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LETTRE CCCII. AUX LÉGATS DU SAINT SIÈGE POUR L'ARCHEVÊQUE DE MAYENCE.

NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE CCCIII. A LOUIS LE JEUNE, ROI DE FRANCE.

LETTRE CCCIV. AU MÊME.

LETTRE CCCV. AU PAPE EUGÈNE.

LETTRE CCCVI. A L'ÉVÊQUE D'OSTIE (a), POUR L'ÉLECTION DE TOUROLDE, ABBÉ DE TROIS FONTAINES.

LETTRE CCCVII. AU MÊME.

NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE CCCVIII (a). AU ROI DE PORTUGAL, ALPHONSE.

NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE CCCIX (a). AU PAPE EUGÈNE.

LETTRE CCCX. A ARNOLD (a) DE CHARTRES, ABBÉ DE BONNEVAL.

NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

AVERTISSEMENT.

LETTRE CCCII. AUX LÉGATS DU SAINT SIÈGE POUR L'ARCHEVÊQUE DE MAYENCE.

Saint Bernard leur recommande l'archevêque de Mayence, que ses ennemis s'efforcent d'accabler.

A mes seigneurs et révérends Pères les légats (c) du saint Siége, le très-humble serviteur de leur sainteté, l'abbé Bernard de Clairvaux, salut et exhortation de chercher à plaire à Dieu en toutes choses et à faire produire de bons fruits à leur mission.

Séparé de vous par la distance des lieus, je vous suis intimement uni par les sentiments du cœur et par les dispositions de la volonté, car je n'ai d'autre désir et ne forme d'autre vœu que de voir toutes vos actions et toutes vos pensées concourir au bien et à la justice. Ayant donc appris que l'infortuné archevêque de Mayence est cité à comparaître devant vous pour répondre aux accusations de ses adversaires, j'ai pris sur moi de faire appel en sa faveur à vos sentiments de bonté. Vous honorerez votre ministère si, tout en respectant les droits de la justice,

a Lambert Deschamps, auteur de l'édition de 1520, remarque, à l'occasion de ce passage, « que du temps même de saint Bernard il fut question de la réforme des monastères. »

b L'abbaye d'Espina, au diocèse de Palencia, fut fondée par Sanche, à qui cette lettre est adressée, et donnée aux Cisterciens qui en prirent possession sous la conduite de Nivard, que saint Bernard y envoya à la tête d'une petite colonie de religieux. Voir les nouvelles lettres deux cent soixante-douze et deux cent soixante-treize.

c C'étaient Bernard et Grégoire qui déposèrent, comme on le voit dans les notes finales, l'archevêque de Mayence, Henri, le même que celui à qui est adressée la lettre trois cent soixante-cinquième.

vous faites quelque chose pour empêcher de tomber une muraille qu'on s'efforce de renverser; et si vous ne contribuez pas pour votre part à éteindre tout à fait la mèche qui fume encore, ou à rompre sans retour le roseau qui n'est qu'endommagé par le souffle du vent. Je vous saurai gré qu'il se ressente des effets de la prière que je vous adresse pour lui, et qu'il ne soit pas victime de cette simplicité d'âme qui permet à de faux frères de le circonvenir, sans pouvoir toutefois rien alléguer contre lui qui mérite de le faire déposer.

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NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE CCCII

202. Aux légats du saint Siège.... Voici comment Baronius parle de cette légation à l'année 1153 : « La même innée, dit-il, le pape Eugène envoya une légation en Germanie pour juger l'archevêque de Mayence En faisaient partie : Bernard, prêtre, et Grégoire, diacre, » etc, Bernard était prieur des chanoines réguliers de Latran quand il fut fait cardinal-prêtre du titre de Saint-Clément, en 1145, par 1e pape Eugène.

Quant à Grégoire, il n'est probablement autre que celui que le pape Innocent fit cardinal du titre de Saint-Angèle, en 1137.

L'évêque Conrad, qui écrivit un siècle plus tard la Chronique de Mayence, dit que l'archevêque Henri fut déposé, et il en fait retomber la faute sur un certain Arnold qui le trahit. Dodéchin, dans son appendice à Marianus, sur les Chanoines, impute la déposition de l'archevêque aux légats dont le chancelier Arnold avait réussi à corrompre la conscience à prix d'argent.

Néanmoins Othon de Freisingen, livre II de la Vie de Frédéric, chapitre IX, témoin oculaire des faits qu'il relate, dit qu'il fut justement déposé. Voici ses paroles. « Le roi faisait à Worms les préparatifs de la fête de la Pentecôte qui était proche, quand il fit déposer, par lesdits légats du saint Siège, Henri archevêque de Mayence, qu'on avait eu bien souvent l'occasion de reprendre dans l'intérêt de l'Eglise, mais toujours sans succès ». C’est au lecteur à décider s'il doit plus de confiance au récit d'un historien postérieur aux choses qu'il raconte au à un témoin oculaire, sincère et instruit de tout ce qu'il rapporte. Conrad ajoute que peu de temps après, les deux cardinaux périrent d'une mort malheureuse; mais le fait n'est pas exact car, suivant Othon, ils vécurent longtemps encore après ce jugement, et personne n'ignore que Bernard fut chargé d'une seconde légation en Germanie par le pape Adrien IV.

Quoi qu'il en soit, Henri se retira en Saxe après sa déposition et fit, peu de temps après, une heureuse et sainte mort dans un couvent de Cisterciens.

Voir Seraire, Histoire de Mayence, livre V, et Baronius, à l'année 1153 (Note de Mabillon).

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LETTRE CCCIII. A LOUIS LE JEUNE, ROI DE FRANCE.

Saint Bernard lui donne des conseils sur la ligne de conduite qu'il doit tenir à l'égard d'un seigneur breton adultère et excommunié.

