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SERMON XXII. Des quatre parfums de l’Époux et des quatre vertus cardinales.

1. Si les parfums de l'Épouse sont aussi précieux et aussi magnifiques que vous l'avez vu dans les discours précédents, que pensez-vous de ceux de l'Époux ? Mais si je ne suis pas capable de les expliquer d'une façon proportionnée à leur excellence, il n'y a point de doute pourtant que leur vertu ne soit plus éminente et leur grâce plus efficace, puisque leur seule odeur excite à courir, non-seulement les jeunes filles, mais l'Épouse elle-même. En effet, si vous y prenez garde, elle n'ose rien promettre de semblable de ses parfums. A la vérité, elle se flatte qu'ils sont excellents, mais néanmoins elle ne dit pas que c'est dans eux qu'elle ait couru ou qu'elle coure, elle ne promet de le faire que dans l'odeur des parfums de l'Époux. Qu'aurait-elle dit si elle se fût sentie remplie de l'onction même de ce parfum, dont la seule odeur, quelque légère qu'elle soit, la ravit de joie et la fait courir? Je serais bien étonné si elle ne s'envolait pas. Mais peut-être quelqu'un dit en lui-même cessez de tant relever ces parfums; on verra assez ce qu'ils sont, lorsque vous aurez commencé à les expliquer. Point du tout; je ne vous promets pas cela. Croyez-moi, je vous avoue que je ne sais encore si ceux qui me viennent dans l'esprit sont les véritables. Car j'estime que 'l'Époux a diverses espèces de parfums et de baumes, et qu'il en a en grande quantité; qu'il y en a que l'Épouse estime d'une façon particulière, parce qu'elle est plus proche de son Époux, et plus familière; qu'il en est quelques-uns qui arrivent jusqu'aux jeunes filles; et enfin qu'il y en a d'autres qui parviennent même à ceux qui sont plus éloignés et comme étrangers; en sorte qu'il n'y a personne, comme dit le Prophète, qui ne sente sa chaleur. Mais bien que le Seigneur soit doux et bon envers tout le monde, il l'est pourtant davantage envers ceux qui sont de sa maison; et plus on s'approche familièrement de lui par ses mérites et sa pureté, plus aussi, je crois, on sent l'odeur de parfums plus nouveaux, et d'une onction plus douce et plus agréable.

2. Mais on ne saurait comprendre ces choses comme il faut, à moins de les avoir éprouvées. C'est pourquoi je ne veux point usurper témérairement une prérogative qui n'est accordée qu'à l'Épouse. Il n'y a que l'Époux qui sache les délices que l'Esprit-Saint fait goûter à sa bien-aimée, par quelles inspirations il réveille et récrée les sens de son âme, et de quelles senteurs il la parfume. Qu'elle lui soit donc une fontaine propre à lui seul, où l'étranger n'ait point de part, et l'indigne ne boive point. Car c'est « un jardin fermé et une fontaine scellée (Cantic. IV, 12); » mais les eaux en découlent dans les places publiques. Je reconnais que je les ai à ma disposition, pourvu néanmoins que personne ne me moleste ou ne me montre de l'ingratitude, si je puise à une source publique pour donner à boire aux autres. Car, pour relever un peu mon ministère en ce point, ce n'est pas sans peine et sans travail que je vais tous les jours puiser dans les ruisseaux même publics de l'Écriture, pour donner de l'eau à chacun selon ses besoins, si bien que, sans prendre aucune peine, chacun de vous ait facilement des eaux spirituelles pour toute sorte d'usages, par exemple pour laver, pour boire et pour cuire les aliments. Car la parole de Dieu est l'eau salutaire de la sagesse, non-seulement elle abreuve, mais elle lave, suivant ce que dit le Seigneur : « Vous êtes nets à cause des discours que je vous ai tenus (Joan. XV, 3). » La parole divine cuit encore, pour ainsi dire, par le feu du Saint-Esprit, les pensées charnelles, qui sont comme de la viande crue, et les change en des sens spirituels, et en fait une nourriture pour l'âme, si bien qu'on peut dire : « Mon cœur s'est échauffé au dedans de moi, et un feu s'allumera en moi durant ma méditation (Psal. XXXVIII, 4). »

