vouloir l'entendre; s'en prendre à celui qui nous reproche nos désordres, ou le forcer à renoncer a sa religion; être choqué de ses blâmes, ou lui faire abjurer sa foi. Ainsi, quand Hérode se saisit de saint Jean (Marc., VI, I7), » est-ce parce que ce dernier annonçait la venue du Messie, qu'il était un homme juste, un saint personnage? Tout au contraire; il y avait là, pour lui, autant de titres à son respect aussi le consultait-il souvent sur ce qu'il avait à faire (logo cil.); » mais c'est parce que saint Jean lui reprochait ses désordres avec « Hérodiade, la femme de son frère Philippe (loco cit.) ; » voilà pour quel motif il le fît jeter en prison et décapiter ensuite ; de sorte qu'il est bien vrai que saint Jean souffrit pour la vérité, mais parce qu'il en défendait les intérêts publiquement et avec zèle, et non pas parce qu'on voulait la lui faire renier. Voilà pourquoi la fête d'un si célèbre martyr est beaucoup moins solennelle que celle de beaucoup d'autres d'un nom moins fameux.

4. Il est bien certain que si les Machabées n'avaient point souffert autrement que saint Jean, on n'aurait pas même institué de fête en leur honneur, mais, comme ils ont confessé la foi de la même manière que les martyrs de la loi chrétienne, on les fête de même. Qu'on ne m'objecte pas que les Machabées n'ont pas confessé, comme nos martyrs, le nom de Jésus-Christ; car il n'y a aucune différence entre ceux qui, vivant sous la loi de Moïse, ont versé leur sang pour elle, et ceux qui, sous la loi de grâce, sont morts pour l'Evangile, puisque les uns et les autres ont sacrifié leur vie pour la vérité. Or la vérité, c'est le Christ, selon cette parole: « Je suis la vérité (Jean., XIV, 6). » On peut affirmer que les Machabées sont bien plus redevables des honneurs qui leur sont décernés au genre de leur martyre qu'au courage qu'ils ont déployé. dans les supplices, puisque nous ne voyons pas que l'Eglise décerne un culte pareil aux justes des premiers temps, bien qu'ils aient déployé pour la justice, à l'époque où ils vivaient, un égal courage. L'Eglise n'a pas voulu, je pense, célébrer par un jour de fête le souvenir de la mort des plus grands saints qui ont précédé la venue du Christ, parce qu'avant qu'il souffrit et mourût pour notre salut, ceux qui mouraient, au lieu d'entrer dans les joies éternelles du paradis, tombaient dans les obscures profondeurs des limbes. Je crois donc, comme je le disais plus haut, que l'Eglise n'a fait une exception en faveur des Machabées, que parce que la nature de leur martyre leur a donné ce qu'ils ne pouvaient tenir de l'époque où ils l'ont souffert.

5. D'ailleurs il est des justes, contemporains de la Vie véritable incarnée parmi nous, qui moururent en quelque sorte dans ses bras, comme Siméon et Jean-Baptiste, ou qui souffrirent la mort pour elle ainsi que les saints innocents, que nous honorons, comme les Machabées, mais pour une autre raison, d'un culte solennel, quoiqu'en mourant ils soient, eux aussi, allés dans les limbes.

