SERMON LIII
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SERMON LIII. Les monts et les collines signifient les esprits célestes par dessus lesquels passe l’Époux en venant sur la terre, c'est-à-dire en se faisant homme.

1. « C'est la voix de mon bien-aimé. » L'Épouse voyant la nouvelle retenue des jeunes filles, et leur crainte respectueuse, lorsqu'elles n'osaient plus troubler son saint loisir, et ne l'importunaient plus comme auparavant en la retirant du repos de la contemplation, reconnaît que c'est un effet du soin et de l'entremise de l'Époux, et, se réjouissant en esprit, soit de leur avancement, car elles ne sont plus si inquiètes, soit de ce que désormais elle doit vivre plus en paix, soit enfin à cause de la bonté et de la grâce de son Époux qui témoigne tant de zèle pour son repos, et a tant de soin pour lui conserver son doux loisir, ou plutôt ses exercices si fervents, elle dit qu'elle est redevable de ce bien à ce que son bien-aimé leur a dit sur ce sujet. Car celui qui conduit les autres avec soin, ne vaque quasi jamais à soi-même avec assurance, parce qu'il craint toujours de ne pas se communiquer assez à ceux qui lui sont soumis, et de n'être pas agréable à Dieu, comme préférant à l'utilité générale son propre repos et la douceur de la contemplation; aussi il ne goûte pas peu de joie et de sécurité, lorsque, par la crainte et le respect que Dieu inspire quelquefois pour lui à ceux qu'il gouverne, il reconnaît que son repos est agréable à Dieu, qui leur fait mieux aimer, supporter leurs besoins avec patience, que troubler la douce quiétude de leur père spirituel. Car la douce appréhension de ces petits enfants fait connaître clairement qu'ils ont entendu au dedans d'eux-mêmes la voix menaçante et les réprimandes de celui qui dit par la bouche du Prophète : « C'est moi qui ne parle que des paroles de justice (Isa. LXIII, 1). » Sa voix, c'est son inspiration, c'est l'impression d'une juste crainte.

2. L'Épouse ravie de joie d'avoir entendu cette voix s'écrie : « C'est la voix de mon bien-aimé. » Elle est la bien-aimée; il n'est donc pas étrange qu'elle se réjouisse de reconnaître sa voix. Puis elle ajoute: « Le voici qui vient sautant dans les montagnes et passant par dessus les collines (Cant. II, 8). » Ayant reconnu la présence de son Époux à sa voix, elle jette aussitôt les yeux de tous côtés pour voir celui qu'elle a entendu. L'ouïe mène à la vue, parce que la foi vient de l'ouïe (Rom. X, 17), et c'est la foi qui purifie le coeur, et le rend capable de voir Dieu. Car nous lisons qu'il purifie les coeurs par la foi (Act. XX, 9). Elle voit donc venir celui qu'elle avait entendu parler: le Saint-Esprit observe ici l'ordre qui est décrit par le Prophète en ces termes: « Ecoutez ma fille et voyez (Psal. XLIV, 11). » Et afin que vous reconnaissiez avec plus de certitude que ce n'est point par hasard, mais à dessein, et pour la raison que nous venons d'alléguer, que l'ouïe, en cet endroit, est mise avant la vue, voyez si cet ordre n'a pas aussi été observé par le saint homme Job, lorsqu'il parle à Dieu en ces termes : « Je vous ai entendu de mes oreilles, et maintenant mon oeil vous voit (Job. XLII, 5). » De même, lorsque l'Ecriture rapporte que le Saint-Esprit descendit sur les apôtres, ne marque-t-elle pas que l'ouïe prévint la vue, quand elle dit « L'on entendit soudain un grand bruit du ciel, comme fait un vent impétueux qui se lève (Act. II, 2). » Et plus bas : « Et des langues de feu qui étaient dispersées leur apparurent. » Ce qui fait voir que l'avènement du Saint-Esprit fut connu d'abord par l'ouïe, et ensuite par la vue. Mais c'en est assez sur ce sujet. Car si vous voulez vous appliquer aussi à la recherche de ces choses, vous pourrez peut-être de vous-mêmes trouver dans l'Ecriture d'autres passages semblables à ceux que nous venons de citer.

