SAINT VICTOR I
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PREMIER SERMON POUR LE JOUR DE LA FÊTE DE SAINT VICTOR (a), CONFESSEUR,

1. La vie et la gloire toute particulière de saint Victor excitent tous les coeurs droits au désir d'imiter ses vertus bien plus encore que de partager sa gloire. D'ailleurs, ce n'est pas le propre d'un esprit droit, mais d'une âme perverse, que d'aspirer à la gloire, avant de pratiquer la vertu, et de vouloir être couronné quand on n'a pas encore combattu le combat légitime. « C'est en vain, est-il dit, que vous vous levez avant le jour (Psal. CXXVI, 3), » et c'est vrai. C'est en vain qu'on se lève pour la gloire avant le jour de la vertu, que les vierges folles se levèrent pour aller au devant de l'époux, quand leurs lampes étaient éteintes, et même elles n'étaient folles que parce qu'elles comptaient sur leurs lampes vides, et qu'elles n'avaient point fait provision de l'huile de la vertu. Dieu me garde de me glorifier autrement que ceux dont le Prophète disait avec éloge : « Ils marcheront, Seigneur, à la lumière de votre face, leur bonheur sera de célébrer les louanges de votre nom tant que durera le jour, et ils s'élèveront dans votre justice, parce que, continue le Prophète, vous êtes seul la gloire de leur vertu (Ps. LXXXVIII, 16). » Ce n'est donc point leur gloire qui nous est montrée, mais c'est la gloire de leur vertu. La gloire sans la vertu ne nous est due à aucun titre, si on la désire, c'est à contre temps, et si on l'obtient ce n'est pas sans péril. La vertu, voilà le premier pas vers la gloire; la vertu, telle est la mère de la gloire. La gloire et la beauté quine viennent point d'elle sont vaines et trompeuses, il n'y a qu'à elle que la gloire est due, et qu'à elle aussi qu'elle est rendue sans danger.

2. Quant à saint Victor, ni la vertu ni la gloire ne lui ont fait défaut, mais ce qu'il est intéressant de savoir, c'est comment et dans quel ordre ces deux choses sont devenues son partage. II a combattu courageusement, et il a visiblement remporté la victoire, voilà comment il a

a Le corps de saint Victor était conservé, du temps de Mabillon, dans le monastère de Moutier-Ramey, au diocèse de Troyes. Sa fête se célèbre le 26 février. On trouve son office dans le volume IV de la présente édition.

Voir la lettre trois cent quatre-vingt-dix-huitième de saint Bernard.

fini par se couvrir de gloire et d'honneur. Comment, en effet, celui qui s'est battu volontairement pourrait-il ne point moissonner la gloire, et celui qui ,a vaincu ses ennemis, rester dans l'obscurité ? D'ailleurs, au jour même de sa vertu, il ne fut point sans gloire, les prodiges et les miracles qu'il faisait le signalaient à l'admiration. Dans la vie de saint Victor, nous trouvons, mes frères bien-aimés, des choses belles à admirer, nous en trouvons aussi de salutaires à imiter. Ainsi, ce que j'admire, c'est de le voir puiser du vin dans le désert, non à une vigne, mais à un puits. Ce qui excite mon admiration, c'est de le voir encore enfant au sein de sa mère, remplir les démons de terreur, se faire déjà reconnaître d'eux, et même se faire dès lors appeler par eux de son nom. Ce n'est pas un nom vide de sens que celui que ses ennemis en fuite et contraints de confesser sa vertu, lui donnèrent, malgré son jeune âge, en signe de sa victoire. Qui ne serait encore frappé d'admiration en voyant ce voleur, d'abord saisi par le démon, puis bientôt après délivré de ses liens ? Enfin, comment ne serait-on point dans une admiration voisine de la stupeur, en voyant un homme encore dans sa chair périssable, contempler le ciel entr'ouvert à ses yeux et fixer ses regards mortels sur la lumière incréée, voir les visions de Dieu, entendre les concert des anges, et s'instruire à leur école? Nous admirons tout cela et beaucoup d'autres choses semblables dans ce saint homme, mais nous n'ambitionnons point de l'imiter en ces choses, et nous avons besoin d'être dans ces sentiments, attendu que tout cela peut faire défaut sans aucun danger pour le salut, tandis qu'il n'est pas sans péril d'en être honoré. Il est bien plus sûr de chercher à imiter les choses solides, plutôt que ce qui est plus brillant, ce qui sent un peu plus la vertu, et un peu moins la gloire.

