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LETTRE CLXXXI. AU CHANCELER HAIMERIC.

LETTRE CLXXXII. A HENRI (a), ARCHEVÊQUE DE SENS.

LETTRE CLXXXIII. A CONRAD, EMPEREUR DES ROMAINS.

LETTRE CLXXXIV. AU PAPE INNOCENT.

LETTRE CLXXXV. A EUSTACHE, USURPATEUR DU SIÈGE DE VALENCE, EN DAUPHINÉ (*).

LETTRE CLXXXVI. A SIMON, FILS DU CHATELAIN DE CAMBRAI (a).

LETTRE CLXXXI. AU CHANCELER HAIMERIC.

Vers l’an 1136

Saint Bernard proteste que sa reconnaissance n'est pas au-dessous des bienfaits qu'il a reçus, bien qu'il ne puisse les rendre.

Si je prétendais m'acquitter par de simples paroles de la reconnaissance due je vous dois, pour les bienfaits dont vous me comblez, je ressemblerais à un homme qui voudrait parer des coups d'épée un roseau à la main, avec cette différence encore que l'action de ce dernier ne serait qu'une plaisanterie, tandis que la mienne pourrait passer pour une fable. On sait bien que les bienfaits ne se paient due par des bienfaits, et c'est précisément là pour moi la grande affaire, car je suis aussi pauvre que dénué d'influence. Mais si je suis pauvre, ce n'est que par la bourse et le reste, non pas par le cœur ; c'est donc le cœur qui paiera la dette que mes moyens ne me permettent par d'acquitter autrement; il est pour cela assez riche en veaux et en sincère affection. Or je ne sache pas que les âmes généreuses demandent autre chose: le seraient-elles si elles avaient d'autre pensée que de faire du bien ? Or ceux qui n'ont à cœur que de faire du bien n'ont pas de plus grand bonheur que d'en faire ; c'est ce qui leur vaut la qualification d'âmes bonnes et généreuses. Toute leur récompense est pour elles dans le bien même qu'elles font. On ne donnera jamais le nom de bienfait à un service rendu par intérêt ou arraché par la crainte ; dans le dernier cas, il est forcé; dans le premier, il est vendu; mais ni dans l'un ni dans l'autre ce n'est un bienfait, car il est de l'essence du bienfait qu'il soit volontaire et désintéressé. Celui qui l'accorde ne peut être mieux payé que par le plaisir et la reconnaissance de celui à qui il donne. Le bienfait a ce double avantage de faire naître dans l'âme de celui qui le reçoit une inclination bienveillante pareille à celle du cœur qui le produit. C'est précisément ce qui a lieu pour moi: je suis riche en sentiments de reconnaissance et je m'acquitte à plein coeur, avec cette monnaie-là, de la dette que vos bienfaits m'ont créée, car j'offre à l'auteur de toutes choses mon âme reconnaissante pour le salut de mon bienfaiteur.

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LETTRE CLXXXII. A HENRI (a), ARCHEVÊQUE DE SENS.

Vers l’an 1136

Saint Bernard lui fait de vives remontrances pour avoir déposé un archidiacre avec dureté et contre les règles: il lui reproche également de ne parler pas volontiers l'oreille à de justes demandes d'arrangement et à des conseils de paix.

On m'a vu, je l'avoue, en maintes circonstances m'employer par lettre pour vous, mais vous vous montrez d'une humeur si odieusement intraitable que j'avais résolu de ne plus rien faire pour vous; pourtant la charité l'emporte sur ma résolution. Je fais tout ce que je puis pour vous conserver vos amis, et vous, vous ne vous en mettez pas le moins du monde en peine; je cherche à vous réconcilier avec vos ennemis et vous vous y opposez. Vous ne voulez pas entendre parler de paix, et vous faites des pieds et des mains tout ce qui dépend de vous pour vous faire des affaires, vous susciter des embarras et vous faire déposer (b), car vous cotes créez des accusateurs partout et vous découragez vos défenseurs. Vous réveillez d'anciens griefs qui étaient assoupis, vous provoquez vos adversaires et vous indisposez vos partisans contre vous. Eu toutes circonstances vous ne reconnaissez de loi que votre bon plaisir, vous n'agissez qu'à coup d'autorité, jamais avec la pensée ou la crainte de Dieu. Aussi êtes-vous la risée de vos ennemis et le chagrin de vos amis. Comment avez-vous pu déposer un homme sans l'avoir, je ne dis pas, convaincu, mais même cité en jugement? Quel sujet de scandale pour les uns, de raillerie pour les autres et d'indignation profonde pour bien des gens ! Croyez-vous donc que toute justice a disparu de ce monde, comme de votre âme, pour vous imaginer qu'on puisse être dépouillé d'un archidiaconé de cette façon-là ? Peut-être aimez-vous mieux le lui rendre après le lui avoir ôté que de jouir, en le lui laissant, de la reconnaissance que vous aurait méritée votre bienfait, mais à laquelle vous avez perdu tout droit par votre manière d'agir. Gardez-vous bien de vous

