SERMON XV
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SERMON XV. Vertu merveilleuse du nom de Jésus-Christ pour les chrétiens fidèles dans toutes les adversités.

1. L'esprit de sagesse est plein de bonté (Sap. I, 6), et n'a pas coutume de se rendre difficile à ceux qui l'invoquent, puisque souvent, avant même qu'on l'appelle, il dit : Me voici. Ecoutez maintenant ce qu'à votre prière, il daigne vous faire connaître par mon organe sur le sujet que nous avons 'remis hier, à dessein, et recevez le fruit de vos oraisons. Je vais vous apprendre quel nom est justement comparé à l'huile, et pourquoi il lui est comparé. Vous pouvez remarquer plusieurs noms donnés à l'Époux dans l'Ecriture, je les réduirai tous à deux seulement. Vous n'en trouverez aucun, je le pense, qui n'exprime, ou la grâce de la bonté, ou la puissance de la majesté. C'est ce que le Saint-Esprit déclare par la bouche de celui qui est son plus ordinaire organe : « J'ai ouï ces deux choses . Dieu a une souveraine puissance, et une souveraine miséricorde (Psal. LXI, 12). » C'est donc de sa majesté que nous lisons : « Son nom est saint et terrible (Psal. CX, 9) ;» et de la Bonté : « Il n'y a point d'autre nom sous le Ciel qui ait été donné aux hommes pour les sauver (Act. IV, 12). » Mais les exemples rendront encore cela plus chair. « Voici, dit le Prophète, le nom qu'ils lui donneront; le Seigneur, notre justice (Hier. XXIII, 6).» C'est là un nom de puissance. Et ailleurs : « Et il sera nommé Emmanuel (Isa. VII, 14). » Il insinue aussi lui-même, en parlant de soi, le nom qui marque sa bonté. « Vous m'appelez, dit-il, Maître et Seigneur (Joan. XI, 13). » Le premier est un nom de grâce, et le second de majesté. Car ce n'est pas une moindre faveur de communiquer la science à l'âme, que de donner l'a nourriture au corps. Le Prophète dit encore : « On le nommera Admirable, Conseiller, Dieu, Fort, Père du siècle à venir, Prince de la paix (Isa. IX, 6). » Le premier, le troisième et le quatrième de ces noms marquent la majesté, et les autres la bonté. Quel est donc celui d'entre eux, qui est comme de l'huile répandue? Il est certain qu'il se fait une espèce d'écoulement du nom de sa majesté et de la puissance, dans celui de la bonté et de la grâce, et que ce dernier se répand abondamment par Jésus-Christ notre sauveur. Le nom de Dieu, par exemple, ne passe et ne se confond-il pas en cet autre, pieu avec nous, c'est-à-dire en celui d'Emmanuel ? Ainsi en est-il de celui d'Admirable, qui se fond en celui de Conseiller; de ceux de Dieu, et de Fort, en ceux de Père du siècle à venir et de Prince de la pais. Celui de, le Seigneur qui était notre justice, en celui de Seigneur de miséricorde et de bonté. Je ne dis rien de nouveau, puisqu'autrefois Abram a aussi été changé en Abraham, Saraï en Sara, pour figurer et célébrer dès lors le mystère de cette salutaire effusion.

2. Où est maintenant cette vois de tonnerre, qui se faisait si souvent entendre aux anciens, et qui les remplissait d'épouvante; «Je suis le Seigneur, je suis le Seigneur (Exod. XX, 2) ? » Au lieu de cela on m'apprend une prière qui, commençant par le nom si doux de père, me donne la confiance que les demandes qui suivent seront exaucées. Ceux qui étaient esclaves sont appelés amis (Joan. XV, 14), et la résurrection n'est pas seulement annoncée aux disciples, mais aussi aux frères (Matth. XXVIII, 10). Mais cette effusion de noms ne s'est faite que lorsque la plénitude des temps est arrivée, alors que Dieu accomplit ce qu'il avait promis par le prophète Joël, et fit une effusion de son esprit sur toute chair (Joël. II, 28). Nous lisons que quelque chose de pareil s'est passé autrefois parmi les Hébreux. Je crois que vous me prévenez, et savez déjà ce que je veux dire. Car quelle fut la première réponse qui fut faite à Moïse lorsqu'il demanda qui lui parlait? « Je suis celui qui est, et celui qui est m'a envoyé vers vous (Exod. III, 14). » Je ne sais si Moïse lui-même l'aurait entendu s'il n'y eût point eu de transfusion de ce nom; mais il s'en est fait une, et on l'a entendu, il ne s'en est pas seulement fait une transfusion, mais une effusion. Car l'infusion en était déjà faite. Les cieux le possédaient déjà. Il était déjà connu des anges, mais il s'est répandu au dehors, et ce nom qui était tellement infus dans les anges, qu'il leur était même devenu propre, s'est répandu dans les hommes, en sorte que dés lors on aurait entendu non sans raison ce cri de joie monter de la terre : «Votre nom est une huile répandue, » si l'opiniâtreté détestable d'un peuple ingrat ne s'y fût opposée. Car il dit : « Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, et le Dieu de Jacob (Exod. III, 6). »

