SERMON XLVIII
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SERMON XLVIII. Louanges que l’Époux et l'Épouse s'adressent réciproquement. L'ombre de Jésus-Christ, c'est sa chair et la foi en lui.

1. « Mon bien-aimé est entre les filles, ce qu'est le lys entre les épines (Cant. Il, 1). » Ce ne sont pas de bonnes filles que celles qui piquent. Considérez les mauvaises plantes que produit notre terre depuis qu'elle a été maudite. « Lorsque vous la cultiverez, dit Dieu, elle ne produira que des épines et des ronces (Gen. III, 18). » Tant que l'âme est dans le corps, elle est parmi les épines, et elle ne peut éviter les inquiétudes de la tentation, ni les épines de la tribulation. Si elle est un lys, selon la parole de l'Époux, qu'elle voie le soin et l'exactitude avec lesquels elle doit veiller sur elle-même, environnée comme elle l'est d'épines qui avancent leurs piquants de toutes parts. Car une fleur tendre ne saurait souffrir la moindre piqûre d'une épine qu'elle ne soit aussitôt percée. Reconnaissez-vous maintenant avec combien de raison et de nécessité le prophète nous oblige à servir le Seigneur avec crainte (Psal. II, 15) ? Et l'Apôtre nous exhorte à faire notre salut avec crainte et tremblement (Philip. II, 12). Ils avaient appris cette vérité par leur propre expérience, comme amis de l'époux, et croyaient certainement que cette parole de l'Époux concernait leurs âmes. « Ma bien-aimée est parmi les filles comme un lys parmi les épines. » Car l'un d'eux a dit: « Je me suis converti dans rua misère, tandis que j'étais comme tout percé d'épines (Psal. XXXI, 4). » Il lui était avantageux d'être ainsi percé, puisque cela le porte à se convertir. Les épines sont bonnes si elles produisent la componction. Il y en a plusieurs qui se corrigent de leurs fautes, lorsqu'ils tombent dans quelques disgrâces, et ceux-là peuvent

a Les frères qui ont quelque emploi, c'est-à-dire quelque charge extérieure à remplir. Saint. Saint Bernard les distingue des frères de choeur, ou claustraux, dans la IXe des Semons divers n° 4, et dans le LVIIe sermon sur le Cantique des cantiques, n. 11, comme on le verra plus loin.

dire aussi: « Je me suis converti dans ma misère, tandis que j'étais tout percé d'épines. » Les épines c'est le péché, ce sont les peines, les faux frères, c'est un mauvais voisin.

2. «Ma bien-aimée est parmi les filles comme un lys parmi les épines. » O beau lys, ô fleur tendre et délicate ! des infidèles et des méchants sont avec vous, voyez avec quelle circonspection vous devez marcher parmi ces épines. Le monde est plein d'épines. Il y en a sur la terre et dans l'air, il y en a dans votre corps. Vivre parmi ces épines, et n'en être point blessé, c'est l'effet de la toute puissance de Dieu non de vos propres forces. Mais « prenez courage, » dit-il, « car j'ai vaincu le monde (Joan. XVI, 33), » aussi, quoiqu'on vous présente de toutes parts des tribulations, comme des aiguillons et des épines, que votre coeur ne se trouble point, qu'il ne craigne point, et qu'il sache que l'affliction produit la patience, la patience l'épreuve, l'épreuve l'espérance, et que l'espérance ne confond point (Rom. V, 3). Considérez les lys d'un champ, comme ils sont beaux et vigoureux au milieu des épines. S'il prend tant de soin de l'herbe qui est aujourd'hui sur pied, et qu'on jettera demain au four, que sera-ce de sa très-chère et très-aimable épouse ? Car le Seigneur garde et protége tous ceux qui l'aiment. « Ma bien-aimée est parmi les filles comme un lys parmi les épines. » Ce n'est pas une petite marque de vertu d'être bon parmi les méchants, et de conserver sa pureté et sa douceur au milieu de personnes déréglées, et encore plus de vivre dans la paix et dans une bonne intelligence, avec ceux qui sont ennemis de la paix; et celui-là peut à bon droit s'attribuer la perfection du lys, qui ne laisse point de communiquer son éclat et sa beauté aux épines mêmes qui le piquent. Ne vous semble-t-il pas qu'on soit un lys, quand on accomplit en quelque sorte la perfection de l'Évangile (Luc. VI, 18)? Quand on prie pour ceux qui nous calomnient et nous persécutent, et qu'on fait du bien à ceux qui nous haïssent ? Tâchez donc d'agir ainsi, et votre âme deviendra la bien-aimée du Seigneur, il vous louera aussi en disant: « Ma bien-aimée est parmi les filles, comme un lys parmi les épines. »

