SAINT ANDRÉ I
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PREMIER SERMON POUR LA FÊTE DE SAINT ANDRÉ APÔTRE. Trois sortes de poissons, les poissons de la mer, ceux des fleuves et ceux des étangs.

1. Nous célébrons aujourd'hui le triomphe de saint André, et nous avons tressailli de joie et de bonheur, dans les paroles de grâce qui sont sorties de sa bouche. il ne pouvait, en effet, y avoir lieu à la tristesse, en un jour où on le voit lui-même enivré de tant de joie. Personne parmi nous n'a compati à ses souffrances, personne non plus n'a osé pleurer sa joie. Autrement il pourrait, avec raison, nous dire, comme autrefois le Christ portant sa croix, dit à ceux qui le suivaient et qui pleuraient sur ses pas : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais sur vous (Luc. XXIII, 28). » D'ailleurs quand saint André était conduit vers la croix, le peuple, qui voyait avec peine ce saint et ce juste injustement condamné à mort, voulut s'opposer à son supplice; mais lui, avec les plus instantes prières, les détourna de la pensée d'empêcher qu'il fut couronné, que dis-je, d'empêcher qu'il souffrit le martyre. Il brûlait, en effet, du désir d'être dégagé des liens dit corps , et d'être avec Jésus-Christ (Philipp. I, 25), mais sur la croix qu'il avait toujours aimée. Il souhaitait d'entrer dans le royaume, mais par le gibet. En effet, que dit-il à sa bien-aimée ? » Que celui qui m'a sauvé par toi, par toi aussi me reçoive. » Si donc nous l'aimons, nous devons nous réjouir avec lui, non-seulement parce qu'il est couronné maintenant , mais aussi parce qu'il a été crucifié ; par ce que le 5cigueur a exaucé les désirs de son coeur, et a placé sur sa tète une couronne de pierres précieuses. Toutefois, en le félicitant de ce qu'il a eu le bonheur d'embrasser enfin la croix, après laquelle il avait si longtemps soupiré, je serais bien surpris si nous n'avions aussi un sentiment d'admiration pour la joie de celui que nous félicitons.

2. En effet, cette nuit même, pendant les vigiles, quand nous répétions dans nos chants des paroles d'allégresse, pensez-vous qu'il ne s'en est pas trouvé quelques-uns parmi nous pour penser et se dire : pourquoi tout cela, et d'où viennent tous ces transports de joie ? Est-ce que la croix est précieuse, est-ce qu'on petit l'aimer, est-ce qu'elle porte la joie? Oui, oui, mes frères, s'il se trouve une main pour en cueillir les fruits, toujours le bois de la croix produit la vie, fructifie le bonheur, distille l'huile de la joie, sue le baume des dons spirituels. Ce n'est point us arbre de la forêt, c'est un arbre de vie pour ceux qui savent la prendre. C'est un arbre fructifère,un arbre salutifère, autrement comment occuperait-il la terre du Seigneur, ce sol précieux auquel il est fixé par ses clous, comme par autant de racines? S'il n'était pas plus, fertile que tous les autres arbres, jamais il n'eût été planté dans ce jardin, jamais le Seigneur ne l'eût laissé occuper une place dans sa vigne. Après tout, pourquoi nous étonnerions-nous que celui qui a donné la douceur même au feu, en eût donné aussi à la croix ? Ou bien, comment pourrions-nous croire que la croix est dépourvue de toute saveur, quand nous voyons que la flamme elle-même semble douce au goût? En effet, quel goût n'avait pas le feu pour saint Laurent, quand il se moquait de ses bourreaux et raillait son juge? Que répondrons-nous à cela, mes frères? Pourquoi ne trouverions-nous point aussi du goût dans les épreuves endurées pour Jésus-Christ, pourquoi n'y aurait-il pas pour nous quelques délices dans cette manne cachée ? Ce serait vaincre tout à fait le démon, et il n’aurait plus rien à apporter contre nous. Cette victoire seule suffirait contre la double malice de. notre ennemi.