3. Accourez, nations, le salut est en vos mains. Un nom est répandu; et quiconque l'invoquera sera sauvé. Le Dieu des anges s'appelle aussi le Dieu des hommes. Il a répandu de l'huile sur Jacob, et elle est tombée sur Israël. Dites à vos frères, « Donnez-nous de votre huile. » S'ils ne veulent pas, priez le Seigneur de cette huile de vous en envoyer aussi. Dites-lui : Délivrez-nous de l'opprobre où nous sommes tombés. Ne permettez point, je vous prie, qu'une langue mauvaise insulte votre bien-aimée, qu'il vous a plu d'appeler des extrémités de la terre, avec d'autant plus de bonté qu'elle en était moins digne. Est-il raisonnable qu'un méchant serviteur chasse ceux qu'un si bon père de famille a conviés ? « Je suis, dit-il, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, et le Dieu de Jacob (Exod. III, 6). » Quoi, est-ce là tout? Répandez, répandez, ouvrez encore votre main, et comblez toutes sortes d'animaux de votre bénédiction, qu'ils viennent d'Orient et d'Occident, et s'asseyent dans le royaume des cieux avec Abraham, Isaac, et Jacob (Matt. VIII, 11). Que les tribus, oui, que les tribus du Seigneur viennent, qu'elles viennent, je le répète, et qu'elles donnent occasion à Israël de célébrer le nom du Seigneur (Psal. CXXI, 4). Qu'elles viennent et se reposent; qu'elles fassent des banquets magnifiques, et soient ravies de joie; et qu'on n'entende de toutes parts qu'une voix d'allégresse et de louange, comme de personnes qui sont au milieu d'un grand festin, et qu'elles disent :«Votre nom est une huile répandue. » Je suis sûr d'une chose; c'est que si nous avons pour célestes portiers Philippe et André, nous ne souffrirons pas de refus. Qui que ce soit de vous qui; demande de l'huile; qui que ce soit qui veuille voir Jésus, Philippe dira aussitôt à André, et André et Philippe ensemble le diront à Jésus. Mais que dira Jésus ? Sans doute ce qu'il a déjà dit: » Si le grain de froment, tombant en terre, ne meurt, il demeure seul. Mais s'il meurt il apporte beaucoup de fruits (Joan. XCI, 24). » Que ce grain meure donc, et qu'il en naisse une moisson de gentils. Il faut que Jésus souffre et qu'il ressuscite, et qu'on prêche en son nom la pénitence et la rémission. des péchés, non-seulement dans la Judée, mais dans toutes les nations, afin que, à ce seul nom qui est Christ, des millions de fidèles soient appelés chrétiens, et disent: « Votre nom est une huile répandue. »