3. Nous lisons ensuite : «Mon bien-aimé est parmi les enfants, comme un pommier parmi les arbres des forêts (Cant. II, 3). » L' Épouse rend à l'Époux. les louanges qu'il lui a données, lui dont les louanges rendent ceux à qui il les donne dignes d'être loués, au lieu que celles qu'on lui donne témoignent seulement qu'on le connaît, et qu'on l'admire comme digne de toutes louanges. Et comme l'Époux l'a louée sous la figure d'une fleur remarquable, elle aussi relève l'éminence de la gloire de l'Époux sous la figure d'un arbre excellent. Néanmoins il me semble que cet arbre là n'est pas si beau que quelques autres, et ainsi qu il ne mérite pas d'être employé pour en faire une comparaison avec l'Époux, parce qu'il ne suffit pas pour le louer assez dignement : « Mon bien-aimé est parmi les enfants, comme un pommier parmi les arbres des forêts. » Il me semble que l'Épouse n'en fait pas beaucoup de cas, puisqu'elle le compare seulement aux arbres des forêts, qui sont stériles et ne portent point de fruits qui soient propres à la nourriture de l'homme. Pourquoi donc, laissant des arbres plus excellents, s'est-elle servie de la comparaison de celui-ci pour faire l'éloge de son Époux? Devait-il y avoir quelque mesure dans les louanges de celui qui a reçu le Saint-Esprit sans aucune mesure ? Il me semble, par la comparaison de cet arbre, qu'il est quelqu'un au dessus de lui; lui qui n'a point d'égal. Que dirons-nous à cela ? j'avoue que cette louange est petite, parce que celui qui la reçoit n'est pas considéré comme grand. On ne le regarde pas ici comme le souverain Seigneur digne d'être infiniment loué, mais comme un petit enfant qui mérite d'être infiniment aimé. Car celui qui nous est né est un petit enfant. (Isai. IX, 6).

4. On ne relève donc pas ici sa majesté, mais son humilité; c'est avec raison qu'on préfère ce qui paraît faible et folie en Dieu, à toute la force et à toute la sagesse des hommes. Car ce sont eux qui sont ces arbres champêtres et stériles, parce que, selon le Prophète, « ils se sont tous égarés et sont devenus inutiles, et il n'y en a pas un seul parmi eux qui vive bien (Psal. XIII, 3). Mon bien-aimé est parmi les enfants, comme un pommier parmi les arbres des forêts (Cant. II, 3). » Il n'y a qu'un seul arbre parmi tous ceux des forêts qui porte du fruit, c'est le Seigneur Jésus, en tant qu'homme. Mais s'il est au dessus des hommes, il est néanmoins un peu au dessous des anges (Psal. VIII, 66). Car par une merveille étonnante, en se faisant chair, il s'est soumis aux anges, bien que, demeurant toujours Dieu, il ait toujours retenu les anges dans sa dépendance. » Vous verrez, » dit-il, « les anges monter et descendre sur le fils de l'homme (Joan. I, 51); » parce que dans un seul et même homme, qui est Jésus-Christ, ils soutiennent la faiblesse, et adorent la majesté. Mais comme l'Épouse trouve plus de douceur à le considérer dans son abaissement, elle relève plus volontiers cette grâce, elle publie sa miséricorde, elle est ravie de sa bonté. Elle admire un homme parmi les hommes, et non un pieu parmi les auges ; comme un pommier excelle parmi les arbres d'une forêt, et non parmi les arbres d'un verger, et elle ne croit pas diminuer ses louanges en relevant sa bonté et son amour par la considération de sa faiblesse. Car si elle en retranche quelque chose d'un côté, elle le reprend de l’autre, et si elle fait moins paraître la gloire de sa majesté, c'est afin que la grâce de sa bonté brille avec plus d'éclat. De même que l'Apôtre dit que « ce qui semble folie et faiblesse en Dieu est plus sage et plus fort que tous les hommes (Cor. I, 15), » mais non pas que les anges; et que le Prophète le publie le plus beau des enfants des hommes (Psa. XLVIII, 3), et non des anges, ainsi l'Épouse, inspirée par le même esprit, a voulu sous la figure d'un arbre fruitier comparé avec des arbres stériles, élever l'Homme Dieu au dessus de toute la beauté des hommes, mais non pas au dessus de l'excellence des anges.

