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LETTRE CXXXII. AU CLERGÉ DU MILAN.

NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE CXXXIII. AUX CITOYENS DE MILAN.

LETTRE CXXXIV. AUX NOVICES (a) DE MILAN.

LETTRE CXXXV. A PIERRE (a), ÉVÊQUE DE PAVIE.

LETTRE CXXXVI. AU PAPE INNOCENT (a).

LETTRE CXXXVII. A L'IMPÉRATRICE DES ROMAINS.

LETTRE CXXXVIII. A HENRI, ROI D'ANGLETERRE.

NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE CXXXII. AU CLERGÉ DU MILAN.

L'an 1134.

Saint Bernard le félicite d'avoir ramené par ses soins la ville de Milan à se séparer de l'antipape Anaclet pour rentrer dans le sein de l'Eglise.

Soyez bénis du Seigneur, vous qui avez réussi, à force de zèle et d'application,à faire sortir votre ville de la fausse voie où elle s'était engagée, en la faisant renoncer au schisme pour rentrer dans le sein de l'unité catholique. A cette nouvelle, l'Eglise entière s'est réjouie; le ciel et la terre ont applaudi au succès qui a couronné vos efforts. Avec quel bonheur l'Eglise reçoit dans ses bras maternels cette infinité d'enfants dont la perte faisait couler ses larmes! Quelle offrande agréable vous avez présentée là au coeur ravi de Dieu, notre père! La paix que vous avez à cœur de donner au monde prouve assez que vous êtes des enfants de paix: Quant à moi, heureux de votre joie et de votre bonheur, je m'étais mis en route avec ceux des religieux de notre ordre que vous nous avez députés, pour répondre à l'invitation que vous nous avez faite d'aller vous voir, et aussi pour satisfaire à tous vos désirs, autant que la raison et la volonté de Dieu m'auraient permis de le faire; usais je suis obligé de me rendre de suite au concile (De Pise). Vous pouvez compter sur moi à mon retour.

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NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE CXXXVII. A L'EMPEREUR.

97. En nous occupant de la soumission des Milanais,etc. Voici ce que nous lisons sur ce sujet dans Sigonius, livré II de l'Histoire du royaume d'Italie, à l'année 1134 : «Les Milanais s'étaient vus privés de la participation aux saints mystères et leur ville avait été dépouillée du titre de métropole, parce que, à la suite de l'archevêque Anselme, ils avaient embrassé le parti de Conrad et d'Anaclet. Regretta ce qu'ils avaient fait, ils s'efforcèrent sous l'inspiration de Ribaut, qu’ils avaient élu pour évêque, à la place d'Anselme de recouvrer les bonnes grâces de Lothaire et d'Innocent, et ils écrivirent à ce sujet à saint Bernard, car ils connaissaient toute l'étendue de son crédit. Mais notre Saint, appelé par le pape innocent au concile de Pise, ne fit que traverser la Lombardie en toute hâte; il répondit aux Milanais pour les féliciter de leur changement et leur promit d'aller les voir à son retour du concile. Il se rendit à Pise où se tint le concile, qui fut mené à bonne fin, grâce surtout à sa prudence et à sa sagesse. Entre autres choses importantes que ce concile fit, il fulmina un anathème contre Anaclet et ses partisans et fit plusieurs concessions honorifiques aux Milanais, en récompense de ce qu'ils étaient revenus au parti du pape Innocent sur les pas de Ribault, qu'ils avaient élu pour évêque. Il fut décidé que le siège de Milan redeviendrait métropolitain comme il l'était auparavant, que Ribault prendrait le pallium et qu'on enverrait aux Milanais; pour les réconcilier, une députation composée des hommes du rang le plus distingué : ce furent Guy de Pise, Matthieu, évêque d'Albano, ayant tous deux le titre de légats a latere. On leur adjoignit saint Bernard comme ils le désiraient; ils partirent avec mission de mettre fin au schisme dont Anselme avait été l'auteur, et d'absoudre les fidèles qui avaient été frappés des censures de l'Eglise.

Quand les habitants de Milan apprirent que saint Bernard avec les légats arrivait, ce ne furent que transports de joie dans la ville; on se porta au-devant de lui jusqu'à sept milles de distance; ce fut un concours si considérable de personnes de tous rangs, de tout âge et de tout sexe, qu'on aurait pu croire que la ville entière émigrait. On entourait saint Bernard en foule et l'on se disputait l'honneur de contempler son visage, de lui adresser la parole et même de lui baiser les pieds. Bien plus on arrachait des morceaux de ses vêtements que l'on, gardait soigneusement pour s'en servir en cas de maladies; on regardait comme saints tous les objets qu'il touchait et on leur croyait la vertu de sanctifier les hommes rien que par leur contact. Il fit son entrée dans la ville, et fut conduit à. sa demeure au milieu des plus grands transports de joie.

