LET. CLXXVIII-CLXXX
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LETTRE CLXXVIII. AU PAPE INNOCENT, POUR ALBÉRON, ARCHEVÊQUE DE TRÈVES.

NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE CLXXIX. AU MÊME ET POUR LE MÊME.

NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE CLXXX. AU MÊME ET POUR LE MÊME.

LETTRE CLXXVIII. AU PAPE INNOCENT, POUR ALBÉRON, ARCHEVÊQUE DE TRÈVES.

L’an1139

Saint Bernard lui remontre que quelques personnes méchantes et mal, intentionnées abusent du pouvoir qu'elles tiennent de soie autorité pontificale pour accomplir leurs mauvais desseins et nuire d l'Eglise, tandis que des prélats pleins de zèle pour les choses de Dieu se trouvent paralysés et réduits le une honteuse impuissance.

Au trés-aimable Père et seigneur le Souverain Pontife Innocent, son tout dévoué Bernard.

1 . Je vais vous parler en toute liberté, parce que je vous aime en toute sincérité; on n'aime pas ainsi quand on n'ose s'expliquer sans scrupule et sans hésitation. L'archevêque de Trèves n'est pas le seul qui se plaigne de vous, plusieurs autres et des plus attachés à votre personne le font avec lui. On n'entend qu'un cri parmi les pasteurs de nos contrées qui ont à coeur le salut des âmes dont ils sont chargés, c'est que la justice dépérit dans l'Eglise, le pouvoir des chefs s'affaiblit, l'autorité épiscopale tombe dans le mépris depuis qu'on ôte aux évêques les moyens tee défendre efficacement les intérêts de Dieu, et de réformer a chacun dans sa paroisse les abus qui se produisent. Ils attribuent

a Autrefois, comme on le sait; on donnait le nom de paroisses aux diocèses eux-mêmes. Hildebert, évêque en Mans, écrivit aussi à Honorius II pour protester contre la fréquence et l'abus des appels en cour de Rome. Sa lettre est la quatre-vingt-deuxième. voir livre III de là Considération, chap. II, et la note de Horsttius.

la cause du mal à la cour romaine et la font remonter même jusqu'à vous; ils prétendent que vous cassez leurs arrêts les plus justes et que vous rétablissez ce qu'ils ont eu de bonnes raisons d'abolir. Il n'est laïque ni ecclésiastique si perdu de moeurs et si chicaneur qu'il soit, ni moines chassés de leur couvent qui ne recourent à vous et ne reviennent tout fiers et tout triomphants d'avoir trouvé des protecteurs et des défenseurs là où ils n'auraient dû rencontrer que des juges et des vengeurs. Le nouveau Phinées n'avait-il pas eu vingt fois raison de frapper sans retard du tranchant de son glaive l'union incestueuse de Drogon et de Milis ? Mais Rome s'est trouvée là comme un bouclier où ce glaive est venu s'émousser, à la confusion de celui qui le tenait en main! Quelle honte ! Et duel sujet de risée n'est-ce point encore à présent pour les ennemis de l'Eglise, et pour ceux-là mêmes dont la crainte ou la faveur nous a écartés du droit chemin? On abreuve de sarcasmes vos amis, on insulte à ceux qui vous sont demeurés fidèles; partout les évêques sont outragés et méprisés, mais le peu de cas que l'on fait maintenant de leurs jugements les plus justes porte un coup terrible à votre propre autorité.

2. Ce sont eux, en effet, qui la soutiennent, qui travaillent pour votre gloire et pour votre repos, avec moins de succès que de zèle, du moins j'en ai bien peur. Pourquoi vous affaiblir ainsi vous-même, et quel motif avez-vous de désarmer comme vous le faites vos meilleurs soldats ? Jusqu'à quand continuerez-vous à émousser le tranchant des armes de ceux qui combattent pour vous et à décourager ces humbles phalanges qui font votre force et feraient votre salut? L'église de Saint-Gengoulf de Toul est dans la désolation et les larmes, et personne ne s'offre pour la consoler. Qui est-ce qui oserait parer les coups que lui porte un bras puissant et redoutable, s'opposer au torrent furieux qui la ravage et résister aux entreprises de la puissance souveraine? Saint-Paul de Verdun a maintenant le même sort (a), parce que le métropolitain n’a plus la force de le protéger contre quelques moines emportés dont le saint Siège appuie l'insolence, comme s'il ne leur manquait que cela pour être capables de tous les excès, Je me demande quelle raison nouvelle on a découverte pour remettre en question une dispense que la prudence et la pensée d'un plus grand bien avaient fait accorder à des chanoines d'une vie et d'une réputation exemplaires et que le saint Siège a confirmée jusqu'à deux fois. Toujours est-il que pour ce qui

a On peut voir la manière dont Albéron a procédé à la réforme du monastère bénédictin de Saint-Paul, dans sa lettre au pape Innocent II. Voir le Spicilège, tome XII, page 320. Il dit au souverain Pontire, dans cette lettre, que son prédécesseur Wilfrid remplaça au Xe siècle les clercs de Saint-Paul de Verdun par des moines, qui finirent par se relâcher; il ne put réussir à les réformer ni à se procurer pour l'aider dans cette entreprise des religieux de Cluny .