3. Ceux dont l'esprit étant parfaitement pur, sont capables de comprendre par eux-mêmes des choses plus sublimes que celles que nous disons, non-seulement je ne les en empêche point, mais même je les en félicite, pourvu qu'ils souffrent aussi que nous proposions des choses plus simples à ceux qui ne sont pas aussi éclairés qu'eux. Que je voudrais voir tout le monde doué du don de la parole, et plût à Dieu que je ne fusse point obligé de m'occuper à cet exercice. Plût à Dieu qu'un autre en voulût bien prendre le soin, ou plutôt ce que j'aimerais encore mieux, qu'il ne se trouvât personne pat 'vous qui en eût besoin, et que vous fussiez tous si bien instruits par Dieu même, que je pusse dans un profond repos, voir que l'Époux est Dieu. Maintenant donc, et je ne le saurais dire sans répandre des larmes, puisqu'il ne m'est pas permis, je ne dis pas de contempler, mais même de chercher le Roi assis dans sa gloire sur les Chérubins, sur un trône magnifique et élevé, dans la forme selon laquelle il a été engendré égal à son père, dans la splendeur de ses saints avant l'étoile du matin, dans laquelle les anges désirent le contempler et le voir. Dieu dans Dieu. Ce qui me reste à moi, qui ne suis qu'un homme, c'est de le proposer comme homme à des hommes, et dans la forme qu'il a prise quand il a voulu se faire connaître, par un excès de bonté et d'amour, quand il s'est abaissé au dessous des anges, qu'il a mis sa tente dans le soleil, qu'il est sorti comme un Époux de sa chambre nuptiale (Psal. XVIII, 6). Je le présente plutôt dans sa douceur que dans son élévation, et dans son onction plutôt que dans sa grandeur; enfin, je le montre tel que le Saint-Esprit l'a sacré, et envoyé pour annoncer la bonne nouvelle à ceux qui étaient dans la misère, guérir les coeurs brisés, prêcher le pardon aux captifs, la délivrance aux prisonniers, et annoncer l'année des miséricordes du Seigneur.

4. Laissant donc à chacun les sentiments plus sublimes et plus élevés que Dieu, peut-être, par une grâce singulière, lui a communiqués sur le sujet des parfums de l'Époux, et dont il lui a donné l'expérience, je me contenterai de mettre en commun ce que j'ai puisé à la source commune. Car il est la fontaine de vie, la fontaine scellée qui jaillit avec force au milieu du jardin fermé, par la bouche de Paul qui lui sert de canal; il est vraiment cette sagesse adorable, qui, selon l'expression du saint homme Job, sort des lieux profonds et cachés (Job. XXVIII, 18), se divise en quatre ruisseaux, et coule dans les grandes places, où ce bienheureux apôtre nous apprend que Dieu l'a fait pour nous, sagesse, justice, sanctification et rédemption (I Cor. I, 10). Par ces quatre ruisseaux, comme autant de parfums précieux, fil importe peu, en effet, de les considérer comme eau ou comme onction; comme eau, parce qu'ils nettoient, comme onction, parce qu'ils sont odoriférants) ; par ces quatre ruisseaux, dis-je, comme par autant de parfums précieux composés d'ingrédients célestes sur des montagnes couvertes de bois de senteurs, il a tellement embaumé l'Église, qu'étant aussitôt attirée des quatre parties du monde par cette douceur ineffable, elle s'est hâtée d'aller trouver cet Époux céleste, semblable à la reine de Saba (III Reg. X, 1), qui accourut avec empressement des extrémités de la terre, pour entendre la sagesse de Salomon, excitée aussi par la bonne odeur de sa réputation.

