LET. CXV-CXXI
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LETTRE CXV. A UNE RELIGIEUSE DE L'ABBAYE (c) DE SAINTE-MARIE DE TROYES.

LETTRE CXVI. A HERMENGARDE, CI-DEVANT COMTESSE DE BRETAGNE,

NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE CXVII. A LA MÊME.

LETTRE CXVIII. A LA TRÈS-NOBLE ET TRÈS-RELIGIEUSE DAME BÉATRIX.

LETTRE CXIX. AU DUC ET A LA DUCHESSE DE LORRAINE.

LETTRE CXX. A LA DUCHESSE DE LORRAINE.

LETTRE CXXI. A LA DUCHESSE (a) DE BOURGOGNE.

LETTRE CXV. A UNE RELIGIEUSE DE L'ABBAYE (c) DE SAINTE-MARIE DE TROYES.

Saint Bernard la détourne de l'imprudent dessein qu'elle nourrissait de se retirer dans quelque solitude.

1. J’ai appris que vous avez l'intention de quitter votre monastère sous prétexte de mener une vie plus régulière, et que, sans tenir

a cette expression est empruntée à la règle de Saint Benoit, où il est dit, chap. LXIII, que les plus jeunes appelleront les plus âgés nonnos.

b Dans plusieurs éditions, on lit à la place de ces mots: « pareille à une femme gonflée, » mais dans tous les manuscrits, ainsi que dans les premières éditions, on lit, a ornée de la guimpe, s et c'est la véritable version ; car en Français le mot guimpe signifie un ornement des femmes du monde. Voir la note de Mabillon.

On voit encore maintenant (du temps de Mabillon), à Troyes, ce monastère soumis à la règle de Saint Benoit; il venait d'être l'objet d'une réformé, au dire de saint Bernard:

compte de l'avis de votre mère supérieure et de vos saurs qui désapprouvent votre projet, vous ne voulez vous en rapporter qu'à moi, résolue à ne faire que ce due je déciderai. Je regrette que vous ne vous soyez pas adressée à quelqu'un de plus habile que moi, mais puisque c'est mon avis que vous désirez connaître, je vous ferai connaître très-simplement ma manière de voir et vous dirai ce qu'il me semble que vous devez faire. Depuis que je sais quelle pensée vous nourrissez, je cherche et recherche en moi-même quel peut être l'esprit qui vous (inspire et je n'ose dire que je le sache; il peut se faire qu'elle vous vienne de Dieu, en ce cas elle se justifierait elle-même; mais je ne vois pas bien qu'elle soit conforme à la sagesse. Comment cela? me direz-vous, N'est-ce pas suivre l'inspiration de la sagesse due de fuir le luxe, la dissipation, la bonne chère et les délices de la vie ? Ne serai-je pas plus en cureté contre les tentations de la chair, au fond d'un désert où je vivrai seule ou presque seule, uniquement occupée à plaire à Celui qui a reçu ma foi ? Je ne le pense pas, je crois au contraire due celui qui veut mal faire trouve au désert l'abondance, dans les forêts une ombre protectrice, et dans la solitude un silence favorable, car personne ne reprend le mal qu'il ne voit pas. Or, quand on ne craint pas la censure, on prête une oreille plus indulgente au tentateur et on cède plus facilement au mal. C'est le contraire au couvent : si vous voulez vous bien conduire, personne ne s'y oppose, vous le pouvez; mais si vous êtes tentée de mal faire, vous rencontrez mille obstacles qui vous arrêtent; et si vous cédez à la tentation, de suite on s'en aperçoit, on vous en reprend et on vous corrige. Agissez-vous selon la règle, on le voit encore, mais on vous admire, on vous vénère, on vous imite. Vous le voyez, ma fille, au couvent le bien est plus honoré, et le mal plus réprimé, attendu que vous êtes sous les yeux d'un plus grand nombre de personnes que vos vertus ne peuvent qu'édifier et due vos fautes blesseront certainement.

