DÉDICACE I
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PREMIER SERMON POUR LE JOUR DE LA DÉDICACE (a) DE L'ÉGLISE. Les cinq mystères de la Dédicace.

1. La fête de ce jour doit nous trouver d'autant plus dévots qu'elle nous touche de plus près. En effet, si nous partageons avec toutes les autres églises les fêtes des saints, celle-ci nous est tellement propre, que, si elle: n'est point célébrée par nous, elle ne l'est par personne. C'est donc notre fête, parce que c'est la fête de notre Église, mais elle l'est encore bien davantage, parce que c'est la fête de nos propres personnes. Vous êtes surpris, et vous rougissez peut-être quand vous m'entendez dire que cette fête est la fête de vos personnes, mais n'allez pas être semblables au cheval et au mulet qui n'ont point d'intelligence. Quelle sainteté peuvent avoir ces pierres pour que nous fassions une fête pour elles? Si elles sont saintes, ce n'est qu'à cause de vos corps. Or, y a-t-il quelqu'un qui doute que vos corps soient saints, quand ils sont les temples de, l'Esprit-Saint, en sorte que chacun de vous doit savoir posséder le vase de son corps dans la sainteté (I Thess IV, 4) ? Ainsi vos âmes sont saintes parce que l'Esprit de Dieu habite en volts; vos corps sont saints parce qu'ils sont la demeure de vos âmes, et eut édifice est saint à cause de vos corps qui le fréquentent. Celui qui disait

a Selon Chalemot, il y eut, le 13 novembre, une dédicace de la basilique de Clairvaux postérieure à celle dont saint Bernard parle dans ce sermon, attendu que la nouvelle basilique de ce monastère n'était pas encore terminée quand saint Bernard mourut. Si les sermons pour la Dédicace se trouvent placés à leur rang dans les anciennes éditions, la Dédicace de l'ancienne basilique de Clairvaux se célébrait après la fête de saint André.

« Gardez mon âme, Seigneur, parce que je suis saint (Psal. LXXXV, 2), » était encore dans une chair corruptible, dans un corps de péché, où son aine avait même commis l'énorme crime de l'adultère. Dieu est admirable dans ses saints, non-seulement dans les saints qui sont au ciel, munis encore dans ceux qui sont sur la terre. Puisqu'il a des saints dans l'un et dans l'autre endroit, il est admirable dans les uns, en les rendant bienheureux, et dans les autres, en les rendant saints.

2. Voulez-vous que je vous donne une preuve de la sainteté dont je vous parle, et que je vous montre les miracles des saints d'ici-bas? Or, il y en a beaucoup parmi vous qui, après avoir pourri sur leurs péchés et sur leurs vices, comme des bêtes de somme sur leur fumier, ont eu le courage de les quitter, et résistent maintenant avec forces à leurs attaques quotidiennes, selon ce mot de l'Apôtre qui dit, en parlant des saints : « Ils ont guéri de leur maladie, et sont devenus forts dans les combats (Hebr. XI, 34). » Peut-on voir quelque chose de plus admirable que ces hommes qui, après avoir eu bien de la peine à passer deux jours seulement, loin de la luxure, des excès de la bonne chère, des délices de la table, de l'ivresse, dès débauches, des impudicités et de mille autres vices pareils, s'en tiennent maintenant éloignés des années, une vie tout entière? Où trouver un plus grand miracle que celui de tant de jeunes gens, de tant d'adolescents, de tant de nobles, de tous ceux, en un mot, que je vois là rester captifs, sans liens, dans une prison ouverte, où la seule crainte de Dieu les retient, et qui persévèrent dans les exercices pénibles de la pénitence, au delà de toute force humaine, malgré la nature et en dépit de toute habitude? Vous voyez, vous-mêmes, je pense, quels miracles il nous serait possible de trouver s'il nous était permis de rechercher eu détail comment chacun de vous a quitté l'Égypte pour entrer dans le désert, c'est-à-dire comment chacun a renoncé au siècle, est entré dans ce monastère, et quel genre de vie il y mène maintenant. Qu'est-ce que tout cela, mes frères, sinon des preuves manifestes que le Saint-Esprit demeure en vous ? En effet, ce qui prouve qu'il y a une âme dans un corps, c'est la présence des esprits vitaux dans ce corps, de même ce qui, montre que le Saint-Esprit habite dans une âme, c'est la vie spirituelle de cette âme : or, l'une se reconnaît à l'ouïe et à la vue, et l'autre se juge à la charité, à l'humilité et aux autres vertus.