3. Considérons maintenant ce qu'on ne peut trouver sans une plus exacte recherche, et dont les approches sont plus difficiles. En quoi j'avoue que j'ai tout à fait besoin du secours du Saint-Esprit, afin de pouvoir expliquer nettement quelles sont ces montagnes et ces collines, que l'Église voit avec bonheur son époux franchir et traverser, lorsque, comme je pense, il se hâtait de racheter celle dont la beauté l'avait rempli d'amour. Qui me le fait croire ? C'est le souvenir de quelque chose semblable qui arriva au roi prophète, lorsque, voyant en esprit, et décrivant l'avènement du Sauveur il s'écriait: c Il amis son pavillon dans le soleil, et sortant tel qu'un époux de la chambre nuptiale, il a marché à grands pas comme un géant qui se hâte d'arriver au bout de sa carrière : Il est sorti du plus haut des cieux, et il retournera au même lieu d'où il est parti (Psal. XVIII, 6). » On sait assez ce qu'il faut entendre par cette sortie et ce retour, et pourquoi ils ont lieu : mais quoi ? Lorsque nous lisons ces choses dans le psaume, ou dans le cantique, devons-nous nous imaginer un géant d'une prodigieuse grandeur, qui, épris de l'amour de quelque femme qui demeure loin de lui, vole au devant de ses embrassements, passe par dessus les montagnes et les collines que nous voyons s'élever si haut dans les plaines, que quelques-unes même semblent porter leur sommet jusques dans les nues? Il ne convient pas de recourir à des images corporelles, surtout pour expliquer un cantique tout spirituel. Il ne nous est pas même permis de le faire, si nous nous souvenons d'avoir lu dans l'Évangile que Dieu est esprit, et qu'il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit(Joan. XI, 23).

4. Quelles sont ces montagnes et ces collines spirituelles, afin que ce nous connaissions aussi quels sont ces bonds que faisait l'Époux, qui est Dieu, et partant esprit. Si nous disons que ce sont ces montagnes ee sur lesquelles l'Évangile rapporte que les quatre-vingt-dix-neuf brebis furent laissées, lorsque leur bon pasteur vint sur la terre en chercher une qui était perdue (Matth. VIII, 12), la chose n'en est pas moins obscure, et l'esprit demeure toujours arrêté, parce qu'il est difficile de trouver quelles sont ces autres montagnes où habitent et paissent les béatitudes célestes et spirituelles, qui sont sans doute les brebis dont il est parlé. Cependant s'il était vrai qu'il n'y en eût point, la Vérité n'aurait pas dit ce que nous venons de rapporter, et le Prophète lui-même n'aurait pas dit longtemps auparavant, en parlant de la cité d'en haut, de la Jérusalem céleste, qu'elle a ses fondements dans les montagnes saintes (Psal. LXXXVI, 1), s'il n'y avait point là, en effet, de montagnes; mais pour vous convaincre encore que cette demeure sainte et éternelle a non-seulement des montagnes spirituelles, mais aussi des montagnes vivantes et raisonnables, écoutez Isaïe : « Les montagnes et les collines chantent des hymnes de louanges en la présence de Dieu (Isa. LV, 12). »

5. Quelles sont-elles donc, sinon ces esprits bienheureux qui habitent g le ciel, que nous avons dit que le Sauveur a appelés brebis, en sorte t qu'ils sont ensemble des brebis et des montagnes ? A moins peut-être que vous ne trouviez absurde que des montagnes paissent dans les k montagnes, et des brebis dans les brebis. Il est vrai que, à le prendre à la lettre, cela est dur, mais si on l'entend d'une manière spirituelle, cela nous paraîtra doux et agréable, si nous considérons, comment le pasteur des unes et des autres, Jésus-Christ, la sagesse de Dieu, distribue d'une manière différente sur la terre et dans le ciel, la même nourriture de la vérité à chacune d'elles. Car, pour nous, misérables mortels, tandis que nous sommes dans le lieu de notre exil, nous sommes obligés de manger notre pain à 'la sueur de notre corps, et de le mendier avec peine et travail au dehors, c'est-à-dire, de le demander, ou à des hommes instruits ou aux livres sacrés, ou du moins à la contemplation, avec l'œil de l'intelligence, des grandeurs invisibles de Dieu, par l'ordre et la beauté des créatures visibles. Mais les anges reçoivent en eux-mêmes sinon d'eux-mêmes, de quoi être abondamment heureux, et le reçoivent avec autant de facilité que de félicité. Car ils sont tous instruits de Dieu même, qui est un bonheur infailliblement promis aux élus, mais dont ils ne peuvent jouir parfaitement, tant qu'ils sont encore en ce monde