2. Mais pour faire tomber toutes vos illusions devant l'Évangile, je vous poserai cette alternative: vous êtes du nombre des vierges folles ou des vierges sages, en supposant due vous soyez une vierge; dans le premier cas, le couvent vous est nécessaire, et dans le second cas, c'est le couvent qui a besoin de vous : car si vous êtes sage et exemplaire, vous jetez par votre départ du discrédit sur la récente réforme de votre mai son dont on parle avec éloge, et je crains bien que vous ne lui causiez quelque préjudice; car on ne manquera point de dire qu'étant régulière comme vous l'êtes, vous n'auriez certainement pas quitté une maison où la règle se trouverait effectivement en honneur (a). Mais si vous passez pour vierge folle, on dira que vous quittez votre maison

a C'est-à-dire un courent où régneraient le bon ordre et la pratique exacte de la vie monastique.

parce que, étant relâchée, vous ne pouvez demeurer plus longtemps avec des religieuses exemplaires, ni supporter la société de vierges sages, et que vous cherchez un endroit où vous puissiez vivre à votre guise; et l'on n'aura pas tort de parler ainsi, d'autant plus qu'avant la réforme de votre maison on ne vous a, dit-on, jamais entendue parler du projet que,vous nourrissez maintenant. Ce n'est que depuis que tout est rentré dans l'ordre que ce beau zèle pour la perfection s'est emparé de vous et vous pousse au désert. Il me semble voir là-dessous, ma fille, et je désire que vous le voyiez comme moi, le venin caché du serpent, ses ruses infernales et ses piéges habilement tendus. Sachez donc que c'est aubois qu'est le loup; si donc- vous allez seule au fond de la forêt, comme une pauvre petite brebis errante, c'est que vous voulez tomber sous sa dent meurtrière. Mais écoutez-moi, ma fille, je veux vous donner un avis salutaire; sainte ou pécheresse, ne vous éloignez point du troupeau, si vous ne voulez pas tomber entre les griffes de l'ennemi dont personne ne pourrait vous arracher ensuite; êtes-vous une sainte religieuse, tâchez de sanctifier vos Compagnes par votre exemple; êtes-vous une pauvre pécheresse, n'ajoutez pas de nouvelles iniquités aux anciennes, faites plutôt pénitence dans la maison où vous vous trouvez. Si vous vous éloignez, j'ai bien peur que ce ne soit au péril de votre âme, comme je vous l'ai dit plus haut, au ;rand scandale de vos sueurs et au risque d'encourir les plus violentes critiques.

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LETTRE CXVI. A HERMENGARDE, CI-DEVANT COMTESSE DE BRETAGNE,

Saint Bernard proteste en termes pleins de douceur et d'affection qu’il a pour elle tous les sentiments d'une amitié pure et chrétienne.

A sa très-chère fille Hermengarde, jadis comtesse illustre de Bretagne, aujourd'hui très-humble servante de Notre-Seigneur (a), Bernard, abbé de Clairvaux, protestations de la plus pure affection.

Que ne pouvez-vous lire dans mon coeur comme dans ce papier? vous y verriez quel profond amour le doigt de Dieu y a gravé pour vous, et vous reconnaîtriez bien vite que ni la langue ni la plume ne sont capables de le rendre tel que Dieu a voulu qu'il fût. A l'heure qu'il est,

a C'est-à-dire religieuse, comme l'était Hermengarde, du temps de Geoffroy, abbé de Vendôme, qui lui reproche (lettre vingt-troisième du livre V) d'être revenue au monde après y avoir renoncé. Dans la lettre suivante, saint Bernard la dit issue de sang royal. C'est elle qui lit construire pour les Cisterciens l'abbaye de Buzay, près de Nantes, comme on le voit dans la Vie de saint Bernard, livre II, chapitre VI, en 1135, d'après notre Chronologie.

mon coeur est auprès de vous si mon corps est absent, malheureusement ni vous ni moi ne pouvons faire que vous le voyiez; mais du moins vous avez un moyen de vous en assurer. Si vous ne pouvez le voir, vous n'avez qu'à descendre dans votre propre cœur pour y trouver le mien; car vous ne pouvez douter que je ressens pour vous autant d'affection que vous en éprouvez vous-même pour moi, à moins que vous ne pensiez que vous m'aimez plus que je ne vous aime, et que vous n'ayez meilleure opinion de votre coeur que du mien sur le chapitre de l'affection. Mais vous êtes trop humble et trop modeste pour ne pas croire que le même Dieu qui vous porte à m'aimer et à vous conduire d'après mes conseils, m'inspire des sentiments d'affection pareils aux vôtres. Quant à moi, je ne sais pas jusqu'à quel point je suis présent à votre affection, mais ce que je sais fort bien, c'est que partout où je suis je me sens auprès de vous par le coeur. Au reste je ne vous écris que deux lignes comme en courant et chemin faisant, mais j'espère vous écrire plus longuement une autre fois, si Dieu m'en donne le loisir.

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NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE CXVI.

