LET. CLI-CLVII
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LETTRE CLI. A PHILIPPE, ARCHEVÊQUE INTRUS DE TOURS.

NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE CLII. AU PAPE INNOCENT, POUR L'ÉVÊQUE DE TROYES.

LETTRE CLIII. A DERNARD DESPORTES (a), CHARTREUX.

LETTRE CLIV. AU MÊME.

LETTRE CLV. AU PAPE INNOCENT, POUR LE MEME RELIGIEUX QUI VENAIT D'ÊTRE ÉLU ÉVÊQUE (a).

LETTRE CLVI. AU MÊME PAPE, POUR LE CLERGÉ D'ORLÉANS.

LETTRE CLVII. AU CHANCELIER HAIMERIC, SUR LE MÊME SUJET.

LETTRE CLI. A PHILIPPE, ARCHEVÊQUE INTRUS DE TOURS.

L’an 1133

Saint Bernard exprime toute la douleur de son âme à Philippe, de ce qu'il cherchait, par de mauvais moyens, à se faire nommer au siège archiépiscopal de Tours.

Je verse sur vous, mon cher Philippe, des larmes bien amères; ne riez pas de ma douleur, car moins vous vous trouvez à plaindre, plus vous l'êtes en effet; en tout cas, quelque pensée que vous ayez de vous, je vous trouve, moi, mille fois digne de larmes. Non, ma douleur ne doit point vous prêter à rire, elle est bien plutôt faite pour vous pénétrer vous-même d'un sentiment pareil au mien; car vous seul en êtes cause, mou cher Philippe, elle ne prend pas sa source dans les pensées de la chair et du sang et ne provient pas de la perte de choses périssables, elle ne vient que de vous; je ne puis rien dire de plus pour exprimer l'étendue de mon chagrin; c'est qu'il s'agit de vous, mon cher Philippe; en vous nommant, je cite un des plus grands sujets de peine pour l'Eglise qui vous a jadis réchauffé dans son sein et vous a cultivé comme un lis poussant et s'épanouissant sous ses yeux aux rayons célestes de la grâce. Qui n'aurait pas conçu de hautes espérances d'un jeune homme dont les heureuses dispositions en donnaient tant alors? Mais, hélas! quel funeste changement! quelle déception pour cette France qui vous a donné le jour et vous a nourri ! Comment ne le sentez-vous pas vous-même? Ah! si vous le compreniez, vous éprouveriez une douleur égale à la mienne, et qui montrerait que je n'ai pas pleuré en vain sur vous. Je pourrais vous en dire davantage si je m'écoutais, mais je ne veux pas parler au hasard et faire comme ceux qui donnent des coups en l'air. Je n'ai voulu vous écrire ces quelques mots que pour vous faire connaître les sentiments qui nous animent à votre égard, et pour vous dire que je ne suis pas très-loin de vous, si Dieu vous inspiré le désir d'avoir un entretien avec moi et de venir me voir, comme je le souhaite ardemment. Je suis à Viterbe (a), et j'ai appris que vous êtes à Rome. Répondez-moi, s'il vous plait, quelle que soit l'impression que ma lettre ait produite sur vous, afin que je sache ce qu'il me reste à faire, et si je dois mettre un terme à ma douleur ou m'y abandonner plus que jamais. Si vous ne tenez plus compte de rien et si vous êtes sourd à mes remontrances, je n'aurai pas perdu mon temps et ma peine en vous écrivant par un sentiment de charité, mais vous. vous aurez un compte terrible à rendre au tribunal de Dieu, du peu de cas que vous aurez fait de ma lettre.

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NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE CLI.

131. A Philippe, archevêque intrus de Tours.« En 1137 Hildebert, archevêque de Tours, mourut, et les chanoines de cette église furent violemment chassés de leurs places par le comte Geoffroy; mais comme ils devaient, d'après les cations, élire un archevêque, ils se divisèrent et formèrent deux partis: les uns, sans tenir compte des protestations des autres, donnèrent leurs voix, en dépit de tous les canons, à un certain Philippe, neveu e l'ambitieux Gilbert qui avait précédé Hildebert sur le siège de Tours. Aussitôt Philippe va trouver l'antipape Anaclet qu'il prie de confirmer son élection et de l'ordonner, puis il revient à Tours. Pendant ce temps-là, Hugues, non moins distingué par sa prudence que par la noblesse de son origine, est élu canoniquement par la portion la plus saine du clergé de Tours, et sacré dans l'église du Mans par Guy et les autres évêques de la province. A cette nouvelle, Philippe s'empare des ornements de l'église et s'enfuit pendant la nuit. » Voilà ce qui est rapporté dans les Actes des évêques du Mans, imprimés au tome III des Analectes.