Au jour marqué, on fit une assemblée où l'on commença par anathématiser Anaclet, puis on proclama Innocent seul pape catholique et véritable ; ensuite, après avoir renoncé au parti de Conrad, on reconnut publiquement Lothaire pour maître et souverain et pour empereur auguste des Romains et du monde entier. Enfin tout le peuple promit sur les saints Evangiles de faire pour expier sa révolte ce que le souverain pontife Innocent jugerait à propos de conseiller et d'ordonner, et il accepta en effet avec soumission la pénitence que Bernard lui imposa Pendant son séjour à Milan, Bernard guérit un grand nombre de malades qui lui étaient présentés. Tout le monde le vit avec admiration, par une vertu toute divine, faire marcher droit les boiteux, rendre la vue aux aveugles, redonner aux membres affaiblis leur ancienne vigueur, mais surtout délivrer une foule de personnes qui étaient devenues possédées du démon pendant le schisme.

Ensuite il entreprit, sur l'ordre du pape Innocent, de pacifier entre elles plusieurs villes de Lombardie qui étaient en guerre les unes avec les autres, et se rendit à cet effet à Pavie et à Crémone; mais, n'ayant pu triompher de l'opiniâtreté des Crémonais, il les dénonça en ces termes au pape Innocent : « Les habitants de Crémone se sont endurcis; et leur bonheur les a perdus; ceux de Milan sont présomptueux, et leur confiance les égare; mais les premiers, en mettant toute leur espérance dans les chars et chevaux de guerre, ont frustré la mienne et ont rendu vains tous les efforts que j'ai tentés. » C'est ainsi que s'exprimait saint Bernard (Note de Mabillon).

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LETTRE CXXXIII. AUX CITOYENS DE MILAN.

L’an 1134

Saint Bernard se félicite d'avoir été choisi pour traiter de la paix qu'ils désirent faire.

Je vois à votre lettre que vous avez pour moi quelque considération; ce n'est pas à mon propre mérite, mais à la grâce de Dieu que je dois qu'il en soit ainsi, ce qui ne m'empêche pas d'être infiniment sensible aux bontés d'une ville aussi remarquable et aussi importante que la vôtre; je les reçois donc avec bonheur, et je tends des mains reconnaissantes et dévouées à une cité qui me témoigne un pareil dévouement, surtout dans un moment où j'ai la joie de la voir revenue de ses égarements schismatiques, et rentrée dans le sein de l'Eglise à la satisfaction du monde entier. Après tout, s'il est honorable pour mon humble et obscure personne d'être choisi par une ville aussi fameuse que la vôtre pour être le médiateur et l'arbitre de la paix qu'elle veut conclure, j'ose dire qu'il y va aussi de votre honneur de faire, par mon entremise, votre paix avec vos voisins, que toutes les nations liguées contre eus n'ont jamais pu contraindre à céder, comme tout le monde le sait. Je suis pressé de me rendre au concile, mais j'espère à mon retour passer par chez vous et juger en personne de l'étendue du crédit dont vous file flattez que je jouis chez vous. Que Dieu, à qui je le dois, me fasse la grâce qu'il ne soit pas inutile.

Voir la lettre 137

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LETTRE CXXXIV. AUX NOVICES (a) DE MILAN.

L’an 1134

Saint Bernard félicite les novices de leur retour à Dieu, et il leur promet de les visiter en revenant dit concile.

A ses très-chers frères les novices de Milan, récemment revenus à Dieu, Bernard, abbé de Clairvaux, salut et l'esprit de conseil et de force pour mener à bonne fin l'œuvre qu'ils ont entreprise.