85. A Ermengarde, comtesse de Bretagne, épouse du comte Alain, grande bienfaitrice des religieux de Clairvaux, pour lesquels elle construisit un monastère près de Nantes, au rapport d'Ernald (livre n De la Vie de saint Bernard, no 34). Cette maison fut appelée Buzay; elle a maintenant pour abbé l'illustre Caumartin, qui nous a communiqué le titre de fondation de son monastère. Nous y voyons que « le duc Conan, fils d'Alain et d'Ermengarde, avait résolu, de concert avec sa mère, de construire l'abbaye de Buzay, mais trompés par les mauvais conseils de quelques personnes, ils avaient renoncé à leur projet. Cependant l'abbé de Clairvaux, Bernard, de qui relevait le monastère de Buzay, étant venu dans ce lieu et le trouvant presque entièrement désolé, se sentit ému de douleur : alors m'accusant moi-même, continue Conan, de mensonge et de perfidie, je donnai l'ordre à l'abbé et à ses religieux de vider les lieux et de retourner à Clairvaux. Alain intercéda pour eux, et ayant rapporté au monastère les objets qu'il en avait enlevés, il se mit en devoir d'en faire terminer les bâtiments. Ce titre est signé par Roland, évêque de Vannes, Alain, évêque de Rennes, Jean, évêque de Saint-Malo, et lterius, évêque de Nantes; avec ces évêques ont signé aussi Pierre et André, l'un abbé, l'autre religieux de ce monastère. Si la place nous le permet, nous rapporterons ce titre en entier à la fin des notes. Pour en revenir à Ermengarde, Geoffroy, abbé de Vendôme, l'exhorte, dans sa vingt-troisième lettre du cinquième livre, à donner suite au projet qu'elle avait conçu d'embrasser la vie religieuse et auquel elle paraissait avoir renoncé (Note de Mabillon).

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LETTRE CXVII. A LA MÊME.

Saint Bernard loue sa ferveur dans le service de Dieu et lui témoigne le désir de la voir.

Mon coeur est au comble de la joie quand j'apprends que le vôtre est en paix; votre satisfaction fait la mienne, et quand votre âme est bien-portante, la mienne se sent pleine de santé. Votre joie ne vient ni de la chair ni du sang, puisque, non contente de renoncer aux grandeurs pour vivre dans l'humilité, à l'éclat de la naissance pour mener une existence obscure et cachée, aux richesses pour embrasser la pauvreté, vous vous privez encore de la consolation de vivre dans votre patrie, auprès de votre frère et de votre fils. On ne peut donc douter que cette sérénité d'âme ne soit l'ouvre du Saint-Esprit. Il y a bien longtemps déjà que la crainte de Dieu vous a fait concevoir le dessein de travailler à votre salut; vous l'avez enfin mis à exécution, et maintenant la crainte a cédé la place à l'amour de Dieu dans votre âme. Quel plaisir n'aurais je pas à m'entretenir de vive voix avec vous sur ce sujet au lieu de ne le faire que par lettre ! En vérité j'en veux quelquefois à mes occupations qui m'empêchent de vous aller voir; je suis si heureux quand elles me permettent de le faire ! Il est vrai que cela n'arrive pas souvent; mais si rarement que ce soit, je n'en éprouve que plus de bonheur à le faire; car j'aime mieux ne vous voir que de temps en temps, que de ne pas vous voir du tout. J'espère vous faire bientôt une visite; j'en éprouve d'avance le plus grand bonheur.

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LETTRE CXVIII. A LA TRÈS-NOBLE ET TRÈS-RELIGIEUSE DAME BÉATRIX.

Saint Bernard loue sa charité et sa bienveillante sollicitude.

Je suis charmé de la bienveillance et des bontés dont vous m'honorez; je me demande, excellente Dame, ce qui peut vous inspirer tant d'intérêt et de sollicitude pour moi. Si j'avais l'honneur d'être votre fils, votre neveu ou votre parent, à quelque degré que ce fût, je m'expliquerais ces témoignages continuels de votre bonté, ces civilités quotidiennes et toutes ces marques de bienveillante affection que vous me prodiguez; je croirais y avoir quelque droit, et je ne m'étonnerais pas de me les voir donner. Mais ce n'est point une mère qui me traite ainsi, c'est une dame que sa naissance élève au-dessus de moi : de là vient un étonnement qui ne saurait aller trop loin. En effet, quel parent, quel ami s'occupe autant de moi que vous le faites? Qui est-ce qui s'inquiète comme vous de ma santé? Ai-je laissé dans le monde une seule personne qui porte aussi loin sa sollicitude pour moi, ou même qui ait conservé de moi un pareil souvenir? Hélas! amis, parents, voisins, tous me regardent comme un homme qui n'est plus; il n'y a que vous qui ne puissiez m'oublier. Vous avez hâte de savoir comment je me porte et d'apprendre des nouvelles de ma santé, du voyage que je viens de faire et de l'établissement nouveau où je viens de conduire quelques religieux. Je vous dirai donc en quelques mots que ces bons religieux sont passés d'un vrai désert, d'une vaste et affreuse solitude, dans un séjour où rien ne leur manque, les bâtiments non plus que les amis; dans un canton d'une admirable fertilité et d'un délicieux aspect. Je les ai laissés heureux et tranquilles, et je suis revenu la joie et la paix dans l'âme. Mais à mon retour j'ai été repris pendant quelques jours de mes accès de fièvre avec tant de violence que je pensai en mourir; en ce moment, grâce à Dieu, j'ai recouvré la santé, et mes forces sont tellement bien revenues que je me trouve beaucoup mieux que je n'étais quand je me mis en route.

