SERMON LXIX
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SERMON LXIX. Tout ce qui s'élève contre le service de Dieu est abaissé. Venue et demeure du Père et du Verbe dans l’âme diligente, d'où découle une certaine familiarité entre l’âme et Dieu.

1. «Mon bien-aimé s'applique à moi et moi à lui, (Cant. II, 16). » Dans le discours précédent, nous avons attribué ces paroles à l'Église universelle, à cause des promesses que Dieu lui a faites pour cette vie et pour l'autre. Nous avions demandé si une âme peut s'approprier d'une certaine manière ce que toutes ensemble osent s'attribuer. Si on dit que non, il faut donc que nous rapportions ces paroles à l'Église, de telle sorte que nous ne les donnions qu'à elle, et non-seulement ces paroles, mais aussi toutes les autres semblables à celles-là qui expriment de grandes choses, comme : « J'ai attendu le Seigneur avec impatience, et il s'est appliqué à moi (Psal. XXXVIII, 1). » Si on dit au contraire qu'elle le peut, je ne m'y opposerai pas. Mais il faut savoir à qui cela est permis, car ce ne peut l'être à toute sorte de personnes. L'Église sans doute a aussi des spirituels qui servent Dieu non-seulement avec fidélité, mais encore avec confiance, et lui parlent comme ils feraient à un ami ; leur conscience leur rendant témoignage qu'il veut bien qu'ils en usent ainsi. Mais qui sont-ils ? Il n'y a que Dieu qui le sache. Ecoutez seulement ce que vous devez faire si vous voulez être de ce nombre. Toutefois, je ne saurais en parler comme l’ayant éprouvé, mais comme désirant de l'éprouver. Donnez-moi une âme qui n'aime que Dieu et ce que l'on doit aimer pour Dieu, qui ne vive pas seulement en Jésus-Christ, mais qui depuis longtemps n'ait vécu qu'en lui, qui n'ait d'autre étude et d'autre plaisir que d'avoir toujours Dieu présent devant les yeux, qui ne veuille et ne puisse s'entretenir qu'avec le Seigneur son Dieu; donnez-moi, dis-je, une telle âme, et je ne nierai pas qu'elle soit digne des soins de l'Époux, des regards de sa Majesté, de la faveur de ce souverain, de l'attention de ce Maître de toute la terre ; et si elle veut se glorifier, elle pourra le faire sans folie, pourvu qu'elle se souvienne de ne se glorifier que dans le Seigneur. Voilà comment une seule personne ose entreprendre ce qui n'appartient qu'à plusieurs, mais elle s'appuie sur une autre raison.

2. Car les causes que nous avons rapportées plus haut donnent cette confiance à cette sainte multitude, mais il y en a deux principales qui la donnent à cette âme. D'abord l'Époux étant d'une nature très-simple, peut regarder plusieurs personnes comme une seule, et une seule comme plusieurs, sans qu'il soit multiplié par la multitude, ni diminué par le petit nombre, ni divisé par la diversité des objets, ni resserré par leur unité, ni agité de soins, ni troublé d'inquiétudes; en sorte que s'il est tout entier à un seul, cela ne l'absorbe point et ne l'empêche pas d'être à plusieurs; mais il est de telle sorte qu'il n'en est pas moins attaché à un seul. D'ailleurs ce qui est aussi doux que bon à éprouver, la bonté du Verbe et la bienveillance du Père du Verbe sont si grandes envers une âme bien réglée et bien composée, que celle qu'ils ont ainsi prévenue et préparée (ce qui est un don du Père et l'œuvre du Fils), ils daignent aussi l'honorer de leur présence, si bien qu'ils ne viennent pas seulement dans elle, mais y établissent encore leur demeure (Joan. XIV, 23). Car il ne suffit pas qu'ils se montrent, il fait qu'ils se donnent à elle. Qu'est-ce pour le Verbe de venir dans une âme? C'est l'instruire de la sagesse. Qu'est-ce pour le Père ? C'est la toucher de l'amour de la sagesse, en sorte qu'elle puisse dire : « Je suis devenue amoureuse de sa beauté (Sep. VIII, 2). » L'amour. appartient au Père, c'est pourquoi on reconnaît la venue du Père par l'infusion de (amour? A quoi servirait la science sans l'amour? Elle enflerait. Que servirait l'amour sans la science? Il s'égarerait. En effet, ceux dont saint Paul disait: « Je puis rendre témoignage qu'ils sont animés du zèle de Dieu, mais ce zèle n'était pas réglé par la science, s'égaraient (Rom. X, 2) ». Il ne faut pas que l'Épouse du Verbe soit ignorante, et le Père, d'autre part, ne saurait souffrir qu'elle fût une orgueilleuse. Car le Père aime son fils, aussi abat-il détruit-il tout ce qui s'élève contre la science du Verbe, soit en envoyant un bon zèle dans l'âme, ou en s'animant lui-même de zèle; l'un est un effet de la miséricorde, et l'autre de la justice. Dieu veuille qu'il abaisse ou plutôt qu'il détruise toute élévation en moi, et qu'il l'anéantisse non par le feu de la fureur, mais par l'infusion de son amour. Dieu veuille que j'apprenne à. lie point m'enfler d'orgueil, mais que je l'apprenne par l'onction de la grâce, non par les leçons de la vengeance. Seigneur, ne me reprenez point dans votre fureur, comme l'ange qui s'enorgueillit dans le ciel; et ne me reprenez point dans votre colère, comme l'homme qui s'élève dans le paradis. Tous deux ont médité l'iniquité en voulant s'élever, celui-là par la puissance, celui-ci par la science. Car la femme insensée ajouta foi à la promesse du serpent qui la séduisait en lui disant : « Vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal (Gen. III, 5). » Et l'ange s'était auparavant séduit lui-même, en se persuadant qu'il serait semblable au Très-Haut. Car celui qui, n'étant rien, s'imagine être quelque chose, se séduit lui-même (Gal. VI, 3).