Ainsi nous faisons la fête des saints Innocents parce qu'il n'eût pas été juste de ne pas honorer dès à présent cette troupe d'innocents morts pour la justice. Il en est de même de Jean-Baptiste qui, sachant que désormais le royaume du ciel souffre violence, crie é, tous les hommes « Faites pénitence, voici que le royaume de Dieu approche (Matth., III, 2),» et ne pouvant plus douter que la vie viendra bientôt elle-même le délivrer du trépas, il endure la mort avec joie. Il a soin avant de mourir de s'informer du temps de sa délivrance, et il a le bonheur d'en être assuré, car après avoir fait dire par ses disciples à Jésus : « Est-ce vous qui devez venir, ou devons-nous en attendre un autre (Matth., XI, 3 ) , » il recueille de leur bouche le récit des merveilles qu'ils ont vues et les paroles qu'ils ont entendues quand Jésus disait: « Heureux celui pour anciens, lequel je ne serai pas un sujet de scandale (Matth., XI, 6) ! » Or on ne peut douter que Jésus par ces mots n'ait voulu marquer qu'il devait mourir un jour, mais d'une mort qui serait un scandale pour les Juifs et une folie pour les Gentils. A cette parole, l'ami de l'Époux, transporté d'allégresse, s'avance, d'un pas joyeux, vers le terme où il sait que l'Époux ne peut tarder à le suivre. Mourant donc avec joie, ne méritait-il pas qu'on fit aussi du jour de sa mort un jour de fête et de joie? Quant à ce vieillard plein d'ans et de vertus, qui s'écriait, un pied déjà dans la tombe, irais tenant dans ses bras celui qui est la Vie. « Seigneur, ,laissez-moi maintenant mourir en paix, selon la promesse que vous m'en avez faite, puisque mes yeux ont pu contempler le Sauveur que vous nous avez envoyé (Luc., II, 29), »ne disait-il pas en d'autres termes : Je ne crains plus maintenant de mourir et de descendre dans les enfers, depuis que je sais que ma rédemption est proche ? Le souvenir de cette mort tranquille et douce ne méritait-il pas d'être conservé dans l'Eglise par une fête particulière?

6. Mais pourquoi se réjouirait-on en mémoire de ces trépas qui n'ont pas été suivis des joies du ciel? Et quel bonheur pouvaient ressentir des saints qui savaient qu'on mourant ils allaient descendre dans les enfers où ils n'emportaient point avec eux l'espérance assurée d'une prochaine délivrance ? Aussi en entendant ces paroles : « Mettez ordre à vos affaires, car votre vie touche à sa fin et la mort va vous frapper (Isa., XXXVIII, 1), » un de ces saints personnages, saisi de douleur, fond-il en larmes arrières; il se tourne vers la muraille pour gémir et pour pleurer, et demande à Dieu de retarder un peu une mort si affreuse : « Hélas! dit-il avec un profond chagrin, me voilà donc réduit à descendre au tombeau à la fleur de mon âge (Isa., XXXVIII, 10) ! » « Et je ne verrai point, ajoute-t-il, le Seigneur mon Dieu dans la terre des vivants, je ne verrai plus désormais les hommes dans un séjour heureux et tranquille (Isa., XXXVIII, 11). » Un autre s'écriait aussi de son côté : «Qui donc, ô mon Dieu,pourra me procurer la grâce que vous me cachiez dans le tombeau et que vous m'y mettiez à couvert des maux que je souffre, jusqu'à ce que votre colère se soit apaisée et que vous me marquiez le temps où vous vous souviendrez de moi (Job., XIV, 13) ? » C'est dans la même pensée que Jacob disait à ses enfants : « Vous accablerez ma vieillesse d'une douleur qui me suivra au tombeau (Gen., XLII, 38) ! » Qu'y a-t-il dans toutes ces morts qui mérite, de notre part, des réjouissances et des fêtes?

7. Il en est tout autrement de nos martyrs qui ne forment qu'un voeu et ne demandent qu'une grâce au Ciel, c'est de mourir afin de se réunir plus tôt à Jésus-Christ. persuadés que là où le corps se trouve les aigles ne peuvent manquer de se rassembler. En effet, aussitôt qu'ils ont rendu le dernier soupir, ils jouissent de la vue de Dieu et sont inondés de joie et d'allégresse. Oui, Seigneur Jésus, à l'instant même où l'âme de vos saints s'échappe de ce monde pervers, elle est admise en votre présence, et la vue de votre face la comble de bonheur et de délices! Ce ne sont, pour elle, dans la demeure des bienheureux, que des cris de joie et des chants d'allégresse : « Notre âme s'est échappée des filets du chasseur, le filet s'est rompu, et nous voilà délivrés (Psalm. CXXIII, 7) ! » Tels ne pouvaient être les transports de joie et les chants d'allégresse de ceux qui, en mourant, descendaient dans la nuit du tombeau et venaient se reposer à l'ombre de la mort. Il n'y avait pas encore pour eux de rédempteur; ils étaient sans libérateur jusqu'à ce que parût le Christ, le Premier-né d'entre les morts, ce Soleil levant qui, depuis, nous a visités d'en haut. C'est donc avec raison que l'Eglise, qui a appris de l'Apôtre à se réjouir avec ceux qui sont dans la joie et à mêler ses larmes avec les pleurs de ceux qui sont dans la peine et le chagrin, ne confond pas dans ses fêtes ceux dont la mort diffère par le temps, sinon par le mérite, et ne rend pas un culte semblable aux saints qui n'ont quitté la terre que pour aller au ciel, et à ceux qui ne mouraient que pour descendre dans les enfers.