Si par la promesse de l'absoudre de l'excommunication qu'il a encourue, on pouvait déterminer ce seigneur breton à renvoyer cette adultère en lui permettant de jouir des biens que son père lui a laissés, selon le partage qu'elle en a fait avec son frère, quoiqu'elle, fût indigne d'une pareille concession, peut-être y aurait-il lieu à le faire, puisque par ce moyen vous vous assureriez l'aide et l'appui d'un seigneur puissant. Autrement, permettez à votre très-humble sujet de vous dire toute sa pensée : je ne crois pas due vous deviez recevoir cet étranger sur vos terres ni accorder votre faveur à cet homme incestueux et excommunié, à moins que vous ne vouliez un jour entendre ces paroles: « Quand vous voyiez un voleur, vous couriez vous joindre à lui, vous comptiez vos amis parmi les adultères (Psal. XLIX, 18). » Toutefois je suis d'avis de ne rien précipiter. Envoyez-lui quelque agent habile et sûr qui trouve le moyen de gagner du temps sans rompre. S'il ne veut prêter l'oreille à aucune proposition et s'il demeure dans son opiniâtreté, vous pouvez toujours mettre votre espérance en Dieu qui favorisera certainement vos bons desseins et la justice de votre cause et vous fera triompher de vos ennemis. Je ne sais pas si l'évêque a du lieu est bien l'homme qu'il vous faut pour conduire cette affaire; ce n'est pas sa fidélité à votre égard que je soupçonne, mais c'est la position où il se trouve par rapport à ce seigneur qui le déteste et ne voudra peut-être point se confier à lui; toutefois il est à votre disposition, prêt là faire pour vous tout ce qu'il plaira à Dieu. Je vous prie de l'écouter comme un

a Peut-être bien s'agit-il ici de Jean, évêque d’Aleth ou de Saint-Malô, qui avait été religieux à Cîteaux et à qui Pierre de Celle a écrit plusieurs lettres. Livre I, lettre quinzième et suivantes.

autre moi-même dans les choses secrètes qu'il vous communiquera de ma part. J'ai pour lui la plus grande estime et je m'ouvre assez volontiers à lui. Vous pourrez également lui confier sans crainte tout ce que vous jugerez à propos.

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LETTRE CCCIV. AU MÊME.

L’an 1153

Saint Bernard remercie le roi de l'intérêt qu'il porte à sa santé, et lui dit quelques mots en faveur de son frère Robert.

La lettre que vous avez daigné m'écrire a comblé mon âme de bonheur; que Dieu, qui vous a inspiré cette bonne pensée, vous rende la consolation que j'en ai ressentie. Qui suis-je et quelle est la maison de mon père pour que Votre Majesté s'inquiète de ma santé ? Mais puisque vous me faites l'honneur de m'en demander des nouvelles, je vous dirai que je me sens un peu mieux, je me crois hors de danger; mais je suis encore d'une très-grande faiblesse. Je saisis cette occasion pour vous informer que le prince Robert, votre frère, m'a fait l'honneur et l'amitié de me visiter pendant ma maladie. Nous avons eu ensemble un entretien qui m'a rempli de joie et d'espérance à son endroit. Veuillez lui montrer un peu d'affection; je vous promets qu'il vous donnera de la satisfaction, si ses actes répondent à ses paroles. Ayez la bonté de lui témoigner votre satisfaction de voir qu'il veut désormais régler sa conduite d'après mes conseils et ceux des gens de bien. Je n'ai pas mon sceau sous la main, mais j'espère qu'en lisant ma lettre vous reconnaîtrez à mon écriture qu'elle est bien de moi (a).

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LETTRE CCCV. AU PAPE EUGÈNE.

Comme c'est pour de bonnes raisons que l'évêque de Beauvais s'est trouvé empêché d'aller à Rome, saint Bernard recommande au souverain Pontife la cause de cet évêque.

L'évêque de Beauvais (b), votre fils et le mien pourrais-je dire s'il n'y avait pas présomption de ma part à m'exprimer ainsi, ayant été cité à

a Saint Bernard se sert ici, comme en plusieurs autres endroits, par exemple dans les lettres quatre-vingt-cinquième, n. 4, trois cent septième et trois cent dixième, du mot dicter dans le sens d'écrire de sa propre main comme il est évident qu'il s'en sert ici. Toutefois, dans les lettres quatre-vingt-neuvième et quatre-vingt-dixième, n. 1, il met une différence entre dicter et écrire.

b C'était Henri, frère du roi rte France, Louis le Jeune, dont il est parlé dans la lettre

deux cent soixante-dix-huitième. Voir la lettre trois cent septième. Saint Bernard lui donne le nom de fils et dans la lettre suivante il l'appelle votre frère, parce qu'il avait été religieux à Clairvaux, comme on le voit dans la Vie de saint Bernard, livre IV, n. 15. Voir les notes de la lettre trois cent septième.

votre tribunal, se disposait à se rendre à Rome, fort de la justice de sa cause et confiant dans votre bonté paternelle. J'ai pu quoique avec peine le décider à retarder son départ, tant il avait d'impatience de vous voir. Ce qui m'a engagé à le retenir, c'est entre autres raisons excellentes, que je n'étais pas informé de vos intentions à son sujet. D'ailleurs, sans parler de bien d'autres considérations qui s'opposaient à son départ, une trop longue absence de son diocèse me semblait à craindre à cause des dispositions dont le roi son frère et lui sont animés l'un envers l'autre. Ne me demandez pas de quel côté sont les torts, ce n'est pas à moi à le dire; je me borne à excuser un évêque. Ce que je puis toutefois affirmer, parce que je l'ai vu de mes yeux, c'est qu'il a fait inutilement toutes les démarches de soumission et de respect compatibles avec son rang. Cependant quelque événement qu'il puisse craindre et quoi qu'il doive résulter pour lui de son absence, vous pouvez compter qu'il se rendra auprès de vous à votre premier appel; il remet sa personne et ses intérêts entre vos mains, bien convaincu qu'il s'est conduit dans le poste qui lui a été confié et qu'il a constamment agi de manière à pouvoir compter sur votre bienveillance. C'est dans ces sentiments qu'il vous envoie comme à un père, quelqu'un qui] e remplace, avec la recommandation formelle de ne rien faire sans prendre vos ordres et de suivre en tout vos volontés, auxquelles il se soumet lui-même de tout coeur. Il espère que vous ferez mieux que d'être son juge, que vous serez son appui, son soutien et son protecteur. Je crois que cette affaire serait terminée en peu de temps avec la grâce de Dieu, si on la confiait au jugement de l'archevêque de Reims, en ôtant toute voie d'appel aux deux parties.