6. Ainsi des montagnes paissent dans les montagnes, ou des brebis dans les brebis, puisque ces substances célestes et spirituelles, trouvent abondamment en elles-mêmes, par la parole de vie qu'elles reçoivent, le moyen de rendre leur béatitude perpétuelle, étant en même temps montagnes et brebis; montagnes, à cause de leur plénitude ou de leur élévation, et brebis à cause de leur douceur. Car s'ils sont pleins de Dieu, élevés en mérites, comblés de vertus, ils ne laissent pas, par une humble obéissance, de courber leurs têtes sous l'empire de la majesté souveraine de Dieu, comme des brebis innocentes qui se conduisent en toutes choses par la volonté de leur pasteur, et qui le suivent partout où il va. Or, selon le prophète David, dans ces montagnes vraiment saintes, de même que la sagesse de Dieu a été engendrée avant toutes choses, ainsi les fondements de la cité du Seigneur ont été fermement établis dès le commencement du monde (Psal. LXXXVI, 1) parce que cette cité est la même dans le ciel, et sur la terre, bien qu'elle soit étrangère an partie, et qu'elle règne déjà en partie. Et de ces montagnes, selon la parole d'Isaïe, comme de cymbales vivantes et harmonieuses, résonnent sans cesse des actions de grâces, et des voix de louanges (Isa. LI, 3), qui accomplissent ainsi par ces doux et perpétuels concerts, ce que nous avons rapporté un peu auparavant, d'après ce prophète, lorsqu'il disait que les montagnes et les collines chanteront des louanges devant Dieu (Isa. LV, 12) ; et ce qu'un autre prophète disait en parlant au Seigneur : « Heureux ceux qui habitent dans votre maison, ils vous loueront éternellement (Psal. LXXXIII, 5). »

7. Pour reprendre le fil de notre discours que nous avons un peu interrompu, mais il le fallait je crois, ce sont là ces montagnes et ces collines où l'Église a vu sauter son céleste époux, avec une merveilleuse allégresse, lorsqu'il volait au devant de ses chastes embrassements, et elle ne l'a pas vu seulement sauter dans ces montagnes, mais même passer par dessus. Voulez-vous que je vous montre, par les prophètes et les apôtres, ce qu'on entend par ses bonds ? Ce n'est pas que j'aie l'intention de vous rapporter ici tous les témoignages que ceux qui en ont le loisir, pourraient trouver sur ce sujet dans les écrits des prophètes, ce serait trop long et même inutile, je rapporterai seulement les choses qui confirment clairement, et en peu de mots ce qui est dit ici des bonds que fait l'Époux. David dit de lui, «qu'il a mis son pavillon dans le soleil, et que, paré comme un époux qui sort de sa chambre nuptiale, il a marché à grands pas comme un géant qui se hâte d'arriver au bout de sa carrière et qu'il est parti du plus haut des cieux (Psal. XVIII, 6).» Quel bond il a fait, du plus haut des cieux, jusque sur la terre ! Car je ne trouve point d'autre lieu, que la terre, qui puisse être indiquée par le soleil où il a mis son pavillon, lui qui habite une lumière inaccessible, c'est là qu'il a daigné faire paraître sa divine présence à la lumière et devant tout le monde. Car « c'est sur la terre, qu'il a été vu et qu'il a conversé parmi les hommes (Bar. III, 38).» Il a dressé à tous les yeux, dis-je, sur la terre désignée par ce mot, le soleil, son pavillon, c'est-à-dire le corps qu'il a daigné prendre de celui d'une vierge, afin que, invisible par sa nature, il devint visible, et que toute chair vit le salut de Dieu, qui était venu dans la chair.

