JOUR DE NOËL IV
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EPIPHANIE VI

QUATRIÈME SERMON POUR LE JOUR DE NOËL. Les bergers trouvèrent Marie, Joseph et l'enfant : celui-ci était placé dans une crêche.

1. Reconnaissez, mes frères bien-aimés, la grandeur de la solennité de ce jour, pour laquelle ce jour est trop court et la terre entière, trop étroite. Elle fait un emprunt au temps, un emprunt à l'espace, elle prend sur la nuit et remplit le ciel avant de remplir la terre. En effet, la nuit devint éclatante comme le jour, quand une lumière nouvelle resplendit tout à coup dans le ciel aux yeux des bergers, à l'heure des plus épaisses ténèbres. Mais remarquez en quel endroit la joie de cette solennité a commencé à éclater : c'est parmi les anges, car, selon leurs propres paroles, ce n'est que plus tard qu'elle sera partagée par le peuple tout entier, et aussitôt toute l'armée céleste fait retentir les airs de ses chants de gloire. Voilà pourquoi cette nuit est appelée solennelle entre toutes les nuits, dans nos chants, dans nos hymnes et dans nos cantiques spirituels. On ne saurait même révoquer en doute que pendant les veilles de cette nuit, ces esprits qui règnent dans les cieux, s'empressèrent de prévenir ceux qui se sont mêlés aux choeurs des chanteurs, au milieu des jeunes filles qui jouent du tambourin (Psal. LXXXIV, 2). Mais que d'or et de pierreries étincellent aujourd'hui sur nos autels! Que de riches tentures tapissent ces murailles! Les anges pourront-ils bien les dédaigner, leur préférer les haillons des pauvres? S'ils ne le faisaient pas, pourquoi auraient-ils apparu aux bergers plutôt qu'aux rois de la terre et aux prêtres du temple? Pourquoi le Sauveur lui-même, à qui l'or et l'argent appartiennent en propre, aurait-il préconisé la sainte pauvreté dans son corps ? Pourquoi enfin les anges ont-ils signalé cette pauvreté avec tant de soin ? Car ce n'est point sans quelque raison mystérieuse que le Sauveur est enveloppé de langes et déposé dans une crèche, puisque c'est le signe particulier que nous donne l'Ange quand il nous l'annonce : « Et voici la marque, dit-il, que je vous donne pour le reconnaître : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche (Luc. II, 12). » O Seigneur Jésus, vos langes sont une marque pour vous reconnaître, mais une marque qui manque aujourd'hui dans bien du inonde, car s'il y a beaucoup d'appelés, il y a bien peu d'élus, et par conséquent bien peu de marqués. Je reconnais, oui, je reconnais Jésus, le grand prêtre, sous les haillons qui le couvraient pendant qu'il luttait contre Satan (Zach. III, 1). Je parle à des hommes qui connaissent les saintes Écritures et sont au courant de la vision de Zacharie. Mais lorsque notre chef se fut élevé au-dessus de nos ennemis, il a déposé ses premiers vêtements pour prendre un vêtement de gloire et de lumière. Il nous a donné l'exemple, c'est à nous de faire ce qu'il a fait. D'ailleurs une cuirasse de fer vaut mieux dans la lutte qu'une robe de lin, bien que l'une soit plus lourde et l'autre plus belle. Un jour viendra, quand les membres auront suivi leur chef, que le corps tout entier chantera en esprit et dira : « Vous avez déchiré le sac qui me couvrait et vous m'avez revêtu d'un vêtement de joie (Psal. XXIX, 12).»

2. L'ange disait donc : «Vous trouverez un enfant enveloppé de langes et posé dans une crèche. » Puis l' Evangile ajoute : «Ils vinrent en toute hâte et trouvèrent Marie et Joseph avec l'enfant posé dans une crèche (Luc. II, 12 et 16).» Qu'est-ce que cela signifie ? L'Ange semble ne recommander que l'humilité aux bergers, et ceux-ci trouvent quelque chose de plus. Peut-être l'Ange ne leur recommande-t-il d'une manière toute particulière que l'humilité, parce que tous les autres anges étant tombés par l'orgueil, lui n'était demeuré debout que par l'humilité, peut-être aussi tic vient-il du haut des cieux leur annoncer l'humilité que parce que c'est la vertu par laquelle nous devons plus particulièrement honorer la majesté de Dieu; mais les bergers ne la trouvent point seule, parce que Dieu accorde toujours sa grâce aux humbles. Ils trouvèrent donc Marie et Joseph avec l'enfant posé dans une crèche. Or, de même que l'enfance de Jésus-Christ, vous prêche l'humilité, ainsi la Vierge nous parle de continence et Joseph, l'homme juste de l'Evangile, nous rappelle la justice. La continence est une vertu qui a rapport au corps, tout le monde le sait; quant à la justice, elle a pour objet de rendre à chacun ce qui lui appartient et règle nos rapports, particulièrement envers le prochain. L'humilité nous réconcilie avec Dieu, nous rend soumis à Dieu, plait à Dieu en nous, comme la sainte Vierge en fait la remarque : « Il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante (Luc. I, 48). » Le fornicateur pèche contre son propre corps, l'homme injuste, contre le prochain, l'homme orgueilleux qui s'enfle et se grandit, pèche contre Dieu. Le fornicateur se déshonore; l'injuste blesse le prochain; l'orgueilleux déshonore Dieu autant qu'il est en lui; car le Seigneur a dit: «Je n'attribuerai ma gloire à personne (Isa. XI, 8). » Or, l'orgueilleux dit de son côté : mais moi je me l'attribuerai, quoique vous ne vouliez point la céder à personne. Aussi n'aime-t-il point le partage que fait l'Ange quand il dit : « Gloire à Dieu, paix aux hommes. » Il n'honore donc point Dieu, mais il s'élève contre lui comme un impie et un véritable infidèle. Qu'est-ce, en effet, que la piété, sinon de rendre à Dieu le culte qui lui est dû? et quel homme honore vraiment Dieu, sinon celui qui se soumet volontairement à lui et tient les regards de son coeur fixé sur le Seigneur, de même que les serviteurs ont les leurs attachés sur les mains de leurs maîtres (Psal. CXXII, 3).

3. Par conséquent, pour qu'on retrouve constamment en nous, Marie et Joseph avec l'enfant posé dans une crèche; il faut que nous vivions dans le siècle présent avec tempérance, avec justice et avec piété (Tit. II, 12). C'est, en effet, à cette fin qu'est apparue la grâce de Dieu qui nous instruit, et c'est par ce moyen-là aussi que sa gloire apparaîtra. Voilà en effet ce que nous lisons : «La grâce de Dieu, notre Sauveur, a paru à tous les hommes, et elle nous a appris que, renonçant à la piété et aux passions mondaines, nous devons vivre dans le siècle présent avec tempérance, avec justice et piété, demeurant toujours dans l'attente de la béatitude que nous espérons et de l’avènement du grand Dieu (Tit. II, 11, 12, 13). » Or, la grâce s'est montrée à nous dans un enfant pour nous instruire, mais cet enfant «sera grand (Luc. I, 32).» Selon la parole de Gabriel à son sujet, ceux qu'il aura instruits, étant encore enfant, à être humbles et doux de coeur, il les glorifiera et les exaltera plus tard, lorsqu'il sera lui-même devenu grand et glorieux, lui qui est Notre-Seigneur Jésus-Christ, béni dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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