Pendant que les choses se passaient ainsi, Bernard, qui était alors à Viterbe, écrivit cette lettre à Philippe, qui pendant quelque temps se relâcha un peu de ses prétentions; mais à la mort d'Anaclet il jeta de nouveau le trouble dans l'Église de Tours par son ambition; c'est ce qui inspira à notre Saint la pensée d'écrire en 1138 la lettre précédente au pape Innocent (Note de Horstius).

D'ailleurs, sous l’épiscopat de Hugues, qui finit par expulser Philippe, on vit arriver ce que le pape Innocent III raconte dans sa quatre-vingt-neuvième lettre, livre III. « Le parti de Dôle ajouta aussi que dans la suite le pape Eugène, de bonne mémoire, notre prédécesseur, envoya Bernard de Clairvaux, abbé d'heureuse mémoire, pour mettre fin aux divisions survenues entre ces Églises, mais celle de Tours ne voulut point s'en tenir à ce qu'il avait décidé. » Ce passage se trouve assez loin du commencement de la lettre écrite par le pape Innocent III, dans la cause de l'Eglise de Tours, contre la métropole de Dôle (Note de Mabillon).

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LETTRE CLII. AU PAPE INNOCENT, POUR L'ÉVÊQUE DE TROYES.

Vers l’an 1135

L'insolence du clergé grandit avec la mollesse des évêques; celui de Troyes s'est attiré la haine d'une partie de ses clercs pour les avoir repris.

L'insolence du clergé, entretenue par la négligence des évêques, cause du trouble et des désordres dans l'Eglise entière. Les évêques donnent les choses saintes aux chiens et les perles aux pourceaux, ensuite ces animaux fondent sur eux et les foulent aux pieds; c'est la juste punition des prélats qui tolèrent les désordres de leur clergé, l'engraissent des biens de l'Eglise et ne corrigent jamais ses désordres; ils méritent bien d'être tourmentés ensuite par ceux qu'ils supportent avec une complaisance coupable. Quand le clergé s'enrichit du travail d'autrui et pompe le suc de la terre sans qu'il lui en coûte la moindre peine, il se corrompt au sein de l'abondance, de sorte qu'on peut, pour en tracer le portrait, dire de lui avec le Prophète : « Il s'asseoit pour manger et pour boire, et ne se lève ensuite que pour jouer (Exod., XXXII, 6). » L'âme du clergé, nourrie dans la mollesse, étrangère au frein de la discipline, se remplit de souillures de toutes sortes; si on essaye de la débarrasser de la rouille qui la ronge, il ne petit souffrir qu'on le touche du bout da doigt, et, comme dit l'auteur sacré, « il oublie la main amie qui l'engraisse et se révolte contre elle (Deut., XXXII, 15). » On voit alors surgir dans son sein de faux témoins qui se plaisent

a Saint Bernard était donc alors à Viterbe, en Toscane ; c'était en 1133, la même année qu'il fut envoyé en Allemagne par le pape Innocent vers l'empereur Lothaire. C'est de cet en. droit que semble avoir été écrite la lettre précédente adressée au pape Innocent. Saint Bernard fit à Viterbe un autre séjour dont il parle dans son vingt-cinquième sermon sur le Canlique des Cantiques, n. 14.

à censurer les autres en s'épargnant eux-mêmes. C'est, si je ne me trompe, ce qui est arrivé à l'évêque (de Toyes Alton), en faveur duquel j'ose, comme votre enfant, vous demander votre protection; il n'a pas autre chose à se reprocher que d'avoir repris les désordres de ses prêtres; voilà ce que j'avais à vous dire pour lui. Pour moi, j'ai des excuses à vous faire; je n'ai reçu que le jour la fête de la Nativité de la sainte Vierge la lettre que vous avez daigné m'écrire, non pour m'ordonner, comme vous en avez le droit, très-saint Père, mais pour me prier d'aller vous voir. Je ne vous dirai pas, pour me dispenser de répondre à votre appel : J'ai fait l'acquisition de cinq paires de boeufs : J'ai acheté une maison de campagne; ou bien encore : J'ai pris femme, mais je vous rappellerai, ce que d'ailleurs vous n'avez pas oublié, que j'aide petits enfants qu'il me faut allaiter, et je ne vois pas comment je pourrais vous obéir sans m'exposer à leur donner du scandale et à compromettre leur salut.

