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LETTRE CCCXLVI. AU PAPE INNOCENT.

LETTRE CCCXLVII. Au MÊME PAPE INNOCENT.

LETTRE CCCXLVIII. AU MÊME PAPE INNOCENT.

LETTRE CCCXLIX . AU MÊME PAPE.

LETTRE CCCL. AU MÊME PAPE.

LETTRE CCCLI. AU MÊME PAPE.

LETTRE CCCLII. OU PRIVILÈGE (a) ACCORDÉ A SAINT BERNARD PAR LE PAPE INNOCENT II.

LETTRE CCCLIII. A GUILLAUME (a), ABBÉ DE RIDAL.

LETTRE CCCLIV. A MÉLISENDE, REINE DE JÉRUSALEM, FILLE DU ROI BAUDOIN ET FEMME DU ROI FOULQUES.

LETTRE CCCLV. A LA MÊME REINE DE JÉRUSALEM.

LETTRE (a) CCCLVI. A MALACHIE ARCHEVÊQUE D'IRLANDE.

LETTRE CCCLVII. AU MÊME ARCHEVÊQUE.

LETTRE CCCLVIII. AU PAPE CÉLESTIN.

LETTRE CCCLIX. LES RELIGIEUX DE CLAIRVAUX AU PAPE CELESTIN.

LETTRE CCCXLVI. AU PAPE INNOCENT.

L’an 1141

Saint Bernard engage le pape Innocent à ne pas se montrer favorable à l'archevêque d'York, dont la cause est mauvaise.

A son très-cher père et seigneur Innocent, souverain Pontife par la grâce de Dieu, Bernard, abbé de Clairvaux, l'hommage de son néant.

Il est dit : Il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus (Matth. XX, 16 ; et XXII, 14). Ce n'est donc pas un argument fort concluant de la bonté d'une chose que le nombre de ceux qui la jugent bonne et l'approuvent. L'archevêque d'York dont j'ai déjà eu plusieurs fois occasion de parler à Votre Sainteté dans mes lettres, est allé vous trouver; c'est un homme qui fait beaucoup plus de fond sur ses immenses richesses que sur l'aide de Dieu. Sa cause ne vaut pas grand'chose, elle est même bien mauvaise; car, si, j'en crois le témoignage de personnes dignes de foi, il n'y a absolument rien de bon en elle. Je me demande en conséquence ce que cet homme, étranger à tout sentiment de justice, espère obtenir de celui qui veille sur la justice et protége l'équité. Espérait-il, par hasard, faire de la justice, à Rome, ce qu'il en a fait en Angleterre? Après l'avoir engloutie là où elle coule comme un fleuve ordinaire, il se figure qu'il n'aura qu'à ouvrir la bouche pour l'engloutir encore là où elle est large comme le Jourdain. Il vous arrive suivi d'une foule de gens gagnés par son or ou ses instances. Il n'y en a qu'un qui ait échappé à ses filets pour vous informer de tout ce qui s'est passé. Seul au péril de ses jours, celui-là a osé se lever contre lui, pour servir de mur et de rempart à la maison d'Israël. Seul, il n'a pas voulu fléchir le genou avec les autres devant l'idole pour l'adorer, selon l'ordre du roi. Mais j'ai tort de dire qu'il s'est échappé seul, puisque la justice est avec lui, l'a pris dans ses bras comme son fils bien-aimé et l'a reçu comme devait le faire une mère qu'il avait comblée d'honneur (Eccl., XV, 2). Je me demande ce que fera le vicaire de saint Pierre dans une pareille conjoncture; agira-t-il autrement que le fit saint Pierre lui-même à l'égard de celui qui pensait pouvoir acheter le don de Dieu à prix d'argent ( Act., VIII, 20) ? Il ne saurait le faire. C'est pour que les portes de l'enfer ne prévalent point contre l'Église qu'elle a été fondée sur ce roc ( Matth., XVI, 18). Si je m'exprime ainsi, ce n'est que d'après ceux qui ne parlent que sous l'inspiration de l'esprit de Dieu.

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LETTRE CCCXLVII. Au MÊME PAPE INNOCENT.

L’an 1141.

Saint Bernard recommande au pape Innocent les députés de l'Église d'York qui se rendent à Rome à cause de l’affaire de l'archevêque Guillaume.

A son bien-aimé père et seigneur le pape Innocent, le frère Bernard, abbé de Clairvaux, salut et l'hommage de son néant.

