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Tome II

LETTRE CCCLXIV. A PIERRE, ABBÉ DE CLUNY.

Notes de Horstius et de Mabillon.

LETTRE CCCLXV. A HENRI, ARCHEVÊQUE DE MAYENCE.

Notes de Horstius et de Mabillon.

LETTRE CCCLXVI. A L'ABBESSE HILDEGARDE.

Notes de Horstius et de Mabillon.

Tome II

LETTRE CCCLXIV. A PIERRE, ABBÉ DE CLUNY.

L’an 1146

Saint Bernard engage Pierre le Vénérable à se rendre à l'assemblée qui doit se réunir à Chartres pour l'expédition de la terre sainte.

A son très-aimable et vénérable père Pierre, par la grâce de Dieu abbé de Cluny, le frère Bernard, salut et l'assurance de ses indignes prières.

1. Je pense due les tristes gémissements et les cris lamentables (a) de l'Eglise d'Orient sont arrivés jusqu'à vos oreilles et ont percé votre âme de douleur; il est digne du haut rang que vous occupez de témoigner votre compassion pour l'état où se trouve réduite cette Eglise qui fut le berceau de toutes les Eglises, surtout en ce moment-ci, où elle est cruellement affligée et exposée aux plus grands périls. Oui, plus vous êtes élevé dans la maison de Dieu, plus vous devez être dévoré de zèle pour l'Eglise de Celui qui vous a fait ce que vous êtes Oit sera notre amour pour Dieu, notre charité pour le prochain si nous demeurons froids, si notre coeur et nos entrailles sont insensibles à la vue de semblables malheurs et de pareils désastres ? Ne serions-nous pas les plus ingrats des hommes, nous que le Seigneur a, pendant ces jours mauvais, mis à l'abri des épreuves, à l'ombre de ses tentes, de ne pas rechercher, avec toute l'ardeur possible, un moyen de remédier à tant de maux et de conjurer de si grands périls ? ne mériterions-nous pas alors d'être d'autant plus sévèrement traités que nous aurions montré moins de zèle

a Après la prise d'Edesse, dont les Sarrasins venaient de se rendre maîtres de la manière qu'on peut voir dans les notes placées à la fin du volume.

pour sa gloire et pour le salut de nos frères ? Vous voyez avec quelle confiance et quelle familiarité je vous fais part de mes pensées; je me trouve porté à agir de la sorte par les témoignages de bienveillance dont Votre Excellence daigne combler mon indigne personne.

2. Or nos pères les évêques de France, le roi notre maître, et les grands du royaume doivent se réunir à Chartres a le troisième dimanche après Pâques pour traiter ensemble de cette grande affaire: puissions-nous être assez heureux pour vous voir assister à cette assemblée; car, dans des conjonctures aussi délicates, on a besoin des conseils des hommes les plus éminents. Vous ferez certainement une oeuvre agréable à Dieu si vous prenez cette chose à coeur et si votre charité déploie tout son zèle, dans un moment aussi opportun et en face de pareilles tribulations, Vous savez, père bien-aimé, que c'est surtout dans le besoin qu'on éprouve ses amis. Je suis convaincu que votre présence sera d'un grand poids en faveur de l'expédition sainte, non-seulement à cause du prestige qui s'attache à votre titre d'abbé de la sainte maison de Cluny, mais encore et beaucoup plus à cause de la sagesse profonde et de l'ascendant que vous tenez du Ciel et que Dieu ne vous a donnés que pour sa gloire et le bien des hommes. Puisse ce même Dieu vous inspirer la volonté de vous rendre à cette assemblée et de vous unir à tous les serviteurs que l'amour de son nom et le zèle de sa gloire y appelleront et qui tons ont le plus grand désir de vous y voir !

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Notes de Horstius et de Mabillon.

LETTRE CCCLIV.

212. Je pense que les tristes gémissements et les cris lamentables de l'Eglise d'Orient......., etc. En 1144, la ville d'Edesse, une des plus remarquables de la Mésopotamie, située au delà de l'Euphrate, convertie au christianisme du temps de Constantin le Grand, et devenue célèbre par la possession des reliques de saint Thomas qui avaient été rapportées des Indes dans ses murs, tomba au pouvoir des infidèles, qui en passèrent la population chrétienne au fil de l'épée. Voici en quels termes s'exprime à ce sujet Guillaume de Neubridge, dans son histoire d'Angleterre: « Par un secret dessein de la Providence, les Sarrasins avaient partout le dessus sur les Chrétiens. Après s'être emparés successivement des villes les plus importantes, telles qu'Alexandrie, Antioche, Jérusalem et Damas, ils s'étaient rendus maîtres de l'Egypte, de la Syrie et de toutes les autres contrées de l'Orient occupées par les Chrétiens, seule Edesse avait tenu constamment éloigné de ses murs et même de son territoire, avec un invincible courage, les innombrables et féroces ennemis dont elle était entourée de toutes parts, et s'était maintenue libre jusqu'au temps de la première Croisade, qui remit les Chrétiens en possession d'Antioche et de Jérusalem arrachées au joug des Sarrasins. »