3. Car ce détestable adversaire a ses pièges de ses traits, il est un bien rusé chasseur d'hommes, et n'est altéré que du sang de nos âmes. Il s'attache aux uns par les traits de ses suggestions perfides, et, par ce moyen, il en blesse beaucoup dont la patience est faible. Il s'efforce d'enlacer les autres dans les lacs de la volupté, c'est dans ces réseaux qu'il prend la plupart de ceux qui rampent à terre, ou ne s'élèvent que bien peu au-dessus d'elle. Que votre joie soit donc dans la tribulation, et le malin n'a plus de moyen de vous attirer, plus de moyen de vous renverser; du même coup nous nous trouvons dégagés du piège des chasseurs et de la parole âpre de notre ennemi (Psal. CX, 3). Il ne peut rien gagner dans celui que charme la croix du Christ, en lui suggérant des pensées charnelles ; et le fils de l'iniquité ne pourra lui nuire (Psal. LXXXVII, 22), s'il essaie d'exaspérer son coeur par les amertumes, qu'importent les délices à celui qui se repaît de jeûnes ; à plus forte raison ne lui arrache-t-il point un murmure pour ce qui précisément fait ses délices. Évidemment, il a mis son refuge très-haut, là où il ne saurait appréhender ni les ni les flèches de l'ennemi, que dis-je, il est un poisson pur avec des écailles et des nageoires. Or, de même qu'on jette en vain le filet sous les yeux des oiseaux qui ont des ailes, ainsi on décoche inutilement un trait contre les poissons qui sont recouverts d'écailles comme d'une cuirasse. La Loi déclarait purs les poissons qui ont des nageoires pour se mouvoir, et des écailles pour se protéger (Levit. XI, 10 et Deut. XIV, 9), soit qu'ils vivent dans la mer ou dans les rivières, soit qu'ils habitent dans un étang. Or, notre mer si vaste et si spacieuse renferme des poissons purs et dignes de figurer sur la table du Seigneur; car parmi les poissons qui sont encore, par leur genre de vie et toutes leurs habitudes, doues l'Océan immense du siècle, il s'en est réservé plusieurs milliers que les filets des apôtres vont chercher au fond des eaux et attirent sur le rivage pour y être séparés des mauvais. C'est sur ce rivage qu'ira certainement s'asseoir notre pêcheur d'hommes, qui tire derrière lui, dans ses filets, l'Achaïe tout entière. Les rivières ont aussi leurs poissons purs, ce sont tous les dispensateurs fidèles. En effet, les rivières représentent l'ordre des prédicateurs qui ne demeurent jamais dans un même endroit, mais qui se répandent et courent, sur la terre, pour l'arroser de leurs eaux. Quant. aux étangs, on peut dire avec raison qu'ils figurent les monastères, car les poissons s'y trouvent comme enfermés et conservés sous la main, afin de pouvoir être pris à tout instant pour la table spirituelle du Maître; là, chacun d'eux se dit ; Quand viendra donc le jour où je serai pris ? car dans la lutte où je me trouve maintenant, j'attends tous les jours que mon changement arrive (Job. XIV, 14).

4. Mais, pour en revenir à 1a Loi dont je vous parlais il n'y a qu'un instant, tout poisson quia des nageoires et des écailles est pur, qu'il se trouve dans la mer, dans les rivières ou dans un étang. Leurs écailles sont multiples; mais leur réunion ne fait qu'une seule et même cuirasse, si je puis parler ainsi; de même la vertu de patience en est une, bien que nous semblions en avoir une nouvelle dans les tribulations qui se succèdent. Mais si on peut, selon moi, comparer les écailles du poisson à la patience, il me semble qu'on peut également voir la gaîté dans ses nageoires. En effet, la gaîté lève et soulève, et semble faire faire des bonds et des sauts à ceux qu'elle anime. Mais pour avoir nos deux nageoires, il faudrait trouver deux sortes de gaîtés. Peut-être est-ce pour cela que l’Apôtre qui avait bien ses deux nageoires quand il fut reçu dans les cieux, et s'éleva jusques au paradis, « se glorifiait non-seulement dans son espérance, mais encore dans ses tribulations ( Ro. V, 3). » Il est évident, en effet, que celui qui trouve du charme, non-seulement dans l’attente des biens futurs, mais encore dans le spectacle des maux présents, au point d'aller jusqu'à s'en glorifier, a pris son vol bien haut. Or, tel fut notre Apôtre, tel il s'offre à notre admiration, et tel nous vous le présentons dans nos prédications.