a C'est une lettre un peu vive, surtout quand on pense qu'elle s'adresse au même évêque à qui saint Bernard donnait de si salutaires conseils dans sa quarante,-deuxième lettre. Elle est de l'année 1140 ou du moins très-certainement antérieure à 1144, puisque cette dernière année nous voyons succéder à Henri, que la mort avait frappé, l'archevêque Hugues, d'après la chronique de saint Pierre-le-Vif, d'après le Spicilège, tome II. Il est parlé de sa mort dans la lettre cent deuxième.

b Il fut suspens en 1136, car on voit dans l'histoire des évêques d'Aumn, de Labbe, chap. 55, que Hugues, abbé de Pontigny, fut sacré évêque d'Autun à Ferrières, par Geoffroy, évêque de Chartres, à défaut « du métropolitain, monseigneur Henri, qui était suspens. »

conduire ainsi, ce serait vouloir choquer tout le monde et vous attirer tous les blâmes possibles. Je crains que vous ne trouviez ma lettre un peu verte et mordante, mais elle vous en paraîtra d'autant meilleure, si vous avez envie de changer de conduite.

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LETTRE CLXXXIII. A CONRAD, EMPEREUR DES ROMAINS.

Bernard lui recommande de se montrer plein de déférence pour le saint Siège.

Je suis d'autant plus sensible à votre lettre et aux marques de votre attention, que je suis moins en droit de m'attendre à un pareil honneur, car je suis bien' peu de chose, sinon par la grandeur de mon dévouement à votre personne, du moins par le rang que j'occupe dans le monde. Votre Majesté se plaint , et je me plains avec Elle de ce qu'on lui dispute l'empire. Je n'ai jamais cessé de faire des voeux pour le triomphe dg votre cause et pour l'intégrité de votre couronne, et je me suis toujours déclaré contre ceux dont les voeux, sur ces deux points, sont contraires. Je sais que « tout homme doit être soumis aux puissances, et que celui qui leur résiste, résiste à l'ordre de Dieu (Rom., XIII, 1). » Je souhaite que Votre Majesté s'applique ces paroles à elle-même par rapport au saint Siège, et qu'elle rende au vicaire b de saint Pierre le même hommage qu'elle exige de ses sujets. J'ai d'autres choses encore à vous dire, mais je ne puis les confier au papier, et il vaut mieux que je me réserve de vous les dire en personne à la première occasion favorable.

a Conrad se plaignait que saint Bernard se fût déclaré en faveur de Lothaire contre lui.

b On trouve de même le souverain Pontife appelé « vicaire de Pierre» dans la lettre trois cent quarante-sixième, et a vicaire da Pierre et de Paul » dans la lettre deux cent quarante-troisième. Voir la lettre de Guy, tome VI des Oeuvres de saint Bernard et nos notes sur ce sujet dans la première partie du second siècle, page 362. Saint Bernard désigne encore le souverain Pontife sous le nom de « vicaire de Jésus-Christ » dans les lettres quarante-deuxième, n. 31, et deux cent cinquante et unième, n. 1, et dans le traité de la Considération, n. 16. Le cardinal Jacques appelle le souverain Pontife « vicaire de Jésus Christ, » dans la lettre deux cent quarante-sixième à Louis le Jeune, citée par Duchesne.

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LETTRE CLXXXIV. AU PAPE INNOCENT.

Saint Bernard s'excuse de ne pouvoir lui envoyer les religieux qu'il lui a demandés.

Le frère André (a) est arrivé ici fort bien portant et le coeur plein de joie. Il m'a donné les meilleures nouvelles de votre santé, de vos glorieux succès, de la paix et de la prospérité de l'Eglise, ainsi que de l'état florissant de la cour de Rome et de votre constante bienveillance à mon égard. Le Seigneur, dans sa miséricorde, a fait pour nous de grandes choses, et nous en sommes rempli de joie. Pour ce qui est des religieux que Votre Sainteté veut que je lui envoie, il me sera difficile de la satisfaire, je manque de sujets en ce moment; car sans compter ceux que je dois envoyer, par deux ou par trois ensemble, dans différents endroits, il m'en faut encore pour trois (b) maisons nouvelles que nous avons fondées depuis que je vous ai quitté, et pour d'autres encore que nous sommes sur le point de fonder. Pourtant je m'occupe de réunir, un peu de tous côtés, quelques religieux que je puisse vous envoyer (c), car je n'ai rien plus à cour que de faire en toutes choses ce que vous désirez.