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LETTRE CCCVI. A L'ÉVÊQUE D'OSTIE (a), POUR L'ÉLECTION DE TOUROLDE, ABBÉ DE TROIS FONTAINES.

L’an 1151

Saint Bernard se justifie du reproche que lui faisait Hugues, évêque d'Ostie, d'avoir nommé Tourolde, abbé de Trois-Fontaines, de préférence à un certain religieux, nommé Nicolas, que Hugues avait désigné pour cet emploi: il donne également les motifs qui lui ont fait placer Robert à la tète d'une abbaye récemment fondée.

1. Malheur au monde à cause de ses scandales (Math., XVIII, 7). Or voici que c'est moi qui scandalise, et c'est à vous que mon scandale s'attaque !

a Il se nommait Hugues et avait été abbé de Trois-Fontaines, en Champagne, comme on le voit aux lettres et aux cent soixante-treizième et deux cent soixante quatorzième. Voilà pourquoi, devenu cardinal, il continua à porter un intérêt tout particulier à cette abbaye.

Personne ne pourrait le croire, à moins d'ignorer la parfaite union dans laquelle nous avons vécu ensemble jusqu'ici dans la maison de Dieu, et l'affection mutuelle dont nous n'avons jamais cessé d'être animés l'un pour l'autre. Changement aussi soudain que regrettable pour moi ! Je me sens frappé maintenant par le bras due j'étais habitué à trouver pour soutien ; menacé, accusé, condamné même par celui qui était mon avocat, mon défenseur. Nos premiers parents n'ont été punis de leur faute unique, mais grave (Gen., III, 9), qu'après avoir été interrogés et convaincus; quant aux Ninivites (Jon., III,10), Dieu leur donna le temps de faire pénitence, et ce n'est pas seulement sur ce qu'on racontait des désordres de Sodome, mais après s'en être assuré par ses propres yeux, que le Seigneur en punit les habitants (Gen., XIX, 16). Quelle différence dans la conduite tenue par mon juge envers moi ! On ne me trouve pas digne des mêmes égards que tous ces coupables ! Au lieu de m'inviter à présenter mes raisons, à faire valoir les motifs qui m'ont fait agir, à me défendre, en un mot, contre les accusations dont on me charge, on procède à mon jugement, sans me citer au tribunal de mon juge, et on me condamne sans s'être mis en peine de commencer par me convaincre.

2. Mais ayez maintenant la bonté d'écouter mes raisons; elles pourront vous paraître insuffisantes, elles seront du moins données avec la plus grande sincérité. Vous aviez manifesté le désir de vous voir remplacer par le frère Nicolas, j'en conviens avec vous, et je m'en souviens il merveille; d'ailleurs j'étais complètement entré dans vos vues, je pensais que cela ne souffrirait aucune difficulté et je m'étais engagé à faire réussir ce. plan. Si cela ne s'est point fait, ne vous en prenez qu'à la nécessité et non point à la mauvaise foi de ma part. Les esprits se divisèrent, que dis-je? se mirent si bien d'accord pour faire échouer nos vues, que je n'eus pas un seul religieux pour moi, pas même un frère convers ; tous, à l'exception de deux ou trois de vos compatriotes ont repoussé mes propositions. Je ne me tins pas d'abord pour battu, je mis en oeuvres tous les moyens de succès à ma disposition, je leur représentai les conséquences heureuses on funestes de leur conduite selon le parti auquel ils s'arrêteraient, mais ils se montrèrent ainsi fermes qu'ils avaient été unanimes dans leurs résolutions. Fallait-il faire un acte d'autorité? Je l'aurais pu, mais je m'en suis abstenu, et je prie Dieu d'avoir un jour pitié de moi comme en cette circonstance j'ai eu pitié de ce religieux, en ne le jetant pas au milieu d'une pareille tempête et de tant d'esprits soulevés, lui si humble, si timide et qui redoutait tant le fardeau que je voulais lui imposer. Car sans parler des rapports avec l'extérieur dont vous pouvez vous rendre compte par votre propre expérience, tous les autres devoirs de la charge abbatiale semblaient excéder ses forces. Je l'ai fait sortir de son monastère avec ceux qui le goûtaient et je l'ai mis à la tête d'une maison qui lui sera d'autant plus facile à diriger qu'il sera secondé par mes propres religieux dans l'accomplissement de son ouvre, et comme il se trouve maintenant dans notre voisinage, il nie sera plus aisé de le visiter souvent. De tous les abbés qui étaient en état d'occuper votre place, le religieux Robert, faute de mieux, m'a paru le moins impropre à la remplir; je le proposais donc pour ce poste quand j'appris que vous ne l'agréiez pas non plus, et on en élut un autre qui n'a pas non plus vos sympathies, d'après ce qu'on me dit.

3. On ne m'en a pas laissé ignorer la raison, car on m'a assuré due vous lui reprochez hautement de n'être point d'une bonne réputation, d'avoir été expulsé du monastère (a) dont il était abbé, à cause de sa mauvaise conduite. Cela peut être vrai, mais je prends Dieu et les anges à témoin, qu'en recueillant tous mes souvenirs je ne me rappelle pas avoir entendu qui que ce soit lui reprocher rien de semblable, pas même soit archevêque (b), à l'époque où il faisait tous ses efforts pour obtenir son éloignement; il ne me dit et ne m'écrivit absolument rien de pareil. D'ailleurs pouvez-vous croire, s'il en eût été autrement, que j'aurais pris le parti du dérèglement et du vice ? Si Votre Excellence avait de moi une telle pensée, je ne sais comment elle pourrait se justifier de la longue amitié dont elle m'a honoré jusqu'à ce jour et de la bienveillance qu'elle n'a cessé de nie témoigner. Mais que, pensez-vous, que dites-vous d'un archevêque qui a mis à la tète d'une maison dont il avait été lui-même supérieur, un homme décrié, dont les moeurs n'étaient point un mystère pour lui, puisqu'il le connaissait de longue main? Quant à moi, à Dieu ne plaise due je soupçonne le moins du monde un prélat d'une pareille faute, une âme foncièrement honnête de s'être même légèrement oubliée en cette circonstance. Il est vrai qu'après l'avoir fait abbé il l'a ensuite forcé à se démettre de son titre; je n'entre pas dans les raisons qu'il a eues d'agir ainsi, cela ne regarde

a C'était l'abbaye de Wells en Angleterre, qui cul pour abbé, après Maurice, un religieux nommé Torolde ou Tourolde: « Celui-ci gouverna cette maison pendant deux ails, non sans faire sentir en maintes occasions le poids de son autorité; souvent même il agit contre la volonté formelle de son vénérable archevêque, avec lequel il ne tarda pas à se brouiller. Sur l'ordre du saint père Bernard, il se démit de sa charge et revint au monastère de Ridal d'où il avait été tiré. » Tel est le récit de Serion, dans son histoire du monastère de Wells, tome I des Monastères d'Angleterre, page 748.