concerne les deux églises dont je viens de parler, vous avez, dit-on, révoqué un jour ce que vous aviez concédé la veille. Hélas! ce n'est pas ainsi qu'on se rend Dieu favorable, qu'on apaise sa colère, qu'on s'attire ses grâces et qu'on mérite ses miséricordes ! Loin de le fléchir par une semblable conduite, on lui fait lever un bras vengeur, et on arme sa main de cette verge dont parle Jérémie, qui veille toujours pour frapper le pécheur.

3. S'il est irrité contre les schismatiques, il n'est pas d'ailleurs très-propice aux catholiques. L'Eglise de Metz, comme vous le savez, se trouve en danger par suite du désaccord survenu entre l'évêque et le chapitre; de quelque manière que vous vous preniez pour apporter remède au mal, selon toutes les apparences, la paix qui a fui de cette Eglise n'est pas près d'y être rétablie. Pour moi, s'il m'est permis de dire ma pensée, je crois qu'il vaudrait mieux laisser au métropolitain la connaissance de cette triple affaire de Metz, Toul et Verdun; il en est pleinement instruit, et il jouit d'ailleurs d'une estime générale et a donné en plusieurs occasions des preuves de son dévouement. Si vous ne prenez ce parti, Votre Sainteté doit aviser aux moyens de venir efficacement en aide aux deux diocèses de Toul et de Verdun, car on peut bien dire, sans manquer à la vérité, qu'ils sont sans évêques. Que ne peut-on ajouter qu'ils sont aussi sans tyrans ! On est généralement surpris, scandalisé même de voir de tels prélats protégés et soutenus par le saint Siège, et non moins en honneur qu'en faveur à la cour de Rome. Ils ont des mœurs et mènent une vie, je ne dis pas seulement indigne de leur caractère, mais capable de faire horreur même chez des laïques. J'aurais honte de vous en retracer le tableau, et vous ne pourriez vous empêcher de rougir si vous en entendiez le récit. Je veux bien qu'il n'y ait pas lieu à les déposer, puisque personne ne les dénonce; mais si personne ne les accuse, le bruit public ne les ménage guère, et l'on ne s'attendrait pas après cela là trouver en eux des objets de l'affection particulière du saint Siège, et de ses distinctions les plus honorables.

4. Qui ne croirait que l'évêque de Metz est un prélat d'une vertu consommée et. d'une édification parfaite quand on voit que Rome lui permet de casser l'élection des chanoines, de compter pour rien les droits de tout un chapitre et de nommer à son gré un primicier, nonobstant les privilèges de cette Eglise ? Ne serait-il pas plus conforme à la justice et en même temps plus convenable pour le saint Siège, de maintenir dans ses droits un prélat digne d'un poste plus élevé même que celui qu'il occupe? Je parle de l'archevêque de Trèves, à qui vous avez retiré la connaissance. de cette affaire et de beaucoup d'autres encore de sa province, comme si vous doutiez de sa capacité et de son dévouement. La manière dont vous le traitez excite les murmures de tous les honnêtes gens. Veuillez me croire, puisque vous connaissez mon dévouement à votre personne; le parti auquel vous vous êtes arrêté a produit le plus mauvais effet dans cette province, autant que j'ai pu en juger.

5. Je n'oserais certainement pas vous écrire en ces termes si je n'avais l'honneur de vous connaître et d'être connu de vous; je craindrais, avec raison, de passer pour bien présomptueux; mais je sais quelle est votre bonté naturelle, et vous n'ignorez pas de votre côté, très-aimable et très-cher Père, quels sont mon affection pour vous et les motifs qui me donnent la hardiesse de vous parler comme je le fais. Au reste, je dois vous faire connaître la personne que l'archevêque de Trèves vous envoie et le langage qu'elle doit vous tenir. C'est un homme d'un rang élevé dans l'empire, dévoué à vos intérêts et à ceux de l'Eglise, d'une constance inébranlable, que les gens mal intentionnés et brouillons ont constamment trouvé sourd à leurs insinuations aussi multipliées que fatigantes. Les sarcasmes ne lui manqueront pas s'il faut qu'il ne trouve pas auprès de vous tout l'accueil qu'il mérite. Je n'ai pas voulu clore cette lettre sans vous recommander celui qui doit vous la remettre, quoiqu'il soit assez recommandable par son mérite personnel, et surtout par son dévouement absolu et son inviolable attachement à Votre Sainteté ; si j'en doutais le moins du monde, je lie lui confierais pas pour vous une lettre aussi intime.

