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SERMON X. Les rois parfums spirituels des mamelles de l'Épouse, la contrition, la dévotion et la piété.

1. Je n'ai pas assez d'intelligence, de pénétration, ni de vivacité d'esprit, pour trouver de moi-même quelque chose de nouveau. Mais la bouche de Paul est une grande et inépuisable fontaine qui nous est ouverte à tous. C'est là que je vais puiser, selon ma coutume, ce que j'ai à dire sur le sujet des mamelles de l'Épouse. « Réjouissez-vous, dit-il, avec ceux qui se réjouissent, pleurez avec ceux qui pleurent (Rom. XII, 15). » Il exprime en peu de mots les mouvements de l'amour maternel, car les petits enfants ne peuvent être malades, ni se bien porter, que leur mère ne s'en ressente; elle ne peut éviter de se conformer au fruit de ses entrailles. Aussi, suivant la parole de saint Paul, j'assignerai ces deux sentiments, la compassion et la congratulation à chacune des mamelles de l'Épouse. Il faudrait, en effet, qu'elle fût bien petite et loin d'être nubile, si elle n'avait point encore de mamelles, c'est-à-dire, si elle ne se sentait point prompte à se réjouir du bien d'autrui, ni portée à s'affliger de ses maux. Si on en prend une de cette sorte pour conduire les âmes, ou pour prêcher, elle rie sert de rien aux autres, et se nuit beaucoup à elle-même. Mais si c'est elle-même, qui s'ingère dans ces ministères, n'est-ce pas le comble de l'impudence ?

2. Mais revenons aux mamelles de l'Épouse, et, selon leur différence, proposons différentes espèces de lait. La congratulation verse le lait de l'exhortation, et la compassion celui de la consolation. Une mère spirituelle sent que son sein charitable est abondamment arrosé d'en haut par l'une et par l'autre, toutes les fois qu'elle reçoit un baiser. Aussitôt vous la voyez, les mamelles toutes pleines, s'asseoir pour allaiter ses petits enfants, et, selon les besoins de chacun d'eux, à fun faire sucer la consolation et à l'autre l'exhortation. Par exemple, si elle voit que quelqu'un de ceux qu'elle a engendrés dans l'Évangile soit ébranlé par de violentes tentations qui le jettent dans le trouble, et le rendent triste et timide, en sorte qu'il est tout prêt de succomber, comme elle s'afflige avec lui? Comme elle le flatte? Comme elle pleure? Comme elle le console ? et comme elle trouve des raisons pieuses pour le relever de son abattement ? Au contraire, si elle voit qu'il est prompt, gai, et qu'il profite dans la vertu, elle est ravie de joie, elle l'aborde avec des avis salutaires, elle l'anime encore davantage, elle l'instruit de ce qu'il faut qu'il fasse pour persévérer; et elle l'exhorte à s'avancer toujours de plus en plus. Elle se conforme à tous, elle transporte en soi les sentiments et les dispositions de tous, enfin elle montre qu'elle n'est pas moins la mère de ceux qui se relâchent que de ceux qui profitent.

3. Combien y en a-t-il aujourd'hui qui sont éloignés de ces sentiments ? Je parle de ceux qui ont entrepris de conduire les âmes. On ne doit le dire qu'avec gémissement et avec larmes : ils fabriquent, pour me servir de cette expression, dans la fournaise de l'avarice, les opprobres, les crachats, les fouets, les clous, la lance, la croix et la mort de Jésus-Christ. Ils prostituent toutes ces choses à l'acquisition de gains honteux, et se montrent avides de mettre dans leurs bourses le prix de la rédemption du monde; la seule différence qui les distingue de Judas, c'est que celui-ci se contenta de quelques deniers pour le prix de ces choses, et que ceux-là, par une convoitise beaucoup plus insatiable, exigent des sommes infinies d'argent. Ils ont pour les richesses une soif qui ne peut s'éteindre. Ils craignent de les perdre, et ils s'affligent lorsqu'ils les ont perdues. Ils se reposent sur l'amour de ces biens, si toutefois, le soin qu'ils ont pour les conserver ou pour les augmenter leur permet de prendre un moment de repos. Quant à la perte ou au salut des âmes, ils s'en mettent peu en peine. Certes, ce ne sont pas des mères, puisque une fois gros, gras et bien nourris du,patrimoine de Jésus-Christ, ils ne compatissent point aux douleurs de Joseph (Amos. VI, vers 6). Une vraie mère ne se dissimule point; elle a des mamelles et ces mamelles ne sont pas vides. Elle sait se réjouir avec ceux qui se réjouissent, pleurer avec ceux qui pleurent, et elle ne cesse de faire sortir de l'une le lait de l'exhortation, et de l'autre celui de la consolation. Mais c'est assez comme cela pour ce qui est des mamelles de l'Épouse et du lait qu'elles renferment.