Les personnes qui se présentent en ce moment devant vous sont des hommes simples, droits et craignant Dieu; il n'y a que l'esprit de Dieu qui les amène à vos pieds, ils n'ont en vue que la justice; toute leur ambition se borne à obtenir qu'elle leur soit rendue. Daignez, je vous en prie, jeter un regard favorable sur ces pauvres religieux a fatigués de la route qu'ils ont faite. Il n'a fallu rien moins que le motif, qui les pousse pour les déterminer à entreprendre un si long voyage, afin d'arriver jusqu'à vous, à braver la longueur du chemin par terre et ses périls sur mer, à ne compter pour rien enfin ni la neige des Alpes, ni les dépenses d'un pareil voyage, qui sont énormes pour de pauvres religieux comme eux. Je vous conjure donc, très-saint Père, de ne pas permettre que les intrigues ni l'ambition de qui que ce soit réussissent à rendre vaines de pareilles fatigues, surtout quand on songe que ces bons religieux ne recherchent en toutes choses que l'intérêt de Jésus-Christ et ne comptent le leur pour rien; car je ne pense pas que leurs ennemis mêmes, s'ils en ont, les soupçonnent de s'être embarqués dans cette affaire par un motif personnel de haine ou d'amour qui ne soit pas le pur amour de Dieu. Que ceux donc qui tiennent pour Dieu se mettent de leur côté. Si l'arbre infructueux occupe plus longtemps la terre, à qui s'en prendra-t-on, sinon à celui qui tient la coignée en main?

a C'étaient fort probablement l'abbé et quelques religieux de Wells, car ils se montrèrent, ainsi que les religieux de Ridat dont il est question dans les deux lettres suivantes, fortement opposés à l'intrus Guillaume.

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LETTRE CCCXLVIII. AU MÊME PAPE INNOCENT.

L’an 1141

Pour Arnoulphe (a), élu évêque de Lisieux.

A son bien-aimé père et seigneur Innocent, par la grâce de Dieu souverain pontife, Bernard, abbé de Clairvaux, l'hommage de son néant.

1° Béni soit Dieu le père de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour avoir de nos jours consolé son Église, l'épouse sans tâche de son Fils bien-aimé, et l'avoir affranchie de l'oppression des méchants et rendue à la liberté. Les schismes (b) sont éteints, les hérésies exterminées, et la tête orgueilleuse des grands abaissée à vos pieds. Je me rappelle avoir vu, pendant le schisme, l'impie marcher la tète haute, aussi haute que les cèdres du Liban, je n'ai fait que passer, il n'était déjà plus; et pendant le règne de l'hérésie, je vis une multitude d'erreurs renaître de leurs cendres, et maintenant la bouche des hérétiques est réduite au silence. Le tyran de Sicile se trouve à présent aussi profondément humilié sous la main du Tout-Puissant, qu'il s'était jadis montré fier et hautain; enfin, de quelque côté qu'on jette les yeux, partout on voit les fruits de la victoire que l'Église a remportée par vos soins, avec le puissant secours dit bras du Très-Haut.

2° Il reste pourtant une ombre au tableau, c'est le comte c d'Anjou, ce puissant oppresseur des gens de bien, cet ennemi de la paix et de la liberté de l'Église. Il dirige maintenant ses coups contre l'Église de Lisieux, dont il veut que le pasteur entre dans sa bergerie par une autre entrée que celle de la porte légitime. Mais on ne saurait annuler ce qui a été fait, et si un juge sage et prudent examine et pèse la manière dont les choses se sont passées, il est impossible qu'il ne conclue pas à la confirmation de tout ce qui s'est fait, tant il est évident qu'il ne s'est rien fait que pour le bien. D'ailleurs, tout concourt à le prouver : le sujet élu, la forme qu'on a observée dans son élection, celui qui l'a conduite et même l'adversaire qui la combat. En effet, s'il s'agit de la personne de celui qui a

a Arnoulphe était archidiacre de Séez quand il fut élu, en 1141, évêque de Lisieux en Neustrie; c'était un homme instruit qui s'était fait un nom par ses lettres; Pierre le Vénérable écrivit au pape Innocent à l'occasion de son élection, une lettre qui est la septième du livre IV. Cette lettre de saint Bernard commença par être placée la dernière, c'est-à-dire la ;trois cent soixante-septième dans l'édition de Jean Picard. Horstius l'omit dans la sienne ; mais elle se retrouve dans le tome III du Spicilège. Il a déjà été question de cet Arnoulphe dans la deux cent quarante-huitième lettre.

b D'Anaclet et de Victor, et l'hérésie de Pierre Abélard.

c Geoffroy Plantagenet fils de roulque, roi de Jérusalem et père de Henri II, roi d'Angleterre.