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NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE CLXXVIII.

143. L'archevêque de Trèves n'est pas le seul qui se plaigne de vous... Saint Bernard se plaint amèrement de l'abus des appels en cour de nome ,et en fait ressortir les inconvénients avec force. Il parle de même, livre III de la Considération, chapitre 2, où il s'élève avec véhémence contre le même abus. Mais si nous voulons voir combien il avait raison de dire qu'il ne s'agit pas seulement d'Albéron et de lui dans les plaintes qu'il formule, écoutons celles que l'archevêque de Tours, Hildebert, dont il a été question plus haut, adresse au pape Honorius II; nous les trouverons semblables à celles de saint Bernard et empreintes du même sentiment de tristesse que les siennes.

« On n'a jamais ouï dire en deçà des Alpes, s'écrie-t-il, que toute espèce d'appels étaient reçus à Rome et s'y trouvaient pris en considération, et les canons n'ont jamais rien décidé de pareil. S'il faut que cette nouveauté s'introduise et que vous, accueilliez, sans distinction, tous les appels en cour de Rome, vous porterez un coup mortel à l'autorité pontificale, et vous affaiblirez le nerf de la discipline ecclésiastique. En effet, quel brigand, au premier mot d'anathème, n'en appellera pas aussitôt à Rome ? Quel ecclésiastique, quel prêtre, avec la ressource de l'appel qui rend le châtiment illusoire, ne tombera pas dans la dernière corruption, ou plutôt ne s'ensevelira pas dans le fumier de ses désordres? Quel moyen restera-t-il à un évêque de punir, je ne dis pas toute, mais une seule désobéissance? Un appel à Rome, et la verge se brise entre ses mains, sa constance est déjouée, sa sévérité inutile; il est réduit an silence et le coupable est assuré de l'impunité de ses crimes. Que résultera-t-il d'un tel état de choses? Les sacrilèges, les rapines, les fornications et les adultères se donneront beau jeu quand on verra qu'il suffit d'un appel pour clore la bouche aux évêques, pour arrêter les poursuites dirigées contre les spoliateurs des lieux saints et contre les injustes oppresseurs des veuves et des orphelins. La lenteur du châtiment donnera au mal le temps de se fortifier, et permettra aux méchants de descendre impunément jusqu'au fond de l'abîme du péché; l'Evangile a dit en parlant d'eux: Allez-vous-en promptement dans les places el dans les rues de la ville, et amenez ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et lu boiteux. Mais qui est-ce qui pourra contraindre un aveugle ou un boiteux à entrer, si au moment où l'on essaie de le forcer à le faire, il prononcé le mot d'appel? Enfin quel nouvel Héli, quel évêque pourra-t-on punir désormais, si chacun peut abriter sa faute derrière un appel? Certains exemples de censures vivront à jamais, mais l'appel engloutira vif désormais quiconque essaiera de les renouveler. Sans doute le sujet est peu important et mon savoir est bien mince, mais si parmi les aigles qui se jouent avec leurs petits au milieu des précipices, je puis lécher leur sang, comme s'exprime Job, c'est assez pour moi. Je ne rougis pas de considérer et d'avouer le peu que je vaux. » C'est ainsi que s'exprime Hildebert, archevêque de Tours, lettre quatre-vingt-deuxième, tome XII de la Bibliothèque des Pères, première partie.

Brouver, dans ses Annales de Trêves, livre XIV, en parlant d'Albéron, dit aussi un mot de cette affaire; nous allons rapporter ses paroles, car, chose bien regrettable, son histoire n'a pas encore été publiée.

« Dans un tel état de choses, dit-il, quand la partie offensée et lésée recourt à l'archevêque, les évêques de la province récusent pour la plupart la sentence du métropolitain, et préfèrent courir les chances d'un jugement en cour de Rome; de cette manière, la porte se trouve toute. grande ouverte au refus de se soumettre à la sentence et à la décision du juge; tout se trouve bouleversé, le juste et l'injuste, le haut et le bas sont confondus ensemble. Il est résulté de là que le plus grand criminel s'arroge le droit abusif d'appeler de son archevêque au pape, et de prendre, sans être inquiété, le chemin de Rome, où, comme saint Bernard en lit la remarque, après avoir mal exposé la cause, ils se félicitent, et sont tout fiers d'avoir trouvé des protecteurs et des défenseurs, quand ils n'auraient dû rencontrer que des juges et des vengeurs. Voilà comment l'indulgence du souverain Pontife est devenue la source de toute espèce de désordre dans le clergé et parmi les fidèles. » Tel est le langage de Brouver à l'endroit cité, où il rapporte ensuite les paroles de la lettre de saint Bernard, dont il fixe la date à l'année 1139. Mais Baronius la croit écrite en 1135, avec d'autant plus de raison qu'elle est antérieure à la fin du schisme, comme on le voit par le n. 5 de cette lettre aussi bien que par le n. 2 de la précédente, qui est de la même époque que celle-ci (Note de Horstius).