5. Ceci m'amène à vous faire remarquer qu'il y a trois degrés selon que l'on est au commencement, au milieu, ou au faite. Or le commencement de la sagesse, c'est la crainte du Seigneur (Eccli. I, 16) ; le milieu c'est l'espérance, le faite est la charité, selon ces paroles de l’Apôtre, « la plénitude de la loi est la charité (Rom. XIII,10). » Ceux qui n'en sont encore qu'au commencement par la crainte, sont ceux qui ne portent la croix du Seigneur qu'avec patience; ceux qui avancent déjà dans l'espérance, sont ceux qui la portent volontiers; mais ceux qui l'embrassent avec amour, sont arrivés au faite, car il faut être du nombre de ces derniers pour pouvoir s'écrier: «J'ai toujours été ton amant, toujours j'ai soupiré après le bonheur de te sentir dans mes bras. » Quels sentiments différents de ceux qu'éprouve celui qui porte sa croix, j'en conviens, mais qui voudrait bien, s'il était possible, que cette heure ne fût point venue pour lui ! combien même, si j’ose le dire sans trop de témérité, sont-ils différents de ceux qu'exprimait celui qui s'écriait : « mon Père, s'il est possible, faites que ce calice passe loin de moi (Matt. XXVI, 39) ! » Qu'est-ce en effet? Ne semble-t-il pas être monté sur un âne pour échapper aux mains des ennemis. Je rencontre dans le général en chef, les craintes des soldats sans vaillance; dans le médecin, la voix du malade; c'est pour moi la faible poule avec ses poussins. Ce que je vois là c'est sa charité, ce qui me surprend c'est, sa compassion, ce qui me confond, c'est sa condescendance. Si le Dieu des miséricordes n'a point pris les robustes sentiments de Saint André, c'est parce que ce ne sont pas ceux qui se portent bien, mais les malades qui ont besoin du médecin (Matt. IX, 12). Si cette condescendance scandalise quelqu'un d'entrevous, il mérite d'entendre ces paroles : « Votre oeil est-il mauvais parce que je suis bon (Matt. XX, 15) ? » Pour lui, en effet, l'odeur de vie est mortelle.

6. Qu'y aurait-il eu d'étonnant, Seigneur Jésus, que l'heure puni, laquelle vous étiez venu, une fui arrivée, elle vous trouvât debout et intrépide comme quelqu'un qui a le pouvoir de déposer la vie, sans que personne puisse la lui ravir? .N'y avait-il pas plus de gloire au contraire, puisque tout ce qu'il faisait, c'est pour nous qu'il le faisait, que, non-seulement son corps souffrit la passion pour nous , mais que son coeur même fût aussi atteint pour nous ; et que de même que votre mort, ô mon Dieu, me rendait la vie, ainsi vos craintes rue donnassent du courage, vos tristesses de la joie, voir l’abattement de l'entrain, votre trouble du calme, votre désolation de la consolation. Je vois dans le récit de la résurrection de Lazare que le Seigneur « frémit en son esprit et se troubla lui-même (Joan. XI, 33) ; » mais s'il se troubla ce n'est pas par un effet de la nécessité, mais de sa pleine et entière volonté. Mais voici quelque chose de plus fort encore. L'amour qui est, fort comme la mort, produisit un tel effet en lui, qu'un ange descendit. du ciel pour le fortifier. Qui vint, et qui fortifia-t-il? Ecoutez la réponse de l'Évangéliste. « Alors il lui apparut un ange du ciel pour le fortifier (Luc. XXII, 43). » De qui parle-t-il ainsi? De celui pour qui, à sa naissance, s'ouvrit le sein fermé d'une Vierge; de celui qui, d'un signe, changea l'eau en vin, dont le toucher mit la lèpre en fuite, dont les pieds ont foulé les flots de la mer devenue solide pour ceux dont la voix rappela les morts à la vie, de celui enfin qui soutient tout par la puissance de sa parole, par qui tout a été fait, tout, les anges eux-mêmes, subsiste. Que dirai-je enfin, comment le désignerai-je? Je ne serais pas si longtemps à vous le nommer s'il n'était indicible. Ainsi il était soutenu par un ange qui ne pouvait même comprendre toute la majesté de celui qu'il soutenait.