3. L'une et l'autre élévation ont été abattues, mais plus doucement dans l'homme; celui qui a fait toutes ces choses, avec poids et mesure, jugeant qu'il était à propos d'en agir ainsi. Car c'est dans sa fureur qui il a puni ou plutôt condamné les anges, au lieu que l’homme n'a ressenti que sa colère, non point sa fureur, parce que lorsqu'il s'est mis en colère contre lui, il s'est souvenu de sa miséricorde. Aussi ses enfants sont-ils encore appelés aujourd'hui enfants de colère, non point enfants de fureur. Si je ne naissais point enfant de colère, je n'aurais pas besoin de renaître par le baptême; et si je naissais enfant de fureur, ou je ne renaîtrais point, ou il ne me servirait de rien de renaître. Voulez-vous voir un enfant de fureur? Regardez Satan tomber du ciel comme un éclair, c'est-à-dire précipité par ]'impétuosité de la fureur de Dieu, et vous connaîtrez ce que c'est que la fureur. De plus, il ne s'est pas souvenu de sa miséricorde, car il ne s'en souvient que lorsqu'il n'est qu'en colère, non pas quand il va jusqu'à la fureur. Malheur aux enfants d'infidélité; je le dis aussi pour ceux qui viennent d'Adam, qui étant nés enfants de colère ont changé pour eux par une obstination diabolique, la colère en fureur, la verge en bâton, ou plutôt en marteau. « Car ils s'amassent un trésor de colère pour le jour de la colère (Rom. II, 5). » Or la colère accumulée, qu'est-ce autre chose que la fureur? Ils ont commis le péché du diable, c'est pourquoi ils sont frappés de l'anathème du diable. Malheur aussi, quoique d'une façon moins terrible, à quelques enfants de colère, qui étant nés dans la colère n'ont pas été régénérés dans la grâce. Car étant morts en même temps qu'ils sont nés, ils demeureront enfants de colère. Je dis de Colère, non point de fureur, parce que, selon que la piété et l'humanité nous portent à le croire, leurs peines seront plus douces (a), parce qu'ils tirent d'ailleurs tonte la corruption qui est en eux.

4. Le diable a donc été jugé dans la fureur de Dieu, parce que le Seigneur a eu son iniquité en horreur, et il a jugé l'homme dans sa colère, c'est pourquoi il l'a repris en colère. C'est ainsi que toute élévation a été brisée, tant celle qui enfle que celle qui précipite, parce que le père a été animé de zèle pour le fils. Car dans l'un et l'autre cas l'élévation

a C'est aussi l'opinion de saint Augustin, dans son livre des Mérites des pécheurs, n. 16. où il dit expressément que « les enfants morts sans baptême subiront une condamnation plus douce. » Il exprime le même sentiment dans son livre V contre Julien, chapitre XIV. Fulgence suit la même opinion dans son livre I de la Vérité de la prédestination chapitre XII, et dans mon traité de l’Incarnation, chapitre XXI. On peut encore sur ce point, lire la lettre de Faricius, abbé de Havedon, tome III du Spicilège, page 137.