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LETTRE CXIX. AU DUC ET A LA DUCHESSE DE LORRAINE.

Saint Bernard les remercie de l'exemption d'impôts dont ils l'ont fait jouir jusqu'alors, et leur rappelle que les princes doivent prendre garde que leurs faveurs ne soient rendues illusoires par leurs agents et leurs ministres.

Au Duc (a) et à la Duchesse de Lorraine, Bernard, abbé de Clairvaux, salut et vieux ardents qu'ils s'aiment l'un l'autre d'un amour aussi tendre que chaste, et qu'ils aient pour Jésus-Christ plus d'amour encore qu'ils n'en ont l'un pour l'autre.

Toutes les fois que les besoins de notre ordre m'ont obligé d'envoyer quelques-uns de nos gens dans votre pays, nous avons reçu de Votre Grandeur mille marques de bienveillance et de bonté, et vous avez abondamment subvenu à tous leurs besoins; vous les avez affranchis de tout péage (b), de toutes redevances, soit pour leur passage, soit pour leurs transactions. Le Seigneur saura bien vous en récompenser avec usure dans le ciel; car, s'il faut l'en croire sur sa parole, il tient pour fait à lui-même tout ce qu'on fait au moindre des siens (Matth., XXV, 40). » Mais d'où vient après cela que vous laissez vos gens réclamer le payement des droits dont vous nous exemptez ? Il est, ce me semble, de votre honneur, aussi bien que de l'intérêt de votre salut, que personne ne puisse rendre vaines les concessions due vous nous avez faites; si donc vous ne rétractez pas vos dons, — à Dieu ne plaise que vous le fassiez? — et si votre intention généreuse est toujours la même à notre égard, veuillez si bien confirmer les immunités que vous nous avez accordées, que désormais nos frères n'aient plus à craindre d'être inquiétés par vos gens à ce sujet, sinon nous sommes. prêts, à l'exemple de Notre-Seigneur qui ne refusa pas de payer l'impôt qu'on exigeait de lui, à donner à César ce qui appartient à César, à payer l'impôt à qui l'impôt est dû, ainsi que le tribut à quiconque a droit de le réclamer, d'autant plus, selon l'Apôtre, que nous devons moins songer au tribut que nous vous payons qu'à l'avantage qui vous en revient.

a Simon et Adélaïde, non pas Gertrude, comme plusieurs l'ont écrit. On peut voir le récit de la conversion de cette duchesse par saint Bernard, dans l'histoire de sa Vie, livre Ier , chap. XIV. Elle prit le voile, en qualité de religieuse, au Tart, monastère des environs de Dijon, comme on le voit par la lettre autographe du duc Matthieu, son fils, qui l'appelle Athéleïde. Pierre-François Chifflet a publié cette lettre à Paris en 1679, à la suite de quatre opuscules. Nous ne parlerons donc pas des prétendues lettres de Gertrude à saint Bernard et de saint Bernard à Gertrude, que Bernard Brito a traduites du français en portugais, puis en latin.

b C'est la rétribution que devaient payer tous ceux qui passaient ; ce n'est autre chose que ce qu'on entend vulgairement par le droit de passage.

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LETTRE CXX. A LA DUCHESSE DE LORRAINE.

Saint Bernard la remercie de ses offres obligeantes et la détourne de la pensée d'une guerre injuste.