7. Dis-moi, ô ange, qui consoles-tu ? Ne savais-tu point qui était celui que tu venais consoler? Mais c'est le consolateur même, c'est un paraclet, autrement comment aurait-il dit à ses apôtres qu'il leur en verrait un antre paraclet, s'il n'avait été lui-même un vrai paraclet, (Joan. XIV, 16) ? Oui, je reconnais en lui un très-grand paraclet, un paraclet bienveillant, car il est proche de tous ceux dont le coeur est affligé (Psal. XXXIII, 19). Je ne désespère plus, Seigneur, quoique les afflictions que je souffre, soient excessives, que je sois bien faible et que je souhaite ardemment que ce calice passe loin de moi, non dis-je, je ne. désespère plus, pourvu toutefois que je sache ajouter aussi : « Toutefois qu'il en soit, non comme je le veux, mais comme vous le voulez. » J'ai appris de lui à ne point recourir à des consolations charnelles et caduques, mais à des consolations angéliques, spirituelles et célestes. Oui, il en sera ainsi si je sais ne point murmurer, car le murmure élèverait à l'instant un mur de séparation entre vous et moi, si je ne me hâtais de jeter les yeux vers vous; je ne refuse pas les épreuves quand même j'aurais besoin d'être consolé. Et quoi, ne reconnais-je point ma voix dans celle de mon Sauveur ? Pourquoi donc désespérerais-je de mon salut? Je posséderai mon âme dans mon entière patience.

8. Mais je veux aller plus loin encore, et ne pas me tenir sitôt pour satisfait d'avoir trouvé le salut. « Celui qui craint le Seigneur, dit le Sage, fera le bien (Eccl. XV, 1). » Ce n'est pas même encore assez, car il est écrit : « détournez-vous du mal et faites le bien (Psal. XXXVI, 27), recherchez la paix et poursuivez-la avec persévérance (Psal. XXXIII, 15). » Non, ne vous contentez point du salut, recherchez la paix si vous ne voulez que votre salut même ne soit en péril. Aussi, entendez l'ange, à la naissance de celui qui s'est fait notre paix, tressaillir d'allégresse et chanter : « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté (Luc. II, 14). » Or, que faut-il entendre par cette bonne volonté, sinon une volonté bien ordonnée? Qu'est-ce que cette volonté-là, me demandez-vous? C'est celle qui est d'accord avec la raison quand elle dit : « Les souffrances de la vie présente, n'ont point de proportion avec cette gloire qui sera un jour découverte en nous (Rom. VIII, 18). » Quand vous aurez une fois bien senti cela, je ne doute pas que vous ne portiez volontiers la croix du Seigneur, et que vous ne disiez : « Je suis tout prêt, Seigneur, et je ne suis point troublé, je suis tout prêt là garder vos commandements (Psal. CXVIII, 60). »