4. Car je reconnais le nom que j'ai lu dans Isaïe : « Il appellera, dit-il, ses serviteurs d'un autre nom, et celui qui est béni sur la terre dans ce nom, sera béni dans le Seigneur. Ainsi soit-il (Isa. LXV, 15). » O nom béni! ô huile répandue partout! Mais jusqu'où se répand-elle? Elle se répand du ciel dans la Judée, de la Judée par toute la terre, et de toute la terre l'Église crie: « Votre nom est une huile répandue. » Oui, c'est bien répandue qu'il faut dire, puisqu'elle couvre non seulement le ciel et la terre, mais pénètre même jusqu'aux enfers; « En sorte qu'au nom adorable de Jésus, tout fléchit le genou, les puissances du ciel, de la terre, et des enfers, et toute langue le célèbre, et dit (Philipp. II, 10): » votre nom est une huile répandue. Voilà Christ, voilà Jésus. Il s'est fait une effusion sur les hommes, sur les hommes, dis-je, qui comme des bêtes s'étaient souillés et corrompus dans leur fumier. C'est ainsi que Dieu sauve les hommes et les bêtes, comme dit le Prophète, et multiplie les effets de sa miséricorde. Que ce nom est cher et qu'il est vil en même temps ! Il est vil, mais il est salutaire. S'il n'était point vil, on ne le répandrait pas sur moi. S'il n'était point salutaire, il ne me gagnerait pas. Je participe à ce nom, et je participe à l'hérédité céleste. Je suis chrétien, et frère de Jésus-Christ. Si je suis ce que je dis là, je suis par conséquent héritier de Dieu, et cohéritier de Jésus-Christ. Mais pourquoi s'étonner que le nom de l'Époux soit répandu, puisque l'Époux même l'est aussi? Car il s'est anéanti lui-même en prenant la figure d'un esclave (Rom. VIII, 17), et de plus il dit : «Je suis répandu comme de l'eau (Psal. XXI, 12). » La plénitude de la divinité s'est répandue en habitant corporellement sur la terre, afin que nous tous qui portons un corps de mort, nous participassions à cette plénitude, et qu'étant remplis d'une odeur de vie, nous pussions dire: Votre nom est une huile répandue. Je viens de dire quel est ce nom répandu, de quelle façon et pourquoi il a été répandu.

5. Mais pourquoi est-ce une huile ? C'est ce que je n'ai pas encore expliqué. J'avais commencé à le faire dans le discours précédent, mais il s'est présenté tout à coup une autre chose, qu'il m'a semblé à propos de dire auparavant, encore ai-je différé à en parler plus longtemps que je ne pensais. Je n'en vois point d'autre cause que celle-ci c'est que la Sagesse qui est la femme forte, a mis la main à la quenouille, et ses doigts ont tourné le fuseau (Prov. XXXI, 19). Car de peu de lainé ou de lin elle sait faire beaucoup de fil et de toile, et ainsi donner deux vêtements à ses domestiques. Il y a sans doute de la ressemblance entre l'huile et le nom de l'Époux, et ce n'est pas sans raison que le Saint-Esprit a comparé l'une à l'autre. Je ne sais si vous en savez de meilleure raison que moi, mais pour moi je crois que c'est parce que l'huile a trois qualités, elle éclaire, elle nourrit, et elle oint. Elle entretient le feu ; elle nourrit la chair ; elle apaise la douleur. C'est une lumière, une nourriture et un remède. Voyons si on ne peut pas en dire autant du nom de l'Époux. Il éclaire lorsqu'on le publie ; il nourrit quand on le rumine, il oint et adoucit les maux, lorsqu'on l'invoque. Examinons chacune de ces qualités en particulier.