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LETTRE CLIII. A DERNARD DESPORTES (a), CHARTREUX.

L’an 1135

Bernard Desportes avait demandé à saint Bernard de lui envoyer ce qu'il avait écrit sur le Cantique des cantiques; saint Bernard ne cède qu'à regret à celle prière; il ne se croit pas à la hauteur d'un pareil travail et ne peut manquer de tromper les. espérances qu'on a conçues de sa médiocrité.

1. Si je me montre aussi constant dans mon refus que vous êtes pressant dans vos demandes, ne l'attribuez qu'à mon amour-propre, qui ne veut pas se compromettre, nullement à un manque de considération pour vous. Je serais bien désireux, je vous assure, de pouvoir écrire quelque chose qui fût digne de vous; je vous donnerais mes yeux,

a On trouve dans le manuscrit de Cîteaux la note suivante: « Il faut remarquer qu'il y eut deux Bernard Desportes; l'un fut prieur et l'autre sous-prieur; celui-ci devint cardinal. A Le prieur, qui avait été religieux à Ambournay, fonda la Chartreuse des Portes, en 1115. Il en est parlé ainsi dans le Nécrologe : «Le 12 février 1152, mort de Bernard, premier prieur des Portes. Il s'était démis de son pouvoir bien longtemps avant cette époque et avait eu pour successeur un autre Bernard des Portes, qui fut prieur après avoir quitté l'évêché de Belley, comme l'avance Pierre-François Chifflet, dans la préface de son manuel des solitaires. Il pense même que c'est à ce deuxième Bernard que sont adressées cette lettre et la suivante, et il ajoute qu'il y eut dans la suite un troisième Bernard qui fut prieur de la même maison, après le bienheureux Nanthelme, et qui devint évêque de Die. Il est certain que le Bernard auquel sont adressées cette lettre et la suivante n'était pas prieur en 1135, date de cette lettre. Cela résulte des paroles de saint Bernard, qui salue le prieur au n.2, c'est-à-dire le premier Bernard, habitant et prieur des Portes, localité située dans le Bugey, diocèse de Lyon, prés du Rhône, à trois lieues de la ville épiscopale de Belley. Voir la lettre deux cent cinquantième.

ma vie même, s'il le fallait, à vous mon plus cher ami, que j'aime en Notre-Seigneur de toute l'étendue de mon Une ; mais je n'ai ni le temps ni le talent nécessaires pour faire ce que vous me demandez; car ce n'est pas une petite affaire que vous désirez me voir entreprendre, elle est au-dessus de mes moyens. Si elle était moins importante, je ne vous laisserais pas attendre si longtemps. Je vois dans toutes vos lettres la vivacité de vos désirs et combien vous souhaitez vivement que je fasse ce que vous me demandez; mais plus votre ardeur et votre empressement sont grands, plus j'hésite à les satisfaire. Pourquoi cela ? me direz-vous. Parce qu'en présence d'une pareille attente de votre part, je ne veux pas, de mon côté, ressembler à la montagne qui n'accouche que d'une misérable souris. Or c'est là toute ma petit, et voilà pourquoi je me presse si peu d'acquiescer à vos voeux. On ne peut pas trouver extraordinaire que je ne veuille point donner ce que je n'oserais pas même produire au grand jour. Aussi, il faut bien que j'en convienne, est-ce à regret que je montre un ouvrage dont l'effet, selon moi, ne peut être que de mettre à découvert le peu de valeur de son auteur. Peut-on se résoudre à donner une chose qui ne peut faire honneur à celui qui la donne ni profit à ceux qui la reçoivent? J'aime bien donner ce que j'ai; mais je n'aime pas le perdre. On sait bien que celui qui reçoit moins qu'il n'espérait, regarde ce qu'on lui a donné à peu près comme rien. Or ce qui ne fait pas plaisir à recevoir est autant de perdu.

