SERMON XLIII
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SERMON XLIII. Comment la méditation de la passion et des souffrances de Jésus Christ fait passer l'Épouse, je veux dire, l'âme fidèle, par la prospérité et l’adversité, sans en être affectée.

1. « Mon bien aimé est pour moi un petit bouquet de mirrhe; il demeurera entre mes mamelles.» Auparavant, elle l'appelait roi, maintenant elle le nomme son bien-aimé. Auparavant, il était sur son lit royal, à présent il est entre les mamelles de l'Épouse. Il faut que l'humilité ait une vertu bien grande, puisque la majesté même de Dieu a tant de condescendance pour elle. Un nom de respect s'est bientôt changé en nom d'amitié, et celui qui s'était éloigné s'est bientôt rapproché. «Mon bien-aimé m'est un petit bouquet de mirrhe. » La mirrhe, qui est amère, signifie ce qu'il y a de dur et de rigoureux dans les tribulations. L'Epouse, se voyant près de les souffrir pour l'amour de son Époux, dit ces paroles avec un sentiment d'allégresse, elle espère souffrir généreusement tous les maux qui la menacent. Les disciples, dit l'Écriture « sortaient du tribunal avec joie, parce qu'ils avaient été trouvés dignes d'endurer des outrages pour le nom de Jésus. (Act. V, 41). » Aussi, n'appelle-t-elle pas son bien aimé un bouquet, mais un petit bouquet, parce que son amour lui fait trouver légères toutes les peines et toutes les douleurs qu'elle doit endurer. C'est véritablement un petit bouquet, car c'est un petit enfant qui nous est né (Psal. IX, 6). Oui, un très-petit bouquet, puisque les souffrances de cette vie ne sont pas dignes d'être mises en parallèle avec la gloire qui nous est préparée : « Car ce que nous endurons maintenant, » dit l'Apôtre, « est léger, et ne dure qu'un moment; mais la gloire qui nous attend dans le ciel sera immense dans sa grandeur, et éternelle dans sa durée. (Rom. VIII, 18). » Ce qui, à cette heure, n'est qu'un petit bouquet de mirrhe se changera donc un jour en un comble de gloire et de bonheur, N'est-ce pas un petit bouquet, si son joug est doux et son fardeau léger? Ce n'est pas qu'il soit léger en soi, car la rigueur des tourments, et l'amertume de la mort n'est point légère; mais c'est qu'il est léger pour celui qui aime. Aussi ne dit-elle pas seulement; « Mon bien-aimé est un petit bouquet de mirrhe ; » Mais il l'est « pour moi» qui aime. Voilà pourquoi elle le nomme son bien aimé, elle veut témoigner que la violence de l'amour surmonte toutes sortes d'amertumes, et que l'amour est fort comme la mort. Et pour que voue sachiez qu'elle ne se glorifie: pas en elle-même, mais dans le Seigneur, et qu'elle ne présume pas de sa propre vertu, mais qu'elle n'attend cette force que du secours de son Époux, elle dit qu'il demeurera entre ses mamelles, en sorte qu'elle pourra lui dire avec toute confiance: «Quand je marcherais dans les ombres de la mort, je n'appréhenderais aucun mal, puisque vous êtes avec moi. (Psal. XXII, 4). »

2. Je me souviens que dans l'un des discours précédents (Serm. X, 1), j'ai dit que les deux mamelles de l'Épouse marquaient la congratulation et la compassion, suivant la doctrine de saint Paul, qui veut qu'on se réjouisse avec ceux qui sont dans la joie, et qu'on pleure avec ceux qui pleurent (Rom. XII,15). Mais. parce que, vivant au milieu de l'adversité et de la prospérité, elle sait qû il y a danger des deux côtés, elle veut que son bien-aimé soit au milieu de ses mamelles, pour la fortifier sans cesse contre l'un et l'autre de ces deux périls et empêcher qu'elle ne s'élève dans les joies et ne s'abatte dans les maux de cette aie. Si vous êtes sage, vous imiterez la prudence de l'Épouse, et vous ne souffrirez point qu'on ôte de votre coeur, même un seul moment, cet aimable bouquet de mirrhe, vous repasserez toujours dans votre mémoire les douleurs amères qu'il a souffertes pour vous, et, les méditant continuellement, vous pourrez vous écrier aussi : « Mon bien-aimé m'est un petit bouquet de mirrhe, il demeurera entre mes mamelles. »

