DÉDICACE III
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TROISIÈME SERMON POUR LA DÉDICACE DE L'ÉGLISE. Les trois apprêts que nous devons faire pour la garde de Dieu.

1. Cet édifice, mes frères, est la forteresse du Roi éternel, mais sa forteresse assiégée par les ennemis. Par conséquent nous tous, tant que nous sommes, qui lui avons prêté serment, et qui avons donné nos noms à sa milice, nous avons trois sortes d'apprêts à faire pour la garde de son camp; il faut, en effet, préparer nos fortifications, nos armes et nos vivres. Or, que faut-il entendre par nos fortifications ? Le Prophète nous répond : « Sion est votre ville forte, le Sauveur en sera lui-même le mur et le boulevard (Isa. XXVI, 1). » Le mur est la continence, et le boulevard est la patience. La continence est un mur excellent, car elle nous entoure et nous enceint si parfaitement qu'elle ne laisse d'accès à la mort ni par l'ouverture de nos yeux, ni par aucun autre sens. La patience de son côté fait un bon boulevard pour, soutenir les premiers assauts des ennemis, nous faire demeurer fermes avec constance au milieu des nombreuses épreuves qui nous assaillent, et rester inébranlables aux coups, jusqu'à la fin. En effet, l'unique remède, tant, que la continence est battue en brèche et semble menacer ruine, c'est d'opposer la patience et, au milieu même des plus grandes ardeurs du péché, de refuser avec constance toute espèce de consentement. Il est dit, en effet « C'est dans la patience que vous posséderez vos âmes (Luc. XXI, 11). » Ainsi c'est le Sauveur lui-même qui est le mur et le boulevard de sa propre cité, attendu que; non-seulement il est la justice du Père pour nous, mais encore la patience du Prophète, selon ces paroles : « Vous êtes ma patience, Seigneur (Psal. LXX, 5). » Or le mur c'est pour le genre de vie, le boulevard c'est pour la souffrance, l'un nous sépare de tous les attraits de la chair et du monde, l'autre nous fait tenir bon contre toutes les contradictions.

2. Il nous faut aussi préparer des armes; mais ce sont des armes spirituelles qui tirent toute leur puissance de Dieu, non-seulement pour résister, mais aussi pour attaquer, pour débusquer même vaillamment l'ennemi. « Revêtez-vous de l'armure de Dieu, etc. (Ephes. VI, 10), » dit l'Apôtre. A quoi pensons-nous, mes frères? Les efforts de notre en sont puissants, mais notre prière est bien plus puissante encore. Ses méchancetés et ses ruses nous blessent, mais notre simplicité et notre miséricorde le blessent bien davantage; notre charité le brûle, notre douceur et notre obéissance le crucifient. Nous ne saurions non plus être contraints, par la famine, de rendre le camp du Seigneur aux ennemis; attendu que, grâce à Dieu, nous ne sommes .point sous le coup de la terrible menacé de la faim et de la soif que fait entendre le Prophète, ou plutôt le Seigneur lui-même, par la bouche de son Prophète (Amo, VIII, 11). Il n'était pas question de la disette de pain et d'eau seulement, mais du manque de la parole de Dieu. Or, il est dit « Ce n'est pas de pain seulement que vit l'homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Matt. IV, 4 et Deut. VIII, 3). » Les vivres ne nous font donc point défaut, car nous entendons souvent des sermons, plus souvent encore des lectures sacrées ; parfois aussi nous goûtons aux délices spirituelles de la dévotion, comme les petits chiens mangent les morceaux qui tombent de la table de leurs maîtres, je veux dire de la table de ces célestes convives qui se rassasiant de l’abondance de la maison de leurs maîtres. Nous avons encore le pain des larmes, il est peut-être moins agréable au goût, mais il n'en fortifie pas moins le coeur de l'homme. Nous avons le pain de l'obéissance dont le Seigneur parlait à ses disciples, quand il disait : « Ma nourriture à moi, c'est de faire la volonté de mon Père. » Enfin, par dessus tout, nous avons le pain vivant du ciel, le corps de notre Sauveur; or la force de ce pain renverse, à elle seule, toute celle de nos ennemis.