9. Mais après cela, si vous voulez être parfait, il vous reste encore une chose absolument nécessaire. Qu'est-ce, me dites-vous? La joie dans le Saint-Esprit. Car si un âme retenue par la crainte est patiente, conduite par l'espérance elle est facile, et peut aisément tomber si elle n’a la ferveur de l'esprit. Or la charité que le Saint-Esprit répand en nous est patiente; et bénigne, et ce qui est bien plus encore, elle ne défaille jamais (I Cor. XIII, 8). Si vous faites attention au premier précepte qui fui, donné à nos premiers parents, vous remarquerez la patience chez Eve, et la bienveillance chez Adam; mais, par leur chute, l'un et l'autre ont fait voir clairement qu'ils n'étaient pas solidement établis dans le degré où ils se trouvaient. « La femme vit le fruit de l'arbre, dit ]'Écriture, elle le trouva beau à voir et doux à manger (Gen. III, 6). » Ne vous semble-t-il point qu'elle a bien de la peine à retenir sa main ? Il en est, en effet, ainsi, et lorsque le serpent la questionne, remarquez comme tous les mots (le sa réponse indiquent le commandement de Dieu lui-même. « Nous mangeons, dit-elle, du fruit de tous les arbres du paradis ; mais pour ce qui est du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, le Seigneur nous a dit de n'en point manger (Gen. III, 6). » Elle ne dit : pas telle est la volonté du Créateur ; quant au pourquoi sa volonté est telle, lui seul le sait; pour nous , il nous suffit d'obéir, car notre vie est dans sa volonté. Aussi, la femme fut-elle aisément séduite, elle crut sans peine aux promesses du démon, et se laissa, persuader à sa voix. Adam n'a pas été séduit par le serpent (I Tim. II, 14), mais par sa femme qu'il aimait; il n'aurait pas demandé mieux que d'observer un commandement dont il connaissait tous les avantages pour lui, si sa femme ne lui avait pas donné des conseils contraires, il ne semble même point avoir eu d'autre difficulté à se soumettre à la volonté de Dieu, mais sa volonté, pour être bonne, n'avait. pourtant point de force, parce qu'elle n'avait aucune ferveur.

10. Ce n'est ni la patience ni l'espérance , mais l'amour seul qui est fort comme la mort (Cant. VIII, 6), ce n'est ni la crainte ni la raison, mais l'esprit de force. La patience dit : il faut qu'il en soit ainsi, mais elle est pressée; par la crainte. La bonne volonté reprend : il faut et il est expédient qu'il en soit de la sorte, mais elle est attirée par un motif d'espérance. Quant à la. charité, qui est enflammée par l'esprit, elle ne dit, ni il faut, ni il est expédient qu'il en soit ainsi ; mais, voilà ce que je veux, voilà mes souhaits, voilà mes plus ardents désirs. Voyez-vous quelle élévation, quelle sécurité ? quelle suavité dans la charité ? Heureuse l'âme qui en vient à ce degré de charité. Il n'y a pas lieu pour nous à désespérer, puisque si nous célébrons la mémoire de celui qui est arrivé à ce point, c'est précisément pour invoquer son secours et nous exciter à son exemple. Je vais plus loin, il me semble même qu'il y en a plusieurs parmi nous qui ont atteint ce degré. Si vous m'objectez que saint André est un apôtre, et que vous, qui n'êtes qu'un néant, vous ne sauriez marcher sur ses traces, ayez du moins le courage d'imiter ceux qui sont avec vous, personne n'arrive du premier coup au haut, c'est en montant, non en volant, qu'on atteint au faîte de l'échelle. Montons donc avec ce que j'appellerai nos deux pieds, je veux dire avec la méditation et. l'oraison. La méditation nous apprend ce qui nous manque, et l'oraison obtient que ce qui nous manque nous soit donné. L'une noirs montre la vie, et l'autre nous y ai fait entrer; la méditation nous fait connaître les dangers qui nous menacent, l'oraison irons les fait éviter avec la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne, dans les siècles des siècles, avec le Père et le Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

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