6. D'où pensez-vous qu'une si grande et si soudaine lumière de la foi ait éclaté dans le monde, sinon de la prédication du nom de Jésus? N'est-ce pas par la lumière de ce nom sacré que Dieu nous a appelés à la jouissance de ses lumières admirables, et quand nous en avons été éclairés, quand nous avons vu la lumière par cette autre lumière, saint Paul a pu nous dire : « Vous avez été ténèbres autrefois, mais à présent vous êtes lumière dans le Seigneur (Ephes. V, 8) ». Enfin c'est ce nom que le même apôtre reçut ordre de porter devant les rois, les nations et les enfants d'Israël (Act. IX, 15), et il le portait comme un flambeau dont il éclairait son pays, en criant partout : « La nuit a précédé, mais le jour est enfin venu; dépouillons-nous donc des oeuvres de ténèbres, et revêtons-nous des armes de lumière, et vivons dans l'honnêteté et la bienséance, comme marchant en plein jour (Rom. XIII, 12). » Il montrait à tout le monde la lampe dans le chandelier, annonçant Jésus en tous lieux, et Jésus crucifié. Combien cette lumière a-t-elle été resplendissante, et combien a-t-elle ébloui les yeux de ceux qui la regardaient, lorsque, sortant comme un éclair de la bouche de Pierre, elle affermit les jambes et les pieds d'un boiteux, et rendit la vue à plusieurs aveugles spirituels ? Ne fit-il pas la lumière, lorsqu'il dit : « Au nom de Jésus-Christ de Nazareth, levez-vous et marchez (Act. III, 6) ? » Mais le nom de Jésus n'est pas seulement une lumière, c'est encore une nourriture. Ne vous sentez-vous pas fortifiés, toutes les fois que vous vous le rappelez? Qu'y a-t-il qui nourrisse autant l'esprit de celui qui y pense? Qu'est-ce qui davantage répare les forces épuisées ; rend les vertus plus mâles ; fomente les bonnes et louables habitudes; et entretient les inclinations chastes et honnêtes ? Toute nourriture de l'âme est sèche, si elle n'est arrosée de cette huile; elle est insipide si elle n'est assaisonnée de ce sel. Un livre n'a point de goût pour moi, si je n'y trouve (a) le nom de Jésus. Une conférence, un entretien ne me plait pas si l'on n'y parle point de Jésus. Jésus est du miel à la bouche, une mélodie aux oreilles, un chant d'allégresse au coeur. Mais il est encore un remède. Êtes-vous triste ? Que Jésus vienne dans votre coeur, passe de là à votre bouche; ce nom admirable n'est pas sitôt prononcé, qu'il se produit une lumière resplendissante qui chasse les ennuis et ramène le calme et la sérénité. Quelqu'un tombe-t-il dans un crime ? court-il à la mort dans son désespoir ? Qu'il invoque ce nom de Vie, il commence aussitôt à respirer et à revivre. Devant ce nom salutaire, qui a jamais persisté dans son endurcissement, dans sa paresse, dans son animosité, ou dans sa langueur ? Qui n'a pas vu la source de ses larmes desséchée, couler de nouveau avec plus d'abondance et de douceur, dès qu'il a invoqué Jésus ? Saisi de frayeur et palpitant de crainte au milieu des périls, qui n'a point senti ses appréhensions s'évanouir, et la confiance lui revenir dès l'instant qu'il a invoqué ce nom plein de force et de générosité ? Quel est l'homme, dont l'esprit flottant et irrésolu n'a pas été fixé aussitôt par l'invocation de ce nom, qui porte la clarté et la lumière dans l'âme ? Enfin, quel est celui, qui, se sentant découragé par l'adversité, et prêt à succomber, n'a pas repris une nouvelle vigueur au seul son de ce nom secourable ? ce sont là les langueurs et les maladies de l'âme, et il en est le remède. On peut justifier ce que je dis par ces paroles : «Invoquez-moi, dit-il, au jour de votre affliction , et je vous délivrerai , et vous m'honorerez (Psal. XLVI, 15). » Il n'y a rien qui soit plus propre à arrêter l'impétuosité de la colère, à abaisser l'enflure de l'orgueil, à guérir les plaies de l'envie, à retenir les débordements de l'impureté, à éteindre le feu de la convoitise, à apaiser la soif de l'avarice et à bannir tous les désirs honteux et déréglés, car lorsque je nomme Jésus, non-seulement je me représente un homme doux et humble de coeur, bon, sobre, chaste, miséricordieux, orné enfin de toutes sortes de vertus, et je me le représente encore comme Dieu tout-puissant, qui me guérit par son exemple, et me fortifie par son secours. Voilà ce que me dit le nom de Jésus. Ainsi, en tant qu'homme, il me donne un exemple à imiter, et, en tant que tout-puissant, il est pour moi un secours qui m'assiste : je me sers de ses exemples comme d'herbes médicinales, et du secours comme d'un instrument pour les préparer; et je fais une sorte de composé, tel qu'aucun médecin n'en peut faire de semblable.