été élu, il se trouve que vous avez en lui un de vos fils les plus chers et les plus goûtés. Si on ne considère que la marche suivie dans cette élection, il ne s'en peut voir où les règles établies et les saints canons aient été observés avec une plus entière liberté. Faut-il parler de celui qui a conduit toute cette affaire? C'est un homme pieux et craignant Dieu. Enfin, si on se demande quel adversaire rencontre cette élection. on est forcé de reconnaître que c'est un homme qui n'a pas Dieu pour lui dans ce qu'il fait; un ennemi déclaré de l'Église et de la croix de Jésus-Christ. D'ailleurs, toutes les fois qu'il y a doute sur le jugement qu'on doit porter d'une chose, il n'est guère de meilleur moyen pour savoir à quoi s'en tenir que de voir si elle a les sympathies des gens de bien et si elle dépilait aux méchants. On objecte que le comte d'Anjou en a appelé à Rome; mais pour quel sujet, je vous le demande, a-t-il interjeté cet appel? quel tort, quel dommage lui a-t-on fait? Loin d'être opprimé, il est oppresseur; aussi n'est-ce point pour repousser une injustice qu'il a recours à cet appel, mais pour entraver la consécration d'un évêque.

3. Puisque tout dans cette affaire, non-seulement la piété de celui qui l'a conduite, mais votre affection pour la personne de l'élu et la justice de sa cause, concourent à la même conclusion, il semblera peut-être inutile que j'intercède auprès de vous en faveur de celui dont l'humilité a déjà eu recours à votre autorité; je le ferai pourtant et je parlerai à mon Seigneur, quoique je ne sois que cendre et poussière; oui, je parlerai, moi l'humble serviteur de l'Epouse, à l'ami de l'Epoux et je le prierai de ne pas trouver mauvais ce que je me permettrai de lui dire. Du levant au couchant, l'Eglise est commise à vos soins, vous devez lui servir de mur et de rempart contre toutes les attaques de ses ennemis, et, à l'ombre de vos ailes, abriter tous ses enfants. Recevez donc l'évêque de Lisieux comme le propre fruit des entrailles maternelles de l'Eglise romaine, et renvoyez-le comblé de joie et de bénédictions afin que ses ennemis ne puissent se vanter de l'avoir emporté sur lui. Armez-vous de votre glaive, ô mon père, et défendez la cause d'un de vos fils qu'on opprime; terrassez son ennemi et assurez la liberté de l'Église, car nous ne sommes pas les enfants d'une mère esclave, mais de celle qui, comme nous, est libre de la liberté du Christ.

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LETTRE CCCXLIX . AU MÊME PAPE.

L’an 1141.

Saint Bernard recommande un de ses amis au pape Innocent.

A son bien-aime père et seigneur Innocent, par la grâce de Dieu souverain pontife, le frère B..., abbé de Clairvaux, l'hommage de son néant.

Je ne veux point profiter seul du crédit dont je jouis auprès de vous, il faut que je le partage avec mes amis, d'autant plus que je ne crains pas que ce trésor ne puisse suffire en même temps à eux et à moi : il est si grand que je puis convier une foule d'amis à venir y puiser sans appréhender de le trouver vide quand j'irai moi-même. C'est pour mol un bien gratuit, j'en fais part, avec la même libéralité que vous me le donnez. Je vous recommande donc celui qui doit vous remettre cette lettre, et qui d'ailleurs se recommande assez de lui-même. C'est un ami des pauvres de Jésus-Christ et le serviteur de vos serviteurs ; aussi prié je Votre Excellence, s'il a affaire avec vous, de l'accueillir avec votre bonté habituelle pour l'amour de moi, ou plutôt à cause de son propre mérite qui est assez grand pour que vous l'écoutiez d'une oreille favorable.

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LETTRE CCCL. AU MÊME PAPE.

L’an 1141

Saint Bernard demande ait Pape sa bénédiction pour un de ses parents.

Le jeune homme qui vous remettra cette lettre passe pour un brave et vaillant militaire; il se rend à Jérusalem pour combattre de meilleurs combats que dans nos contrées. II veut que je vous prie de bénir sa sainte entreprise, de l'honorer de votre faveur et de le soutenir de vos prières. Il est mon parent, or, comme dit le Prophète, je dois prendre intérêt aux membres de ma famille.

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LETTRE CCCLI. AU MÊME PAPE.

Saint Bernard recommande quelques pauvres au pape Innocent.

Il ne se passe presque pas de jour que je ne vous écrive pour vous présenter quelque requête; je me trouvé dans la nécessité ou de manquer au devoir de l'amitié en refusant de vous écrire, ou de vous importuner en me laissant aller à vous solliciter; en même temps que la voix de l'amitié m'excite à vous prier, la crainte d'être importun me dissuade de le faire, et peu s'en faut que la dernière ne l'emporte sur la première. Riais, après tout, je me dis que l'Épouse de Jésus-Christ n'a pas d'autre asile où reposer sa tête et recourir dans ses tribulations et ses misères due l'ami de son Epoux. Les pauvres que vous voyez devant vous vous sont envoyés par des pauvres comme eux, ils ont bravé les dangers d'un long voyage par terre et par mer pour venir s'abriter à l'ombre de vos ailes et se reposer sur le roc même de la foi catholique, dans le sein charitable du successeur des apôtres. Ils ont eu beaucoup à souffrir des méchants, qui ne leur ont guère épargné les peines et les tribulations; mais la manière dont vous entendez les devoirs de votre charge apostolique et dont vous agissez depuis longtemps m'est un sûr garant que vous ne ferez acception de personne en faveur du riche contre le pauvre qui a recours à vous; aussi n'est-ce que pour être agréable aux religieux de notre ordre qui vous envoient ces pauvres, que je vous prie de prêter l'oreille à leurs voeux, en raison de la justice de leur cause et en vue de celui qui ne rejette jamais la prière du pauvre.