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LETTRE CLXXXV. A EUSTACHE, USURPATEUR DU SIÈGE DE VALENCE, EN DAUPHINÉ (*).

L’an 1138

Saint Bernard l'exhorte à se convertir en pensant à son âge avancé, ci la mort qui le menace et au jugement de Dieu: qu'il se tienne en garde contre les perfides conseils des flatteurs.

Au très-illustre Eustache, le frère Bernard.

l . Très-illustre Eustache, le salut que je ne place point en tète de cette lettre, je l'appelle du fond de mon coeur sur votre âme. Qui peut m'en empêcher ? Le coeur échappe aux lois des hommes et à l'empire des

a Peut-être le frère de saint Bernard, moine de Cîteaux, d'après le livre I de sa Vie, n. 10, ou bien celui dont il est question dans la lettre cent soixante-quinzième, ou enfin André de Baudiment, dont il est parlé lettre deux cent vingt-sixième.

b Ce sont les monastères de Bénissons-Dieu, diocèse de Lyon, dont il a été parlé plus haut, lettre cent soixante-treizième, de Dun et de Clair-Marais en Belgique.

c Le pape Innocent voulait placer des Cisterciens dans le monastère de Saint-Anastase, aux Trois-Fontaines, prias de Rome. fine autre colonie, sous la conduite d'un abbé du nord de Bernard qui fut plus tard le pape Eugène III, avait été envoyée à Tarfa ; Innocent II la lit venir en 1140 aux Trois-Fontaines, près de Rome, ainsi qu'on le voit livre III de la

* Il est une autre Valence en Espagne vie de saint Bernard, n. 23. Voir aussi les tertres trois cent quarante-troisième et trois cent quarante-cinquième.

princes; il est indépendant surtout s'il ne cède qu'aux inspirations de l'esprit de Dieu; « car là où règne cet esprit, la liberté règne avec lui (II Cor., III, 17). » C'est dans cet esprit que je prends en ce moment la liberté d'écrire à Votre Grandeur, comme si j'étais moi-même un personnage important, sans attendre pour le faire que vous m'y engagiez; mais si vous ne m'en priez pas et si vous ne m'y invitez point, la charité me commande de le faire. On interprétera peut-être ma démarche autrement, cependant il est bien certain qu'il n'y a que la charité qui me pousse à parler dans cette lettre du salut de son âme à un homme de distinction tel que vous; elle seule me fait essayer de vous tirer de votre sommeil, de vous faire rentrer en vous-même et de vous exciter à la pénitence. Qui sait si Dieu ne se laissera pas toucher, n'oubliera pas vos fautes et ne vous comblera pas de ses grâces? Ou plutôt qui ne sait les trésors de miséricorde et de bonté que, dans sa patience et dans sa longanimité, le Seigneur a amoncelés sur votre tête? Il a pitié de vous, il vous ménage, il temporise; on dirait jusqu'à ce jour qu'il ferme les yeux et se bouche les oreilles, et ne veut point laisser sortir un mot de reproche de ses lèvres; il diffère de frapper pour montrer combien il est prêt à pardonner. Mais vous, Monseigneur, jusqu'à quand tarderez-vous et ferez-vous comme si vous ne compreniez pas (Rom., II, 4) ? Quand cesserez-vous de dédaigner la grâce? Il vous est dur de regimber contre l'aiguillon (Act., IX, 5) ; vous savez bien que la bonté de Dieu vous invite à faire pénitence, continuerez-vous plus longtemps à endurcir votre coeur et, dans votre impénitence, à amasser sur votre tête des trésors de colère pour le jour des vengeances?