b L'archevêque d'York, nommé Henri de Murdach. Anglais d'origine et ancien religieux de Clairvaux. C'est à lui qu'est adressée la lettre cent sixième. Il avait également été abbé de Wells, comme on peut le voir par la lettre citée plus haut et par les notes de la lettre trois cent vingt et unième.

que lui: néanmoins je ne puis disconvenir que bien des gens l'ont blâmé en cette circonstance et l'ont accusé de n'avoir tenu compte dans cette déposition ni des simples lumières de la raison, ni des usages et des règles établies. L'archevêque lui fit tout simplement signifier ses intentions ; pour moi, j'engageai cet abbé à ne rien faire pour le chagriner, à se retirer sans bruit de son poste et à laisser passer l'orage.

4. En un mot, depuis qu'il est entré chez nous a, personne n'a remarqué en lui quoi que ce soit qui le rendit indigne du poste où il se voit maintenant élevé ; on ne saurait trouver motif à un reproche dans le cours de sa vie tout entière. De plus, il est versé dans les lettres et dans les sciences, il est affable, d'une physionomie agréable et d'un entretien plein de charmes. Il est vrai qu'il était depuis trop peu de temps chez nous pour que ces témoignages fussent pour vous sans réplique, c'est ce que je me suis dit aussi à moi-même; à présent fera-t-il bien ou mal? je ne sais, je me défie constamment de ce que je fais et suis loin de prévoir toujours ce qui peut en résulter. Je ne puis donc vous donner en ce qui le concerne une certitude que je n'ai pas, mais la chose est faite et je ne puis faire qu'elle ne le soit pas; si j'avais été prophète, il est certain que j'aurais évité de donner à un ami un sujet d'offense, à un saint une cause de peine, et une occasion de scandale à un évêque. Que voulez-vous que j'y fasse à présent? La nécessité m'a contraint d'agir, mais du moins je puis dire que dans ma conduite je ne me suis départi en rien des règles ordinaires.

5. Là est toute ma justification. Si vous en êtes satisfait, cessez d'être scandalisé à mon sujet, sinon portez de moi le jugement qu'il vous plaira. Il me serait bien pénible de détruire de ma propre main ce que j'ai moi-même édifié, et je ne le pourrais que pour de bonnes raisons si le temps en faisait naître; quant à vous, vous pouvez le déposer si vous le voulez, vous ne trouverez en moi aucune résistance; à quoi bon lutter contre le torrent ? Je n'ai rien à me reprocher dans tout ce que j'ai fait; si pourtant j'ai failli en quoi que ce soit aux règles de la prudence, vous êtes parfaitement en droit et en position non-seulement de m'en reprendre, mais encore de m'en punir si vous le jugez à propos. J'aime à croire pourtant que vous êtes assez bon et assez chrétien pour nie ménager même en trouvant juste de sévir contre moi, et assez maitre de vous-même pour ne point compromettre mon honneur. Je viens de vous dire tout ce que je crois de nature à m'excuser auprès de vous, il ne manquerait plus maintenant à ma peine que de vous avoir encore offensé par cette lettre même. J'ai su par d'autres le mécontentement

a Il avait donc quitté Ridal pour venir se fixer à Clairvaux. Pour ce que saint Bernard dit de ses connaissances dans les lettres, voici en quels termes Serlon s'exprime à son sujet : « Ce n'était pas un homme médiocrement versé dans la connaissance des saintes lettres; il était également fort instruit dans les arts libéraux, »

que vous exhaliez contre moi; au lieu de vous rendre la pareille, j'ai préféré me plaindre de vous directement à vous. Au reste, je bénis Dieu de ce qu'il me prive lui-même, avant ma mort, de la consolation que je goûtais avec trop de bonheur, en me retirant les bonnes grâces du saint Père a et les vôtres. C'était le bon moyen de me convaincre par ma propre expérience qu'on ne doit pas mettre toutes ses espérances dans les hommes.

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LETTRE CCCVII. AU MÊME.

L’an 1153

Saint Bernard défend l'évêque de Beauvais contre quelques bruits fâcheux ; il dit dans quel triste étal se trouve sa santé et raconte l'aventure de l'archevêque de Lyon.

1. Je vous écris à la hâte et par conséquent sans beaucoup de soin, parce que le voyageur qui doit se charger de ma lettre est sur son départ. Le frère G. Foucher vient d'arriver avec votre lettre et celle du Pape, à peu près au même moment que le voyageur à qui je vais confier celle-ci; Dieu l'a sans doute ainsi permis pour que j'eusse l'occasion de vous répondre sur-le-champ et de satisfaire mon empressement, ce qui ne peut arriver trop tôt. Aussi me suis-je mis de suite à vous écrire moi-même en voyant que je n'avais personne à ma disposition pour me servir de secrétaire. Vous commencez votre lettre en me parlant de monseigneur l'évêque de Beauvais, je veux de même commencer ma réponse par lui. Vous savez qu'il est complètement maître de ses actes et qu'il ne dépend en rien de moi; c'est son diocèse que sa vie et ses moeurs regardent. Tout ce que je puis faire s'il se conduit autrement qu'il ne le doit ou qu'il ne sied, je puis bien en gémir, mais quand même je le voudrais, je ne puis corriger ses mœurs. Pourtant je dois vous dire que jusqu'à présent je n'ai pas eu occasion de remarquer qu'il fit de nombreuses absences, et jamais il ne m'est revenu qu'on en fit l'observation comme on vous l'a faite à vous-même. Son frère Robert est venu le trouver et demeure avec lui; je ne sache pas que depuis lors ce frère ait commis ou fait commettre à l'évêque aucune action criminelle ou honteuse : d'ailleurs je serais bien surpris de n'avoir point entendu parler d'un bruit qui serait parvenu jusqu'à vous. Toutefois je ferai ce que je pourrai, puisque vous le voulez, pour le décider à