144. Saint-Paul de Verdun a maintenant le même sort. Saint-Paul de Verdun était un monastère de Bénédictins. Comme la discipline religieuse s'y était singulièrement relàchée et que les mœurs en étaient corrompues, Albéron, évêque de Verdun, où il avait succédé à Ursion en 1131, se mit en devoir, après s'être assuré de l'assentiment du pape Innocent qui avait approuvé son dessein à trois reprises différentes, de donner cette maison aux religieux de Prémontré. Les religieux de Saint-Paul réclamèrent contre cette mesure, et s'opposèrent longtemps à son exécution; Pierre le Vénérable lui-même, d'ailleurs si réservé, fit à ce sujet de graves remontrances à l'évêque d'Albano, Matthieu; il s'exprimait en ces termes : « Je me plains donc, dit-il, et tous ceux de nos frères qui ont pu entendre parler de cette affaire se plaignent aussi, l'ordre monastique tout entier se plaint comme nous, et proteste contre une injustice qui nous atteint tous; on a chassé de chez eux les religieux de Verdun, on a mis à leur place des clercs qui, après avoir abandonné, leurs biens, se sont mis en possession de ceux d'autrui, par la seule violence et sans jugement; ils sont venu; moissonner là où d'autres avaient semé, et se sont mis à dévorer avec avidité une récolte que d'autres qu'ils forçaient à mourir de faim avaient fait pousser. Peut-il se voir quelque chose de plus incroyable ? y a-t-il monstruosité plus odieuse? peut-on rien imaginer de plus exorbitant? On voyait jadis des clercs de différents ordres, des chanoines de différentes professions ; mais pourquoi ne parler que des moines élevés? on voyait des princes de l'Eglise, je veux dire des évêques renoncer à la dignité pontificale pour embrasser l'humble profession de moines, et maintenant, par suite de je ne sais quelle prévention, ceux-ci ne peuvent même plus conserver leurs propres biens, eux qui jadis avaient. l'habitude de se rendre propre le bien d'autrui en l'améliorant (Pierre de Cluny, livre II, lettre XI). » Voilà en quels termes énergiques et pressants Pierre le Vénérable s'adressait au souverain Pontife. Toutes ces réclamations émurent Innocent, qui finit par se montrer peu éloigné de remettre toute l'affaire en question; mais, entraîné par saint Bernard, il la termina par la lettre suivante, que Vassebourg nous a conservée, livre IV des Antiquités de Belgique.

Innocent, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à son vénérable frère Albéron, évêque de Verdun, salut et bénédiction apostolique. «Nous avons, reçu avec satisfaction le mémoire que vous nous avez adressé sur la façon dont vous avez réglé l'affaire du monastère de Saint-Paul, et nous l'avons lu avec soin. Personne n'a lieu de se scandaliser de ce que vous avez remplacé des religieux d'une vie beaucoup trop relâchée, d'après ce qu'on nous a dit, par des chanoines d'une vie édifiante. Nous avons fait connaître au conseil de nos frères ce que votre sollicitude a décidé dans cette affaire, et nous l’avons confirmé en défendant que désormais personne n'ose troubler les religieux de cette maison, et vous mandons de placer les mêmes religieux dans des monastères où ils puissent servir le Dieu tout-puissant selon les règles de leur état, et opérer ainsi le salut de leur âme ...... etc, (Note de Mabillon).