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LETTRE CCCLII. OU PRIVILÈGE (a) ACCORDÉ A SAINT BERNARD PAR LE PAPE INNOCENT II.

Le pape Innocent accorde de très-grands privilèges à saint Bernard et à l'ordre de Cîteaux, à cause des éminents services rendus au saint Siège par saint Bernard.

Innocent, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à son très-cher fils Bernard, abbé de Clairvaux, et à tous ses successeurs légitimes à perpétuité...., etc.

C'est à vous, l'abbé Bernard (b), mon très-cher fils en Dieu, c'est à l'inébranlable et infatigable constance, au zèle pieux et au discernement dont vous avez fait preuve pour la défense de l'Église romaine pendant le schisme de Pierre de Léon, c'est à l'énergie avec laquelle vous vous êtes posé comme un mur d'airain autour de la maison d'Israël, c'est au zèle avec lequel, par de nombreuses et pressantes raisons, vous avez fait entrer dans l'unité catholique et replacé sous l'autorité du successeur de Pierre, les rois, les princes et toutes les puissances tant ecclésiastiques

a Il nous a semblé que nous devions placer après toutes les lettres de saint Bernard au pape Innocent ce privilège que nous trouvons dans le Spicilège, tome X, page 353, à l'histoire de l'abbaye de Fontaines-Blanches, du diocèse de Tours.

b Geoffroy rapporte ces paroles au livre III de la Vie de saint Bernard, n. 22.

que séculières, que sont dus les grands et précieux avantages dont l'Eglise de Dieu et nous-mêmes jouissons à présent. Pour reconnaître de si grands services et répondre à vos justes désirs, nous plaçons sous la protection du saint Siège apostolique la maison de la bienheureuse vierge Marie, dont vous êtes présentement abbé, ainsi que toutes celles qui en dépendent; nous ordonnons que tous les biens qu'elle possède actuellement, conformément au droit et aux canons, et tous ceux qu'elle acquerra désormais soit de la munificence du saint Siège, soit de la libéralité des princes et des rois, soit enfin de la générosité des fidèles ou à tout autre titre légitime, vous appartiennent à perpétuité, à vous et à vos successeurs légitimes. Nous défendons de plus à tous, soit évêques ou archevêques, de citer ni vous, ni vos successeurs, ni aucun abbé de l'ordre de Cîteaux, à comparaître devant quelque concile ou synode que- ce soit, excepté dans les causes qui concernent la foi. Et, comme l'abbaye de Cîteaux est le principe et la source de l'ordre tout entier, nous voulons qu'elle ait le privilège, à la mort de son abbé, d'en élire un parmi tous les abbés et religieux de l'ordre, sans que personne puisse faire opposition à l'exercice de ce droit ; nous accordons de même à toutes les autres abbayes de l'ordre de Cîteaux, qui en ont une ou plusieurs autres sous leur dépendance ou fondées par elles, la faculté, à la mort de leur propre abbé, de s'en choisir un à leur gré parmi ceux qui dépendent d'elles, ou parmi tops les religieux de l'ordre de Cîteaux ; enfin les abbayes qui n'en ont pas d'autres sous leur dépendance pourront se choisir un abbé parmi tous les religieux de l'ordre sans aucune exception. De plus, nous voulons qu'aucun archevêque, évêque ou abbé ne puisse recevoir ou retenir, sans votre consentement, aucun frère convers qui aura fait profession dans une de vos maisons, bien qu'il ne soit point religieux. Nous vous exemptons aussi de payer la dîme des terres que les religieux de votre ordre font valoir de leurs propres mains ou à leurs frais et des animaux qu'ils nourrissent. Que personne donc....

La paix de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec tous ceux qui conserveront à vos maisons les biens qui en dépendent; qu'ils reçoivent ici-bas la récompense de cette bonne action, et que plus tard le souverain Juge leur donne le prix de l'éternelle félicité. Ainsi soit-il. Innocent, évêque de l'Eglise catholique; Matthieu, évêque d'Albano; Romain, cardinal diacre de Sainte-Marie-du-Portique; Jean, cardinal prêtre du titre de Saint-Chrysogone; Grégoire, cardinal diacre du titre des saints Sergius et Bacchus. Donné à Lyon, de la main d'Haimeric, cardinal diacre et chancelier de la sainte Eglise romaine, le 17 février, indiction XI, l’an de grâce 1131 , la troisième année du pontificat du pape Innocent II.