Béni soit Dieu qui vous a inspiré le mépris de la gloire du monde pour vous rendre clignes de la sienne. Que les enfants des hommes sont

a Ce titre fait conjecturer à Baronius qu'une communauté de Cisterciens était venue se fixer à Milan, avant que saint Bernard allât dans cette ville, et y avait fondé un monastère où ces novices étaient entrés. Mais Ughel, tome IV de l'Italie sacrée, pense que le premier monastère de Cisterciens établi à Milan est celui de Clairvaux, situé à deux milles de cette ville et fondé, comme il le prouve, en 1135 au plus tôt. Il s'ensuivrait donc que ceux à qui saint Bernard donne le nom de novices dans cette lettre seraient ceux mêmes que notre Saint venait de convertir en se rendant au concile de Pise, et qui s'étaient mis sous sa direction. L'époque que Ughel assigne à la fondation de ce monastère est déterminée par une inscription et par les titres originaux de cette abbaye, dans lesquels elle est constamment appelée Clervaux et non pas Clairvaux. Voir les notes de la deux cent quatre-vingt et unième lettre.

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vains, que leurs balances sont fausses, lorsque, selon le mot de l'Évangile, ils recherchent avec une incroyable ardeur la gloire qu'ils se donnent les uns aux autres et ne font aucun cas de celle que Dieu seul peut donner (Joan., V, 44), » on peut bien dire qu'ils se trompent mutuellement. On n'en saurait dire autant de vous, la miséricorde de pieu vous a préservés de cette illusion; vous êtes devenus en tout lieu la bonne odeur du Christ, la gloire de Dieu, la joie des anges et l'édification des chrétiens. Si la conversion d'un seul pécheur remplit le ciel d'allégresse, de quelle joie n'a pas dû l'inonder le retour de tant de personnes considérables et de citoyens d'une ville si fameuse. Pour moi, mes frères, dans l'élan de ma joie, non moins que pour répondre à l'invitation que vous avez chargé mes chers frères Otton et Ambroise de me transmettre de votre part, j'étais décidé à partir avec eux pour, aller vous voir. Mais je crois qu'il vaut mieux que je ne vous voie pas seulement en passant, et pendant quelques instants à peine; j'ai donc remis la visite que je veux vous faire, à l'époque de mon retour du concile; car je fais mes préparatifs pour m'y rendre, et j'espère, avec la grâce de Dieu, passer par chez vous en revenant, pour seconder de toutes mes forces vos saintes résolutions, et vous aider de tous mes conseils, selon que j'en serai capable.

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LETTRE CXXXV. A PIERRE (a), ÉVÊQUE DE PAVIE.

Saint Bernard rapporte à Dieu les louanges que Pierre lui prodigue, en même temps qu'il le félicite de toutes ses oeuvres de miséricorde.

Si une bonne sentence jetée dans une terre excellente produit un jour de bons fruits, la gloire en doit revenir à celui qui donne au s semeur la semence, à la terre la fécondité et l'accroissement à la plante; que puis-je réclamer pour moi, dans tout cela? Assurément je ne veux

a Ughel cite deux évêques de Pavie ayant porté ce nom; l'un, qui fut élu en 1130 ou 1131, et l'autre qui fut évêque en 1148 et qui se trouve séparé du premier par deux évêques Alphonse et Conrad. C'est au second Pierre qu'il croit que cette lettre est adressée, bien qu'elle paraisse se rapporter plutôt au premier puisqu'elle se trouve placée immédiatement après la cent trente-quatrième qui fut écrite en 1134.

donner à personne la gloire de Jésus-Christ, mais je ne veux pas non plus être moins scrupuleux en me l'attribuant à moi-même; or ce n'est pas moi, c’est Dieu qui change les âmes, c'est sa parole qui donne de la sagesse aux enfants eux-mêmes. En voyant une belle écriture, nous n'en faisons point honneur à la plume, mais à celui dont la main l'a conduite; si je veux réclamer ce qui m'appartient dans ce que j'ai fait, je ne puis dire que ceci, c'est due ma langue a été comme la plume d'un écrivain habile, et rien de plus. Que signifient donc, me direz-vous, les éloges prodigués dans la sainte Ecriture à ceux qui vont annoncer au loin la bonne nouvelle du salut? Quels sont leurs avantages? Ils sont. nombreux, les voici: premièrement, en qualité d'enfants de Dieu, ils ont part à sa gloire, car qui dit enfants dit héritiers ; en second lieu, aimant le prochain comme eux-mêmes, ils sont heureux de son salut et s'en réjouissent comme du leur; enfin leurs peines ne sont jamais perdues, elles sont au contraire « la mesure de leur récompense (I Cor., III, 8). » Si je n'ai pas de mon côté refusé le travail de la parole, du vôtre, vous avez ouvert vos mains et votre coeur pour l'aumône, et comme vous avez plus travaillé, nul doute que vous ne soyez aussi plus récompensé que moi. Vous n'aurez pas en vain donné à boire à celui qui avait soif et à manger à celui que la faim torturait; soyez sûr qu'il vous sera tenu compte de toutes vos charités et des instructions salutaires que vous n'avez cessé de prodiguer aux pauvres par amour pour Jésus-Christ. Nous avons été tous les deux les coopérateurs et les ministres du même Dieu; espérons donc l'un et l'autre qu'il nous récompensera un jour du bien que nous aurons fait à ses saints. Que Dieu me garde une place dans votre souvenir; quant à moi, j'espère ne vous oublier jamais.