145. Votre Sainteté doit aviser aux moyens de venir efficacement en aide aux deux diocèses. — Ce que saint Bernard dit ici des évêques de Metz et de Toul se rapporte à Etienne, évêque de la première de ces villes, et à Henri, évêque de la seconde, car cette lettre est antérieure à la fin du schisme d’Anaclet; comme nous l'avons vu plus haut, elle est probablement de l'année 1135, ainsi qu'on le verra plus loin. Voici ce qu'on lit au sujet d'Etienne dans le premier appendice de l'Histoire des évêques de Metz (Spicil., tome VI. page 661) . « A monseigneur Pappon succéda, en l'année de Notre-Seigneur 1120, la seconde du pontificat de Calixte II, monseigneur Etienne d'une, illustre famille de Bourgogne et de Lorraine . ce fut un homme encore plus remarquable par sa vertu et la noblesse de ses sentiments que par la distinction de sa race. Il était neveu du pape Callixte par sa sœur ; n'ayant pu obtenir l'investiture de Henri V, alors empereur, attendu que l'Eglise et l'Empire étaient divisés, il fut sacré évêque à Borne même, par le souverain Pontife, son parent, qui lui donna en même temps le pallium et le titre de cardinal (Spicilège, t. V, page 661). » Il n'est pas facile de dire pourquoi saint Bernard se plaint aussi amèrement de ce prélat, d'autant plus que l'historien que nous venons de citer parle encore de lui dans un autre endroit en ces termes : « Si je voulais entreprendre de raconter tout ce qu'il lit de remarquable et digne d'être consigné dans ces annales, le parchemin ferait défaut plutôt que la matière à mon récit. » Bien plus saint Bernard lui-même félicite cet évêque dans sa lettre vingt-neuvième d'avoir pacifié l'Eglise de Metz et dans sa trois cent soixante-septième, il le recommande au chancelier Guy. Je pense que ce qui déplut tant à saint Bernard dans l'évêque Etienne, ce sont ses exploits, à main armée, pour recouvrer les biens de son Eglise que des nobles avaient usurpés, les sièges qu'il fit, les châteaux forts qu'il ruina, et beaucoup d'autres hauts faits de ce genre dont l'historien déjà cité nous a conservé le détail et qui indiquent plutôt un lionceau qu'un pasteur, pour me servir des propres expressions de saint Bernard (lettre CCXXX). Au reste, les chanoines de l'église de Liège ayant voulu élire un autre primicier en opposition avec le primicier Albéron, qui avait été porté au siège de cette ville en 1135 (Voir les notes de la lettre XXX), Etienne, de son autorité privée, nomma, de son côté, un autre évêque pour le même endroit; il s'ensuivit de grandes luttes auxquelles le pape Innocent entreprit de mettre fin sans tenir compte du jugement du métropolitain, l'archevêque de Trèves; c'est ce dont saint Bernard se plaint à lui dans cette lettre.

146. Quant à Henri, évêque de Toul, ce fut pour une raison à peu près semblable que notre Saint en parle dans les termes sévères où il l'a fait. Il fut pendant fort longtemps en guerre avec Frédéric, comte de Toul; le pape Innocent les réconcilia comme on le voit par la lettre de ce Pape que Duchesne a publiée d'après le Cartulaire de l'Eglise de Toul. Voici dans quels termes il la cite : « Lettre du pape Innocent II à Henri, évêque de Toul, pour confirmer et déclarer éternelles, la paix et la concorde rétablies entre lui et noble homme Frédéric, comte de Toul, à Rutila, dans la province de Trèves, en présence de ses vénérables frères Técuin, évêque de Sainte-Rufine et légat du saint Siège; Albéron, archevêque de Tréves et ses suffragants; Etienne, évêque de Metz, Albéron de Verdun, et de plusieurs autres princes. Donnée à Pise de la main d'Alvéric (Haiméric), cardinal-diacre et chancelier de l'Eglise romaine, le 8 juin, induct. 13, l'année 1136 de l'incarnation de Notre-Seigneur, et sixième du pontificat du pape Innocent II.» (Preuves de l'Histoire des comtes de Bar-le-Duc, page 14.) Mais arrêtons-nous là (Note de Mabillon).

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LETTRE CLXXIX. AU MÊME ET POUR LE MÊME.

L’an 1139

Saint Bernard plaide la cause d'Albéron contre l'abbé et les moines indociles et rebelles de Saint-Maximin.

Est-il possible que les méchants l'emportent ainsi sur les gens de bien? Vous connaissez bien, très-saint Père, l'archevêque de Trèves, mais je soupçonne que vous connaissez beaucoup moins cet abbé de Saint-Maximin que je suis loin de regarder comme un saint. Est-il dans l'Eglise un prélat plus honorable que le premier, et s'en trouve-t-il un plus méprisable que le second? et pourtant celui-ci est en honneur auprès de vous autant que l'autre y est peu. Or que peut-on reprocher à l'archevêque d'avoir fait rendre à son Eglise ce qu'on lui avait enlevé et d'avoir affranchi une abbaye a du pouvoir laïque. Pourquoi donc lui rendre le mal pour le bien et lui témoigner si peu d'affection quand il en mérite tant? Que Votre Sainteté daigne ouvrir les yeux, je l'en supplie, et suspendre un moment toutes ses autres occupations pour considérer à

a Il s'agit ici de la fameuse abbaye de Bénédictins de Saint-Maximin de Trèves. Albéron l’affranchit de la dépendance de Henri, comte de Luxembourg, comme on l'a vu dans la note précédente. Il en est encore question dans la lettre suivante, ainsi que dans la trois cent vingt-troisième.