2. Ce n'est pas l'endurcissement, direz-vous, mais le respect humain qui vous retient et vous perd. Qu'importe si vous n'en périssez pas moins? O retenue insensée, ennemie du salut, étrangère à tout vrai sentiment de convenances et d'honneur! C'est d'elle que le Sage disait : « Qu'elle traîne le péché à sa suite (Eccli., IV, 25). » Est-il donc honteux pour l'homme de céder à Dieu la victoire et de s'humilier sous sa main puissante ? Ce n'est pas ce que pensait David, ce roi plein de gloire, quand il s'écriait: « J'ai péché contre vous, Seigneur, et j'ai mal agi sous vos yeux; je le confesse, Seigneur, afin que vous soyez reconnu juste dans vos paroles, et que vous demeuriez victorieux dans les jugements contre vous (Psalm. L, 5). » Il n'est victoire pareille à celle de se laisser vaincre par la majesté de Pieu, pas de triomphe comparable à celui de se soumettre à la puissance de l'Eglise notre mère. Aveuglement étrange, on n'éprouve aucune retenue quand il faut se souiller, et on en a lorsqu'il s'agit de se purifier ! « Il y a, dit le Sage, une honte glorieuse (Eccli., IV, 25), » c'est de rougir de pécher, et non pas de confesser son péché; avec cette honte-là, on recouvre enfin la gloire que le péché avait fait évanouir. Vous savez qu'on place au second rang parmi les bienheureux ceux dont les iniquités sont couvertes (Psalm. XXXI, 1), et les péchés voilés. Or le manteau qui les voile et les recouvre est celui dont il est dit : « La confession est une beauté à ses yeux (Psalm. XCV, 6). » Que ne vous vois-je paré de cette beauté-là ? je vous dirais avec le Prophète: « En confessant vos fautes, vous avez acquis une sorte de lustre, et un éclat tel qu'on pourrait croire que la lumière même est votre vêtement (Psalm. CIII, 1). — Revenez, Sunamite, revenez vite, que nos yeux vous contemplent (Cant., VI, 12). — Levez-vous sans retard, reprenez vos forces, et revêtez la robe du salut (Isa., V, 1). — Vous dormez un sommeil de mort, réveillez-vous et ouvrez les yeux à la lumière que le Christ fait briller pour vous (Ephes., V, 14). — Car un mort ne saurait plus rien confesser, il est comme s'il n'était plus (Eccli., XVII, 26). »

3. Vous oublierez-vous jusqu'à la fin, dormirez-vous jusqu'à votre dernier sommeil, vous qui faites l'ornement de la noblesse, mais qui êtes un sujet de larmes pour les fidèles ? Vous montrerez-vous longtemps encore opiniâtre, vous qui l'êtes naturellement si peu ? Renoncez-vous pour toujours à votre première réputation, et avez-vous un parti pris de vous perdre ? Pourquoi ternir par une fin si peu digne de vos commencements ces belles qualités et votre conduite d'autrefois ? Voulez-vous qu'un âge qui n'est plus fait à présent que pour recueillir, dans le repos, les faveurs sans nombre de la miséricorde divine, se consume à porter la peine des fautes de votre jeunesse, sans les expier pour cela? Faut-il donc que ces vénérables cheveux blancs soient privés de l'honneur qui leur appartient et flétris par le mépris pour lequel ils ne sont pas faits (Eccli., XXX, 24)? Prenez pitié de votre âme et réconciliez-vous avec le Dieu qui se plaît à confondre la vanité de ceux qui ne cherchent qu'à plaire aux hommes (Psalin. LII, 9). La vie entière est bien courte (Job., XIV, 5) ; mais pour un vieillard, déjà il touche aux portes de la mort; dans un moment vous ne serez plus au milieu de ce monde qui vous encourage dans votre voie et vous applaudit dans le mal. Cessez de compter pour quelque chose le jugement des hommes, vous que les années entraînent et qui ne pouvez tarder à tomber sous les regards des anges et à comparaître au redoutable tribunal de Jésus-Christ. Il est bien temps de vous préparer à ce jugement terrible, de vous façonner pour cet autre. monde, de vous ménager les faveurs et de redouter la disgrâce de cette autre cour. D'où vient que vous vous mettez en peine du jugement de ceux qui ne peuvent ni vous condamner ni vous absoudre? Car enfin les hommes sont vains et trompeurs, ils ont de fausses balances, et dans leur vanité ils ne s'entendent que pour se tromper les uns les autres (Psalm. LXI, 10).