a Du pape Eugène, dont saint Bernard s'était aliéné l'esprit comme celui du pape Innocent II, en lui tenant toujours le langage de la vérité, ainsi qu'on le voit par la lettre deux cent dix-huitième, tant il est difficile de conserver les bonnes grâces des grands, quelques services qu'on leur rende, si on ne veut point aller jusqu'à leur sacrifier la vérité

renoncer à son évêché, s'il se présente une occasion où je puisse raisonnablement et honorablement faire cette ouverture; je lui aurais déjà parlé dans ce sens si je n'avais craint de l'aigrir et de le voir remplacer par quelqu'un plus incapable que lui encore de faire du bien dans ce diocèse. Il vint nous trouver au moment du carême dans le dessein d'aller à Rome soutenir un appel; il aurait certainement donné suite à ses projets si je ne l'en avais détourné, ce que j'ai fait parce que le dessein qui le menait à Rome, ainsi que les gens de sa suite, me semblaient peu convenables pour un jeune évêque. Toutefois il se propose toujours de se mettre en route pour Rome à la première occasion, mais après tout, comme il est votre frère dans l'épiscopat, vous devez le traiter avec indulgence et ne pas donner l'avantage à ses ennemis sur lui. J'aurai; préféré, que vous lui écrivissiez plutôt qu'à moi et que vous lui lissiez fraternellement savoir tout ce qu'on vous a dit sur sa conduite.

2. J'ai su que l'état de ma santé vous a inspiré des inquiétudes; on ne vous avait rien dit de trop, j'ai été malade à la dernière extrémité (a); j'en suis revenir ; mais je sens due je n'irai pas loin, car je suis d'une faiblesse qui passe toute imagination; cependant je ne prétends pas donner des bornes à la puissance de Dieu, qui est capable de rappeler les morts même à la vie. Faites part, s'il vous plait, de ces nouvelles au saint Père, et veuillez vous unir à monseigneur l'évêque de Frascati n pour lui rendre en mon nom et dans les sentiments du dévouement le plus complet, les plus grandes actions de grâces pour les bontés dont il daigne me combler et pour l'intérêt charitable qu'il veut bien prendre à ma santé.

3. Quant à ce qui est arrivé à monseigneur de Lyon (Nommé Héraclius), voici la vérité. Il s'était mis en voyage, la bourse bien garnie, avec une suite digne d'un archevêque; mais à peine en route, il est tombé au milieu d'une embuscade de gens ennemis. Que faire en pareille occurrence avec un caractère ardent comme le sien? Passer outre était impossible, reculer et renoncer à son voyage lui semblait moins tolérable que de tomber entre les mains de ses ennemis; il renvoie donc une partie de ses gens, force le reste à se disperser et ne conserve, de tout l'argent qu'il avait emporté, due le strict nécessaire pour achever son voyage avec le peu de monde qu'il avait gardé auprès de lui. Bref, il continue sa route avec trois ou quatre serviteurs, travesti lui-même en valet, mêle sa troupe à celle de quelques voyageurs, et, confondu avec eux, arrive à Saint-Eloi. Là, se trouvant malade, il se fit conduire à Montpellier, ou il, dépensa en médecins beaucoup plus d'argent qu'il ne lui en restait.

a Geoffroy cite ces paroles de saint Bernard dans le livre V de sa Vie, n. 3.

b II se nommait Ymar ou Igmare, et avait été religieux à Cluny avant d'être élevé sur le siége épiscopal de Frascati ; c'est à lui que la lettre deux cent dix-neuvième de saint Bernard est adressée. N'étant encore que simple religieux, il signa en 1122 au bas de la lettre que Gilbert, évêque de Paris, écrivit pour le rétablissement de la concorde entre Drogon de Claciac et les religieux de Saint-Martin-des-Champs.

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NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE CCCVII.

203. Vous savez qu'il est-maître de ses actes..... etc. Henri, fils de Louis le Gros et frère de Louis le Jeune, rois de France, étant alors évêque de Beauvais, ne jouissait pas, à ce qu'il parait, d'une très-bonne réputation auprès du souverain Pontife; c'est ce qui fait dire à saint Bernard qu'il peut bien gémir sur, ses égarements s'il est vrai qu'on puisse lui en reprocher quelques-uns; mais qu'il n'a plus autorité pour y apporter remède comme il le désirerait. Saint Bernard aurait même préféré que le souverain Pontife se chargeât lui-même de cette correction et donnât à cet évêque, un avertissement fraternel sur ce dont on l'accusait.

On peut voir, livre IV, chapitre in de la Vie de saint Bernard, comment notre Saint avait prédit qu'il ne, tarderait pas à se convertir et à embrasser la vie religieuse. D'accord avec Baronius, nous avons placé cet événement en 1149, attendu qu'il parait hors de doute que ce fut cette année-là qu'il fut élu évêque de Beauvais, selon la remarque de Jacques Sirmond à l'occasion d'une lettre de Pierre de Celles, d'après le supplément de Sigebert, livre I, lettre vingt-quatrième.

La date de 1161, donnée à son élection à l’évêché de Beauvais, par Henriquez, dans son Ménologe, et citée par Jean Chenu, est donc cap ne peut plus erronée.

Il devint archevêque de Reims en 1163.

D'ailleurs ce fut bien malgré lui qu'il fut promu à l'épiscopat, comme on le voit par plusieurs de ses lettres. Saint Bernard lui-même ne fut pas sans inquiétude sur cette élévation prématurée et était d'avis qu'il devait, en cette circonstance, s'entourer des conseils de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, comme on peut le voir dans les lettres de ce dernier, livre V, lettre huitième.

On trouve dans la Gallia christiana, aux évêques de Beauvais, une lettre de ce même Henri à Suger, abbé de Saint-Denys.