loisir jusqu'à quel point on a surpris sa religion, puisqu'elle souffre qu'un homme dont je ne pourrais retracer le portrait sans rougir, réduise un prélat dont Elle connaît le mérite à être l'opprobre de ses voisins, qui sont les ennemis de Votre Sainteté. Très-saint Père, je vous parle avec toute l'affection d'un fils; jusqu'à présent je n'ai déploré que les malheurs de l'archevêque de Trèves, mais si vous n'y apportez le remède qu'il est en votre pouvoir, vous deviendrez vous-même pour moi, l'objet d'une bien vive douleur et de profonds sentiments de pitié. Il a encore bien d'autres peines; en les soulageant, vous travaillerez pour vous, veuillez le croire. Au reste, tout ce qui altère la gloire de votre nom me déchire le cœur.

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NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE CLXXIX.

147. D'avoir affranchi une abbaye du pouvoir laïque. L'archevêque de Trèves, Albéron, revendiqua comme lui appartenant le monastère de Saint-Maximin, près de Trèves, nonobstant les réclamations de l'abbé et des religieux de cette maison. De son côté, Henri, comte de Luienibourg, prétendit qu'il dépendait de lui, pour le temporel, à titre de patronage. Ces prétentions opposées aigrirent les esprits de part et d'autre et l'on en vint aux armes pour le malheur des deux partis. C'est ce qui fit dire à saint Bernard que cet évêque affranchit son église de l'administration laïque.

Mais, d'un autre côté, la lutte ne fut pas moins grande entre l'archevêque et les religieux; on la vit même de nos jours se ranimer avec une nouvelle force; les hommes de loi ont fait valoir avec une grande vivacité les droits opposés des deux partis, et cette question enfanta des traités et des volumes entiers. Parmi ceux qui! l'ont exposée se trouve Nicolas Zylles, prévôt principal des offices de l'abbaye de Saint-Maximin. Ayant entrepris de défendre la cause de l'abbaye, il établit longuement ses droits en opposition avec les prétentions de l'archevêque, et démontre que l'abbaye de Saint-Maximin, au spirituel, ne relève que du saint Siège, et an temporel, de l'empereur seulement, puisque c'est de lui qu'elle reçoit ses droits et l'investiture impériale, après avoir prêté serment de fidélité (Défense de l'abbaye impériale de Saint-Maximin, publiée à Trèves, 1638). Il entreprend en conséquence de réfuter les arguments que saint Bernard rapporte dans sa lettre en faveur d'Albéron; comme ce qu'il dit a rapport à cette lettre, je citerai les propres paroles pour faire plaisir au lecteur.

Il se demande, section VII, quelle fut la pensée de saint Bernard dans sa lettre, et il répond :

148. « Je pourrais passer cette lettre sous silence; car elle ne touche point aux droits de notre abbaye ou plutôt il semble que saint Bernard s est placé, dans cette lettre, beaucoup moins au point de vue temporel, qu'au point de vue ecclésiastique. Et comme le comte Henri, non content du droit de patronage, revendiqua encore celui de propriété, saint Bernard tâcha de les mettre d'accord en donnant l'abbaye à l’archevêque Albéron et en laissant au comte Henri son droit de patronage. En supposant que ce compromis ait été accepté, il ne peut en rien, préjudicier aux droits du monastère, attendu qu'il est intervenu entre personnes étrangères qui n'avaient aucun droit sur l'abbaye, et en l'absence des religieux de cette maison; car il est certain, d'après ce que nous avons dit plus haut, que du temps de l'archevêque Albéron, l'abbé et les religieux de Saint-Maximin avaient été chassés et dispersés et vivaient loin de leur -monastère. Tous les efforts de saint Bernard tendirent donc à placer l'abbaye de Saint-Maximin sous la dépendance de l'Eglise de Trèves,- plutôt que sous celle du comte de Luxembourg, parce qu'il croyait que des religieux ne devaient pas être soumis à un lalique et que d'ailleurs on pouvait espérer qu'Albéron, homme plein de vigueur et de fermeté, travaillerait plus sûrement en certains points au maintien et même au développement de la discipline monastique. Voilà ce qui fit dire à ce saint, dans sa cent quatre-vingtième lettre : Qu'y a-t-il de plus digne d'un archevêque que de poursuivre la réforme d'une maison religieuse, comme le fit Albéron ? Bien plus, saint Bernard lie voulait pas que ce monastère et son abbé ne relevassent (pue du saint Siège et fussent exempts de la juridiction ecclésiastique de l'archevêque; aussi regardait-il comme subreptices et voulait-il qu'on révoquât les lettres apostoliques par lesquelles Innocent II avait déclaré ce monastère libre et exempt de la juridiction épiscopale. Tel est évidemment le but que saint Bernard se propose dans sa lettre, si on veut bien la lire avec attention. Voici en effet en quels termes il s'exprime: Que Votre Sainteté daigne ouvrir les yeux, je l'en supplie, et suspendre un moment toutes ses autres occupations pour considérer à loisir jusqu'à quel point on a surpris sa religion... Et dans la lettre cent quatre-vingtième il continue : Le saint Siège a cela de particulier qu'il se fait un point d'honneur de révoquer, dès qu'il s'en aperçoit, ce qu'on lui a extorqué par la fraude et le mensonge. — Et plus loin, vers la fin de cette même lettre, il ajoute: — Je prie le Seigneur de vous mettre en garde contre les artifices des moines qui, sous prétexte de défendre des immunités, n'aspirent qu'à échapper au joug de la discipline. — Il est évident que par les immunités que saint Bernard oppose ici à la discipline religieuse, il faut entendre l'exception de la juridiction archiépiscopale. Quel rapport, en effet, la juridiction temporelle a-t-elle avec la discipline monastique?