4. Il faut que je vous découvre maintenant quels sont les parfums qu'elles exhalent, pourvu, néanmoins, que vous m'aidiez de vos prières, afin que je puisse exprimer dignement, et au profit de ceux qui m'écoutent, les sentiments que Dieu m'a donnés sur ce sujet. Les parfums de l'Époux et ceux de l'Épouse diffèrent de même que leurs mamelles. Pour ceux de l'Époux, nous avons déjà dit en quel lieu nous devons en parler. Considérons seulement en ce moment les parfums de l'Épouse, et faisons-le avec d'autant plus de soin que l'Écriture les a particulièrement recommandés à notre attention, car, elle ne les a pas seulement appelés bons, mais très-bons. Or, je proposerai plusieurs espèces de parfums, afin de choisir ceux qui conviennent le mieux aux mamelles de l'Époux. Il y a le parfum de la contrition; le parfum de la dévotion; et le parfum de la piété. Le premier pique et cause une douleur. Le second la tempère et l'adoucit. Et lé troisième guérit et chasse la maladie. Examinons-les chacun en particulier, avec quelque détail.

5. Il y a donc un parfum que l'âme, enveloppée de plusieurs crimes, se compose, lorsque, commençant à faire réflexion sur sa conduite, elle recueille, rassemble et broie dans le mortier de sa conscience, une infinité de péchés de différentes sortes, et, les mettant dans la chaudière d'un coeur tout enflammé, elle les fait cuire en quelque sorte, sur le feu du repentir et de la douleur, et peut dire avec le Prophète : « Mon coeur s'est échauffé en moi-même, et le feu qui me dévore s'allume encore davantage lorsque je pense à mes crimes passés (Psal. XXXVIII, 4). » Voilà le parfum dont l'âme pécheresse se doit servir dans les commencements de sa conversion, et qu'il lui faut appliquer sur ses plaies encore récentes. Car, le premier sacrifice qu'elle doit faire à Dieu, est celui d'un esprit pénétré de la douleur et du regret de ses fautes (Psal. L, 17). Aussi, tant qu'elle n'a point de quoi composer un parfum meilleur ni plus précieux, parce qu'elle est pauvre et misérable, elle ne doit pas négliger, en attendant, d'apprêter toujours celui-là, quoiqu'elle le compose de matières bien viles, parce que Dieu ne méprisera jamais un coeur contrit et humilié. Et elle paraîtra d'autant moins vile aux yeux de Dieu, qu'elle le sera elle-même davantage à ses propres yeux, dans le souvenir de ses péchés.

6. Néanmoins, si ce parfum invisible et spirituel a été figuré par cet autre parfum dont l'Évangile rapporte que la pécheresse oignit les pieds de Jésus-Christ, nous ne saurions le regarder comme tout-à-fait vil. Car, que lit-on du premier ? « Toute la maison, dit l'Évangéliste, fut embaumée de ce parfum (Matt. XXVI, et Joan. VII). » Il était répandu par les mains d'une pécheresse (a), et versé sur les extrémités du corps, c'est-à-dire, sur les pieds, et néanmoins, il ne fut point si vil et si méprisable, que la force et la douceur de son ardeur ne remplit toute la maison. Que si nous considérons de quelles senteurs l'Église est parfumée dans la conversion d'un seul pécheur, et quelle odeur de vie pour la vie devient chaque pénitent qui se repent publiquement et parfaitement de ses péchés, nous pourrions bien dire aussi de ce parfum, sans hésiter, que toute la maison en est embaumée. Car l'odeur de la pénitence pénètre jusqu'aux demeures célestes des bienheureux, si bien que, selon le témoignage de la vérité même, « il y a une grande joie parmi les anges de Dieu, au sujet d'un pécheur qui fait pénitence (Luc. XXXV, 10). » Réjouissez-vous, ô pénitents, prenez courage, vous qui êtes faibles et timides, vous, dis-je, qui, à peine sortis du siècle, et de vos voies corrompues, vous êtes sentis aussitôt remplis de l'amertume et de la confusion d'un esprit touché de repentir, tourmentés troublés par la douleur excessive de vos plaies encore récentes. Que vos mains mêlent avec confiance l'amertume de la myrrhe pour cette onction salutaire: car Dieu ne rejettera point un coeur contrit et humilié. Il ne faut point mépriser ni estimer vile cette sorte d'onction, dont l'odeur n'attire pas seulement les hommes à se convertir, mais invite même les anges à se réjouir.