Nous en rapportons plus bas une autre qu'il adressa à l'abbé de Cluny, que nous croyons écrite sous la dictée même de saint Bernard, et qui, dans tous les cas, rappelle beaucoup le genre de notre Saint. Il n'est pas improbable qu'elle soit l'oeuvre de saint Bernard lui-même qui écrivit plusieurs fois pour d'autres personnes, même pour des évêques. Si elle n'est pas de lui, du moins on ne peut nier qu'elle ne soit complètement dans le genre des siennes. On peut rapprocher le commencement de cette lettre de la lettre deux cent trente-septième aux cardinaux qui avaient élu le pape Eugène; la suite ressemble, jusques dans les expressions, à la lettre seizième.

204. Au plus révérend des Pères et au plus cher des amis, Dom Pierre, abbé de Cluny, le frère Henri, par la volonté ou la permission de Dieu évêque de Beauvais, hommage de sa personne tout entière et de tout ce qu'il est.

« Dieu vous pardonne ce que vous avez fait; vous, avez tiré un mort de son sépulcre pour le jeter au milieu des homes, et, grâce à vos conseils qui n'ont été que trop bien suivis, je me trouve lancé et exposé sur un océan redoutable de peines et de soucis, et l'abîme des honneurs m'engloutit de nouveau. Dans mon ignorance, je me suis senti ému jusqu'au fond de lame quand je me vis entre les mains les rênes du quadrige d'Aminadab. J'ai pour mission sic conduire les autres, moi qu ai tant besoin qu'on me conduise; on me charge des emplois des forts, moi qui ne suis que faiblesse; du rôle d'intendant de la maison d'Israël, moi qui ne connais point la prudence; on me fait le débiteur du sage et de l'insensé, et je ne possède pas l'ombre de la justice; on m'envoie prêcher au peuple de Dieu, moi qui ai tant besoin de songer à moi-même si je ne veux pas, ce qu'à Dieu ne plaise, être réprouvé après avoir annoncé l'Evangile aux autres. Mais qu'est-ce que tout cela et qui suis-je ou plutôt, où suis-je et où sont toutes les vertus requises pour un paré emploi? Seigneur mon Père et mou Dieu, Dieu de ma vie tout entière vous savez combien je suis imparfait. Seigneur, on m'a fait violence c'est à vous de répondre pour moi. Vous savez que je n'ai cédé qu'au nom de l'obéissance, sans laquelle, pour emprunter les paroles d'un saint, il n'y a que des infidèles là même où il semble qu'on ne compte que des fidèles.

« Mais puisque l'affection fait parler avec d'autant plus de confiance qu'elle est elle-même plus grande, je viens déposer dans votre cœur la plainte intime de mon âme comme je le ferais dans le cœur d'un autre moi-même; comment avez-vous pu écrire à mon abbé pour le décider à placer sur le chandelier un flambeau sans lumière? Vous avez cru bien faire, voilà pourquoi vous ne vous êtes point tu; vous ne vouliez ni tromper ni vous tromper, mais vous n'avez pu éviter la seconde alternative.

« Mais enfin, de quelque manière que la chose se soit faite et quelque suite que le Seigneur notre Dieu y donne, je n'en suis pas moins toujours un des vôtres et tout disposé à vous rendre tous les services que vous daignerez me demander. Regardez-moi comme votre serviteur, votre ami, votre fils, et rattachez-moi, par un lien éternel, à la sainte communauté que vous dirigez avec la grâce de Dieu, comme un de ses membres, un enfant de son sein, car je ne veux rien dire ici de mon titre d'évêque. » (Note de Horstius.)

205. Pour moi, je ne crois pas que cette lettre soit l'œuvre de saint Bernard, mais peut-être a-t-elle été écrite par Nicolas de Clairvaux, son secrétaire, qui a écrit plusieurs autres lettres sous le nom d'Henri, en particulier la treizième à Pierre le Vénérable et la vingt-sixième à Hugues de Compiègne.

On a une autre lettre de ce même Nicolas à Henri, où il montre toute l'affection qu'il lui a vouée; c'est la trente-neuvième (Note de Mabillon).

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LETTRE CCCVIII (a). AU ROI DE PORTUGAL, ALPHONSE.

Saint Bernard lui dit qu'il a fait ce qu'il a pu pour le satisfaire, et lui prédit que dans peu de temps son frère, qui est engagé dans les rangs de la milice séculière, passera dans ceux de la milice céleste.

A l'illustre roi de Portugal Alphonse, Bernard, abbé de Clairvaux, tout ce que peut la prière d'un pécheur.

J'ai reçu avec une extrême joie la lettre et le salut de Votre Grandeur, et m'en suis félicité dans Celui qui envoie le salut à Jacob. L'événement montrera ce que j'ai fait on cette circonstance et vous pourrez l'apprécier vous-même; vous verrez avec quel zèle et quelle ardeur j'ai voulu répondre à vos ordres et vous témoigner ma reconnaissance pour l'amitié dont vous m'honorez. Pierre b, le frère de Votre Grandeur, prince d'un mérite accompli, m'a fait connaître vos volontés. Après avoir traversé la France avec ses hommes d'armes, il est en ce moment occupé à faire la guerre en Lorraine, mais il ne tardera pas maintenant à combattre sous les étendards du Seigneur. Mon fils, le religieux Roland, est chargé de vous remettre une lettre pleine des faveurs du saint Siège ; je vous le recommande ainsi due tous les religieux de notre ordre qui vivent dans votre royaume; je vous prie aussi de vouloir bien me conserver votre bienveillance.

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NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE CCCVIII.

206. Pierre , le frère de Votre Grandeur... Ce-prince, nommé Pierre. et frère du roi de Portugal, Alphonse, est un de ces jeunes gens passionnés pour les tournois dont saint Bernard prépara la conversion par un verre de cervoise qu'il bénit en le leur donnant. Voir la Vie de saint Bernard, liv. I, chap. XIV, n. .55.

On sait, par la lettre que ce roi écrivit à notre Saint, les désirs qu'il avait chargé son frère Pierre de faire connaître à saint Bernard. Henriquez rapporte cette lettre dans son Ménologe, au 9 de mai; voici ce dont il est question : après avoir battu les Maures, Alphonse avait reçu de ses sujets le nom de roi; mais le roi de Castille ne voulait pas qu'il prit ce titre s'il ne consentait à lui payer un tribut en échange de cette concession. Il demandait donc, dans sa lettre à saint Bernard, de lui obtenir le titre de roi du souverain Pontife, préférant, s'il devait pour cela payer un tribut à quelqu'un, le payer à saint Pierre et au saint Siège qu'à un prince voisin et jaloux (Note de Mabillon).