« Saint Bernard pensait donc que l'exemption de la juridiction ecclésiastique obtenue par les religieux de Saint-Maximin l'avait été subrepticement et au grand préjudice de l'archevêque Albéron, et cela d'après le rapport même de ce dernier, qu'il savait homme aussi puissant en œuvres qu'en paroles. Il était bien plus facile de donner cette persuasion à un homme saint et religieux qu'à l'empereur lui-même et aux grands de l'empire, quoique, comme nous l'avons dit plus haut, Albéron ne fût pas sans influence même sur ces derniers. Il faut ajouter encore qu'il avait été fait de graves dépositions contre l'abbé Suger: on l’accusait de rébellion et d'autres choses semblables, accusations si puissantes sur l'esprit de saint Bernard que si elles eussent été vraies, comme on croyait qu'elles l'étaient, ce n'eût pas été sans raison qu'il eût dit de lui qu'il n'était pas un saint abbé et qu'il eût blâmé ses actes. D'ailleurs il est facile de voir et de prouver par de nombreux passages de saint Bernard quel adversaire il faisait de l'exemption de la juridiction des ordinaires; sans parler des reproches qu'il adresse aux Clunistes et aux autres religieux, il suffira que nous citions sa lettre XLII à Henri, archevêque de Sens, voici en quels termes elle est conçue : Je vois avec étonnement certains abbés de voire ordre violer avec un entêtement insupportable cette règle de l'humilité, et, par un orgueil excessif, sous' l'humble habit et la tonsure des religieux, cacher un coeur si fier qu'ils dédaignent d'obéir à leurs propres évêques quand ils exigent eux-mêmes de leurs inférieurs une soumission absolue aux moindres de leurs ordres ...... D'où vous vient, ô moines, une pareille, présomption? Pour être supérieurs de vos religieux en êtes-vous moins des religieux? — Plus loin il ajoute : Je crains bien plus la dent du loup que la houlette du pasteur, car je suis intimement convaincu que, tout moine et même tout abbé que je suis,je n'aurais pas plutôt secoué le joug de l'autorité de mon évêque que je serais asservi à la tyrannie du démon. — Voilà en quels termes saint Bernard s'exprimait sur le compte même des abbés de son ordre; on ne saurait douter qu'il ne fit entendre les mêmes conseils à tous les autres abbés; c'est là ce qui explique l'ardeur avec laquelle il s'opposait auprès du saint Siège à toute exemption de la juridiction épiscopale. Toutefois la lettre qu'il écrit au pape Innocent II en faveur d'Albéron, dans l'affaire de l'abbaye de Saint-Maximin, ne servit pas à grand'chose, l'archevêque de Trèves n'obtint du souverain Pontife qu’un rescrit avec cette clause expresse : Sauf tous droits de là sainte Eglise romaine, s'il en existe. »

