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SERMON VIII. Le Saint-Esprit est le baiser de Dieu : c'est ce baiser que l'Épouse demande, afin qu'il lui donne la connaissance de la Sainte Trinité.

1. Pour m'acquitter aujourd'hui de la promesse que je vous ai faite, j'ai dessein de vous parler du principal baiser , qui est celui de la bouche. Donnez une attention plus grande à quelque chose de bien doua, qu'on goûte bien rarement, et qu'on comprend bien difficilement. Il me semble, pour reprendre d'un peu plus haut que celui qui dit . « Personne ne connaît le Fils que le Père, et personne ne connaît le Père que le Fils, ou celui à qui le Fils le voudra révéler, (Matth. XI, 27) » parlait d'un baiser ineffable que nulle créature n'avait encore reçu. Car le Père aime le Fils, et l'embrasse avec un amour singulier ; le Très-Haut embrasse son égal, l'éternel son coéternel, et le Dieu unique, son unique. Mais l'amour qui unit le Fils au Père, n'est pas l'amour de lui, ainsi que lui-même l'atteste lorsqu'il dit : « Afin que tout le monde sache que j'aime mon Père, levez-vous et allons. (Matth. XXVI, 2). » Sans doute vers la Passion. Or la connaissance de l'amour mutuel de celui qui engendre, et de celui qui est engendré, qu'est-ce autre chose qu'un baiser trés-doux, mais très-secret?

2. Je tiens pour certain que même la créature angélique n'est point admise à un secret si grand et si saint du divin amour ; c'est d'ailleurs le sentiment de saint Paul, qui nous assure que cette paix surpasse toute la connaissance même des anges, (Phil. IV, 7). Aussi l'Épouse, bien qu'elle s'avance beaucoup, n'ose-t-elle pas dire : qu'il me baise de sa bouche : cela n'est réservé qu'au Père; elle demande quelque chose de moindre : « Qu'il me baise, dit-elle , d'un baiser de sa bouche. » Voici une autre épouse qui reçut un autre baiser, mais ce n'est pas de la bouche, c'est un baiser du baiser de la bouche : « Il souffla sur eux (Joan. XX, 22), » dit saint Jean. (Il parle de Jésus qui souffla sur les apôtres, c'est-à-dire sur la primitive Église) et leur dit : o Recevez le Saint-Esprit. » Ce fut sans doute un baiser qu'il leur donna. En effet, était-ce un souffle matériel? Point du tout; c'était l'esprit invisible qui était donné dans ce souffle du Seigneur, afin qu'on reconnût par-là qu'il procède également de lui et du Père, comme un véritable baiser, qui est commun à celui qui le donne et à celui qui le reçoit. Il suffit donc à l'Épouse d'être baisée du baiser de l'Époux, bien qu'elle ne le soit pas de sa bouche. Car elle estime que ce n'est pas une faveur médiocre et qu'on puisse dédaigner, d'être baisée du baiser, puisque ce n'est autre chose que recevoir l'infusion du Saint-Esprit. Car, si on entend bien le baiser du Père et celui du Fils, on jugera que ce n'est pas ; sans raison qu'on entend par là le Saint-Esprit, puisqu'il est la paix inaltérable, le noeud indissoluble, l'amour et l'unité indivisible du Père et du Fils.

3. L'Épouse donc, animée par le Saint-Esprit, a la hardiesse de demander avec confiance sous le nom de baiser, d'en recevoir l'infusion. Mais aussi c'est qu'elle a comme un gage qui lui donne lieu de l'oser. C'est cette parole du Fils qui, après avoir dit : « Nul ne connaît le Fils que le Père, et nul ne connaît le Père que le Fils (Matth. II, 27), » ajoute aussitôt, « ou celui à qui il plaira au Fils de le révéler. » L'Épouse croit fermement que s'il le veut révéler à quelqu'un, ce sera certainement à elle. C'est ce qui lui fait demander hardiment un baiser, c'est-à-dire, cet esprit en qui le Fils et le Père lui soient révélés. Car l'un n'est point connu sans l'autre, suivant cette parole de Jésus-Christ : « Celui qui me voit, voit aussi mon Père (Joan.XIV, 9) ; « et cette autre de l'apôtre saint Jean ; « Quiconque nie le Fils, n'a point le Père, mais celui qui confesse le Fils a aussi le Père. (Joan. II, 24). » Ce qui montre clairement que le Père n'est point connu sans le Fils, ni le Fils sans le Père. C'est donc à bon droit que celui qui dit : « La vie éternelle consiste à vous connaître pour le Dieu véritable, et à connaître celui que vous avez envoyé, qui est Jésus-Christ (Joan. XVII, 3), » n'établit pas la souveraine félicité dans la connaissance de l'un des deux, mais dans celle de tous les deux. Aussi lisons-nous dans l'Apocalypse, « que ceux qui suivent l'Agneau ont le nom de l'un et de l'autre écrit sur le front (Apoc.XIV, 1), » c'est-à-dire qu'ils se glorifient de ce qu'ils les connaissent tous les deux.