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LETTRE CCCIX (a). AU PAPE EUGÈNE.

L’an 1153

Saint Bernard lui fait l'éloge de l'abbé Suger et lui recommande ses députés.

A son trés-aimable pure et seigneur Eugène, par la grâce de Dieu souverain Pontife, Bernard, abbé de Clairvaux, salut et très-humbles hommages.

S'il y a dans l'Eglise de France quelque vase de prix capable de faire honneur au palais du Roi des rois; si le Seigneur compte parmi nous

a Dans les anciennes éditions on a répété ici sans raison les lettres cent quarante-septième et deux cent trentième.

b C'était on des princes adonnés a la passion des tournois, que saint Bernard convertit un jour. Voir sa Vie, livre I, n. 55, et les notes de la fin du volume.

c Cette lettre se trouve la trois cent soixante et unième dans l’édition royale; Duchesne l'a placée en tête des lettres de Suger, où se voit aussi la réponse du pape Eugène. Voir la lettre septième de cette même collection.

un second David fidèle à exécuter ses volontés, ce ne peut être, à mon sens, que le vénérable abbé de Saint-Denis. Je connais parfaitement ce grand homme, et s'il est fidèle et prudent dans l'administration des choses temporelles, il n'est pas moins humble et fervent dans les choses spirituelles; car, ce qui se voit rarement, il est également irrépréhensible sous le double rapport du temporel et du spirituel. Est-il près de la personne du roi, on le prendrait pour un habitant de la cour de Rome; au choeur, c'est un membre de la cour céleste. Je vous prie et vous conjure donc de vouloir bien accueillir les envoyés de ce grand homme avec toute la bienveillance qui vous sied et dont il est digne et lui répondre en termes pleins de bonté et d'amitié, plus que cela même, pleins d'affection et d'amour; car vous pouvez bien croire que témoigner de la bienveillance à cet homme, lui montrer même de la déférence et de l'amour; c'est un moyen assuré d'honorer votre propre ministère.

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LETTRE CCCX. A ARNOLD (a) DE CHARTRES, ABBÉ DE BONNEVAL.

L’an 1153

Saint Bernard était presque à l'extrémité quand il adressa à son ami cette lettre la dernière qu'il écrivit.

J'ai reçu les marques de votre affection avec reconnaissance, je ne. saurais dire avec bonheur, mes souffrances sont trop grandes pour cela; encore ce que j'endure me semble-t-il tolérable en comparaison de ce que je ressens lorsque je suis obligé de prendre quelque chose. Je ne connais plus le sommeil, de sorte que je souffre sans relâche. Tout mon mal se résume dans une grande faiblesse de l'estomac, qui a besoin jour et nuit d'être un peu remonté par quelques boissons, il n'est plus en état de supporter rien de solide; encore n'est-ce pas sans des souffrances excessives qu'il reçoit le peu qu'on lui donne. Il est certain que le mal ne pourrait que s'aggraver davantage, si je ne prenais plus rien, mais une goutte de trop me cause des douleurs incroyables.

a Dans plusieurs monuments anciens on le trouve quelquefois désigné sous le nom d'Ernald; comme on peut le voir dans le Spicilège, tome XII, page 390, et dans Arnoul, évêque de Lisieux, qui fait l'éloge de ses lettres : malheureusement elles ne sont point parvenues jusqu'à nous. On voit dans les notes placées à la fin du volume que c'est à Ernald qu'on doit attribuer le second livre de la Vie de saint Bernard avec le Traité des teuvres cardinales du Christ, et non point à Cyprien, comme quelques-uns l'ont fait par erreur. Le monastère de Bonneval, dont Ernald fut abbé, se trouve situé dans le pays chartrain. L'abbé Bernier, qui précéda Ernald, assista à la dédicace de l'Eglise de Morigny en 1120. Il est longuement parlé de Bonneval dans la seconde partie du IVe siècle des Bénéd., page 495.

Mes pieds et mes jambes sont enflés comme si j'étais hydropique, et au milieu de tout cela, car je ne dois pas vous laisser ignorer l'état d'un ami auquel vous vous intéressez, je vous avouerai à ma honte, que dans l'homme intérieur l'esprit est prompt encore quoique la chair soit accablée d'infirmités. Priez notre Sauveur, qui ne veut pas la mort du pécheur, de ne pas différer de m'appeler à lui, car il est temps qu'il le fasse, et de me soutenir dans ce passage. Protégez par vos prières les pieds d'un ami qui s'avance nu de tout mérite; empêchez l'ennemi qui tend des piéges sous mes pas de me mordre au talon et de me faire une blessure mortelle. J'ai voulu, malgré l'état où je suis, vous écrire moi-même cette lettre afin que vous jugiez, en voyant les caractères que l'ai tracés de ma propre main, combien je vous aime. Mais il me serait plus agréable de vous répondre que de vous écrire le premier.

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NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON

LETTRE CCCX.

207. A Arnold, abbé de Bonneval. Plusieurs écrivains modernes, entre Autres Horstiiis, Charles de Visch et l'auteur d'une Vie de saint Bernard en français, ne partagent pas l'opinion de Trithemius, de Bellarmin et de plusieurs autres, et distinguent cet Arnold de l'auteur du livresecond de la Vie de sain., Bernard, à qui ils donnent le nom de Bernard et le titre d'abbé, non de Bonneval on Bonnevaux, situé dans le Poitou ou dans le Rouergue, mais de Bonneval ou Bonnevaux, monastère de Cisterciens du diocèse de Vienne en Dauphiné.

On cite encore un autre Arnold, abbé de Bonneval, monastère bénédictin situé dans le pays chartrain et à qui serait adressée cette lettre de saint Bernard.

