OCT. DE PAQUES II
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SECOND SERMON POUR LE DIMANCHE DE L'OCTAVE DE PAQUES. Sur les trois témoignages.

1. Il nous a été lu aujourd'hui un passage de la lettre de saint Jean, où nous voyons que, de même qu'il y a trois témoignages dans le ciel, il y en a aussi trois sur la terre (I Joan. V, 7). A mon avis, le triple témoignage des cieux est celui de la stabilité, et le triple de la terre celui de la réparation; l'un concerne les anges, et l'autre, les hommes. Ainsi les anges qui, au moment de la révolte de l'orgueilleux Lucifer, sont demeurés dans la vérité, reçoivent le témoignage de la vision de la . Trinité; et les hommes que la divine miséricorde sauve, reçoivent celui de l'Esprit, de l'eau et du sang. Pourquoi le Père ne rendrait-il point témoignage à ceux par qui il a été honoré comme Père? Quant à toi, perfide ennemi, voilà en quels termes il s'adresse à toi : « Si je suis Père où donc est l'honneur que vous me rendez (Mal. I, 6) ? » Tu ne saurais donc avoir pour toi le témoignage du Père, toi qui t'efforces d'usurper la gloire qui lui est due, toi qui au lieu de lui rendre honneur n'as qu'un désir, celui de l'égaler. « Je m'assoirai, dit-il, sur la montagne de l'alliance... et je serai semblable au Très-Haut (Isa. XIV, 14 et 15). » Ainsi, toi qui n'es qu'un être créé, tu partagerais le trône du Père même des esprits célestes? Mais pourtant ce n'est pas encore à toi qu'il a dit : « Asseyez-vous à ma droite (Psal. CIX, 1). » Si tu l'ignores, ô impudent, apprends qu'il n'y a que le Fils unique du Père, que son éternelle génération rend égal au Père et fait asseoir à ses côtés. En songeant à usurper l'égalité avec Dieu, tu portes atteinte dans ta jalousie à la gloire du Fils, à cette gloire qu'il tient du Père comme engendré de lui, en sorte que tu ne peux plus t'attendre maintenant à avoir son témoignage pour toi. Mais s'il ne peut comptes sur le témoignage du Père ni du Fils, se flattera-t-il de celui du Saint-Esprit qui procède de l'un et de l'autre? On ne saurait douter que l'Esprit, qui est ami de la paix déteste les coeurs superbes et inquiets autant qu'il se plaît à se reposer sur les humbles et les pacifiques, et que celui qui est le lien même de l'unité, s'élève contre toi pour la paix et pour l'unité.

2. Faut-il s'étonner, mes frères, si nous craignons que le solitaire farouche ne se mette à ravager la vigne du Seigneur? Que de bourgeons de la vigne céleste la première incursion de ce solitaire a brisés! Mais peut-être avez-vous plus remarqué en lui, l'orgueil que la solitude. Eh bien, dites-moi, quand tous les anges se tenaient debout, celui qui seul ose concevoir la pensée de s'asseoir, ne s'est-il pas signalé à tous les yeux, par le vice de la singularité? Mais peut-être me demandez-vous où j'ai appris que tous les anges se tenaient debout. Je le tiens de deux témoins, dont l'un, c'est Isaïe, atteste ce qu'il a vu de ses yeux; or il dit : « J'ai vu le Seigneur, il était assis... Et les séraphins étaient debout (Is. VII, 12); » et l'autre, Daniel, me dit : « un million d'anges le servaient, et il y en avait un million qui se tenaient debout devant lui (Dan. VII, 10). » Voulez-vous que je vous cite un troisième témoin, afin que ce que je vous dis se trouve confirmé par un triple témoignage ( Matth. XVIII, 16)? Eh bien, je vous rappellerai les paroles de l'Apôtre lui-même, qui, après avoir été ravi jusqu'au troisième ciel, nous dit en en descendant : « Tous les anges ne sont-ils point des esprits qui tiennent lieu de serviteurs (Hebr. I, 14)? » Et toi, ennemi de la paix, iras-tu t'asseoir là où tous se tiennent debout dans l'attitude de serviteurs? Tu contrastes ainsi profondément le Saint-Esprit qui met l'union entre les frères de la maison; tu heurtes la charité par ta conduite, car tu romps l'unité, tu brises le lien de la paix. Aussi est-ce un témoignage bien mérité que l'Esprit-Saint qui réprouve ta jalouse envie, ta singularité, et l'inquiétude de ton coeur, rend à la charité, à l'unité et à la paix des anges qui n'ont point quitté leur rang et sont demeurés à leur poste. Mais j'en ai dit assez sur le témoignage qui est donné dans les cieux.