2. Vous cherchez partout, vous en avez le, temps et le loisir, de quoi nourrir et augmenter même le feu qui vous consume, afin d'accomplir cette parole du Sauveur. «Je ne demande qu'une chose, c'est qu'il s'allume (Luc., XII, 49).» Vous avez raison, je vous approuve, pourvu que vous cherchiez là où vous êtes sûr de ne pas le faire en vain; mais où je trouve que vous faites fausse route, c'est quand je vois que vous venez chercher chez moi ce que j'aurais bien plus de raison d'aller moi-même quérir chez vous. Je sais bien qu'il est dit: Mieux vaut donner que recevoir (Act., XXII, 39), mais c'est quand ce qu'on donne honore celui qui le donne et profite à celui qui le reçoit. Or je n'ai rien, que je sache,qui soit dans ces conditions; quant à ce que j'ai effectivement, j'ai bien peur, lorsque je vous en aurai fait part, que vous ne soyez confus de l'avoir désiré, et fâché de l'avoir demandé. Mais à quoi bon toutes ces raisons? Vous m'excuserez bien mieux que je ne m'excuse moi-même. Eh bien, jugez donc par vos propres yeux de ce que je vous dis, je cède à vos instances afin de mettre fin à tous vos doutes; je mets de côté tout amour-propre et ne veux même pas penser que je fais une véritable folie. Je donne donc à recopier quelques sermons que je viens de composer sur le commencement du Cantique des Cantiques, et je vous les envoie avant même qu'ils aient paru. J'ai l'intention de continuer ce travail, si j'en ai le loisir et si Dieu me donne quelque relâche : demandez-le-lui pour moi dans vos prières. Je me recommande tout particulièrement au souvenir de votre digne père Prieur et à celui de vos autres religieux ; saluez-les cordialement de ma part, et dites-leur que j'implore humblement le secours de leurs prières auprès de Dieu.

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LETTRE CLIV. AU MÊME.

Vers l’an 1136

Saint Bernard s'excuse de n'avoir pu, à cause de ses affaires, visiter la Chartreuse, ainsi qu'il avait pris l'engagerment de le faire, et il lui envoie, sur sa demande, ses sermons sur le Cantique des Cantiques.

Je ne puis, mon très-cher Bernard, vous cacher ma tristesse ni vous laisser plus longtemps ignorer l'amertume de ma douleur. Pour m'acquitter de la promesse que je vous ai faite il y a déjà longtemps, j'avais l'intention et le plus ardent désir de passer chez vous afin de revoir tous ceux que mon coeur affectionne le plus, j'espérais goûter un peu de repos dans votre société, je me promettais de trouver auprès de vous, dans les fatigues de mon voyage, quelque allégement à mes peines et un remède à mes péchés; mais voilà que ces mêmes péchés sont cause non pas que; je ne veux, mais que je ne puis vous aller voir; ce n'est donc pas ma faute, mais la punition de mes fautes si je ne vais pas vous voir; car je puis bien vous assurer, mon révérend père, que vous n'avez rien à reprocher à votre ami: il n'y a eu de sa part, en cette circonstance, ni paresse ni mauvais vouloir, le seul obstacle vient de Dieu dont le service me retient ailleurs. Je n'en ai pas moins l'âme dévorée de chagrin comme par un ver rongeur; je ne manque certainement pas de peines, mais il n'y en a pas une plus grande pour moi que celle de ne pas vous aller voir. Auprès d'elle, les fatigues du voyage, les incommodités d'une chaleur excessive et les inquiétudes de l'esprit ne sont presque rien.

Je viens de vous découvrir la plaie de mon coeur, c'est à votre amitié de compatir, c'est-à-dire de prendre part à ma douleur pour la diminuer d'autant. Je me recommande instamment à vos prières et, par vous, à. celles de votre sainte communauté; je vous envoie, ainsi que je vous l'avais promis, mes sermons sur les premiers chapitres du Cantique des Cantiques; lisez-les et veuillez me dire aussitôt que vous le pourrez si je dois les continuer ou non.

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LETTRE CLV. AU PAPE INNOCENT, POUR LE MEME RELIGIEUX QUI VENAIT D'ÊTRE ÉLU ÉVÊQUE (a).

Bernard Desportes, élu à un évêché de Lombardie qu'il est bien digne d'occuper, serait néanmoins plus utilement placé sur un autre siége que celui-là.