5. L'Église n'a pu courir après l'odeur de son Salomon, que lorsque celui qui, de toute éternité, était la sagesse engendrée du Père, fut fait, pour elle par le Père, sagesse dans le temps. Car c'est alors qu'elle a commencé à sentir la divine odeur qui sortait de lui. Il a été de même fait pour elle justice, sanctification et rédemption, afin qu'elle pût également courir dans l'odeur de ces excellentes qualités, car il a été tout cela en lui-même avant toutes choses. En effet, le Verbe était dès le commencement (Joan. I, 1), mais les Pasteurs ne vinrent en hâte pour le voir, que lorsqu'on leur annonça qu'il était fait. Car ils se disaient l'un à l'autre : « Passons jusqu'en , Bethléem, et voyons ce Verbe qui a été fait, que le Seigneur a fait, et nous a montré (Luc. II, 15). » Et l'Évangéliste ajoute : « Qu'ils vinrent en hâte. » Ils ne se remuaient point auparavant, lorsque le Verbe n'était encore qu'en Dieu; mais lorsqu'il fut fait, lorsque le Seigneur le fit et le leur montra, alors ils vinrent en hâte, ils accoururent. De même donc que le Verbe était au commencement, mais n'était qu'en Dieu, et qu'il a été fait lorsqu'il a commencé d'être parmi les hommes; ainsi il était sagesse, justice, sanctification et rédemption au commencement ; mais pour les anges. Et afin qu'il le fût aussi pour les hommes, le Père l'a fait toutes ces choses. Et il le fit, parce qu'il est le Père, car l'apôtre a dit : « Celui qui a été fait par Dieu, sagesse pour nous (I Cor. I, 30). » Il ne dit pas simplement qui a été fait sagesse, mais qui a été fait sagesse pour nous, parce qu'il l'était pour les anges, il. l'est aussi devenu pour nous.

6. Mais je ne vois pas, me direz-vous, comment il a été rédemption pour les anges. Car il semble qu'on ne trouve en nul endroit de l'Écriture qu'ils aient jamais été ou captifs du péché, ou sujets à la mort, pour avoir er besoin de la rédemption; excepté seulement ceux qui, par leur orgueil tombant d'une chute sans remède, n'ont point mérité d'être rachetés. Si donc les anges n'ont jamais été rachetés, les uns n'en ayant pas besoin, et les autres ne le méritant pas, ceux-là parce qu'ils ne sont point tombés, et ceux-ci parce que leur peine est sans ressource, comment dites-vous que notre Seigneur Jésus-Christ a été rédemption pour eux? Le voici en deux mots. Celui qui a relevé l'homme qui était tombé, a donné à l'ange qui étai demeuré debout la grâce de ne point tomber; il a délivré l'un de la captivité, et empêché l'autre d'y tomber. Voilà comment il a été également la rédemption de tous les deux, de l'un parce qu'il l'a tiré de l'esclavage, de l'autre parce qu'il l'a préservé d'y tomber. Il est donc clair que le Seigneur Jésus-Christ a été rédemption pour les saints anges, comme il a été pour eux justice, sagesse et sanctification ; et que néanmoins il n'a pas laissé d'être fait ces quatre choses pour' les hommes,'qu ne peuvent connaître et comprendre les choses invisibles de Dieu parles choses qui ont été faites. Ainsi , tout ce qu'il était pour les anges, il l'est devenu pour nous, qu'est-ce à dire? C'est-à-dire sagesse, justice, sanctification et rédemption. « Sagesse » en prêchant, « justice » en remettant les péchés, « sanctification » en conversant avec les pécheurs, «rédemption » en souffrant la mort pour eux. C'est donc lorsqu'il a été fait toutes ces choses par Dieu le Père, que l’Église a senti une odeur excellente et s'est mise à courir.