7. O mon âme, vous avez un antidote excellent caché dans le vase

a Saint Augustin rapporte la même chose de lui-même dans ses confessions, livre III, chapitre IV, au sujet de la lecture d'un livre de Hortensius. Il n'y avait qu'une chose dans tout ce beau langage qui me faisait peine c'est que le nom de Jésus-Christ ne s’y trouvait point ; or tout écrit où ce nom fait défaut; quelque bien écrit, soigné et véridique qu'il sait, ne saurait me ravir tout entier.

du nom de Jésus, un antidote salutaire, un remède efficace et souverain contre toutes vos maladies. Ayez-le toujours dans votre sein, ayez le toujours sous la main, afin que toutes vos affections et toutes vos actions soient dirigées vers Jésus. Vous y êtes même invitée par ces paroles : « Mettez-moi, dit-il, comme un cachet sur votre coeur; comme un cachet sur votre bras (Cant. VIII, 6). » Mais nous expliquerons ce passage ailleurs. Maintenant vous avez un remède pour votre bras et pour votre cœur. Vous avez, dis-je, dans le nom de Jésus, de quoi vous corriger de vos mauvaises actions, ou perfectionner celles qui sont défectueuses; de même que vous avez de quoi préserver vos affections de la corruption, ou de quoi les guérir si elles se corrompent.

8. La Judée a eu aussi quelques Jésus, mais c'est en vain qu'elle se vante de leurs noms, puisqu'ils n'ont aucune vertu. Car ils n'éclairent point, ils ne nourrissent point, ils ne guérissent point. Voilà pourquoi jusqu'à cette heure, la Synagogue a toujours été dans les ténèbres, languissant de faim et tombant de faiblesse. Et elle ne sera point guérie ni rassasiée jusqu'à ce qu'elle sache que mon Jésus est le dominateur souverain de Jacob et de toute la terre, qu'elle se convertisse enfin, qu'elle souffre une faim pareille à celle des chiens affamés, et qu'elle tourne à l'entour de la ville. Ces Jésus ont été envoyés comme Elisée envoya son bâton devant lui pour ressusciter un mort (IV, Reg. IV, 29). Ils n'ont pu expliquer leurs noms, qui étaient vides et privés de vertu. Le bâton fut mis sur le mort, et le mort n'avait ni voix ni sentiment, parce que ce n'était qu'un bâton. Celui qui l'avait envoyé, est descendu lui-même, et aussitôt il a sauvé son peuple et l'a purifié de ses péchés, témoignant qu'il était véritablement ce qu'on disait de lui : « Qui est celui-ci qui même remet les péchés (Luc. VII, 29). » C'est sans doute celui qui dit : Je suis le salut du peuple. Voilà la voix, voilà le sentiment qui est revenu, et il est visible qu'il ne porte pas comme les autres un nom vain et stérile. On sent la vie répandue dans l'âme, et l'on ne tait point un si grand bienfait. Le sentiment est au dedans, et la voix au dehors. Je suis touché de componction, et j'en rends des actions de grâces, et ces actions de grâces sont une marque de la vie que j'ai recouvrée. « Car un mort ne rend pas plus grâces que celui qui n'est point (Eccle. XVII, 26). » Voilà la vie, voilà le sentiment. Je suis parfaitement ressuscité; ma résurrection est entière. Quand le corps est-il mort, n'est-ce pas lorsqu'il est privé de sentiment et de vie 2 Le péché qui est la mort de l'âme ne m'avait laissé ni le sentiment de la componction, ni la voix de l'action de grâces, et j'étais mort. Celui qui remet les péchés vient, me rend l'un et l'autre; et dit à mon âme : « Je suis votre salut (Psal. XXXIV, 3). » Quelle merveille que la mort cède la place à la vie qui descend du ciel ? La foi intérieure justifie, et la confession extérieure salive (Rom. X, 10). L'enfant bâille, il bâille même sept fois (IV. Reg. IV, 35), et dit: Sept fois le jour j'ai chanté vos louanges, Seigneur (Psal. CXVIII, 164). Considérez ce nombre de sept. C'est un nombre sacré, il n'est pas sans mystère. Mais il vaut mieux que nous réservions ceci pour un autre discours, afin que nous nous approchions avec grand faim, non avec dégoût, de ces mets si excellents auxquels nous invite l'Époux de l'Église, notre Seigneur Jésus-Christ, qui étant Dieu est élevé au dessus de toutes choses, et béni dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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