3. Efforçons-nous donc d'imiter dans sa conduite celui que nous ne saurions imiter dans ses miracles, quand même nous le voudrions. Imitons-le donc dans sa sobriété et dans ses sentiments de dévotion, dans sa douceur d'esprit, sa chasteté, son silence et sa pureté d'âme; réfrénons comme lui notre colère, réglons notre langue, donnons moins de temps au sommeil, et donnons-en plus à la prière, enfin, exhortons-nous les uns les autres par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels (Coloss. III, 16), unissant ainsi le jour à la nuit; ne soyons occupés qu'à célébrer les louanges de Dieu. Que notre ambition soit d'acquérir les dons les meilleurs (I Cor. XII, 31), et apprenons de lui qu'il a été doux et humble de coeur. Oui, ayons à coeur de l'imiter dans sa libéralité envers les pauvres, dans son aménité envers les étrangers, dans sa patience à l'égard des pécheurs, dans sa bienveillance pour tout le monde. Voilà qui vaut mieux que tout le reste, voilà où est pour nous la forme sur laquelle nous devons nous façonner ; quant aux miracles, ils sont la source d'une gloire que nous devons bien nous donner garde d'ambitionner. Si les miracles nous flattent, que les vertus nous édifient, et si les premiers nous touchent, que les secondes nous excitent. Nous sommes invités à la table d'un riche personnage, mangeons, mes frères, cette table est abondamment pourvue de pains et chargée de mets délicieux. Pourquoi ne serait-ce point un riche pour nous que celui qui nous réconforte par ses exemples, nous protége par ses vertus , nous réjouit par ses miracles ? Oui, c'est un riche , puisque aujourd'hui les anges et les hommes sont conviés en même temps à son repas de fête , les premiers pour y boire le bonheur et la joie, les seconds, pour y réparer leurs forces, et ensuite continuer leur route. Qu'est-ce qu'une vie remplie de bonnes couvres, sinon une table bien servie ! mais tout ce qu'on y voit, n'est pas destiné à tous les convives, ce n'est offert que pour que chacun d'eux puisse choisir ce qui lui plait davantage et lui convient le mieux.

4. Pour moi, dans l'intérêt même de ma santé, je regarde avec soin ce qui m'est offert, et je me donne bien de garde de ne prendre que ce qui m'est destiné, sans toucher à ce qui est pour les autres. Ainsi, ce n'est pas moi qui porterai la main sur le gros don des miracles, de peur de perdre justement le peu que j'ai reçu, en voulant avoir ce qui ne m'est pas destiné. Je me garderai donc bien de lever les yeux en haut pour voir les cieux entr'ouverts, de peur d'être accablé par la gloire de Dieu (Prov. XXV, 27), et de retomber à terre plein de confusion, pour me rappeler, mais trop tard, ce conseil du Sage : « Ne recherchez point ce qui est au dessus de vous, et ne tâchez point de pénétrer ce qui surpasse vos forces (Apoc. III, 22). » Sert-on sur les tables de l'eau changée en vin nouveau et vermeil? Ce n'est pas moi qui tendrai la main pour en prendre , je sais bien qu'il n'est point placé là pour moi, qui ne saurais changer de même les éléments des choses, et remplacer les substances de la nature. Si j'aperçois sur la table du riche Victor, qu'il lui fut donné d'entendre les anges mêmes chanter, me viendra-t-il à l'esprit que ce plat de chanteurs célestes est fait pour-moi, et que c'est pour moi que ces guitaristes jouent de leurs guitares, selon le mot de l'Apocalypse (Apoc. XIV, 2) ? S'il commande aux démons lorsqu'il est encore dans son corps mortel, et si, dégagé des lieus du corps , il brise un jour les liens qui enchaînent le corps d'un prisonnier, ce sont pour moi des mets sur la table de Victor, mais ils ne sont point mis là pour moi, quelque agréables et délicieux qu'ils soient : aussi, mon âme n'y touche point, parce due je suis trop pauvre pour rendre de pareils divers. Mais en regardant bien, je vois que la table du saint est encore chargée de la rigueur du jugement, de 1a vigueur de la discipline , du miroir de la sainteté , de la forme de la vie , et du caractère distinctif de la vertu. Pour ces mets-là, j'en prends ma part, sans être présomptueux, et ce que j'en mange me fait du bien, et si j'oublie de rendre un dîner semblable, on sait bien me le réclamer sans me faire aucune grâce.

5. Mais laissez-moi vous dire encore ce que je regarde comme étant servi exprès pour moi. Si, de la table de ce riche , vous m'offrez le pain de la douleur et le vin de la componction , je l'accepte d'autant plus volontiers, que je suis pauvre, indigent même. Mes larmes me serviront de pain le jour et la nuit (Psal. XLI, 4), et je mêlerai mes larmes à mon breuvage (Psal. CI, 10). Voilà pour moi qui ai bien des choses à pleurer. D'ailleurs, je ne serai pas trop fâché, du moins je le pense, de ce mets, car celui qui sert la science, sert en même temps la douleur. Si j'aperçois quelques uns des exemples de tempérance et de justice, de force et de prudence, je m'en empare aussitôt, parce que je n'ignore pas que ce sont là les plats que j'ai aussi à préparer; on m'a traité de ces mets-là, je ne puis douter qu'on exige. de moi que je traite à mon tour de la même manière! Est-ce qu'on nous demanderait des signes et des prodiges, pour que nous ayons à en préparer un plat pour le riche que nous devons traiter à notre tour? Mes frères, ce qui fait l'honneur du riche qui nous a invités, ce ne sont pas les mets des pauvres qu'il nous a servis, mais les vases dans lesquels il nous les a servis. Pour vous donc, mes frères, qui avez été invités, faites bien attention à ce qu'il a servi pour vous, et à ce qu'il a servi pour lui , car il ne faut pas croire que tout ce qu'il a mis sur la table soit pour vous. En effet, s'il vous a donné à boire dans une coupe d'or, la coupe n'est point pour vous , il n'y a que le breuvage; prenez ce dernier et laissez l'autre. Le père de famille fait donc part des exemples de bonnes oeuvres, et de la droiture des bonnes moeurs, à tous les gens de sa maison, et se réserve pour lui seul la prérogative d'opérer des miracles. Mais cela n'empêche point de glorifier dans les uns et dans les autres Celui qui donne également la grâce d'une vie sainte, et la vertu des miracles, le Dieu qui vit et règne dans la Trinité, pour les siècles des siècles. Ainsi-soit-il.

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