a Dans cet endroit comme en plusieurs antres et particulièrement dans son troisième sermon pour le jour de l'Assomption, saint Bernard confond la pécheresse dont saint Luc parla au chapitre VII, avec Marie soeur de Lazare et de Marthe, qui répandit sur les pieds de Jésus, dans la bourgade de Béthanie (Joan. XII) : « un parfum dont la bonne odeur remplit toute la maison ; » mais la plupart des écrivains antérieurs à saint Grégoire, et même beaucoup de nouveaux, les distinguent l'une de l'autre, et même de Marie-Madeleine, dont Jésus avait chassé sept démons (Marc. XVI) et qui, selon saint Luc, suivit Jésus avec les autres saintes femmes, quelque temps même ayant la conversion de la femme pécheresse, à ce qu'ils croient; et comme ils le prouvent par de sérieux argumenta, il faut en convenir. Ou peut voir plus loin le sermon XII, n. 5.

7. Mais il y a un autre parfum, d'autant plus précieux celui-là, que la matière qui le compose est beaucoup plus excellente. Pour ce qui est de la matière du premier, il ne faut pas aller la chercher bien loin, nous la trouvons sans peine chez nous, et la cueillons en abondance dans notre jardin, toutes les fois que nous en avons besoin. Car qui est celui qui n'a pas, quand il veux, assez d'injustices et de péchés de son propre fonds, sous la main, du moins s'il ne veut point se faire illusion? Tels sont, comme vous vous le rappelez, les ingrédients du premier parfum dont je vous ai parlé plus haut. Mais pour les aromates qui entrent dans le second, ce n'est point notre terre qui les produit; nous les allons chercher bien loin dans les pays les plus reculés. Car tout don excellent et parfait vient d'en haut, et nous est communiqué par le père des lumières. Or ce parfum est composé des bienfaits que la bonté divine a départis au genre humain. Heureux celui qui a soin de les recueillir, et de se les remettre devant les yeux de l'esprit, avec des actions de grâces proportionnées à leurs grandeur. Certainement si, après les avoir mis en morceau et broyés dans le,mortier du coeur avec le pilon de la fréquente méditation, on les fait bouillir ensemble sur le feu d'un saint désir, et qu'on y verse ensuite de l'huile de joie, ce parfum sera infiniment plus précieux et plus excellent que le premier. Il suffit, pour le prouver, d'alléguer le témoignage de celui qui a dit: « Le sacrifice de louanges m'honorera (Psal. XLIX,23). » En effet, il ne faut point douter que le souvenir des bienfaits n'excite à louer le bienfaiteur.

8. Puisque l'Écriture, en parlant du premier,témoigne seulement que Dieu ne le méprise pas (Psal, L. 19), il est clair qu'elle relève beaucoup plus celui qui l'honore. De plus, le premier se verse sur les pieds, et le second sur la tête. Car si dans Jésus-Christ la tête se doit rapporter à la divinité, suivant cette parole de saint Paul, « Dieu est la tête de Jésus-Christ (Cor. XI. 3),» c'est évidemment parfumer la tête, que de lui rendre des actions de grâces, parce que c'est toucher Dieu, non pas l'homme. Ce n'est pas que celui qui est Dieu ne soit homme aussi, puisque Dieu et l'homme ne font qu'un même Christ, mais parce que tout bien vient de Dieu non de l'homme, même celui qui s'exerce par l'homme. En effet, c'est incontestablement l'esprit qui donne la vie, la chair ne sert de rien. C'est pourquoi l'Écriture maudit celui qui met son espérance en l'homme (Jere. XVII. 5) ; parce que si toute notre espérance dépend, avec raison, de l'homme Dieu, néanmoins ce n'est pas seulement parce qu'il est homme, mais parce qu'il est Dieu. Voilà pourquoi le premier parfum se répand sur les pieds, et le second sur la tête, c'est que l'humiliation d'un cœur contrit convient à notre humble chair, et que la gloire sied bien à la majesté et à la grandeur. Vous voyez quel est ce parfum . que je vous propose, puisque cette tète redoutable aux Principautés mêmes, non-seulement ne dédaigne pas d'en être parfumée, mais le tient même à grand honneur, en disant; « le sacrifice de louanges m'honorera (Psal. XLIX. 23). »