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LETTRE CCCLIII. A GUILLAUME (a), ABBÉ DE RIDAL.

L’an 1141

Saint Bernard exhorte l'abbé Guillaume à supporter patiemment l'injuste ordination de l'archevêque d'York.

A son très-cher frère et confrère Guillaume, abbé de Ridal, le frère Bernard de Clairvaux, salut avec l'esprit de conseil et de force.

J'ai appris avec une vive douleur ce qui s'est fait su sujet de votre archevêque; aussi, connaissant votre zèle et craignant qu'il ne s'enflammât beaucoup trop et ne dépassât les bornes au détriment de notre ordre et de votre maison, j'ai cru que je devais vous écrire quelques mots de consolation et vous rappeler que nous devons supporter avec patience les maux où notre conscience n'est point engagée, car je sais très-bien que vous n'êtes pour rien dans le mal qui s'est fait et que vous n'avez rien à vous reprocher de ce côté-là; vous vous y êtes même opposé de toutes vos forces. Or d'après saint Augustin * , les fautes d'autrui ne nous sont point imputables si nous n'y consentons point, elles le sont bien moins encore si nous les condamnons; ne vous tourmentez et ne vous découragez donc point. Pour ce qui est des ordinations et des autres sacrements, rappelez-vous bien que celui qui baptise et consacre n'est autre que Jésus-Christ même, le vrai pontife de nos âmes; toutefois, il n'y a pas lieu de contraindre à recevoir les ordres de sa main ceux qui auraient de la répugnance à le faire. Mais je n'en tiens pas mains pour certain qu'on n'a rien à craindre dès que les sacrements qu'on reçoit sont administrés selon les règles de l'Eglise. S'il en était autrement, il faudrait sortir clé ce monde; car je ne connais pas d'autre moyen d'éviter tous les méchants que l'Eglise tolère. Pour en finir, le Pape ne tardera pas à être informé de toute cette affaire, vous pourrez régler sans crainte votre conduite sur ce qu'il aura décidé ou prescrit; mais en attendant son jugement, sachez souffrir avec calme et patience.

a Ce Guillaume, abbé de Ridal, monastère de l'ordre de Cîteaux, situé dans le diocèse d'York, est le même que celui qui écrivit la première lettre de saint Bernard sous sa dictée. Voir sur l'abbaye de Ridal le Monasticon d’Angleterre, page 727.

* Sermon 18, sur les paroles du Seigneur, chap. 18. Deux circonstances où le péché d’autrui ne nous peut être imputé. Que penser des ordinations faites par un évêque intrus. Voir sa lettre 321.

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LETTRE CCCLIV. A MÉLISENDE, REINE DE JÉRUSALEM, FILLE DU ROI BAUDOIN ET FEMME DU ROI FOULQUES.

L’an 1142

Saint Bernard donne à cette reine des conseils sur la conduite qu'elle doit tenir après la mort du roi Foulques, son mari.

A l'illustrissime reine de Jérusalem, M..., Bernard, abbé de Clairvaux, salut et valu qu'elle trouve grâce auprès de Dieu.

Si je n'envisageais que voire titre de reine, votre puissance et votre naissance illustre, je pourrais me croire indiscret de vous écrire au milieu des soins multipliés et des embarras sans nombre qui vous assiègent au sein de votre cour; tous les titres que vous avez jettent un vif éclat. aux yeux des bommes, et ceux qui ne les possèdent pas portent envie à ceux qui les ont et ne trouvent d'heureux que ceux dont ils sont le partage. Hélas! quel bonheur véritable peut- il y avoir dans la possession de biens qui ont moins de durée que l'herbe des champs et sont aussi fragiles et périssables qu'elle? Ce sont des biens, je le veux, mais pourtant comment appeler ainsi des choses qui n'ont rien de stable, qui changent tous les jours et sont destinées à passer et à périr, parce qu'elles participent en quelque chose à la chair dont il est dit : « Toute chair n'est que de l'herbe et toute sa gloire est pareille à la fleur des champs (Isa., XL, 6) ? » Ce ne sont donc pas tous ces titres qui devaient m'empêcher de vous écrire, puisque l'éclat en est fugitif et la beauté vaine. Pourtant la pensée des soins nombreux qui vous assiègent fera que je renfermerai en quelques lignes ce que j'ai à vous dire et que je vous prie de vouloir bien écouter. Mes conseils seront courts mais salutaires; daignez les recevoir des lointains pays d'où ils vous viennent comme une petite semence qui produira un jour une moisson abondante; ce sont les conseils d'un ami qui n'a point en vue ses propres intérêts et qui ne pense qu'à votre gloire; vous savez que vous n'aurez jamais de meilleurs conseillers que ceux qui ne songent qu'à vous, sans regarder aux faveurs dont vous pourriez les combler. Le roi votre époux est mort; le roi votre fils est trop jeune pour supporter le poids de la couronne; tout le monde a les yeux tournés vers vous, car c'est à vous que reviennent tous les embarras du gouvernement. Armez-vous donc de courage, montrez dans un corps de femme l'énergie d'un homme qui ne s'inspire dans toutes ses actions que de pensées de force et de sagesse. Conduisez-vous en toute occasion avec tant de prudence et rte modération que chacun s'imagine que ce n'est glas une reine mais un roi qui continue à gouverner; ne donnez point lieu aux étrangers de se demander où est le roi de Jérusalem. Je ne le puis, direz-vous, cela dépasse mes forces et ma capacité. Il faut être homme pour agir comme vous me le conseillez; or je ne suis qu'une pauvre femme faible, impressionnable, inhabile et tout à fait novice dans les affaires. Je le sais, ma fille, et tout cela est sérieux, mais je sais aussi que. si les flots soulevés de la mer sont puissants, Celui qui de là-haut les calme est plus puissant encore. Oui certainement, les devoirs que vous avez à remplir sont grands, mais Dieu qui est notre aide et notre soutien est bien grand aussi et sa puissance est infinie.