8. On peut donc dire que le motif tient à l'essence même du martyre et que le temps et les circonstances en font la différence; ainsi, par l'époque où ils ont souffert, les Machabées se distinguent des martyrs de la loi nouvelle et se confondent avec les autres saints de l'Ancien Testament, mais par les circonstances de leur mort ils ressemblent aux nôtres autant qu'ils se séparent des anciens : de là vient, dans l'Eglise, la différence du culte qui leur est rendu. Mais ce qu'ils ont tous de commun, dit le Psalmiste, c'est que « leur mort est également précieuse aux yeux de Dieu (Psalm. CXV, 15). » Pourquoi cela? C'est parce que, «après avoir dormi leur sommeil, ses bien-aimés verront naître des enfants qui seront comme un héritage et un don du Seigneur; le fruit de leurs entrailles sera la récompense de leurs travaux (Psalm. CXXVl, 2, 3). » Mais ne croyons pas que les seuls martyrs soient les bien-aimés du Seigneur, rappelons-nous qu'il disait, en parlant de Lazare : « Notre ami sommeille (Joan., XI, 11); » et qu'ailleurs on appelle «bienheureux tous ceux qui meurent dans le Seigneur (Apocat., XIV, 13). » Bienheureux, par conséquent, sont, à nos yeux, non-seulement les martyrs qui meurent pour Dieu, mais aussi tous les autres saints qui s'endorment dans le Seigneur. Il y a deux choses, selon moi, qui font que notre mort est précieuse devant Dieu, la vie qui la précède et la cause pour laquelle on la souffre. Mais si la dernière la rend plus précieuse que la première, le concours de l'une et de l'autre donne à la mort des saints le plus grand prix qu'elle puisse avoir.

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LETTRE XCIX. A UN RELIGIEUX (a).

Saint Bernard craignait qu'il n'eût quitté son couvent, il lui dit de quel poids sa lettre l'a soulagé.

C'est dans votre intérêt et non dans le sien que le frère Guillaume vous a envoyé la personne dont la vue vous a troublé, car c'est une âme forte et qui, grâce à Dieu, ne mérite pas qu'on lui applique ces paroles de l'Apôtre : « L'homme qui a l'esprit partagé est inconstant dans ses voies (Jac., I, 8); » il marche droit et ferme dans les sentiers du Seigneur, et ce n'est pas lui que regarde cet anathème : « Malheur aux gens dont la conduite est double (Eccli., II, 14) ! » Nous avions entendu dire que, par suite d'un désaccord survenu entre vous, vous aviez pris, au grand scandale de votre abbé et de vos frères, le parti de quitter votre couvent pour vous retirer je ne sais dans quel endroit peu convenable. A cette nouvelle, nous nous sommes demandé avec anxiété de quelle manière nous pourrions vous être de quelque utilité, et nous n'avons trouvé rien de mieux à faire que de vous prier de venir nous voir, afin de nous instruire vous-même de la manière dont les choses se sont passées: j'espérais ainsi pouvoir vous donner de vive voix un conseil plus en rapport avec votre position. Mais, puisque ma lettre et votre. réponse ont dissipé les craintes et les soupçons qui nous agitaient

a Dans plusieurs manuscrits, les quatre lettres qui suivent n'ont pas d'antre suscription que celle-ci : « Sur le même sujet; » c'est-a-dire sur les Machabées, ce qui est inexact. Le Guillaume dont il est parlé au commencement de cette lettre est le même religieux que celui dont il est question un peu plus loin, dans la cent troisième.

l'un et l'autre, ne parlons plus de cela. Tous ces faux bruits auront eu du moins un avantage, celui de mettre hors de doute l'affection qui nous lie, et que nos mutuels préoccupations n'ont servi qu'à rendre plus forte encore; j'en goûterais pleinement le charme et la douceur si je pouvais concevoir l'espérance de vous recevoir ici un jour; mais, plutôt que d'acheter ce bonheur au prix de votre repos, je préfère renoncer à votre visite et vivre moins heureux.

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