Mais tous ces grands écrivains me permettront de dire que tous ces Arnold ne sont qu'un seul et même abbé, car, pour ce qui regarde la différence des deux noms, nous voyons que l'auteur de la Vie de saint Bernard est appelé Ernald dans un très-vieux manuscrit de Corbie; or c'est le nom que l'évêque de Lizieux Arnoulphe donne dans ses lettres à notre abbé Arnold de Chartres.

Mais, laissant de côté cette controverse sur le nom, il est certain que le second livre de la Vie de saint Bernard a été écrit du vivant de Geoffroy, évêque de Langres, car on lit au n. 29 du chap. V : «Geoffroy, prieur du même endroit, son parent selon la chair et selon l'esprit... devint plus tard évêque de Langres... où il jouit d'une réputation irréprochable.» Cela fut écrit avant 1161, époque à laquelle Geoffroy, s'étant démis de la charge épiscopale, « revint à Clairvaux se jeter de nouveau dans les bras de sa chère Rachel, » d'après ce qu'on lit dans la Chronique de Clairvaux, qui fixe sa mort au 8 novembre de l'année 1164.

Or, depuis la fondation de Bonneval en Dauphiné, en 1117, jusqu'en 1180, on ne trouve aucun abbé du nom de Bernard à la tète de cette maison. Le premier abbé de ce monastère fut saint Jean, il demeura en charge depuis 1118 jusqu’en 1138: nommé évêque de Valence, il fut remplacé par Gozevin, dont le successeur lut, en 1151, Rainaud de Cîteaux. Après celui-ci vient Pierre, que remplaça, en 1171, le bienheureux Hugues, auparavant abbé de Limuncelle; il était encore à la tète de l'abbaye de Bonneval en 1180, qui fut l'année de sa mort, d'après le Ménologe de Cîteaux (voir le Ménol. de Cîteaux au Ier avril). Où placer parmi ces abbés de Bonneval en Dauphiné, l'abbé Bernard, auteur du livre II de la Vie de saint Bernard, avant l'année 1164, qui est celle de la mort de Geoffroy, ancien évêque de Langres ? Tout notre raisonnement repose sur les Annales de Manrique.

Mais de plus il est évident pour tout lecteur attentif de la préface dit second livre de la Vie de saint Bernard, qu'il ne fut pas écrit par un Cistercien. Concluons donc que l'auteur du livre second et l'ami de saint Bernard à qui notre Saint écrivit cette lettre, de son lit de mort, ne sont autres que notre Arnold ou Ernald, abbé de Bonneval au pays chartrain. Un homme fort instruit, le R. P. Bertrand Tissier, eut l'aimable attention de remettre avec son désintéressement et son jugement bien connus, entre les mains de notre Acher, les œuvres de l'abbé Arnold qu'il avait en sa possession et qu'il savait bien ne pouvoir trouver place dans la bibliothèque des Pères de Cîteaux; il fit en même temps sur notre Arnold la remarque suivante: « Il est l'auteur du second livre de la Vie de saint Bernard, d'un Hexaméron ou traité de l'œuvre des six jours, du Livre des œuvres cardinales du Christ, et du Traité sur les paroles prononcées par Jésus-Christ en croix. C'est la bibliothèque de Clairvaux qui m'a donné ces trois derniers ouvrages. Plus tard j'en ai découvert un troisième dans la bibliothèque des Pères, auquel était ajouté un traité fort, court sur la sainte Vierge. Or le Livre des oeuvres cardinales de Jésus-Christ se trouve attribué à notre auteur dans deux manuscrits de la bibliothèque de, Clairvaux avec ce titre: Prologue de Dom Ernald, abbé de Bonneval, sur son livre des œuvres cardinales de Jésus-Christ, adressées au pape Adrien III. » Là se termine la note de Bernard Tissier.

On trouve encore sous le nom d'Arnold, dans la bibliothèque de Cîteaux, deux autres traités, dont la premier, sur les sept dons du Saint-Esprit, commence ainsi , Personne ne pourra lire ces chapitres qu'il ne... et le second sur le corps et le sang de Notre-Seigneur, ainsi que me l'a appris le R. P. D. Jacques Lannoy, qui m'a envoyé la copie, du premier de ces deux traités écrite de sa propre main.

Toutefois je ne saurais dire si ce premier livre est véritablement de lui; quant au second, ne l’ayant pas vu, je ne puis dire ce que j'en pense.

Quoi qu’il en soit, notre Arnold mourut vers l'an 1154, car c'ont à cette époque que Geoffroy entreprit de continuer sa Vie de saint Bernard. En effet Geoffroy lui-même, dans le livre quatrième de la Vit de saint Bernard, le second écrit par lui, chap. IV, n. 25, dit qu'il s'était déjà écoulé trois ans au moment où il écrit, depuis le premier voyage qu’entreprit Eskilus, archevêque danois, pour venir visiter saint Bernard à Clairvaux. Or ce voyage, d'après l'Exorde de Cîteaux, distinction 3, chap. XXV, se trouve placé un peu avant la mort de notre Saint, c'est-à-dire à peu près en l'année 1152. Voici en quels termes s'exprime l'Exorde cité plus haut, « Peu de temps après le retour d'Eskilus en Danemarck, il reçut la triste nouvelle de la mort du saint homme pour lequel il se sentait une affection toute particulière; » or ce saint ami n'était autre que saint Bernard (Note de Mabillon).

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AVERTISSEMENT.

Là se termine la collection des lettres de saint Bernard telle que ses propres disciples l'ont faite de son vivant, ainsi que nous l'avons dit dans notre préface; nous nous serions reproché d'en changer l'ordre, que son ancienneté même rend recommandable. Quant aux lettres suivantes que nous trouvons placées à peu prés au hasard, sans ordre et sans aucun souci de dates dans les premières éditions, il nous a paru à propos de les classer dans leur ordre chronologique, en ayant soin de noter en marge le rang que chacune d'elles occupait dans les éditions précédentes. Les lettres qui ne se trouvent dans aucune. édition antérieure et qui paraissent pour la première fois dans la nôtre, sont indiquées chez nous par le mot nouvelles placé en marge. Toutes ces lettres seront suivies d'un appendice qui comprendra les lettres douteuses de saint Bernard, les chartes et les titres faits en son nom, puis les lettres qui lui ont été adressées, et plusieurs autres qu'il nous a paru utile de publier pour servir à l'intelligence de celles du saint Docteur.

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