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LETTRE CCCLV. A LA MÊME REINE DE JÉRUSALEM.

L’an 1142

Saint Bernard recommande à la reine de Jérusalem des religieux de Prémontré qui se rendaient en terre sainte.

Je présume tellement de vos bontés que je me permets de vous recommander les religieux de Prémontré : cette recommandation ne vous paraîtra peut-être pas moins présomptueuse de ma part qu'inutile à ces bons frères qui se recommandent assez par eux-mêmes pour n'avoir pas besoin que j'intercède pour eux. Vous trouverez en eux, si je ne me trompe, des hommes de conseil, des religieux aussi fervents pour leurs devoirs et patients dans l'épreuve que puissants en oeuvres et en paroles. S'ils vous arrivent recouverts des armes de Dieu et les flancs ceints du glaive de l'esprit, c'est-à-dire du glaive de la parole, ce n'est pas pour combattre les combats de la chair et du sang, mais c'est pour faire la guerre aux puissances mauvaises de l'air. Recevez-les comme des guerriers pacifiques, doux aux hommes et redoutables seulement aux démons; ou plutôt recevez en eux Jésus-Christ même, la cause unique du voyage qu'ils entreprennent.

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LETTRE (a) CCCLVI. A MALACHIE ARCHEVÊQUE D'IRLANDE.

L’an 1141.

Saint Bernard renvoie à Malachie les religieux qu'il lui avait contés et s'excuse sur la multitude de ses affaires de ne les avoir point dressés et formés aussi parfaitement qu'il l'eût désiré aux pratiques de la vie religieuse.

A Malachie, évêque par la grâce de Dieu et légat du saint Siège, le frère Bernard, abbé de Clairvaux, salut et tout ce que peuvent la prière d'un pécheur et le dévouement d'un pauvre religieux.

J'ai fait ce que Votre Sainteté m'a demandé, sinon comme je l'aurais voulu, du moins aussi bien que le peu de temps dont je dispose me l'a permis. Je suis accablé d'affaires si nombreuses et si difficiles, que je ne sais même pas comment j'ai pu réussir à faire le peu que j'ai fait. Je ne vous envoie due quelques grains, comme vous le voyez ; vous en aurez à peine assez pour ensemencer un petit coin du champ où le véritable Isaac s'était retiré pour donner un libre cours à ses pensées, la première fois qu'il aperçut la jeune Rébecca, que le serviteur d'Abrabant son père lui amenait pour l'unir à jamais à lui par les liens d'un éternel mariage (Gen., XXIV, 61). Mais ne méprisez pas cette faible semence, sans elle nous verrions aujourd'hui s'accomplir au milieu de vous ces paroles du Prophète : « Si le Seigneur ne vous l'avait ménagée nous serions devenus semblables à Sodome et à Gomorrhe (Isa., I, 9). » Je l'ai répandue dans votre champ, c'est à vous de l'arroser maintenant, et Dieu la fera croître. Je vous prie de saluer tous les saints religieux qui sont auprès de vous et je me recommande à leurs prières ainsi qu'aux vôtres. Adieu.

a Usber, pour qui cette lettre est la quarante-troisième des lettres irlandaises, en prend occasion d'entrer dans quelques détails sur l'abbaye de Monaster-Mohr et sur plusieurs autres maisons de Cisterciens de la même province.

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LETTRE CCCLVII. AU MÊME ARCHEVÊQUE.

L’an 1142

Saint Bernard prie Malachie non-seulement de lui continuer son affection, mais de redoubler même d'amitié pour lui, et lui demande de lui en donner des preuves dans le boit accueil qu'il le prie de faire aux religieux qu'il lui envoie.

A son bien-aimé père et très-révérend seigneur Malachie, évêque par ta grâce de Dieu, et légat du saint Siége apostolique, le serviteur de Sa Sainteté, le frère Bernard, abbé de Clairvaux, salut et l'assurance de ses humbles prières.