fait injure au fils, ou bien c'est l'usurpation de la puissance contre la force de Dieu, qui n'est autre que Dieu lui-même, ou c'est la présomption de la science d'ailleurs que de la sagesse de Dieu, qui, elle aussi, n'est autre que Dieu. Seigneur, qui est semblable à vous, sinon la splendeur et la figure de votre substance, sinon votre image? Lui seul possède votre essence, seul fils du Très-Haut, et Très-Haut lui-même, il n'a pas cru faire un larcin en se rendant égal à vous (Philip. II, 6). Et comment ne vous serait-il pas égal, puisque vous et lui n'êtes qu'une même chose? Il est assis à votre droite, et non sous vos pieds. Comment se trouve-t-il quelqu'un assez hardi pour vouloir s'emparer de la place de votre fils unique? Qu'il soit précipité. Il a mis son siège en haut: que cette chaire de pestilence soit renversée. De même qui est-ce qui apprend la science à l'homme? n'est-ce pas vous, ô clef de David, vous qui ouvrez et fermez à qui il vous plaît ? Comment donc tenterait-on sans clef d'entrer, ou plutôt de faire irruption dans les trésors de la science? Celui qui n'entre point par la porte est un voleur et un larron. Pierre entrera donc puisqu'il a reçu les clefs. Néanmoins, il n'entrera pas seul, car, s'il veut, il me fera entrer, et en exclura peut-être un autre, selon la science et la puissance qui lui ont été données d'en haut.

5. Mais quelles sont ces clefs? C'est la puissance d'ouvrir et de fermer, et le discernement de ceux qu'il faut exclure et de ceux qu'il faut recevoir. Or ces trésors ne sont point dans le serpent, mais dans Jésus-Christ. C'est pourquoi le serpent n'a pas pu donner la science qu'il n'avait pas ; mais celui qui la possède l'a donnée. Il ne pouvait pas avoir une puissance qu'il n'avait pas reçue, mais celui qui l'a reçue la possède, Jésus-Christ l'a donnée, saint Pierre l'a reçue (Matt. XVI, 19), et comme il n'est point enflé de la science, il ne sera point précipité de sa puissance. Pourquoi ? parce que ni dans l'une ni dans l'autre il ne s'élèvera contre la science de Dieu ; bien différent de celui qui a agi artificieusement en sa présence, et dont l'iniquité a été en exécration au Seigneur. Et comment aurait-il désirs autre chose que la science de Dieu, lui qui a cru qu'il est l'apôtre de Jésus-Christ, selon la prescience de Dieu le Père (Pet. X, 2) ? Et que cela soit dit au sujet du zèle de Dieu allumé contre l'ange et contre l'homme prévaricateur. Car en tous deux il a trouvé le péché, et il a détruit dans sa colère et dans sa fureur tout ce qui s'élève contre la science de Dieu.

6. Il faut maintenant recourir au zèle de miséricorde, c'est-à-dire au zèle qui ne s'enflamme pas, mais qui est envoyé vers nous, car celui qui s'embrase est un zèle de justice, comme nous l'avons dit, et il nous a assez fait trembler par les exemples que nous avons rapportés de ceux qui en ont été si terriblement punis. C'est pourquoi je me retirerai en un lieu de refuge contre la fureur du Seigneur, vers ce zèle de bonté qui brûle doucement, et expie efficacement. La charité n'expie-t-elle pas les péchés? Oui, elle les expie et même d'une manière très-puissante ? Car c'est par là qu'elle couvre une multitude de péchés (1 Pet. V, 8). Mais n'est-elle pas capable aussi d'abattre et d'humilier toute l'enflure des yeux du coeur? Oui certes, car elle ne s'élève point, elle ne s'enfle point. Si donc le Seigneur Jésus-Christ daigne venir à moi, ou plutôt en moi, non dans le zèle de sa fureur, ni même dans sa colère, mais dans un esprit d'amour et de douceur, rempli pour moi d'une charité, d'une jalousie toute divine. Qu'y a-t-il qui soit plus de Dieu que la charité, puisque la charité c'est Dieu? Je reconnaîtrai par-là qu'il n'est pas seul, mais que son Père est aussi venu avec lui. Car qu'y a-t-il qui ressente davantage la tendresse d'un Père? Aussi est-ce pour cela qu'il n'est pas seulement appelé Père du Verbe, mais Père des miséricordes. C'est une chose qui lui est propre et naturelle de pardonner toujours et de faire grâce (2 Cor. I, 3). Lorsque je sens que mon esprit s'ouvre pour l'intelligence de l'Écriture sainte, que des paroles de sagesse sortent avec abondance de mon coeur, que les mystères me sont révélés par l'infusion d'une lumière d'en haut, ou que le ciel étend sur moi, et répand dans mon âme les pluies fécondes de la méditation, je ne doute point que l'Époux ne soit présent. Car ces richesses viennent du Verbe, et nous les recevons de sa plénitude. Si en outre, je me sens encore pénétré de la rosée et de l'onction d'un zèle humble et dévot, en sorte que l'amour de la vérité connue engendre en moi la haine et le mépris de la vanité, et empêche que la science ne m'enfle, ou que la fréquence des visites de Dieu ne m'élève ; alors je reconnais avec certitude que c'est l'effet d'une tendresse paternelle, et je ne doute point que le Père ne soit aussi présent. Mais si je persévère à correspondre autant que je puis à une si grande bonté par des mouvements et des actions qui lui soient en quelque sorte proportionnés, et que la grâce de Dieu ne soit pas vaine en moi, alors je suis assuré que le Père et le Verbe font leur demeure en moi, l'un en me nourrissant, et l'autre en m'instruisant.