3. Telle est donc la force du camp du Seigneur que nous n'avons absolument rien à craindre, pourvu toutefois que nous voulions nous conduire avec fidélité et vaillance, c'est-à-dire, que nous ne nous montrions ni traîtres, ni tremblants, ni lâches. Or, on est traître quand on médite le projet de donner, aux ennemis du Seigneur, accès dans son camp, comme le font les détracteurs, ces hommes odieux à Dieu, qui sèment la discorde et nourrissent les scandales parmi leurs frères ; car, si le Seigneur ne trouvé place que dans la paix, il est évident que. la discorde est le milieu où se plaît le démon. Ne soyez pas surpris, mes frères, si mes paroles sont un peu dures, la vérité ne flatte personne. Ce seraient encore des traîtres, dans la force du ferme, tous ceux qui tenteraient, Dieu nous en préserve, d'introduire -le vice dans cette maison et de changer ce temple en une caverne de voleurs. Grâce à Dieu, je n'en vois pas beaucoup ici qui soient dans ce cas : pourtant , j'en trouve de temps en temps qui ont des intelligences avec les ennemis, et font alliance avec la mort, c'est-à-dire qui tâchent d'affaiblir, autant que cela est en eux la discipline de notre ordre, d'en diminuer la ferveur, d'en troubler la paix et d'en blesser la charité. Mettons-nous en garde contre eux autant qu'il nous sera possible, comme il est écrit que Jésus le faisait pour quelques uns « à qui il ne se confiait point (Joann. II, 24). » Je vous déclare que, si pour le moment, vous les portez sur vos épaules, ils ne tarderont point à porter eux-mêmes, à moins qu'ils ne se hâtent de se convertir, une sentence aussi accablante qu'est grave le mal qu'ils veulent faire. Eh quoi, mon frère, c'est la vanité, la tiédeur, ou tout autre vice qui ont votre foi, si on en juge à vos œuvres, et vous mentez à Dieu par votre tonsure? Quel beau camp vous avez enlevé au Christ, si vous réussissez à livrer ce Clairvaux à ses ennemis ! Il en tire tous les ans des revenus aussi beaux que précieux à ses yeux, en même temps qu'il y apporte , comme dans une place fortifiée, une quantité de butin fait sur l'ennemi et l'y dépose avec une confiance entière dans la force de ce camp. En effet, vous y voyez réunis tous ceux qu'il a rachetés des mains de l'ennemi et qu'il a ramenés des régions lointaines, du Levant et du Couchant, du côté dé l'Aquilon et du côté de la mer. Or, je vous le demande, à quels supplices pensez-vous qu'il condamne le traître qui livrera ce camp une fois qu'il l'aura surpris et pris ; car il ne saurait longtemps se cacher de lui et lui échapper? Certainement il ne le condamnera point -à une mort ordinaire et commune, mais il ne peut manquer de le faire périr, dans les tourments tes plus recherchés. Mais je <ne veux point m'arrêter plus longtemps sur ces pensées. Je crois que nous -réussirons mieux désormais à nous garder d'une aussi exécrable trahison, si nous veillons avec plus de soin que jamais, non-seulement à ne point attirer, mais encore à repousser les vices quels qu'ils soient, les vices de la chair aussi bien que ceux du monde, afin dé ne point nous attirer la note et le châtiment des traîtres.

4. En second lieu, il faut encore prendre garde de ne point se laisser abattre par la crainte, au point de s'éloigner des fortifications et de trembler là où il n'y a pas lieu à trembler, et de se montrer dans une sécurité, insensée là, au contraire, où le péril est extrême. Quiconque, s'enfuit de nos retranchements court au devant des glaives de l'ennemi, et va se jeter dans ses mains, comme s'il ignorait que ses adversaires manquent absolument de pitié, et que, s'ils sont cruels envers ceux qui ne leur appartiennent pas, ils le sont bien davantage encore envers les leurs, attendu qu'ils le sont à l'excès pour eux-mêmes.

5. J'arrive en deux mots à un troisième danger qui vous menace, car l'heure passe pendant que, soucieux de votre salut, comme il n'est que trop juste que je le sois, je m'occupe de vous indiquer les différents remèdes qui conviennent à vos différentes maladies morales. A quoi vous servira-t-il, en effet, de ne point trahir le camp, et de ne pas vouloir non plus vous en éloigner, si vous n'y demeurez que pour vous y montrer lâches ou séditieux? Je vous eu prie donc, mes bien chers frères, efforçons-nous de toute notre âme et de toute notre énergie, de garder le camp que notre Seigneur et Roi a confié à nos soins, en nous montrant pleins de vigilance contre toutes lés ruses de l'ennemi et prêts contre tous ses stratagèmes, selon ce mot de l'Écriture : « Résistez an diable et il s'éloignera de vous (Jacob. IV, 7), » et cet autre : « Si le Seigneur lui-même ne garde la cité, c'est en vain que la sentinelle veille sur ses murailles (Psal. CXXXVI, 1.) : » humilions-nous sous la main puissante du Très-Haut, remettons nos personnes; et cette. maison avec une entière dévotion; entre les mains de sa miséricorde, afin qu'il nous garde lui-même des embûches de nos ennemis pour la louange et la gloire de son nom qui est béni dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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