9. C'est pourquoi il n'appartient pas à celui qui est pauvre et indigent, qui a le coeur pusillanime, de composer ce parfum, parce que c'est la seule confiance qui en possède la matière, mais une confiance, qui naît de la liberté de l'esprit et de la pureté du coeur. Car l'âme qui est pusillanime et de peu de foi, en est empêchée par le peu de bien qu'elle a; et sa pauvreté ne lui permet pas de s'occuper aux louanges de Dieu, ou à la contemplation des bienfaits qui produisent ces louanges. Et si quelque fois elle veut s'élever jusque là, elle est aussitôt rappelée par le soin et l'inquiétude que lui donnent ses affaires domestiques, et se trouve serrée en elle même, par la nécessité qui la presse. Si vous me demandez la cause de cette misère, vous reconnaîtrez, si je ne me trompe, que vous éprouvez maintenant, ou que vous avez éprouvé, en vous, celle que je vous dirai. Il me semble que cette langueur, cette défiance de l'âme vient ordinairement de deux causes, ou de la nouveauté de la conversion, ou de la tiédeur des pratiques, bien que la conversion date déjà de longtemps. L'une et l'autre de ces deux choses humilie sans doute, abat la conscience, et la jette dans le trouble et l'inquiétude, lorsqu'elle considère que ses anciennes passions ne sont point encore mortes en elle, soit parce qu'elle est nouvellement convertie, soit à cause de la tiédeur où elle est; et ainsi se trouvant obligée de s'employer entièrement A arracher de son coeur les épines des iniquités et les ronces des convoitises, elle ne peut pas prendre l'essor bien loin. En effet, comment celui qui se fatigue à gémir et à soupirer, pourra-t-il en même temps se réjouir dans les louanges de Dieu ? Comment « les actions de grâces et les paroles de louange (Isa. LI. 3), » pour me servir de l'expression du prophète Isaïe, pourront elles résonner dans la bouche de celui qui pleure et s'afflige sans cesse? Car, comme nous apprend le Sage, « La musique avec les larmes est une chose bien importune (Ecclés. XXII. 6). » D’ailleurs l'action de grâce ne précède pas le bienfait, elle le suit. Or, l'âme qui est encore dans la tristesse, ne se réjouit pas d'avoir reçu un bienfait, mais a besoin de le recevoir. Elle a donc sujet de faire des prières, mais elle n'en a point de rendre des actions de grâces. Car comment pourra-t-elle reconnaître une faveur qu'on ne lui a pas faite? Ce n'est donc pas sans raison que j'ai dit, qu'il n'appartient pas à une âme pauvre de faire ce parfum, qui se compose du souvenir des bienfaits de Dieu, attendu qu'elle ne peut pas voir la lumière, tant qu'elle regarde les ténèbres. Elle est dans l'amertume ; et le triste souvenir de ses péchés occupe si fort sa mémoire, qu'elle n'y peut admettre aucun sujet de joie. C'est à ces personnes que s'adresse l'Esprit prophétique de David, lorsqu'il dit : «C'est eh vain que vous vous levez avant le jour (Psal. CXVI. 2). » En d'autres termes, c'est en vain que vous vous levez pour regarder les bienfaits qui réjouissent l'âme, si vous ne recevez d'abord la lumière qui la console dés péchés qui la troublent. Ce parfum n'est donc pas celui des pauvres.

10. Mais voyez qui sont ceux qui ont raison de se glorifier d'en avoir en abondance : « Les apôtres sortaient avec joie de la présence des juges, parce qu'ils avaient été trouvés dignes de souffrir des affronts pour le nom de Jésus (Act. V, 45). » Certes, ces hommes dont la douceur était à l'épreuve, non-seulement des paroles, mais des coups de fouets; étaient bien remplis de cette onction de l'esprit. Car ils étaient riches en charité, cette vertu qui ne s'épuise jamais, quelque dépense qu'on en fasse, et elle leur fournissait aisément de quoi offrir de grasses et belles victimes. Leurs coeurs répandaient partout une sainte liqueur, dont ils étaient pleinement imbus, lorsqu'ils publiaient les grandeurs de Dieu en diverses langues, selon que le Saint-Esprit les inspirait (Act. II, 2). On ne saurait douter que ceux dont l'Apôtre parlait en ces termes : « Je remercie sans cesse mon Dieu, pour voua, de la grâce qui vous a été donnée en Jésus-Christ, parce que vous avez acquis toutes sortes de richesses en lui, les richesses de la parole et les richesses de la science, en sorte qu'aucune grâce ne vous manquant, le témoignage de Jésus-Christ soit accompli et confirmé en vous (I Cor. I, 4), » ne fussent abondamment fournis de cette sorte de parfum. Dieu veuille que je puisse aussi rendre ces mêmes actions de grâces pour vous, et vous voir riches en vertus, gais dans les louanges de Dieu, et remplis jusqu'à déborder, de cette onction spirituelle en Jésus-Christ notre Seigneur.

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