3. Il y a un autre témoignage qui est donné sur la terre, il discerne ceux qui y sont en exil, de ceux qui y ont trouvé leur patrie, c'est-à-dire les citoyens du ciel des citoyens de Babylone. Le Seigneur a-t-il, en effet, jamais laissé ses élus sans témoignage? Où serait donc leur consolation quand ils se trouvent flottants d'inquiétude entre la crainte et l'espérance, s'ils n'avaient absolument aucun témoignage qui leur montrât qu'ils sont élus? Dieu tonnait ceux qui sont à lui et même il n'y a que lui qui sache qui sont ceux qu'il a élus dès le principe; quant aux hommes, où est celui qui sache s'il est digne de haine ou d'amour? Mais si toute certitude sur ce point nous est absolument refusée à tous ici-bas, ce dont on ne peut douter, les quelques signes d'élection que nous pourrons trouver par hasard, ne nous en sembleront-ils pas d'autant plus agréables? Quel repos pourrait goûter notre âme, tant qu'elle n'a point encore de marques de prédestination ? S'il est une vérité certaine et digne d'être reçue avec toute sorte de déférence, c'est celle qui nous fait connaître les signes de notre élection. En même temps qu'elle console les élus, elle ôte toute excuse aux réprouvés. En effet, une fois les signes de la vie bien connus, quiconque les néglige montre évidemment qu'il a reçu son âme en vain (Ps. XXIII, 4), et qu'il ne fait aucun cas de la terre, si désirable de la patrie.

4. « Il y en a trois, lisons-nous, qui rendent témoignage sur la terre, ce sont l'Esprit, l'eau et le sang. » Vous n'ignorez pas, mes frères, que nous avons tous péché dans le premier homme, et que tous nous sommes tombés avec lui, mais tombés dans une sorte de cachot rempli de fange et de pierres. Et, après une telle chute, nous sommes restés étendus, captifs, souillés, brisés, jusqu'à ce que vînt le désiré des nations, celui qui devait nous racheter, nous laver et. nous aider. Car il a donné son propre sang pour nous racheter, puis il a laissé couler aussi de l'eau de son côté, pour nous laver de nos souillures, et enfin il nous a envoyé, du haut des cieux, son esprit pour venir en aide à notre faiblesse. Voulez-vous donc savoir, mon frère, si ces trois choses opèrent en vous, si vous n'êtes pas coupable du sang du Seigneur, que vous rendriez inutile autant qu'il est en vous; si cette eau même, qui devait vous purifier de vos souillures , ne monte point pour vous entraîner dans la condamnation, parce que vous ne voulez point sortir de votre fange, si enfin l'Esprit Saint aussi, à qui vous résistez, ne laissera point impunies vos lèvres blasphématrices et médisantes (Sap. I, 6)? Car il vous faut bien prendre garde que ces trois choses ne soient stériles pour vous, attendu qu'elles ne pourraient point ne pas vous être en même temps funestes.

5. Or, qui est-ce qui peut se rendre témoignage que le sang du Christ n'a pas été répandu en vain pour lui, sinon celui qui renonce au péché? Car quiconque pèche est esclave du péché; si donc vous pouvez désormais vous tenir éloigné du péché, et secouer de votre cou, le joug de sa malheureuse servitude, vous avez le plus sûr témoignage qui se puisse avoir, de la rédemption que le sang du Christ peut seul opérer. Mais ce n'est pas assez pour le pécheur de se tenir éloigné du péché, si en même temps il ne fait pénitence. C'est donc à l'eau qu'il demandera ce second témoignage, à l'eau, dis-je, mais à l'eau de ses larmes, dont il arrose toutes les nuits sa couche en gémissant. Car, de même que le sang versé par le Sauveur nous rachète de l'esclavage, et ne permet point au péché d'asseoir son empire dans notre chair mortelle, ainsi les larmes de la pénitence nous lavent des péchés que nous avons commis auparavant. Mais quoi, ne sommes-nous point brisés par la longue durée des chaînes que nous avons portées, et par le cruel séjour que nous avons fait dans les cachots du péché, et ne sommes-nous point tombés tout meurtris et couverts de blessures le long du chemin de la vie? Invoquons l'esprit qui vivifie et qui aide, et soyons sûrs que notre Père des cieux nous le donnera, si nous le lui demandons en bon esprit; or il n'est point un témoignage plus certain d'une vie nouvelle, que la présence en nous d'un esprit nouveau. Je me résume en trois mots : nous recevons le témoignage du sang, de l'eau et de l'esprit, si nous nous éloignons du péché, si nous faisons de dignes fruits de pénitence, et si enfin nous produisons des oeuvres de vie.

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