7. Quelle familiarité pensez-vous que cette demeure produise entre l'âme et le Verbe, et quelle confiance ne naît-il point de cette familiarité? Je crois qu'une telle âme petit dire sans crainte : « Mon bien-aimé à moi; » puisque sentant qu'elle aime Dieu et qu'elle l'aime d'un amour violent, elle ne doute point qu'elle n'en soit aussi passionnément aimée ; et par l'intention particulière, l'application, le soin, l'attention, la vigilance, et le zèle dont elle se sent animée dans la recherche incessante et ardente des moyens de plaire à Dieu, elle connaît sans aucun doute que tous ces mouvements sont en lui, et elle se ressouvient de cette promesse du Sauveur : « On vous mesurera avec la même mesure que vous aurez mesuré les autres (Matth. VII, 2). » Il est vrai que cette Épouse prudente aime mieux mettre de son côté la reconnaissance de la grâce, parce qu'elle sait que son bien-aimé l'a prévenue. C'est pour cela qu'elle parle auparavant du soin que l'Epoux a d'elle, en disant : « Mon bien-aimé à moi et moi à lui. » Par les propriétés naturelles qui sont en Dieu, elle reconnaît donc et ne doute point que puisqu'elle l'aime elle n'en soit aimée. Il en est en effet ainsi. L'amour de Dieu pour l'âme engendre l'amour de l'âme pour Dieu, et l'application qu'il a pour elle fait qu'elle s'applique aussi à lui. Car je ne sais par quel rapport naturel il se fait, que lorsque l'âme peut une fois contempler la gloire de Dieu à découvert, elle lui devient aussitôt conforme, et est transformée en une même image avec lui. Dieu donc sera envers vous tel que vous serez envers lui. Il sera saint, dit le Prophète, avec l'homme saint, et innocent avec l'homme innocent (Psal. XVII, 26) Et pourquoi ne sera-t-il pas aussi aimant avec celui qui aime, en repos avec celui qui se repose, appliqué avec celui qui s'applique, soigneux avec celui qui a du coin?

8. Car il dit : « J'aime ceux qui m'aiment, et ceux qui s'éveilleront matin pour me chercher, me trouveront (Prov. VIII, 17)? Voyez comme il vous assure non-seulement de son amour, si vous l'aimez, mais encore de son soin et de son application, si vous avez soin de ce qui le regarde ? Si vous veillez, il veille. Levez-vous la nuit, hâtez-vous tant que vous voudrez de prévenir les sentinelles mêmes, vous le trouverez, mais vous ne le préviendrez pas. Vous serez téméraire, si, en ce point, vous vous attribuez quelque chose devant lui ou plus que lui. Il vous aime plus que vous ne l'aimez, et avant que vous l'aimiez. Vous étonnerez-vous qu'une âme qui connaît ces vérités se glorifie que cette Majesté souveraine s'applique à elle, comme si elle n'avait pas soin de tout le reste des créatures, lorsque, mettant elle-même tout autre affaire de côté, elle se conserve uniquement et inviolablement pour lui ? Il est temps que je finisse. Je dirai seulement pour les spirituels qui sont parmi nous, une chose qui semble étonnante, mais qui néanmoins est très-véritable, c'est que l'âme qui voit Dieu ne le voit point autrement que si elle était vue toute seule de lui. C'est donc dans cette confiance qu'elle dit qu'il s'applique à elle, et elle à lui, car elle ne voit rien qu'elle et lui. Que vous êtes bon, Seigneur, à l'âme qui vous cherche! vous allez au devant d'elle, vous l'embrassez, vous la traitez en époux, vous qui êtes son Seigneur, et qui étant Dieu au-dessus de toutes choses êtes béni dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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