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LETTRE CXXXVI. AU PAPE INNOCENT (a).

Saint Bernard le prie de traiter avec douceur un certain Daufin qu'il a décidé d se présenter devant lui afin de lui offrir une satisfaction convenable pour les brigandages dont il s'était rendu coupable.

Des malheurs continuels finiraient par nous jeter dans l'abattement, de même qu'une prospérité sans nuage ne manquerait pas de nous enfler

a Plusieurs éditions portent en tête de cette lettre cette suscription : « Au même; » comme si elle était adressée à Pierre, évêque de Pavie. Mais cela vient de ce qu'à cet endroit quatre manuscrits, dont deux de Cîteaux et deux de la Colbertine, avaient placé la cent soixante-dix-huitième lettre qui est adressée au pape Innocent. La lettre cent trente-sixième a été écrite au sujet des brigands qui avaient rançonné des évêques revenant du concile de Pise en 1134. Voir les notes de la vingt-troisième lettre à la fin du volume.

d'orgueil; aussi la sagesse de Dieu a si bien disposé les choses pour ses saints, qu'elle a fait de leur vie une inévitable succession de biens et de maux, de sorte que les uns ne nous découragent pas trop et que les autres ne nous enorgueillissent point outre mesure, mais que les premiers nous rendent les seconds plus chers, et que l'espérance d’événements meilleurs nous fasse supporter ceux qui nous semblent pénibles. Mais qu'en toutes choses Dieu soit béni: il a changé notre tristesse en joie, et après avoir commencé par verser du vin sur nos plaies, il y fait maintenant couler une huile qui en calme la cuisson. Nous voyons des voleurs et des brigands se repentir de leurs pillages et venir s'en humilier; ils relâchent avec toutes les marques possibles de respect l'oint du Seigneur, sur lequel ils ont eu la hardiesse de porter une main sacrilège. Non contents de cela, ils recherchent dans leur butin les objets qui lui appartiennent, pour les lui rendre jusqu'au dernier, et Daufin s'offre à faire telle réparation que vous jugerez à propos s'il en manque un seul qu on ne puisse retrouver, il en a pris l'engagement solennel, en me frappant dans la main pour confirmer sa parole. S'il va se jeter aux pieds de Votre Majesté (a) pour exécuter ce qu'il m'a promis, veuillez, je vous en prie, ne pas traiter ce jeune homme avec toute la rigueur qu'il mérite; je ne demande pas qu'un si grand attentat demeure impuni; mais je voudrais, autant que possible, qu'en l'obligeant à faire, à l'Eglise une juste réparation, on ne mît pas sa bonne volonté et sa patience à une trop rude épreuve, de peur qu'il ne (b) regrettât d'avoir suivi mon conseil.

LETTRE CXXXVII. A L'IMPÉRATRICE DES ROMAINS.

1134

Comme le pape Innocent ne voulait rendre ses bonnes grâces aux habitants de Milan qu'après qu'ils auraient fait leur soumission à l'empereur Lothaire, saint Bernard les recommande à l'indulgence de l'impératrice.

En nous occupant de la soumission des Milanais, nous n'avons pas oublié les instructions que nous avions reçues de Votre Majesté. Nous avons d'ailleurs trop à coeur votre gloire et l'intérêt de l'empire, comme nous l'avons prouvé en toute occasion, pour que nous n'ayons pas agi comme

a On voit à cette expression que cette lettre était adressée au pape; que les écrivains de cette époque, aussi bien que saint Bernard, lettres quarante-sixième, cent cinquantième, n. 3, cent soixante-sixième, etc., Eudes de Diogile et plusieurs autres encore appellent Majesté. Toutefois on verra par les notes de la trois cent soixante-dixième lettre que ce une s'applique aussi quelquefois à des prélats inférieurs.

b Il faut suppléer ici, dans le texte latin, un adverbe de négation comme à la fin de la lettre suivante.