Un peu plus loin il raconte en ces termes la prise d'Edesse par les infidèles : « Un certain Arménius, habitant et citoyen d'Edesse, qui occupait une tour bâtie près des murs de la ville, profita de cette circonstance pour se venger du commandant d'Edesse qui avait violé sa fille; il s'entendit secrètement avec les Turcs et les introduisit dans la ville la nuit même de Noël; ils se précipitèrent sur la population, qu'ils trouvèrent rassemblée dans les églises et plongée dans la plus profonde sécurité. Ils massacrèrent tous les habitants avec leur évêque au pied même des autels. La surprise fit tomber les armes des mains à ceux qui auraient pu opposer quelque résistance, et les Sarrasins les passèrent tous au fil de l'épée. Voilà comment Edesse, l'antique nourrissonne de la Foi, fut prise et tomba aux mains souillées des infidèles, après avoir pendant tant de siècles résisté victorieusement à leurs armes. La rage des ennemis sévit avec fureur sur toute la contrée, dont ils se rendirent également maîtres, et la foi chrétienne disparut des pays situés au delà de l'Euphrate. A la nouvelle d'un si grand désastre, les Chrétiens émus....., etc. » Voir Guillaume de Neubridge, livre I de son Histoire d'Angleterre, chapitre XVIII.

Telle fut la cause des tristes gémissements, des cris lamentables de l'Eglise d'Orient, dont parle saint Bernard. (Note de Horstius.)

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LETTRE CCCLXV. A HENRI, ARCHEVÊQUE DE MAYENCE.

L’an 1146

Saint Bernard blâme un moine nommé Raoul qui prêchait aux chrétiens le massacre des Juifs.

A son vénérable seigneur et très-cher père Henri, archevêque de Mayence, Bernard, abbé de Clairvaux, salut et souhait qu'il trouve grâce devant le Seigneur.

1. J'ai reçu avec le respect qui lui était dû la lettre que vous m'avez fait l'amitié de m'écrire; je vais y répondre, mais en peu de mots, à cause des nombreuses affaires dont je suis accablé. La plainte que vous déposez dans mon cœur est pour moi un gage et une preuve de votre

a C'est dans cette assemblée que saint Bernard fut élu généralissime de l'expédition, titre qu'il refusa comme étant incompatible avec la profession religieuse et tout à fait étranger à ses habitudes. Voir la lettre deux cent cinquante-sixième au pape Eugène, n. 4 et sa trois cent soixante-troisième au clergé et aux fidèles de la France orientale, ainsi que les lettres de Suger dont la cent trente-troisième est de Pierre le Vénérable qui s'excuse de ne pas se rendre à l'appel de saint Bernard, sur ce que le chapitre général de Cluny se tenait le même jour que l'assemblée de Chartres.

affection et de votre extrême humilité. Qui suis-je en effet et d'où suis-je sorti, pour qu'un archevêque me choisisse pour confident du mépris qu'on fait de son autorité archiépiscopale et du peu de compte qu'on tient des droits de sa métropole? Je ne suis guère plus qu'un enfant qui ne sait ni d'où il vient ni où il va, mais qui toutefois n'a point oublié ces paroles pleines de vérité sorties de la bouche du Très-Haut: « Il est impossible qu'il n'y ait pas des scandales, mais malheur à celui par qui ils arrivent ( Matth., XVIII, 7). » Celui a dont vous me parlez dans votre lettre n'a reçu sa mission ni de Dieu, par le ministère des hommes; ni des hommes eux-mêmes : s'il prétend que le titre de religieux ou d'ermite dont il se pare, lui donne plein pouvoir et entière liberté d'exercer le ministère de la prédication, il doit savoir que l'office d'un religieux est de pleurer et non pas d'enseigner (saint Jérôme contre Vigilance, c. 6); Car pour un vrai religieux les villes sont des prisons et la solitude un paradis. Il n'en est pas ainsi pour celui dont vous me parlez: pour lui, c'est la solitude qui est une prison, et les villes un paradis. Cet homme sans coeur et sans honneur se trouve placé sur le chandelier pour que son extravagance paraisse plus clairement à tous les regards.