3. Ainsi, mes frères bien-aimés, cette fête est votre fêté, c'est vous qui avez été dédiés à Dieu, c'est proprement vous qu'il a choisis et qu'il a priés, comme le dit le Prophète quand il s'écrie : « C'est à vous, ô mon Dieu, que le pauvre a été laissé, et c'est vous qui serez le protecteur de l'orphelin (Psal. IX, 38 et X, 34 juxta Hébr.). » Quel bon échange vous avez fait, nies bien-aimés, quand vous avez renoncé à tout ce que vous pouviez posséder dans le monde, pour appartenir en propre à l'auteur même du monde, et pour posséder vous-mêmes également en propre celui qui est, sans aucun doute, la part de l'héritage des siens ! En effet, on ne saurait dire avec l'enfant d'iniquité . « Bienheureux le peuple à qui tout cela, » c'est-à-dire les biens temporels que Dieu avait promis à son peuple, « appartient, qui a des celliers bien remplis et regorgeant les uns dans les autres (Psal. CXLIII, 13), » el, le reste. Non il n’est pas heureux celui qui possède toutes ces choses, mais « Heureux seulement est celui dont le Seigneur est le Dieu. » Voyez donc s'il. n'est pas juste que nous fassions un jour de fête du jour où il a pris possession de nous, s'est investi de nous par ses ministres et ses vicaires, et a accompli la promesse qu'il a faite autrefois en disant : « Au milieu d'eux, c'est moi qui serai leur Dieu (Zach. II, 5). » quant à nous, nous sommes son peuple, et les brebis de son troupeau. Car le jour où cette maison a été dédiée au Seigneur par la main de ses pontifes, c'est évidemment pour nous qu'elle le fut, et non-seulement c'est pour nous qui étions présents à cette cérémonie ; mais pour tous ceux qui, jusqu'à la fin des siècles, viendront s'engager ici dans la milice du Seigneur,

4. Il faut donc que s'accomplisse spirituellement dans nos âmes ce qui a commencé par se faire sous nos yeux sur les murs ; si vous me demandez de quoi je veux parler, c'est de l'aspersion, de l'inscription, de l'onction, de l'illumination et de la bénédiction, car voilà ce que les pontifes ont fait dans cette demeure visible, et c'est là ce que Jésus-Christ, le pontife des biens futurs, opère tous les jours invisiblement en nous. Et d'abord, il nous asperge avec de l'hysope pour notes purifier, nous laver et nous blanchir, afin qu'on puisse dire de notre âme: « Quelle est-elle celle qui monte ainsi dans sa blancheur (Cant. VIII, 5) ? » Il nous lave, dis-je, dans la confession, il nous lave dans 1a pluie de nos larmes, il nous lave dans la sueur de la pénitence, mais il nous lave surtout dans une eau bien précieuse, dans l'eau qui s'écoule d'une source de bonté, je veux dire de son cœur. Il nous arrose avec l'hysope qui est une plante petite et purgative et avec l'eau de la, sagesse qui est la crainte du Seigneur, le commencement de la sagesse et la source de la vie; il y ajoute lui peu de sel, afin que par l'espérance et la dévotion, notre crainte perde son insipidité. Ce n'est pas tout, mais le Seigneur tracé en nous une inscription avec le doigt dont il chassait les démons, évidemment dans le Saint-Esprit. Il trace, dis-je, en nous, sa loi, non plus sur des tables de pierre, mais sur les tables de chair de notre coeur; voilà comment il accomplit la promesse qu'il avait faite de nous ôter notre coeur de pierre pour nous en donner un de chair (Ezech. XI, 19), c'est-à-dire un coeur qui ne fût ni dur ni obstiné, ni judaïque; mais qui fût pieux, doux, facile, et dévot. « Seigneur, heureux l'homme que vous avez vous-même instruit de. la loi (Psal. XCIII, 12). » Oui, heureux, dirai-je, ceux qui en sont instruits et qui « se souviennent de ses préceptes, » mais « pour les accomplir (Psal. CII, 18). » Car « celui qui sait le bien qu'il doit faire et nu le fait pas, est coupable de péché (Jac. IV, 17), » et « le serviteur qui aura connu la volonté de son maître et ne l'aura pas faite, sera battu de plusieurs coups (Luc. XII, 47). »