5. « Mon bien-aimé est parmi les enfants comme un pommier parmi. les arbres d'une forêt. » Elle a raison de dire « parmi les enfants » parce qu'étant le fils unique de son père, il lui a acquis sans jalousie beaucoup d'enfants qu'il ne rougit point d'appeler ses frères, afin qu'il soit l'aîné de tous. Or, c'est à bon droit que celui qui est fils par nature est préféré à tous ceux qui ont été adoptés par la grâce. « Mon bien-aimé est parmi les enfants comme un pommier parmi les arbres d'une forêt. «Comme un pommier,» dit-elle, parce que tel qu'un arbre fruitier, il donne de l'ombre pour rafraîchir, et porte d'excellents fruits. N'est-ce pas, en vérité, un arbre fruitier, puisqu'il a des fleurs qui sont des fruits d'honneur et de gloire (Eccli. XXIV, 23) ? Enfin c'est un arbre de vie à ceux qui le possèdent (Prov. III, 18). Tous les arbres de la forêt ne sauraient lui être comparés, attendu que si beaux et si grands qu'ils soient, et bien qu'ils semblent servir et aider beaucoup par leurs oraisons, par leur ministère, par leurs enseignements, et par leurs exemples, néanmoins il n'y a que Jésus-Christ, la sagesse de Dieu, qui soit un arbre de vie. Lui seul est un pain vivant qui est descendu du ciel, et qui donne la vie au monde (Joan. VI).

6. Voilà pourquoi elle dit : « Je me suis assise à l'ombre de celui que je désirais, et son fruit est infiniment doux à mon goût (Cant. II, 3). » C'est avec raison qu'elle avait désiré l'ombre de celui dont elle devait recevoir son rafraîchissement et sa nourriture. Car les autres arbres des forêts ont une ombre qui met à l'abri de la chaleur, ils ne donnent point la nourriture de la vie, ni les fruits éternels du salut. Il n'y a qu'un seul auteur de la vie, qu'un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, que celui qui dit à l'Épouse : « Je suis votre salut (I Tim. II, 5). Moïse, est-il dit, ne vous a point donné ce pain du ciel, mais mon père vous donne le vrai pain du ciel (Joan. VI, 32). » Elle désirait donc surtout l'ombre de Jésus-Christ, parce qu'il est le seul qui, non-seulement rafraîchisse de la chaleur des vices et des passions, mais qui remplisse et comble l'âme de la joie des vertus.

« Je me suis assise à l'ombre de celui que je désirais; » son ombre c'est sa chair; son ombre c'est la foi, l'ombre qui a environné Marie a été la chair de son propre fils, et l'ombre qui me couvre c'est la foi que j'ai en mon Seigneur; quoique je puisse dire aussi que sa chair me couvre de son ombre, puisque je la mange dans le très-saint sacrement. La sainte Vierge n'a pas laissé non plus d'éprouver l'ombre de la foi, ce qui le prouve i:'est ce qu'on lui a dit : « Vous êtes bien heureuse d'avoir cru. Je me suis assise sous l'ombre de celui que je désirais, » et ce que disait le Prophète : « Notre Seigneur Jésus-Christ est un esprit présent devant nous, nous vivons sous son ombre parmi les nations (Tren. III, 20). » Nous vivons sous son ombre parmi les nations, et nous vivrons dans sa lumière avec les anges. Nous sommes sous l'ombre tant que nous ne marchons que par la foi, non par la claire vision. Voilà comment le juste qui vit de la foi est sous l'ombre. Mais celui qui vit de l'intelligence est bienheureux, parce qu'il n'est plus sous l'ombre, mais dans la lumière. David était juste, et il vivait de la foi lorsqu'il disait à Dieu : « donnez-moi l'intelligence qui m'est nécessaire pour apprendre vos commandements, et je vivrai (Psal. CXVIII, 73). » Il savait que l'intelligence doit succéder à la foi, et que la lumière de la vie et la vie de la lumière doivent être révélées à l'intelligence. Il faut commencer par vivre sous l'ombre, et aussi passer au corps de cette ombre, « parce que si vous ne croyez, dit le Prophète, vous n'entendrez point (Isa. VII, 9). »