2. Je le trouve répréhensible en trois points considérables : d'abord, il s'ingère à prêcher; en second lieu, il ne tient aucun compte de l'autorité épiscopale, et enfin il pousse à l'homicide. Quelle est donc cette puissance d'un nouveau genre? Se croirait-il plus grand que notre père Abraham (Gen., XXII), qui s'abstint de frapper du glaive dès que celui qui en avait armé sa main le lui défendit? A-t-il quelque chose de plus que le prince des apôtres, qui demandait au Seigneur « s'il devait frapper de l'épée (Luc., XXII, 49) ? » Il est sage de la sagesse des Égyptiens, je veux dire, de la sagesse de ce monde qui n'est que pure folie aux yeux de Dieu, et il se charge de répondre à la question que l'Apôtre faisait au Sauveur, mais bien différemment de Celui qui dit à Pierre « Remettez votre épée au fourreau, car tous ceux qui se serviront de l'épée périront par l'épée (Matth. XXVI, 52,). » Eh quoi! l'Eglise ne triomphe-t-elle donc pas mille fois mieux des Juifs en les convainquant tous les jours d'erreur ou en les convertissant à la foi que si elle les exterminait tout d'un coup par un massacre général? Pourquoi fait-elle entendre du couchant à l'aurore cette prière pour les Juifs perfides (b) « Seigneur Dieu, déchirez le voile de leurs coeurs et faites-les passer de leurs ténèbres à la lumière de la vérité? » Il serait inutile de prier pour eux, si elle n'espérait pas qu'ils se convertiront un jour. Mais elle sait que celui qui se plait à rendre le bien pour le mal et l'amour pour la

a Il se nommait Raoul, comme on le voit dans Othon de Freisingen et dans les notes placées à la fin du volume.

b L'Eglise récite cette prière tous les ans, le vendredi saint, dans les mêmes termes que ceux dont saint Bernard se sert ici.

haine, a dans son coeur des trésors de grâce et de conversion. Que deviendraient donc ces mots du Psalmiste: « Ne les tuez point (Psalm. LVIII, 12), » et cette autre parole de l'Apôtre : « Quand toutes les nations seront entrées dans le bercail, ce sera le tour d'Israël d'être sauvé (Rom., II, 26); ou bien cette assurance du Prophète: « Le Seigneur reconstruira Jérusalem et rassemblera les enfanta dispersés d'Israël (Psalm. CXLVI, 2) ? » Sera-ce cet homme qui fera mentir les prophètes, et qui tarira la source des grâces et. des miséricordes de Jésus-Christ? Sa doctrine n'est pas sa doctrine, c'est celle de son père, de celui de qui il tient sa mission; on comprend alors qu'il veuille marcher sur les traces de son maître, de celui qui « fut homicide dès le commencement du monde (Joan., VII, 44), » qui aime le mensonge et en fut le premier auteur. Quelle science monstrueuse ! Quelle infernale sagesse que celle qu'on voit en opposition avec les paroles des prophètes, en contradiction avec la doctrine des apôtres et en hostilité avec la grâce et la charité ! Quelle honteuse hérésie, quelle sacrilège doctrine ! Elle est grosse de l'esprit de mensonge et d'erreur et ne saurait enfanter que l'iniquité (Psalm. VII, 15). J'ai envie et je crains d'en dire davantage; mais pour me résumer en peu de mots, je vous déclare qu'à mes yeux, c'est un homme qui se croit un grand personnage et qui est rempli d'une haute opinion de sa personne. On voit assez à ses paroles et à sa conduite qu'il aspire à se faire un nom illustre dans le monde; mais les fonds lui manquent pour élever un pareil monument. Adieu.

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Notes de Horstius et de Mabillon.

LETTRE CCCLXV.

213. Celui dont vous me parlez dans votre lettre, etc. Il se nommait Raoul ou Rodolphe; Othon de Freisingen en trace le portrait dans le livre I des Faits et gestes de Frédéric, chap. XXXVII. II excita une violente persécution contre les Juifs; mais il vit ses doctrines séditieuses réfutées par saint Bernard. En voyant l'immense popularité dont il jouissait à Mayence, notre Saint l'engagea à ne pas mener une vie errante et vagabonde contraire à toutes règles monastiques et à ne point s'ingérer, de sa propre autorité, dans les fonctions de prédicateur. Il finit par le décider, en vertu de la sainte obéissance, à se retirer dans un monastère, au grand mécontentement de la populace, qui se serait certainement mutinée si la réputation de sainteté dont jouissait saint Bernard ne lui eût imposé. Voir Othon de Freisingen, livre I des Faits et gestes de Frédéric, chap. XXXIX.