4. Quelqu'un dira peut-être : La connaissance du Saint-Esprit n'est donc pas nécessaire, puisque saint Jean, en disant que la vie éternelle consiste à connaître le Père et le Fils, ne parle point du Saint Esprit. Cela est vrai; mais aussi n'en était-il pas besoin, puisque lorsqu'on connaît parfaitement le Père et le Fils, on ne saurait ignorer la bonté de l'un et de l'autre qui est le Saint-Esprit ? Car un homme ne connaît pas pleinement un autre homme, tant qu'il ignore si sa volonté est bonne ou mauvaise. Sans compter que lorsque saint Jean dit : Telle est la vie éternelle, c'est de vous connaître, vous qui êtes le vrai Dieu et Jésus-Christ que vous avez envoyé ; cette mission témoignant la bonté du Père qui a daigné l'envoyer, et celle du Fils qui a obéi volontairement, il n'a pas oublié tout-à-fait le Saint- Esprit, puisqu'il a fait mention d'une si grande faveur de l'un et de l'autre. Car l'amour et la bonté de l'un et de l'autre est le Saint-Esprit même.

5. Lors donc que l'Épouse demande un baiser, elle demande de recevoir la grâce de cette triple connaissance, au moins autant qu'on en peut être capable dans ce corps mortel. Or elle le demande au Fils, parce qu'il appartient au Fils de le révéler à qui il lui plaît. Le Fils se révèle donc à qui il veut, et il révèle aussi le Père; ce qu'il fait par un baiser, c'est-à-dire par le Saint-Esprit, selon le témoignage de l'Apôtre, qui dit : « Dieu nous a révélé ces choses par l'Esprit-Saint. (I. Cor. II, 10). » Mais en donnant l'Esprit par lequel il communique ces connaissances, il fait connaître aussi l'Esprit qu'il donne. Il révèle en le donnant, et le donne en le révélant. Et cette révélation qui se fait par le Saint-Esprit, n'éclaire pas seulement l'entendement pour connaître, mais échauffe aussi la volonté, pour aimer, suivant ce que dit saint Paul « L'amour de Dieu est répandu dans nos coeurs par l'Esprit-Saint, qui nous a été donné (Rom. V, 5). » Aussi est-ce peut-être à cause de cela que, en parlant de ceux qui connaissant Dieu ne lui ont pas rendu les hommages qui lui étaient dus, il ne leur dit point que leur connaissance fut un effet de la révélation du Saint-Esprit, parce que, bien qu'ils le connussent, ils ne l'aimaient point. On lit bien: « Car Dieu le leur avait révélé, » mais il n’est point dit. que ce fut par le Saint-Esprit, de peur que des esprits impies qui se contentaient de la science qui enfle et ne connaissaient point celle qui édifie, ne s'attribuassent le baiser de l'Épouse. L'Apôtre nous marque par quel moyen ils ont eu ces lumières: « Les beautés invisibles de Dieu se comprennent clairement par les beautés visibles des choses créées (Rom. I, 20). » D'où il est évident qu'ils n'ont point connu parfaitement celui qu'ils n'ont point aimé. Car s'ils l'eussent connu pleinement, ils n'auraient pas ignoré cette bonté ineffable qui l'a obligé à s'incarner, à naître, et à mourir pour leur rédemption. Enfin, écoutez ce qui leur a été révélé de Dieu: « Sa puissance souveraine, est-il dit, et sa Divinité (Ibid.). » Vous voyez que, s'élevant par la présomption de leur propre esprit, non. de l'Esprit de Dieu, ils ont voulu pénétrer ce qu'il y avait de grand et de sublime en lui; mais ils n'ont point compris qu'il fût doux et humble de coeur. Et il ne faut pas s'en étonner, puisque Béhémoth, qui est leur chef, « regarde tout ce qui est haut et élevé (Job. XL, 25), » ainsi qu'il est écrit de lui, sans jamais jeter la vue sur les choses humbles et basses. David était bien dans un autre sentiment (Psal. CXXX, 42), lui qui ne se portait jamais de lui-même aux choses grandes et admirables qui le dépassaient, de peur que, voulant sonder la majesté de Dieu, il ne demeurât accablé sous le poids de sa gloire (Prov. XXV, 27).