8. Il a donc sauté dans les montagnes, c'est-à-dire dans les esprits inférieurs, lorsqu'il est descendu jusqu'à eux en daignant leur révéler un secret caché depuis tant de siècles, et le grand mystère de sa bonté. Mais passant par dessus ces montagnes sublimes et élevées, c'est-à-dire, par dessus les Chérubins et les Séraphins, les Dominations, les Principautés, les Puissances et les Vertus, il a daigné descendre jusqu'à l'ordre inférieur des Anges comme sur des collines. Mais y est-il demeuré ? Il a encore passé les collines. Car il n'a point pris la nature des anges (Heb. II, 16), mais celle d'Abraham, qui est inférieure à celle des anges, afin que cette parole que le roi prophète adresse au Père sur le sujet du Fils fût accomplie : « Vous l'avez. rendu un peu inférieur aux anges (Psal. VIII, 6). » Quoique l'on puisse expliquer ce passage à l'avantage de la nature humaine, en ce que l'homme qui a été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, et doué de la raison comme les anges, est formé de la terre. Mais écoutez l'apôtre saint Paul qui en parle clairement en ces termes : « Ayant la même essence que le Père, il n'a pas cru faire un larcin de se rendre égal à Dieu, parce qu'il s'est anéanti lui-même, en prenant la forme d'un esclave, en se rendant semblable à l'homme, et en se revêtant de nos infirmités (Philip. II, 6).» Et lorsque la plénitude du temps est arrivée, Dieu a envoyé son fils né d'une femme, né sous la loi (Gal. IV, 4).» Il est donc indubitable que celui qui est né d'une femme et sous la loi, a passé en descendant en terre, non-seulement les montagnes, c'est-à-dire les premiers ordres des esprits bienheureux, mais encore les anges qui ne sont que d'un ordre inférieur, et qui, en comparaison des premiers, peuvent être raisonnablement appelés des collines. Mais le moindre du royaume des cieux, est plus grand que qui que ce soit ayant un corps sur la terre, quand ce serait le grand saint Jean-Baptiste (Luc. VII, 28). Car bien que nous confessions que Dieu homme, est incomparablement élevé au dessus de toutes les Principautés, et de toutes les Puissances, il faut néanmoins tomber d'accord que s'il les surpasse, en majesté, il est au dessous d'eux à cause de sa faiblesse. Voilà comment il a sauté dans les montagnes, et a passé les collines en voulant bien se mettre au dessous non-seulement des esprits supérieurs mais même des inférieurs. Et il ne s'est pas seulement soumis à ces esprits célestes ; mais encore à ceux qui habitent des maisons de boue et de terre, passant et surmontant par son humble bassesse, la bassesse des hommes même. Car lorsqu'il était à Nazareth âgé de douze ans, il était assujetti à Marie et à Joseph. (Luc. II, 81) et sur les bords du Jourdain, étant encore plus âgé, il se courba sous les mains de saint Jean (Matth. III, 13). Mais le jour est déjà bas, et nous serions bien aise pourtant de demeurer encore sur ces montagnes.

9. Cependant si nous voulions en une seule fois satisfaire notre curiosité, et examiner tout ce qu'il y a de beau et de caché dans ce mystère, il y aurait à craindre que ce discours ne devînt d'une longueur ennuyeuse, ou qu'en nous pressant trop, nous ne traitassions pas avec assez de soin une matière si noble et si abondante. Nous nous arrêterons donc aujourd'hui, si vous le voulez bien, sur ces montagnes. Car il fait bon ici, et Jésus-Christ, ce bon pasteur, nous ayant placés avec les anges dans ces riches pâturages, nous pouvons y paître avec plus de plaisir et d'abondance. Car nous sommes aussi les brebis de sa bergerie. Ruminons donc comme des animaux purs 'du boa pasteur tout ce que nous avons fait passer dans notre estomac spirituel, du discours d'aujourd'hui, si je puis parler ainsi. Nous achèverons dans le suivant, tout ce qui reste sur ce sujet, et nous tâcherons de l'écouter plus attentivement avec la grâce de l'époux de l'Église Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui étant Dieu, est élevé au dessus de toutes choses, et béni dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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