4. Aussi tous ceux qui vous flattent vous trompent; ils vous vendent des paroles à beaux deniers comptants; vanité de tous côtés, vanité dans leurs discours, vanité dans les profits qu'ils en espèrent; mais il y en a plus encore dans leurs paroles que dans les avantages qu'ils en tirent; ils vous trompent et vous le leur rendez bien; mais dans tout cela c'est toujours vous qui êtes le plus dupé, car ce que vous leur donnez, si peu que ce soit, vaut au moins quelque chose. Or vous le donnez à des ingrats et même à des indignes, qui ne vous aiment que pour le profit qu'ils trouvent à le faire. Je me trompe, ils n'aiment ni votre personne, ni vos biens, ils ne songent qu'à leur propre avantage et n'ont recours à la douceur de paroles mensongères et flatteuses que pour s'emparer plus sûrement de votre bien (Psalm. LIV, 22); leurs discours sont plus doux que l'huile d'olive, mais plus mortels qu'un trait acéré (Psalm. CXL, 5). C'est ce qui faisait dire à David: « Jamais l'huile des pécheurs ne parfumera ma tête (Psalm. XIV, 5). » II n'est pas de désordres qu'ils ne louent, pas d'injustices auxquelles ils n'applaudissent; c'est pourquoi le Sage vous dit plus encore que je ne le fais moi-même, de vous mettre en garde contre eux «et de ne point vous laisser prendre aux caresses et aux adulations qu'ils vous prodiguent (Prov., II, 10). » Songez bien plutôt à Celui qui doit un jour se déclarer le juste vengeur des humbles sur la terre, de ceux que vous traitez en vrai tyran plutôt qu'en véritable pasteur des peuples, par un abus coupable d'une puissance que vous n'auriez pas entre les mains si vous ne l'aviez reçue d'en haut. Mais c'est maintenant votre heure, je veux dire celle de la. puissance des ténèbres. Considérez cependant que «Dieu jugera rigoureusement ceux qui sont chargés de gouverner les autres, et que les grands et les puissants du monde seront punis en proportion de leur puissance et de leur grandeur (Sap., VI, 7). » Or vous n'éviterez un tel sort que si vous le redoutez; mais croyez qu'il vous attend si vous ne le craignez pas. « Il est horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant (Hebr., X, 31). » Je le prie de vous préserver d'un semblable malheur; il ne veut pas la mort, mais la conversion et la vie du pécheur (Ezech., VIII, 32). » Je pourrais continuer, mais peut-être ne voudriez-vous pas m'écouter plus longtemps, car on n'aime guère les remèdes amers, quelque salutaires qu'ils soient. Je vais donc garder le silence jusqu'à ce que je sache dans quel esprit vous recevez mes paroles; mais vous pouvez croire que je chercherai à vous être agréable, si je le puis, par quelque chose de plus réel que par de simples paroles et de pures protestations.

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LETTRE CLXXXVI. A SIMON, FILS DU CHATELAIN DE CAMBRAI (a).

Vers l’an 1140

Saint Bernard lui recommande les moines de Vaucelles et il le prie de ratifier la donation de son père.

J'ai su par Raoul, abbé de Vaucelles, le désir que vous avez de me voir et de vous entretenir avec moi; je suis très-sensible à l'affection que vous ressentez pour moi, mais je puis vous assurer que vous n'avez pas affaire à un ingrat. Croyez bien que je serais heureux aussi de pouvoir me rendre à vos désirs, mais je suis d'une si mauvaise santé que non-seulement je ne puis me permettre cette satisfaction de coeur, non plus que beaucoup d'autres, mais encore que je suis hors d'état de m'occuper de bien d'autres choses de la plus grande importance. Toutefois si je suis éloigné de corps, je ne le suis point de coeur, en attendant que je sois près de vous et d'esprit et de corps, si Dieu me fait jamais la grâce de l'être un jour, car mon affection pour vous n'est pas un vain mot, une vaine protestation, c'est un fait très-véritable. Quant à moi, je pourrai juger de la vôtre par les oeuvres; car il y a dans votre voisinage une bonne portion de moi-même, je veux parler des moines de Vaucelles; je désire qu'ils se ressentent, eux et leur maison, des sentiments d'amitié que vous avez pour moi, et je vous prie de les honorer, en ma considération, de votre faveur, et de leur accorder votre protection toutes les fois qu'il en sera besoin. Vous me convaincrez pleinement, en agissant ainsi, non-seulement de votre générosité d'âme, mais encore de toute l'étendue de votre affection pour moi. Le premier témoignage que je vous en demande est la ratification du don que votre père a fait en ma présence, de la terre de Ligecourt, à l'abbaye de Vaucelles. Pour moi, je suis plein de reconnaissance pour le passé et d'espérance pour l'avenir, aussi prié je pour vous et pour toute votre famille, le Dieu qui se plait à exaucer les voeux et à faire la volonté de ceux qui le craignent, de vous conserver en bonne santé, vous, votre femme et tous les vôtres.

a Dans tous tes manuscrits, ces mots de cambrai font défaut; quelques-uns portent d'Oisy. Il n'y a de faute ni dans les uns ai dans les autres, car dans cette lettre Il est fait mention des moines de Vaucelles, de l'ordre de Cîteaux, monastère fondé en 1182 près de Cambrai. L'auteur de la Vie de saint Gosvin, abbé d'Anchin, parle de Simon d'Olsy, livre II, chap. 19. Simon était fils de Hugues de Mercoeur, dont il est parlé dans cette lettre.

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