6. Et vous pareillement, mes frères, pour vous conduire avec prudence dans la recherche des divins mystères, souvenez-vous de l'avis du Sage qui vous dit : « Ne cherchez point des choses qui vous passent, et ne tâchez point de pénétrer ce qui est au-delà de votre portée (Eccle. XXXI, 22). » Marchez dans ces connaissances sublimes selon l'Esprit, non pas selon votre propre sens. La doctrine de l'Esprit-Saint n'allume pas la curiosité, mais enflamme la charité. Aussi est-ce avec raison que l'Épouse, cherchant celui qu'elle aime, ne se fie pas aux sens de la chair, et ne suit pas les faibles raisonnements de la curiosité humaine, mais demande un baiser, c'est-à-dire invoque le Saint-Esprit, afin que, par son moyen, elle reçoive en même temps et le goût de la science, et l'assaisonnement de la grâce. Or c'est avec raison que la science qui se donne dans ce baiser est accompagnée , d'amour, car le baiser est le symbole de l'amour. Ainsi la science qui enfle, étant sans l’amour, ne procède point du baiser, non plus que le zèle pour Dieu qui n'est pas selon la science, parce que le baiser donne l'une et l'autre de ces grâces, et la lumière de la connaissance et l'onction de la piété. Car il est un esprit de sagesse et d'intelligence, et, comme l'abeille qui forme la cire et le miel, il a en lui-même de quoi allumer le flambeau de la science et de quoi répandre le goût et les douceurs de la grâce. Que celui donc qui entend la vérité mais ne l'aime point, non plus que celui qui l'aime et ne l'entend point, ne s'imaginent ni l'un ni l'autre avoir reçu ce baiser. Car il n'y a place ni pour l'erreur ni pour la tiédeur dans ce baiser. C'est pourquoi, pour recevoir la double grâce qu'il communique, l'Épouse présente ses deux lèvres, je veux dire la lumière de l'intelligence et l'amour de la sagesse, afin que, dans la joie qu'elle ressentira d'avoir reçu un baiser si entier et si parfait, elle mérite d'entendre ces paroles : « La grâce est répandue sur vos lèvres; c'est pourquoi Dieu vous a bénie pour toute l'éternité (Psal. XLIV, 3). » Ainsi le Père en baisant le Fils lui communique pleinement et abondamment les secrets de sa divinité, et lui inspire les douceurs de l'amour. L'Écriture sainte nous le marque, lorsqu'elle dit : « Le jour découvre ses secrets au jour (Psal. XVIII, 3). » Or, comme nous l'avons déjà dit, il n'est accordé à aucune créature, quelle qu'elle soit, d'assister à ces embrassements éternels et bienheureux. Il n'y a que le saint Esprit qui procède de l'un et de l'autre, qui soit témoin de cette connaissance et de cet amour mutuels et qui y participe. « Car, qui a connu les desseins de Dieu, ou qui a été son conseil (Rom. II, 34)? »

7. Mais quelqu'un me dira peut-être : comment donc avez-vous pu connaître ce que vous avouez vous-même n'avoir été confié à aucune créature? C'est sans doute, « le Fils unique qui est dans le sein du Père, qui vous l'a appris (Joan. I, 18). » Oui, c'est lui qui l'a appris, non pas à moi qui suis un homme misérable, absolument indigne d'une si grande faveur, mais à Jean, l'ami de l'Époux, de qui sont les paroles que vous avez alléguées, et non-seulement à lui, mais encore à Jean l'Évangéliste, comme au disciple bien-aimé de Jésus. Car son âme aussi fut agréable à Dieu, bien digne certainement du nom et de la dot d'Épouse, digne des embrassements de l'Époux, digne enfin de reposer sur la poitrine du Seigneur. Jean puisa dans le sein du Fils unique de Dieu ce que lui-même avait puisé dans le sein de son Père. Mais il n'est pas le seul qui ait reçu cette grâce singulière; tous ceux à qui l'Ange du grand conseil disait : « Je vous ai appelés mes amis, parce que je vous ai découvert tout ce que j'ai appris de mon Père (Joan. XV, 15), » l'ont également reçue. Paul puisa aussi dans ce sein adorable, lui dont l'Évangile ne vient ni des hommes ni par les hommes, mais par une révélation de Jésus-Christ lui-même (Galat. I, 12). » Assurément, tous ces grands saints peuvent dire avec autant de bonheur que de vérité : « C'est le Fils unique qui était dans le sein du Père qui nous l'a appris (Joan. I, 18). » Mais, en leur faisant cette révélation, qu'a-t-il fait autre chose que de leur donner un baiser? Mais c'était un baiser du baiser, non un baiser de la bouche. Écoutez un baiser de la bouche « Mon père et moi ne sommes qu'une même chose (Joan. X, 30) ; et encore : Je suis en mon Père, et mon Père est en moi. » C'est là un baiser de la bouche sur la bouche; mais personne n'y a part. C'est certainement un baiser d'amour et de paix, mais cet amour surpasse infini ment toute science, et cette paix est au dessus de tout ce qu'on peut imaginer. Cependant Dieu a bien révélé à saint Paul ce que l'œi1 n'a point vu, ce que l'oreille n'a point ouï, et ce qui n'est tombé dans la pensée d'aucun homme; mais il le lui a révélé par son esprit, c'est-à-dire par un baiser de sa bouche. Ainsi le Fils est dans le Père, et le Père dans le Fils, voilà qui est un baiser de la bouche. Pour ce qui est de ces paroles: «Nous n'avons pas reçu l'esprit du monde, mais l'Esprit qui vient de Dieu, afin que nous sachions les grands dons qu'ils nous a faits par sa bonté (I Cor. II, 12), » c'est un baiser de sa bouche.