150. « Si saint Bernard eût été suffisamment instruit de la vérité des choses, et s'il avait su que depuis sa fondation le monastère de Saint-Maximin avait appartenu au saint Siège, comme cela est en effet, il ne se serait jamais exposé à ce qu'il fût exempt, comme on peut en juger d'après ce qu'il a écrit des monastères en général, dans son traité de la Considération adressé au pape Eugène III et dans lequel il dit formellement, livre III, chapitre IV. Personne n'ignore qu'il existe plusieurs monastères dans différents diocèses qui ne relèvent que du saint Siège par l'acte même de leur établissement; mais il faut bien distinguer entre ce qui vient de la piété et ce que désire un esprit impatient de toute sujétion. — L'abbé et les religieux de Saint-Maximin ne purent autrefois informer saint Bernard de la vérité des choses ni répondre à ses assertions; mais aujourd'hui ils ne cessent de lui opposer la lettre que lui adressa à ce sujet l'abbé de Cluny, Pierre le Vénérable, qu'il chérissait beaucoup et qu'il estimait tout particulièrement, c'est la vingt-huitième lettre du livre I. Après avoir rapporté tous les reproches qu'on adressait aux religieux de Cluny, il arrive au dix-septième ainsi conçu: — Vous ne voulez point reconnaître pour évêque l'ordinaire du lieu, contre et qui se pratique, dans tout l'univers, et il répond au paragraphe HIS ADDITIS : — Cette accusation est on ne peut plus contraire à la vérité. Quel évêque, en. effet, peut-on regarder avec plus de raison, de vérité et de convenance comme l'ordinaire d'un lieu que celui de Rome? Le saint Siège lui-même a, de son irréfragable autorité, sanctionné cette doctrine, et nous en avons conservé dans notre maison mère plus d'une preuve dans les décrets émanés de cette source. Les souverains Pontifes ont voulu qu'il en fût ainsi, non pas dans le but de soustraire ce monastère à la juridiction d'un autre évêque dont il dépendait auparavant, mais pour céder aux instances de ceux qui l'avaient fondé sur leurs propres domaines. Voilà pourquoi ils voulurent qu'il ne dépendit que d'eux, ne le soumirent pour toujours qu'à la juridiction pontificale et confirmèrent cet état de choses par de nombreux privilèges. - Ces paroles d'un saint à un autre saint convenaient parfaitement au monastère de Saint-Maximin, et elles auraient été autrefois pour saint Bernard, dans l'affaire des religieux de ce monastère, d'une valeur égale à, celle qu'il leur reconnut en ce qui concerne les Clunistes. » Tel est le langage de notre auteur (Note de Horstius).

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LETTRE CLXXX. AU MÊME ET POUR LE MÊME.

Vers l’an 1139

Saint Bernard le prie de révoquer, après avoir pris une connaissance plus approfondie de l'affaire, une sentence subrepticement obtenue de lui contre l'archevêque de Trèves.

C'est encore moi, très-saint Père, toujours avec mes instances et mes prières vingt fois inutiles et vingt fois répétées; je les renouvelle parce que j e ne puis croire due ce sera constamment en vain. Plein de confiance dans la bonté de ma cause et dans la justice de mon juge, je ne doute point que vous ne reveniez sur la sentence qu'on vous a extorquée quand vous saurez de quel côté est le bon droit, et que la tromperie n'en soit enfin pour ses frais, de sorte qu'on puisse dire avec le Psalmiste . « Le mensonge des méchants a tourné contre eux (Psalm. XXVI, 12). » Le saint Siège a cela de particulier, qu'il se fait un point d'honneur de révoquer, dés qu'il s'en aperçoit, ce qu'on lui a extorqué par la fraude et par le mensonge. Qu'y a-t-il de plus conforme à la justice et aux convenances que nulle imposture ne profite à son auteur, surtout auprès du premier siège de la chrétienté? C'est parce qu'il en est ainsi que votre très-humble serviteur fait monter jusqu'à vous ses instantes supplications pour l'archevêque de Trèves, espérant bien que ce ne sera pas en vain. Je connais les vertus de cet homme, la bonté de sa cause et la droiture des intentions qui l'ont fait agir, et je demande aux moines qui veulent le lapider, comme autrefois le Sauveur, à ses ennemis, ce qui les porte à lui lancer des pierres? Dira-t-on qu'il remplit mal ses devoirs? Il s'en est toujours acquitté avec une fidélité parfaite, et il a rendu les plus grands services à l'Eglise. Le procès qu'il intente est-il injuste ? Mais l'injustice est, au contraire, du côté de ceux qui lui font un crime de retirer des mains des séculiers, de revendiquer pour son évêché un monastère qui en dépend et d'avoir le courage d'arracher, comme on dit, la massue des mains d'Hercule. Est-ce à la droiture de ses intentions que l'on s'en prendra? Or qu'y a-t-il de plus cligne d'un archevêque que de poursuivre la réforme d'une maison religieuse? Je prie le Seigneur de vous mettre désormais en garde contre les artifices des moines qui, sous prétexte de défendre des immunités, n'aspirent qu'à échapper au joug de la discipline.

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