nous l'avons fait, quand même vous ne nous auriez point fait part de vos intentions; aussi le retour de la ville de Milan à l'unité de l'Eglise et sa soumission au pape Innocent n'ont-ils été acceptés qu'après qu'elle eut renoncé publiquement au parti de Conrad et reconnu notre maître pour, son souverain et pour empereur légitime des Romains, comme il l'est aux yeux du monde entier. De plus, le Pape a exigé d'eux qu'ils promissent, la main sur l'Evangile, de faire auprès de vous pour le passé telles satisfactions qu'il serait convenable. Je remercie le bon Dieu d'avoir humilié vos ennemis sans qu'il ait été nécessaire de faire appel aux armes et de verser le sang, et je vous supplie de traiter cette ville avec votre clémence bien connue, quand le Pape, qui veut bien se charger de négocier sa rentrée en grâce avec vous implorera pour elle votre protection. En se voyant ainsi traitée, elle ne regrettera pas d'avoir cédé à de bons et sages conseils et n'en sera que plus dévouée à votre cause. Au reste, il serait fâcheux que les plus zélés défenseurs de vos intérêts et de votre gloire eussent la confusion de ne pouvoir fléchir votre courroux après s'être rendus en quelque sorte garants de votre clémence, et de vous trouver inexorable, Dieu vous préserve de ce malheur ! quand nous venons faire appel à votre indulgence.

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LETTRE CXXXVIII. A HENRI, ROI D'ANGLETERRE.

Saint Bernard lui demande des subsides pour le pape Innocent.

Au très-illustre Henri, roi d'Angleterre, Bernard, abbé de Clairvaux, salut, prière et santé.

Ce serait se méprendre singulièrement et montrer qu'on vous tonnait bien peu, que d'essayer de vous donner des leçons sur le point d'honneur. Aussi vous dirai-je en peu de mots et bien simplement ce dont il s'agit. A quoi bon les longs discours quand on s'adresse à un prince de votre intelligence ? Nous sommes aux portes de Rome, nous touchons au dénoûment et la justice est pour nous; mais tout cela n'est que viande creuse pour des gens de guerre tels que nos Romains. Il ne suffit pas que Dieu soit pour nous, et que nos troupes puissent imposer à l'ennemi, il est urgent que les choses les plus nécessaires ne vous fassent pas plus longtemps défaut. J'en ai dit assez; vous savez ce qu'il vous reste à faire pour mettre le comble à ce que vous avez déjà fait pour Innocent en le reconnaissant comme pape légitime, de la façon si éclatante et si belle que vous l'avez fait (a).

1. Il l'avait reconnu pour pape légitime dans l'assemblée. de Chartres. Voir les notes plus étendues et la Vie de saint Bernard, livre II, n. 4.

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NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE CXXXVIII. A HENRI, ROI D'ANGLETERRE.

98. Mettre le comble ci ce que vous avez déjà fait pour Innocent en le reconnaissant pour pape légitime..... On peut voir dans la Vie de saint Bernard, livre II, chap. I, n. 4, ce que le roi d'Angleterre, Henri premier du nom, a fait pour le Pape. Voici en quels termes le rapporte Guillaume de Malmesbury, écrivain anglais de ce temps-là, livre Ier de son Hist. Novel. :.« Innocent, se voyant chassé de Rome, passa les Alpes et vint en France, qui lui fit un accueil unanime. Le roi Henri lui-même, qu'il n'était pas facile de faire revenir d'une opinion une fois qu'il l'avait embrassée, vint à Chartres lui tendre lui-même la main, et non-seulement le combla de présents lorsqu'il fut à Rouen, mais encore lui en fit donner par les grands et par les Juifs eux-mêmes. » Roger Hoved en dit autant dans ses Annales à l'année 1131, en rapportant la. réception qui lui fut faite. (Note de Horstius.)

Or, en 1132, comme le raconte Foulques, auteur de la Chronique de Bénévent, l'empereur Lothaire assiégeait Rome pour rétablir le pape Innocent, mais il n'avait que deux mille hommes de troupes, ce qui ne lui permettait pas de s'emparer de la ville. Bernard, qui assistait au siège, écrivit cette lettre pour demander au roi d'Angleterre du secours que celui-ci ne put donner. Nous savons par une lettre de Hugues, archevêque de Rouen, au pape Innocent, que le roi Henri mourut en 1135 dans les sentiments les plus religieux et les plus chrétiens. Cette pièce mérite certainement d'être lue, on la trouve dans Guillaume de Malmesbury à l'année 1135 (Note de Mabillon).

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