3. Moi aussi, mes frères, dès le commencement de ma conversion, pour me tenir lieu de tous les mérites que je savais me manquer, j'ai eu soin de me faire ce petit bouquet, et de le placer entre mes mamelles, après l'avoir composé de toutes les douleurs et amertumes de mon Seigneur, d'abord des nécessités qu'il a souffertes, lorsqu'il était tout petit; ensuite des travaux de la prédication, des fatigues de ses divers voyages, des veilles de ses prières, de ses tentations, de ses jeûnes, de ses larmes de compassion, des embûches qu'on lui a dressées, des dangers que ses faux frères lui ont fait courir, des outrages, des crachats, des soufflets, des risées, des moqueries, des clous, et autres choses semblables qu'il a souffertes pour le salut du genre humain, selon ce que l'Évangile nous apprend en quantité d'endroits. Et parmi tant d'autres petits rameaux de cette mirrhe odoriférante, j'ai cru que je ne devais pas oublier celle qu'on lui donna à boire sur la croix, ni celle dont on l'embauma dans le sépulcre, parce que dans la première il a bu l'amertume de mes péchés, et dans l'autre il a consacré l'incorruptibilité future de mon corps. Tant que je vivrai, je publierai hautement ces grâces abondantes. Jamais je n'oublierai des faveurs aussi signalées; puisque c'est à elles que je suis redevable de la vie.

4. C'étaient ces miséricordes que David demandait avec larmes lorsqu'il disait: « Répandez vos miséricordes sur moi, et je vivrai (Psal. CXVIII, 77). » C'étaient elles aussi qu'un autre saint se rappelait en gémissant, quand il disait : « Les miséricordes du Seigneur sont grandes. » Que de rois et de prophètes ont. désiré voir ce que je vois, et ne l'ont pas vu? Ils ont travaillé, et moi je jouis des fruits de leurs travaux. J'ai cueilli la mirrhe qu'ils ont plantée. C'est pour moi que ce bouquet salutaire a été conservé, personne ne me le ravira; il demeurera entre mes mamelles. J'ai cru que la sagesse consistait à méditer ces choses. J'ai mis en cela la perfection de la justice, la plénitude de la science, les richesses du salut, l'abondance des mérites. Elles ont été quelquefois pour moi un breuvage d'une salutaire amertume, et quelquefois une onction de joie douce et agréable. C'est ce qui me relève dans l'adversité, et me retient dans la prospérité ; ce qui me fait marcher en sûreté dans une voie royale entre les biens et les maux de cette vie, et écarte les périls qui me menacent à droite et à gauche. C'est ce qui me concilie les bonnes grâces du juge du monde, en me montrant doux et humble celui qui est redoutable aux puissances; non-seulement en me faisant voir favorable, mais encore en me donnant un modèle à imiter dans celui qui est inaccessible aux principautés, et terrible aux rois de la terre. C'est pourquoi ce que j'ai toujours à la bouche, comme vous le savez, toujours dans le coeur, comme Dieu le sait, partout dans mes écrits, comme on le voit assez, et ma philosophie la plus sublime en ce monde, c'est Jésus, et Jésus crucifié. Je ne m'enquiers point, comme l'Épouse, où repose à midi celui que j'embrasse avec joie, parce qu'il demeure entre mes mamelles. Je ne demande point où celui que je contemple comme sauveur sur la croix fait paître son troupeau. Ce que cherche l’Épouse est plus relevé, mais ce que je veux est plus doux et plus facile. L'un est du pain, l'autre du lait. Or, le lait nourrit les petits enfants, et remplit les mamelles des mères, voilà pourquoi il demeurera entre mes mamelles.

5., Mes très-chers enfants, cueillez-vous aussi un bouquet si aimable, mettez-le au plus profond de votre coeur, servez-vous-en pour en munir l'entrée, et qu'il demeure entre vos mamelles. Ayez-le toujours, non derrière vous, mais devant les yeux; car si vous le portez sans le sentir, son poids vous accablera et son odeur ne vous relèvera point. Souvenez-vous que Siméon l'a reçu entre ses bras (Luc. II, 28), que Marie l'a porté dans ses entrailles, l'a réchauffé dans son sein, et que l'Épouse le place entre ses mamelles, et, pour ne rien oublier, qu'il est devenu parole entre les mains du Prophète Zacharie, et de quelques autres. Je me figure que Joseph, l'époux de Marie, l'a souvent pris sur ses genoux pour le caresser. Toutes ces personnes l'ont eu devant elles, non derrière. Qu'elles vous servent donc d'exemple, faites de même. Car si vous avez devant les yeux celui que vous portez, il est certain, qu'en voyant les maux qu'a soufferts le Seigneur, vous porterez les vôtres avec plus de facilité, avec le secours de l'époux de l'Église, qui est Dieu par dessus toutes choses et béni à jamais. Ainsi soit-il.

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