1. Vos paroles, mon très-cher Père et seigneur, me semblent aussi douces à entendre que le miel à goûter, et c'est pour moi un bonheur de penser à Votre Sainteté. Si je suis capable de quelques sentiments d'affection, de dévouement et de reconnaissance, vous les méritez tous par l'amitié que vous me témoignez. Mais je crois toute protestation superflue en présence de sentiments qui débordent; l'esprit de Dieu qui est en vous, vous rend témoignage, j'en suis sûr, que dans mon néant je vous suis entièrement dévoué. Mais vous, de votre côté, Père bien-aimé et vivement regretté, ne perdez pas le souvenir d'un pauvre religieux qui vous est attaché du fond de son âme et par tous les liens de l'affection, daignez ne pas l'oublier. Je ne vous demande pas de m'accorder votre amitié, comme si depuis longtemps déjà mon néant n'en fût honoré dans le Seigneur; mais je voudrais voir augmenter tous les jours une affection déjà ancienne pour moi. Je vous recommande mes enfants ou plutôt les vôtres, d'autant plus vivement qu'ils se trouvent maintenant plus loin de moi. Vous savez qu'après Dieu je n'ai pas eu autre chose en vue que de céder, en vous les envoyant, à vos désirs; c'étaient pour moi des ordres auxquels il me semblait que je n'aurais pu résister sans offenser Dieu. Agissez donc maintenant comme il est juste que vous le fassiez, ouvrez-leur les entrailles de votre charité et qu'ils ressentent les effets de votre protection; ne vous lassez jamais de cultiver avec sollicitude et diligence ce jeune plant que votre main a planté, si vous ne voulez pas qu'il périsse.

2. J'ai appris par votre lettre et par le récit de nos frères que votre maison est déjà dans un état prospère et qu'elle grandit en même temps au temporel et au spirituel, je vous en félicite de tout mon coeur et j'en rends de grandes actions de grâces à Dieu, ainsi qu'à votre paternelle sollicitude. Mais, comme les nouveaux établissements religieux réclament une plus grande vigilance, surtout dans un pays et au milieu de populations où la vie monastique a été inconnue jusqu'à présent, je vous conjure, au nom de Dieu, de ne pas cesser de soutenir cette maison et de. travailler à mener à bonne fin une œuvre que vous avez si heureusement commencée. J'aurais vu avec satisfaction nos religieux rester chez vous; mais il peut se faire que ceux de votre pays, dont les moeurs sont moins régulières et qui ont témoigné une plus grande répugnance pour nos observances qui étaient nouvelles pour eux, aient été en grande partie la cause que nos religieux sont revenus ici.

3. Je vous ai renvoyé le religieux Chrétien, mon très-cher fils et le vôtre, après l'avoir instruit le mieux qu'il m'a été possible, de tout ce qui concerne notre ordre,et j'espère qu'il sera encore plus exact à le faire observer. Ne soyez pas étonné que je ne vous envoie point d'autres religieux avec lui; il n'est pas facile d'en trouver qui soient tels qu'il vous les faut et qui consentent à se rendre dans votre pays; or je n'ai pas cru devoir forcer personne à le faire. Notre très-cher frère Robert a a bien voulu, en fils obéissant, consentir sur ma demande à se rendre auprès de vous; vous voudrez bien l'aider de tout votre pouvoir soit pour les constructions qu'il aura à faire, soit pour tout ce qu'exigera l'établissement que vous projetez. Je vous conseille aussi de suggérer aux religieux sur lesquels vous comptez pour la maison que vous fondez, la pensée de s'unir aux nôtres; la maison y gagnera et votre autorité n'en deviendra que plus respectée. Que Votre Sainteté se souvienne toujours de moi devant le Seigneur et jouisse d'une parfaite santé.

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LETTRE CCCLVIII. AU PAPE CÉLESTIN.

L’an 1142

Saint Bernard implore le secours et l'intervention du Pape pour procurer la paix à Thibaut, comte de Champagne.

Je m'unis au comte Thibaut pour vous faire la même prière que lui; il est un enfant de paix, il ne désire rien tant que la paix et c'est à vous que nous nous adressons pour l'obtenir. Vous n'êtes le successeur des apôtres et vous n'occupez leur place que pour travailler au règne de la paix; mais il y a peu de gens qui s'en montrent dignes. On ne peut nier que votre serviteur ne soit du nombre de ceux qui aiment la paix, est-il

a On ne sait pas bien quel est ce Robert. Peut-être est-ce le même que celui dont a parlé Serlon dans l’histoire de l'abbaye de Wells, tome I du Monasticon d'Angleterre, pages 742 et 749. Après avoir été religieux de l'abbaye de Witteley, il avait fait cause commune avec les religieux sortis du monastère d'York, dont il est question dans la lettre quatre-vingt-quinzième et suivantes. Peut-être aussi ce Robert n'est-il autre que le parent de saint Bernard. Ce serait alors le même que celui à qui est adressée la première lettre de notre Saint.