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LETTRE CCCLXVI. A L'ABBESSE HILDEGARDE.

Vers l’an 1147

Saint Bernard repousse avec modestie les louanges dont l'abbesse Hildegarde le comble; il l'engage à reconnaître ce qu'elle doit à la grâce de Dieu et lui demande ses prières pour lui et pour les siens.

A sa très-chère fille en Jésus-Christ, Hildegarde (a), le frère Bernard, abbé de Clairvaux, salut et tout ce que peut la prière d'un pécheur.

Il me semble que bien des personnes ont de mon mérite une opinion que le jugement de ma propre conscience est loin de ratifier; leur sentiment n'ajoute rien au peu que je vaux réellement, il prouve seulement

a Elle était abbesse du monastère de Mont-Saint-Rupert, près de Bingen, diocèse de Mayence, et célèbre par ses révélations. Parmi les lettres qu'on a d'elle dans la Bibliothèque des Pères, il en est une où elle félicite saint Bernard du zèle qu'il déploie dans la prédication de la croisade; c'est dans cette lettre qu'elle dit à notre Saint «qu'elle l'a vu comme un homme dans le soleil deux ans auparavant. » Jean de Salisbury demande quelque part le recueil de ses visions à maître Girard, et dit que cette abbesse était très-goûtée du pape Eugène.

avec quelle légèreté jugent les hommes. Je me hâte de répondre à la douce et bonne lettre que vous avez eu la charité de m'écrire; mais à cause des nombreuses affaires qui me pressent, je ne le ferai pas aussi longuement que je le voudrais. Je vous félicite des grâces dont Dieu se plait à vous combler et je vous rappelle qu'elles sont un don que vous ne sauriez recevoir avec trop de dévotion et d'humilité, car vous n'ignorez pas que « Dieu résiste aux superbes et prodigue sa grâce aux humbles (Jac., IV, 6). » C'est le conseil que je vous donne et la prière que je vous fais. D'ailleurs, quelle leçon et quels avis attendez-vous de moi, quand vous avez, au fond de votre âme, un maître intérieur qui vous parle sur toutes choses avec onction ? On dit en effet que l'Esprit-Saint vous découvre les secrets du ciel et vous révèle des choses qui passent la portée de l'homme. Aussi vous prierai-je et vous supplierai-je même instamment de vouloir bien vous souvenir devant Dieu de moi et de tous ceux qui me sont attachés par des liens spirituels; car dans les moments où votre esprit s'unit à Dieu, je ne cloute pas que vous ne puissiez nous être d'un grand secours et d'un puissant appui auprès de lui, puisque l'Apôtre nous assure que « la prière assidue du juste peut beaucoup sur Dieu (Jac., V, 16). » Quant à moi, je ne cesse de demander au Seigneur pour vous, qu'il vous affermisse dans le bien, éclaire votre âme et vous fasse parvenir au bonheur éternel, de peur que ceux qui mettent leur espérance en Dieu ne fussent exposés à chanceler dans la voie du salut s'ils vous voyaient chanceler vous-même ; qu'ils soient au contraire raffermis dans le bien et ne cessent de marcher de perfection en perfection à la vue des grâces et des bénédictions dont le Ciel vous comble.

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Notes de Horstius et de Mabillon.

LETTRE CCCLXVI.

214. A l'abbesse Hildegarde. Elle était à la tête de l'abbaye de Bénédictines de Saint-Rupert, confesseur, en face de Bingen, dans le diocèse de Mayence. Voir Trithemius, livre Des écrivains ecclésiastiques.

C'est sans doute de l'abbesse Hildegarde que le moine d'Auxerre a voulu parler quand il a dit à l'année 1146 : « Il y avait à cette époque en Allemagne, une fille déjà avancée en âge et fort extraordinaire. Elle était d'une obscure naissance et n'avait reçu aucune instruction ; mais elle était l'objet de si grandes faveurs du Ciel, qu'on la vit souvent ravie en extase; dans cet état, elle apprenait dans le Ciel des choses dont elle faisait part ensuite à la terre; et ce qu'il y a de plus surprenant et d'inouï même, c'est qu'elle le dictait souvent en latin, pour en faire des recueils de la doctrine catholique. Voir notre chronologie à l'année 1418. (Note de Mabillon.)

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