7. Reconnaissez donc maintenant quatre sortes d'onctions; Reconnaissez la douceur abondante et inestimable de celui que le Père a; sacré d'une huile de, joie d'une manière plus excellente que tous ceux qui participent à sa gloire. O homme, tu étais assis dans les ténèbres, et à l'ombre de la mort par l'ignorance' de la vérité, tu languissais dans les liens de tes péchés. Il est descendu vers toi dans ta prison, non pour te tourmenter, mais pour te délivrer de la puissance des ténèbres. Et d'abord ce docteur de la vérité a dissipé l'ombre de votre ignorance par la lumière de sa « sagesse. » Ensuite par la « justice » qui vient de la foi, il a brisé les fers du pécheur, en les justifiant gratuitement. Et par ce double bienfait, il a accompli cette parole du Prophète David : « Le Seigneur rompt les liens des captifs, le Seigneur ouvre les yeux des aveugles (Psal. CXLV, 7). » De plus il a vécu « saintement » parmi les pécheurs, et leur a ainsi prescrit une règle de vie comme un chemin qui pût nous faire retourner dans notre patrie. Enfin, pour comble de bonté, il s'est livré à la mort, et a tiré de son propre côté le prix de la « satisfaction » dont il a apaisé le Père, en s'appropriant ainsi ce verset de David : « Le Seigneur est plein de miséricorde, et il a des grâces abondantes pour nous racheter (Psal. CXXIX, 7). » Oui, certainement, abondantes, puisqu'il a versé non une goutte, mais un fleuve de sang par cinq endroits de son corps.

8. Qu'a-t-il dû faire pour toi qu'il n'aie pas fait? Il a rendu la vue à un aveugle, rompu les chaînes d'un captif, ramené dans le chemin celui qui s'était égaré, et réconcilié celui qui était coupable. Qui ne courra avec ardeur, avec rapidité après celui qui délivre de l'erreur, remet les péchés, donne des mérites par sa vie, et acquiert des récompenses par sa mort? Quelle excuse peut avoir celui qui ne court point . dans l'odeur de ces parfums, si ce n'est peut-être, celui jusqu'à qui elIe n'est point parvenue? Mais cette odeur de vie s'est répandue par toute la terre, car toute la terre est remplie de la miséricorde du Seigneur, et ses bontés s'étendent sur toutes ses œuvres. Celui donc qui ne sent point cette odeur de vie répandue partout, et à cause de cela ne court point, est mort, ou corrompu. Cette odeur c'est le bruit de sa renommée; l'odeur de sa réputation marche devant, elle excite à courir, elle conduit à l'expérience de l'onction, à la récompense de la vision. Ceux qui y arrivent chantent tous d'un commun accord : « Nous avons vu dans la cité du Seigneur des vertus les plus grandes merveilles que nous en avions ouï dire (Psal. XLVII, 9). » Seigneur Jésus, nous courons après vous à cause de la douceur qu'on nous assure que nous trouverons en vous, car on nous apprend que vous ne rejetez point le pauvre, et n'abhorrez point le pécheur. En effet, vous n'avez point eu horreur du. larron qui confessait ses crimes, de la pécheresse qui, pleurait ses péchés, de, la cananéenne qui vous priait avec humilité, de la femme surprise en adultère, de celui qui était assis à son comptoir, du publicain, qui demandait humblement pardon de ses fautes, de votre disciple qui vous renia, de celui qui fut le persécuteur de vos disciples, ni même de ceux qui vous crucifièrent. Nous courons dans l'odeur de toutes ces vertus divines. Quant à l'odeur de votre sagesse, nous la sentons lorsque nous apprenons que si quelqu'un a besoin de sagesse, il n'a qu'à vous la demander, et vous la lui donnerez (Jacob. II, 5). Car on dit que vous donnez abondamment à tout le monde, et que vous ne reprochez point vos dons. Pour ce qui est du parfum de votre justice, il se répand, tellement de tous côtés, que non-seulement on vous appelle juste, mais la justice même, et la justice qui rend juste. Car vous êtes, aussi puissant pour rendre juste, qu’indulgent pour faire miséricorde. Aussi,. taie tout homme qui, touché d'une vive componction de ses fautes, a faim et soif de la justice, croie en vous qui justifiez l'impie, et, justifié, par la seule foi, il sera réconcilié avec Dieu. Non-seulement votre vie, mais encore votre conception répand abondamment une odeur très-. douce de sainteté. Car vous n'avez commis ni contracté le péché. Que ceux donc qui, étant justifiés de leurs crimes, désirent être saints et se proposent, d'atteindre à la sainteté, sans laquelle nul ne verra Dieu, vous écoutent lorsque vous criez : « Soyez saints, parce que je suis saint, (Levit. XIX, 2). » Qu’ils considèrent vos voies et apprennent de vous que vous êtes juste dans toutes, vos voies, et saint dans toutes vos oeuvres (Psal. CXLIV, 17). » Et l'odeur de votre rédemption, combien n'en fait-elle pas courir? Lorsque vous êtes élevé de terre, vous tirez tout à vous. Votre passion est le dernier refuge et un remède unique. Lorque la sagesse défaille, que la justice ne suffit pas, que les mérites de la sainteté succombent, elle vient au secours. Car, qui présume de sa sagesse, de sa justice ou de sa sainteté, au point de croire que cela lui suffit pour son salut? « Nous ne sommes pas capables de nous-mêmes, dit l'apôtre, d'avoir la moindre bonne pensée, mais c'est de Dieu que nous tirons cette capacité ( I Cor. III, 5). » Aussi, lorsque mes forces me manqueront, je ne me troublerai point, je ne tomberai point dans le désespoir; je sais ce que je dois faire . « Je prendrai le calice du salut, et j'invoquerai le nom du Seigneur (Psal. CXV, 13). » Seigneur, éclairez mes yeux, s'il vous plaît, afin que je connaisse en tout temps ce qui est agréable à votre majesté, et alors je serai sage. « Ne vous souvenez point des fautes et des ignorances de ma jeunesse (Psal. XXIV, 7), » et je serai juste : « Conduisez-moi dans votre voie (Psal. LXXXV, 11), » et je serai saint. Mais si votre sang n'interpelle pour moi votre miséricorde, je ne serai point sauvé. C'est pour obtenir toutes ces grâces que nous courons après vous; accordez- nous ce que nous vous demandons, puisque nous crions vers vous.