Je rends grâces à Dieu pour les bienveillantes dispositions dans lesquelles vous êtes tant à son égard qu'au nôtre, car toutes les fois qu'une étincelle de l'amour divin jette quelques éclairs dans une âme mondaine enivrée des grandeurs de la terre, on ne peut douter que ce ne soit l'effet de la grâce de Dieu, et non d'une disposition humaine. J'accepte avec reconnaissance les offres obligeantes de service que vous me faites dans vos lettres; mais n'ignorant pas qu'une affaire importante et inattendue réclame tous vos soins en ce moment, je crois, sauf avis contraire de votre part, que nous devons attendre un moment qui soit plus à votre convenance; car nous serions bien fâchés d'importuner qui que ce soit, surtout quand il s'agit d'une oeuvre de piété où nous devons bien plus songer à l'avantage de nos bienfaiteurs qu'aux témoignages de leur bon vouloir. Veuillez donc, je vous prie, m'indiquer dans votre réponse, dont le porteur de cette lettre se chargera, le jour et l'endroit dont vous aurez fait choix pour venir dans nos parages, après avoir terminé l'affaire qui vous occupe en ce moment; le frère Guy (a) ira au-devant de vous, et s'il trouve dans vos domaines quelque chose qui puisse convenir à notre ordre, vous pourrez donner à vos promesses une suite plus prompte et plus satisfaisante : vous savez que « Dieu aime qu'on donne de bon cœur (II Cor., IX, 7). » Si vous préférez ne pas remettre cette affaire à plus tard, veuillez me le faire savoir, car je suis tout disposé à faire ce que vous désirerez de juste et de raisonnable dans cette circonstance. Veuillez présenter nos respects au duc votre mari, que je prends la liberté d'engager, ainsi que vous, à renoncer pour l'amour de Dieu, à ses prétentions sur le château qu'il se propose de réclamer les armes à la main, si devant Dieu vous reconnaissez qu'elles ne sont pas fondées, car vous savez qu'il est écrit : « A quoi bon conquérir l'univers entier, si l'on vient à perdre son âme et à se damner (Matth., XVI, 26) ?

a Nous pensons qu'il s'agit ici de Guy, abbé de Trois-Fontaines, qui fit plusieurs voyages en Lorraine, et dont il est parle dans les soixante-troisième et soixante-neuvième lettres.

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LETTRE CXXI. A LA DUCHESSE (a) DE BOURGOGNE.

Saint Bernard l'engage à oublier ses griefs contre Hugues et à consentir au mariage d'un de ses sujets.

L'amitié singulière dont vous voulez bien m'honorer, tout pauvre religieux que je suis, est si bien connue, que tous ceux qui se croient tombés en votre disgrâce s'imaginent qu'ils ne peuvent trouver un meilleur avocat que moi auprès de vous. Ainsi, dernièrement, comme je me trouvais à Dijon, un certain Hugues de Bèse vint me prier de vous faire oublier les trop justes griefs que vous avez contre lui, et d'obtenir, pour l'amour de Dieu, votre consentement au mariage de son fils.-Il est vrai que ce mariage ne vous plaisait pas, mais il ne s'est entêté à le faire que parce qu'il y voyait de grands avantages. Aujourd'hui, il me presse et me fait solliciter de nouveau par ses amis pour le même sujet. Pour moi, si je ne me préoccupe pas beaucoup des avantages temporels qui l'ont fait agir, je ne puis pourtant pas, en voyant que les choses, de son côté, en sont au point où il les a conduites, ne pas vous dire qu'il ne peut, sans se parjurer, s'abstenir de donner suite à ses projets de mariage, et qu'il vous faudrait, à vous, de bien graves raisons pour contraindre un chrétien,votre sujet, à violer sa parole (b). Soyez sûre qu'il ne saurait demeurer fidèle à son prince s'il viole sa foi envers Dieu; d'ailleurs, je crains non-seulement que vous ne recueilliez aucun avantage pour vous d'une plus longue opposition, mais encore que vous ne vous exposiez au péril de tenir séparées deux personnes que Dieu voulait peut-être unir. Je prie Dieu de répandre sur vous, très-noble et très-chère Dame, ainsi que sur vos enfants, ses grâces et ses bénédictions; ces jours-ci sont un temps favorable, de vrais jours de salut; distribuez votre blé aux pauvres du Christ, afin qu'il vous le rende avec usure dans l'éternité.

a Mathilde, femme de Hugues Ier duc de Bourgogne; elle nourrissait du ressentiment pour Hugues de Bèse. Base est un endroit éloigné de quatre lieues de Dijon, et célèbre par un monastère de Bénédictins de ce nom. Voir Pérard, pages 221 et 222.

b C'est-à-dire à manquer à la bonne foi qui consiste à tenir à la parole donnée.

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