5. Il faut donc que l'onction spirituelle de la grâce vienne aider notre faiblesse et adoucir, par sa pieuse vertu, la croix de nos observances et de toutes nos pénitences; car on ne, saurait sans la croix, suivre le Christ, non plus que supporter les aspérités de la croix sans l’onction de la grâce. Voilà ce qui fait qu'il y en a tant qui ont horreur de la pénitence et la fuient, c'est qu'ils ne voient que la croix et ne voient point l'onction. Mais vous qui la connaissez par votre propre expérience, vous savez à présent que notre croix ne va point sans l'onction, et que par la grâce du Saint-Esprit qui vient à notre aide, notre pénitence est douce et délectable, eu sorte que, s'il m'est permis de parler ainsi, notre amertume est très-douce. Après l'onction de la grâce, le Christ ne va point placer son flambeau sous le boisseau, mais sur le chandelier, attendu qu'il est temps alors que notre lumière apparaisse aux yeux des hommes, qu'ils voient nos bonnes œuvres et glorifient notre Père qui est dans les cieux (Matt. V, 16).

6. Il ne nous manque plus que la bénédiction que nous attendons pour la fin, alors que, ouvrant si main, il remplira tout être vivant de sa bénédiction. Les quatre premières cérémonies sont les mérites, la récompense est la bénédiction. Le comble de la grâce de la sanctification. se trouve, en effet, dans la bénédiction, alors que nous passerons dans une maison qui n'est point faite de main d'hommes, mais qui est éternelle et dans les cieux, une maison construite avec des pierres vivantes, je veux dire avec les anges et les hommes, car la construction et la dédicace s'en feront en même temps. Les poutres et les pierres qui ne sont point rapprochées ne sauraient faire une maison, et personne ne, peut habiter au milieu de ces matériaux, il n'y a que leur réunion qui fasse une maison. C'est ainsi que l'union parfaite des esprits célestes, rapprochés les uns des autres sans aucun intervalle qui les sépare, forme, pour Dieu, une demeure entière et convenable :que le séjour de la glorieuse majesté de Dieu remplit d'un bonheur ineffable. Qu'est-ce qui posséderait aussi bien tous les secrets des rois, qui connaîtrait aussi parfaitement leurs pensées et leurs discours que les bois et les pierres de leur palais, s'ils étaient doués d'intelligence? Aussi, les pierres vivantes et raisonnables du royal palais des cieux assistent-elles aux conseils de Dieu, connaissent-elles les mystères de la Trinité, et entendent-elles les paroles ineffables qu'il n'est point donné à l'homme de reproduire. « Heureux ceux qui demeurent dans votre maison, Seigneur, ils vous loueront dans les siècles des siècles (Psal. CXXXIII, 5); » car plus ils voient, comprennent et connaissent, plus aussi ils aiment, louent et admirent.

7. J'ai dit que cette maison est parfaitement unie dans toutes ses parties, et que les matériaux en sont étroitement rapprochés. Il ne me reste plus qu'à vous expliquer ce que j'entends par cette union et ce rapprochement. Nous lisons dans le prophète. Isaïe . « Le ciment est bon (Isa. XLI, 7) ; » il est double, car les pierres de l'édifice sont scellées en même temps par une connaissance pleine et entière et par une charité parfaite. Elles sont même d'autant. plus étroitement unies entre elles qu'elles sont plus rapprochées de la charité, qui n'est autre que Dieu. Il n'y a pas de soupçon assez fort pour les séparer les unes des autres, car les rayons pénétrants de la vérité ne permettent pas que ce qui existe dans l'une d'elles soit caché pour les autres. De plus, comme « quiconque demeure attaché à Dieu ne fait plus qu'un seul et même esprit avec lui (I Cor. VI, 17), » on ne saurait douter que les esprits bienheureux qui sont parfaitement unis. à lui, ne pénètrent également toutes choses avec lui et en lui . Si vous désirez arriver à cette maison, que votre âme soupire après les tabernacles du Seigneur, et tombe en défaillance par la force de ses désirs (Psal. LXXXIII, 1), selon ces paroles du Prophète : « Je n'ai demandé qu'une chose au Seigneur et ne désire rien de plus, c'est d'habiter. dans sa maison tous les jours de ma vie (Psal. XXVI, 4). » Imitez même ce prophète qui « fit un serment au Seigneur et un voeu au Dieu de Jacob , en disant : Si je puis entrer dans le secret de ma demeure, etc. (Psal. CXXXI, 2). » Mais laissons ces considérations pour une autre instruction, selon ce que le Seigneur même m'inspirera de vous dire.

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