9. Mais nous ne courons pas tous également dans l'odeur de tous ces parfums. Les uns sont plus embrasés de l'amour de la sagesse; les autres sont plus portés à la pénitence, par l'espoir qu'ils ont du pardon; ceux-ci sont plus animés à la pratique des vertus, par l'exemple de sa vie et de sa conduite ; ceux-là sont plus enflammés d'ardeur pour la piété, par le souvenir continuel de sa passion : je crois que nous pourrons trouver des exemples de chacune de ces personnes. Ceux qui avaient été envoyés vers Jésus-Christ par les Pharisiens, couraient après l'odeur « de la sagesse, » lorsqu'étant de retour ils disaient : « Jamais homme n'a parlé de la sorte (Joan. VIII, 46) ; » car ils admiraient sa doctrine et confessaient sa sagesse. Le saint homme Nicodème courait dans cette même odeur, lorsque éclairé d'une grande lumière de sagesse, il vint la nuit vers Jésus (Joan. III, 2). Car il se retira d'auprès de lui tout rempli d'instruction et de doctrine. Mais Marie Madeleine courut dans l'odeur « de la justice; » elle « à qui beaucoup de péchés furent remis parce qu'elle aimait beaucoup (Luc. VII, 47). » Sans doute elle était dès lors juste et sainte, non plus pécheresse, ainsi que le lui reprochait le pharisien, qui ne savait pas que la justice et la sainteté sont un don de Dieu, non point l'ouvrage de l'homme, et que celui à qui le Seigneur n'imputera point ses offenses non-seulement est juste mais encore bienheureux. Avait-il oublié comme quoi, en touchant sa lèpre corporelle, ou celle d'un autre, il l'avait guérie sans l'avoir contractée? Ainsi le juste, touché par cette pécheresse, lui communiqua la justice, sans perdre celle qu'il avait, et ne tut point souillé des ordures du péché dont il la purifié. Le publicain courut aussi; car, après avoir demandé humblement pardon de ses péchés, « il descendit justifié (Luc. XVIII, 14), » selon le témoignage de la justice même. Saint Pierre courut en pleurant amèrement sa chute (Luc. XXII, 62), afin d'effacer son crime et de recouvrer la justice. David courut aussi, quand il reconnut et confessa son offense, et il mérita d'entendre ces paroles : « Le Seigneur a transporté votre péché loin de vous (Reg. XII, 13). » Enfin, c'est dans l'odeur « de la sanctification, » que saint Paul atteste qu'il court lui-même, lorsqu'il se glorifie d'être imitateur de Jésus-Christ et dit à ses disciples : « Soyez mes imitateurs, comme je le suis de Jésus-Christ (Philip. III, 1). » Ils couraient. aussi tous ceux qui disaient : « Voilà que nous avons tout quitté, et vous avons suivi (Matth. XIX, 27). » Car ils avaient tout quitté dans le désir de suivre Jésus-Christ. C'est que cette parole engage tout le monde en général à courir dans cette même odeur : « Celui qui dit qu'il de meure en Jésus-Christ doit vivre comme il a vécut ( I. Joan. II, 6). » Si vous voulez savoir qui sont ceux qui ont couru dans l'odeur de la Passion, » je vous dirai : « ce sont tous les martyrs. Vous avez donc quatre sortes de parfums ; le premier est « la sagesse; » le second, « la justice; » le troisième, « la sanctification; » le quatrième, « la rédemption. » Retenez-en les noms, recueillez-en le fruit, et ne veuillez point vous enquérir de quelle manière ils sont composés, ni combien de choses entrent dans leur composition. Nous ne le pouvons pas connaître aussi aisément pour les parfums de l'Époux, que pour ceux de l'Épouse: Jésus-Christ possède toutes choses avec une plénitude qui est sans bornes et sans mesure. Sa sagesse, en effet, est infinie (Psal. CXLVI, 5) ; sa justice est comme les montagnes de Dieu, comme les montagnes éternelles (Psal. XXXIII, 7) ; sa sainteté est unique, et sa rédemption est inexplicable.