7. Voyez-vous que la foi est la vie, et l'ombre de la vie? tandis que la vie qui se passe dans les délices, ne venant point de la foi, est une mort, et l'ombre de la mort. « La veuve, dit saint Paul, qui vit dans les délices est morte, quoiqu'elle semble vivante (I Tim. V, 6). Et la sagesse de la chair est une mort (Rom. VIII, 6). » C'est aussi l'ombre de la mort, de cette mort qui tourmente éternellement. Nous avons été aussi autrefois assis dans des lieux remplis de ténèbres, et à l'ombre de la mort, lorsque vivant charnellement, non selon la foi, nous étions déjà morts à la justice, et devions bientôt être engloutis par une seconde mort. Car notre vie était aussi proche de l'enfer que l'ombre est voisine du corps, la chose est certaine. Et chacun de nous pouvait dire avec le Prophète . « Si le Seigneur ne m'eût assisté, mon âme fût bientôt tombée dans l'enfer (Psal. XCIII, 17). » Mais maintenant nous sommes passés de l'ombre de la mort à l'ombre de la vie, ou plutôt nous avons été transférés de la mort à la vie, en vivant à l'ombre de Jésus-Christ, si néanmoins nous sommes vivants et non pas morts. Car je ne crois pas qu'on vive aussitôt pour être sous son ombre, parce que tous ceux qui out de la foi lie vivent pas dans la foi. La foi sans les pauvres est morte ( I Joan. III, 14), et elle ne peut pas donner la vie qu'elle n'a pas. C'est pourquoi après que le Prophète a dit, «Notre Seigneur Jésus-Christ est nu esprit présent devant nous (Thren. IV, 20), » il ne se contente pas d'ajouter, que nous sommes sous son ombre, mais il dit « nous vivons sous son ombre parmi les nations. » Prenez donc garde, à l'exemple du Prophète, de vivre aussi sous sou ombre, afin de régner un jour dans sa lumière. Car il n'a pas seulement de l'ombre, il a de la lumière. Par la chair, il est l'ombre de la foi; par l'esprit il est la lumière de l'intelligence. Car il est chair et esprit tout ensemble. Il est chair pour ceux qui demeurent dans la chair; et il est « esprit devant nous, » c'est-à-dire pour l'avenir, si toutefois, oubliant ce qui est derrière, nous tendons vers pe qui est en avant, en y arrivant, nous éprouverons la vérité de cette parole qu'il a dite . «La chair ne sert de rien, c'est l'esprit qui donne la vie (Joan. VI, 4). » Je n'ignore pas que l'Apôtre demeurant encore dans la chair a dit . « Quand noub connaîtrions Jésus-Christ selon la chair, nous ne le connaîtrions pas encore (2 Cor. V, 16). » Cela était bon pour lui. Mais nous qui n'avons pas encore mérité d’être ravis dans le paradis et au troisième ciel, nourrissons-nous cependant de la chair de Jésus-Christ, révérons ses mystères, suivons son exemple, conservons la foi, et nous vivrons indubitablement sous son ombre.

8. « Je me suis assise à l'ombre de celui que je désirais. » Peut-être se glorifie-t-elle d'avoir été plus heureuse que le Prophète quand elle dit, non pas comme lui, qu'elle vit, mais qu'elle est assise à l'ombre. Car être assis c'est se reposer. Or c'est plus que se reposer à l'ombre, que d'y vivre comme y vivre est plus que d'y être simplement. Le Prophète s'attribuait donc ce qui est commun à plusieurs (Thren. IV, 20) : « Nous vivons sous son ombre. » Mais l'Épouse qui a une prérogative particulière, se glorifie d'y être même assise. Aussi ne dit-elle pas au pluriel, nous sommes assises, comme le Prophète dit, nous vivons, mais je «suis assise, » afin que vous reconnaissiez que c'est un privilège qui lui est singulier. Or nous vivons avec travail, nous qui servons avec crainte, comme nous sentant coupables de nos péchés, cette dévote et chaste amante se repose avec plaisir. Car la crainte est accompagnée de peine, et l'amour de douceur. D'où vient qu'elle dit : « Et son fruit est doux à mon goût. » Indiquant par là le goût de la contemplation qu'elle avait obtenu quand elle s'était trouvée doucement élevée par l'amour. Mais cela se passe sous l'ombre, parce que cela arrive par un miroir et en énigme. Il viendra un temps où la lumière croîtra, les ombres baisseront, ou plutôt disparaîtront entièrement, et une vision claire et éternelle prendra leur place; et non-seulement elle sera agréable au goût, elle rassasiera même sans dégoût; néanmoins, « je me suis assise sous l'ombre de celui que je désirais, et son fruit est doux à mon goût. » Reposons-nous où l'Épouse se repose en glorifiant le père de famille ou Notre-Seigneur Jésus-Christ l'époux de l'Église, de ce qu'il a réjoui le goût spirituel de nos âmes en nous invitant à un festin si magnifique, lui qui étant Dieu est au dessus de toutes choses béni dans tous les siècles. Ainsi soit-il.

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