aussi de ceux qui méritent d'en jouir? C'est à vous d'en juger; mais quand ni lui ni moi n'en serions dignes, le bien de l'Epouse du Christ, qui n'est autre que l'Église, la réclame pour nous, et l'ami de l'Epoux ne saurait contrister son Epouse. D'ailleurs, c'est au saint Siège qu'il appartient d'étendre sa sollicitude à toutes les Eglises du monde et de travailler à les tenir unies sous son autorité; c'est donc pour lui aussi un devoir de faire en sorte qu'elles conservent toutes entre elles l'unité d'un même esprit dans les liens de la paix. Procurez-nous donc la paix, travaillez à nous en faire jouir, sinon pour vous acquitter d'une dette à notre égard, du moins pour agir selon l'esprit de votre ministère. Je m'arrête de peur de paraître vous donner un ordre.

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LETTRE CCCLIX. LES RELIGIEUX DE CLAIRVAUX AU PAPE CELESTIN.

L’an 1153

Les religieux de Clairvaux désirent que le Pape détourne l'abbé de Morimond de faire le pèlerinage de Jérusalem.

Au souverain Pontife C..., le petit troupeau de Clairvaux, l'hommage du plus humble et

entier dévouement et tout ce que peut la prière des pauvres.

Nous sommes heureux de vous voir occuper la place de celui qui disait que sa préoccupation quotidienne était le soin de toutes les Eglises; malgré l'importance de vos occupations et notre indignité, poussés par une impérieuse nécessité, nous osons réclamer un moment d'attention de votre bonté paternelle et nous avons la confiance que nous n'essuierons pas un refus. Vous en serez bien récompensé par celui qui vous dira un jour : « Ce que vous avez fait au plus petit des miens, c'est à moi même que vous l'avez fait (Matth., XXV, 40).» Ce n'est pas seulement notre communauté, mais notre ordre tout entier, que la cause dont il s'agit intéresse. Certainement si notre supérieur général, votre fils, ne s'était pas trouvé absent (a) au moment où cette supplique vous a été adressée, il serait allé en personne se plaindre à Votre Majesté, ou du moins il vous aurait écrit de sa propre main cette lettre de gémissements et de larmes. Pour ne pas tenir plus longtemps votre charité en suspens, nous vous dirons qu'un de nos frères, l'abbé de Morimond (b), a eu la légèreté de quitter le monastère dont il était chargé, sous prétexte d'en

a Un glossème s'était glissé eu cet endroit pour faire entendre que ce supérieur se trouvait alors absent par une circonstance toute fortuite et ne connaissait pas encore ce qui s'était passé.

b C'était Rainaud, quatrième abbé de Morimond, depuis l'abbé Arnold qui fut le premier et qui abandonna aussi son poste. Voir la lettre quatrième. Rainaud avait été abbé pendant quinze ans.

d’entreprendre le pèlerinage de la terre sainte; on dit qu'il a fintentioni avant de passer outre, d'essayer de surprendre votre prudence et d'extorquer de Votre Sainteté l'approbation de son dessein. Si par malheur il réussit à l'obtenir, il en résultera certainement les plus désastreuses conséquences pour notre ordre tout entier. A son exemple, on verra d'autres abbés se décharger du poids de leur charge quand il leur semblera trop lourd, dès qu'ils croiront le pouvoir sans pécher, d'autant plus que parmi nous la supériorité est plutôt un fardeau qu'un Honneur. Cet abbé., pour achever de désoler la maison qui lui avait été confiée, a fait partager ses projets de voyage aux plus exemplaires et aux plus saints de ses religieux et les a emmenés avec lui, ainsi qu'un jeune homme de distinction qu'il a enlevé jadis de Cologne comme vous le savez, non sans donner un scandale qui n'est dépassé que par celui qu'occasionne aujourd'hui ce second enlèvement.. Il alléguera peut-être comme on l'a dit, qu'il a l'intention d'observer dans ces pays toutes les règles de l'ordre, et due c'est dans cette pensée qu'il se fait suivre d'un certain nombre de religieux; mais il n'est personne qui ne sache que la Palestine a plus besoin de soldats pour combattre, que de moines pour chanter ou pleurer. Quel préjudice ne résultera-t-il pas de là pour notre ordre en particulier? En effet, dès qu'un religieux se mettra en tète de courir le monde, il ne s'en fera plus scrupule, et entreprendra le pèlerinage d'un pays où il pourra trouver à pratiquer sa règle. Nous ne serons pas assez présomptueux pour vous suggérer le parti qu'il vous convient de prendre et ce que vous devez ordonner; mais nous vous supplions de tout examiner avec votre discernement habituel.

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