10. Disons encore que c'est en vain que les sages du siècle ont écrit tant de choses sur les quatre vertus cardinales, puisqu'il était impossible qu'ils les comprissent, car ils ne connaissaient pas celui que Dieu a fait pour nous sagesse, pour enseigner «la prudence; » justice, « pour remettre les péchés, » sanctification, pour nous donner l'exemple de la « tempérance, » par la pureté de sa vie, et rédemption pour nous proposer un modèle parfait « de patience » dans sa mort si généreusement soufferte. Peut-être me dira-t-on, les autres qualités conviennent assez bien à ces vertus; mais il semble que la sanctification . n'a pas grand rapport à la tempérance. Je réponds d'abord, que la tempérance est la même chose que la continence, puisqu'il est assez ordinaire à l'Écriture de prendre la sanctification pour la continence ou la pureté. En effet, en quoi consistaient ces sanctifications si fréquentes dans les livres de Moïse, sinon dans certaines purifications de personnes qui s'abstenaient du boire, du manger, des femmes et d'autres choses semblables? Mais c'est surtout l'Apôtre lui se sert ordinairement du mot sanctification en ce sens : « Dieu désire, dit-il, votre sanctification, et que chacun de vous conserve son corps chaste et pur des désirs déréglés de la concupiscence (I Thess. IV, 3) .» Et ailleurs: « Car Dieu ne nous a pas appelés pour vivre dans la corruption de la chair, mais dans la sanctification. Il est vrai qu'en ces passages il prend la sanctification pour la tempérance.