8. Et pour distinguer encore plus clairement ces deux baisers: celui qui reçoit la plénitude reçoit un baiser de la bouche, mais celui qui ne reçoit que de la plénitude ne reçoit qu'un baiser du baiser. Le grand Paul, quelque haut qu'il porte sa bouche, et bien qu'il aille jusqu'au troisième ciel, demeure néanmoins au dessous de la bouche du Très-Haut, et doit se renfermer dans les bornes de sa condition. Comme il ne peut atteindre jusqu'au visage adorable de la gloire, il est obligé de demander humblement que Dieu se proportionne à sa faiblesse, et lui envoie un baiser d'en haut. Mais celui qui ne croit point faire un larcin en se rendant égal à Dieu (Philip. II, 6), en sorte qu'il ose bien dire « Mon Père et moi ne sommes qu'une même chose (Joann. X, 30),» parce qu'il est uni à lui comme à son égal, et l'embrasse d'égal à égal, celui-là ne mendie point un baiser d'en-bas; mais étant à la même hauteur, il applique sa bouche sacrée sur la sienne, et, par une singulière prérogative, il prend un baiser sur sa bouche même. Ce baiser est donc pour Jésus-Christ la plénitude, et pour Paul la participation, attendu que Jésus-Christ est baisé de la bouche, et Paul seulement du baiser de la bouche.

9. Heureux néanmoins ce baiser par lequel, non-seulement on connaît, mais on aime Dieu le Père, qui ne peut être pleinement connu que lorsqu'on l'aime parfaitement. Qui de vous a entendu quelquefois l'Esprit du Fils, criant dans le secret de sa conscience, « Père, Père? » L'âme qui se sent animée du même esprit que le Fils, cette âme, dis-je, peut se croire l'objet d'une tendresse singulière du Père. Qui que vous soyez, ô âme bienheureuse, qui êtes dans cet état, ayez une parfaite confiance ; je le répète encore, ayez une confiance entière et n'hésitez point. Reconnaissez-vous, fille du Père, dans l'esprit du Fils, en même temps que l'épouse ou la soeur de ce même Fils. On trouve, en effet, que celle qui est telle est appelée de l'un et de l'autre nom. La preuve n'en est pas difficile, et je n'aurai pas beaucoup de peine à vous le montrer. C'est l'Époux qui s'adresse à elle: « Venez dans mon jardin, dit-il, ma soeur, mon épouse (Cant. V, 1). » Elle est sa soeur, parce qu'elle a le même Père que lui. Elle est son épouse, parce qu'elle n'a qu'un même esprit. Car si le mariage charnel établit deux personnes en une même chair, pourquoi le mariage spirituel n'en unira-t-il pas plutôt deux en un même esprit ? Après tout, l'Apôtre ne dit-il pas que celui qui s'attache à Dieu est un même esprit avec lui. Mais voyez aussi avec quelle affection et quelle bonté le Père la nomme sa fille, en même temps que la traitant comme sa bru, il l'invite aux doux embrassements de son Fils: « Écoutez, ma fille, ouvrez les yeux, et prêtez l'oreille, oubliez votre nation et la maison de votre père, et le Roi concevra de l'amour pour votre beauté (Psal. XLIV, 11). » Voilà celui à qui elle demande un baiser. O âme sainte, soyez dans un profond respect, car il est le Seigneur votre Dieu, et peut-être est-il plus à propos de l'adorer avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles, que de le baiser. Ainsi soit-il.

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