J'ai entendu dire, Très-Saint Père., que vous appelez au redoutable honneur de l'épiscopat Bernard Desportes que Dieu et les hommes chérissent également. C'est un choix qui ne mérite que des louanges, et il est digne du successeur des Apôtres de tirer la lumière de dessous le boisseau et de ne pas laisser se sanctifier tout seul un homme qui peut en sanctifier tant d'autres avec lui; il ne faut pas soustraire davantage cette lampe à tous les regards, il est bien temps, j'en conviens, de la faire briller à tous les yeux, et de placer cette lumière sur le flambeau de l'Eglise; mais il ne faut pas l'exposer dans un endroit où l'on peut craindre que la violence du vent ne réussisse à l'éteindre. Or tout le monde, et vous plus que personne, connaît l'humeur arrogante et inquiète des Lombards, et vous savez mieux que moi encore combien le diocèse auquel vous l'appelez est déréglé et difficile à gouverner. Que deviendra, je vous le demande, au milieu d'un peuple turbulent, séditieux et farouche, un jeune religieux dont la santé est usée et dont la vie s'est, jusqu'à présent, écoulée dans le calme et la solitude ? Comment accorder tant de sainteté avec une pareille dépravation, une si grande simplicité d'âme avec tant de duplicité? Veuillez le réserver pour un évêché plus digne de lui et pour une population qu'il puisse gouverner plus utilement, ne vous exposez pas à perdre, par trop de précipitation, le fruit qu'il ne peut manquer de vous donner en son temps.

a Peut-être de l'église de Pavie qui venait de perdre sua évêque nommé Pierre. Mais cette élection ne fut pas suivie d'effet, le conseil de saint Bernard prévalut. Bernard des Portes fut promu à l'évêché de Belley, comme nous l'avons dit, et s'en démit en 1147, puisque nous le retrouvons alors avec le titre de prieur des Portes dans une charte authentique rapportée par Chifflet..

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LETTRE CLVI. AU MÊME PAPE, POUR LE CLERGÉ D'ORLÉANS.

L’an 1135 ou 1136

Jusqu'à quand, Très-Saint Père, laisserez-vous la malheureuse Eglise d'Orléans frapper en vain à la porte de votre coeur, vous qui êtes le père des orphelins et le protecteur des veuves? Il y a déjà bien longtemps que cette noble fille d'Israël est étendue dans la poussière, privée non-seulement de son époux (a), mais encore de ses enfants bien-aimés, et il n'est personne, ô douleur! qui lui tende une main secourable. Quand donc entendrez-vous les cris que cette mère désolée pousse derrière vous avec ses tristes enfants? Dépouillés de tous leurs biens, chassés de leurs maisons, c'est à peine s'ils ont pu mettre leur vie en sûreté. Pourquoi tardez-vous si longtemps à lever sur eus un bras que les opprimés n'ont jamais invoqué en vain et dont les oppresseurs sont habitués à ressentir le poids et la vigueur ? Pourquoi tant de lenteur à secourir des malheureux et à frapper comme ils le méritent ceux qui les affligent ? Si vous ne vous pressez de leur venir en aide, du moins ne les abandonnez pas tout à fait, et que votre secours soit d'autant plus puissant et décisif qu'il s'est fait plus longtemps attendre, afin de les dédommager des maux due votre lenteur leur a causés; il faut, Très-Saint Père, que ceux qui ont abusé de la patience du successeur des Apôtres ne retirent aucun avantage de leur conduite, et que ceux, au contraire, qui, sur votre paroles se sont montrés patients jusqu'au bout dans leurs épreuves, n'aient pas à la fin sujet de s'en ressentir.

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LETTRE CLVII. AU CHANCELIER HAIMERIC, SUR LE MÊME SUJET.

L’an 1135

A son intime ami Haimeric, par la grâce de Dieu cardinal-diacre et chancelier du saint Siège apostolique, Bernard, abbé de Clairvaux, salut et l'expression du désir de le voir briller entre tous par la sagesse et par la vertu.

Si je ne connaissais vos sentiments de compassion pour ceux qui souffrent et d'indignation pour ceux qui font souffrir les autres, je vous presserais à temps et à contre-temps de prendre en main l'affaire de

a Après la mort de l'évêque Jean, en 1133, le siége vaqua pendant quatre ans, d'après Charles Saussaye, dans ses Annales d’Orléans, parce que le doyen Hugues qui avait été élu pour succéder à Jean, reçut en revenant de la cour du roi un coup mortel, de gens qui le frappèrent sur la route, sans le connaître. Tel est du moins le récit d'Orderic Vital à l'année 1134. Cette lettre a été écrite par saint Bernard, de mène que la première, avant le troisième voyage qu'il fit à Rome en l'année 1137.

maître Guillaume de Meun (a), et de ses confrères, je ferais tout pour allumer votre indignation et votre courroux coutre ceux qui les accablent et les accusent injustement . qu'il me suffise de vous avoir parlé de cette affaire. Je verrai le cas que vous faites de ma recommandation par l'empressement que vous mettrez à la prendre en considération.

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