11. Après avoir éclairci ce qui paraissait un peu obscur, je reviens à mon sujet. Que pouvez-vous avoir de commun avec les vertus, vous qui ignorez la vertu de Dieu qui est Jésus-Christ? Où est la vraie «prudence » sinon dans la doctrine de Jésus-Christ ? D'où vient la vraie «justice, » sinon de la miséricorde de Jésus-Christ ? Où est la vraie « tempérance, » sinon dans la vie de Jésus-Christ? Où est la vraie « force, » n'est-ce pas dans la passion de Jésus-Christ? Ceux-là donc seulement doivent être appelés sages qui sont imbus de sa doctrine, justes qui ont obtenu de sa miséricorde le pardon de leurs péchés, tempérants qui s'occupent à imiter sa vie, forts qui pratiquent constamment, dans les adversités, les exemples de sa patience. Aussi est-ce en vain qu'on travaille à acquérir les vertus, si on croit qu'on doit les attendre d'ailleurs que du Seigneur des vertus dont la doctrine est une source de prudence; la miséricorde, un ouvrage de justice; la vie, un miroir de tempérance; la mort, un modèle de force. A lui soit honneur et gloire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

NOTES DE HORSTIUS ET DE MABILLON. SUR LE XXIII SERMON SUR le Cantique, n. 9.

286. Si toutefois c'en est une autre. N'y eut-il qu'une seule Marie qui oignit le Seigneur, comme on le lit en plusieurs fois dans l'Evangile, et qui était soeur de Marthe, ou bien y en eut-il plusieurs? Cela a été, parmi les anciens, le sujet de grandes controverses, entre autres dans Jansénius de Gand (Concor. Évang. Cap, XLVII), qui traite ce sujet avec sa solidité habituelle. Il y en a plusieurs, particulièrement parmi les Grecs, entre autres Origène et Theophilacte, qui pensent qu'il ,y eut trois femmes de ce nom. L'une était la pécheresse que saint Luc ne nomme pas, la seconde une autre pécheresse dont saint Mathieu (Sep. XXVI) et saint Marc (cap. XIV) parlent, également sans la nommer, et la troisième, la soeur de Marthe, dont saint Jean a parlé dans son chapitre XII. Saint Jean Chrysostome pensait de son côté qu'il n'y eut que deux Marie (Hom. LXXXI), une qui oignit deux fois de parfums la tête de Notre; Seigneur, ce serait la soeur de Marthe, différente d'une autre Marie qui répandit des parfums sur ses pieds dans la maison des Pharisiens. Saint Ambroise semble du même avis dans son commentaire sur saint Luc. Grégoire le Grand n'en admet qu'une, et la plupart des auteurs sont de son avis. Saint Ambroise dit même qu'il. ne répugnera point de croire que ces deux Marie n'en font qu'une, à qui on devrait en ce cas rapporter ce qu'on attribue à deux; en sorte que « la même Marie, après avoir commencé par être la fameuse pécheresse de l'Évangile, devint sainte par la suite. Car, si l'Église ne change point la personne, quant à son âme, elle la change pourtant quant à ses progrès dans le bien. » Quoi qu'il en soit, saint Bernard exprime le même doute dans son douzième sermon sur le Cantique; mais dans son deuxième sermon pour le jour de l'Assomption, n. 2. il établit assez longuement que c'est de la même et unique Marie qu'il est question dans saint Matthieu, c. XXVI, dans saint Marc, c. XIV, dans saint Luc, c. VII, et dans saint Jean, c. XII. En effet, il s'exprime en ces termes à ce sujet : je Voyez la prérogative de Marie et quel avocat elle a en toute circonstance : Si le pharisien s'indigne de ce qu'elle fait (Luc. VII), si sa soeur se plaint (Joan. XII) et même si les disciples murmurent (Matt. XXVI et Marc. XIV), toujours elle garde le silence, mais Jésus-Christ parle pour elle.» Consultez Vossius dans son Harmonie des Évangiles (Lib. I, cap. III), et les autres interprètes. (Note de Mabillon.)

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