CHAPITRE IX
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PRÉFACE
AVERTISSEMENT
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CHAPITRE III
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CHAPITRE V
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CHAPITRE VIII
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CHAPITRE X
CHAPITRE XI
CHAPITRE XII
CHAPITRE XIII
CHAPITRE XIV
CHAPITRE XV
CHAPITRE XVI

CHAPITRE IX. La stabilité dans la cellule est recommandée, et on indique quels en sont les gardiens.

25. La source de tous les biens, c'est la cellule et le séjour constant qu'on y fait. Qui y entre bien avec sa pauvreté, est riche; et quiconque a bonne volonté, porte avec lui tout ce qui est requis pour bien vivre : bien qu'il ne soit pas toujours expédient de se fier à cette bonne volonté, mais plutôt il faut la retenir, la régir, surtout en ceux qui commencent. Que la règle de 'la sainte obéissance conduise la bonne volonté : que celle-ci, à son tour, mène le corps et lui apprenne à pouvoir rester au même endroit, à supporter sa cellule et à rester avec soi. c'est là, pour un novice qui progresse, un commencement de bonne formation et un indice assuré de bonne volonté. Car il est impossible à l'homme de fixer fidèlement son esprit sur un point, si d'abord il n'a pas rendu son corps stable en un lieu. Celui qui cherche à fuir l’inquiétude de son esprit, en allant de place en place, est semblable à celui qui fuit l'ombre de son. corps. Il se fuit et il se porte partout : il change de lieu, mais il ne change pas d'âme. Il se trouve le même en tous lieux : seulement la mobilité elle-même le détériore, comme on blesse un malade quand on le secoue en le transportant. Que le novice sache qu'il est malade, et qu'il s'occupe de ce qui cause son indisposition. Si le repos n'est pas interrompu, les remèdes qu'il emploiera constamment obtiendront bientôt leur effet, et l'âme, délivrée de ses distractions, de ses asservissements et de ses tentations, s'appartiendra entièrement en Dieu. Infectée sans être souillée, la nature a besoin de soins, et de grands soins. Qu'elle s'attache donc sans en sortir à sa pharmacie, (car c'est par ce nom que les médecins ont coutume d'appeler l’endroit où se trouvent les remèdes destinés à soigner les santés compromises) et qu'elle s'en serve sans relâche jusqu'au retour éprouvé de la santé.

26. Votre guérison, ô malade languissant, c'est votre cellule; le remède qui a commencé de vous soulager, c'est l'obéissance, l'obéissance véritable. Mais sachez que les remèdes nuisent, si on en change fréquemment, ils troublent la nature et épuisent le malade. Celui qui se dirige vers un but, s'il prend une route unique et certaine, parviendra au terme, et trouvera la fin de son voyage et de sa fatigue. Que s'il s'engage dans plusieurs chemins, il erre, il ne trouve pas la fin de sa fatigue, car l'erreur n'a pas de terme. Ne changez donc point de remède, n'en prenez pas un pour remplacer un autre, mais jusqu'à ce que votre guérison soit complètement assurée, employez toujours la médecine salutaire de l'obéissance : ne la rejetez point, comme un ingrat, quand vous serez guéri: seulement, par la suite, il vous sera permis d'en user d'une autre manière. Si donc, vous désirez obtenir la santé, veillez à ne rien faire, pour chose petite que ce soit, sans consulter le médecin ; si vous attendez ses soins, il ne faut jamais rougir de lui découvrir votre blessure. Rougissez, mais révélez-lui tout, ne cachez rien. Car, il en est qui en se confessant, racontent, comme une fable, l'histoire de leurs péchés; ils énumèrent sans confusion aucune, les maladies de leur âme, presque sans pénitence et sans expression de douleur. Il trouve des larmes et il gémit bien vite, celui qui éprouve le sentiment de la douleur. Que si à la mauvaise santé, s'ajoute une insensibilité déplorable, le malade, en ne gémissant point, est d'autant plus éloigné de la santé, qu'il en parait plus rapproché. Que si le médecin trop doux veut guérir tous vos maux par des onguents et des applications trop bénignes, vous, prenez votre affaire en main, avide d'un remède plus fort et plus prompt, demandez le fer qui vous guérira, et sollicitez le cautère qui vous purgera. Le médecin est toujours proche de vous, il est toujours prêt.

27. Pour que votre solitude ne vous cause pas de l'horreur, pour que vous habitiez votre cellule avec plus de sécurité, on y a placé trois gardiens : Dieu, votre conscience et votre Père spirituel. A Dieu, vous devez la piété pour vous dépenser entièrement pour lui; à votre conscience, le respect qui vous fait rougir de pécher devant elle; au Père spirituel, l'obéissance de la charité, ayant recours à lui dans tous vos besoins. En outre, pour vous être agréable, je vous en trouverai un quatrième; et tant que vous êtes petit enfant, jusqu'à ce que vous appreniez mieux à penser à la présence de Dieu; je vous procurerai un pédagogue. Choisissez-vous un homme selon mon idée, dont la vie vous soit un modèle si vivant, qui vous inspire un respect si profond, que son souvenir, toutes les fois qu'il se présentera à votre mémoire, vous porte à la vénération et vous excite à vous régler et à bien disposer toutes choses en vous : un homme que vous regardiez comme présent, et qui, par l'affection de la charité mutuelle qu'il vous inspirera, corrigera tous vos défauts sans que votre solitude soufre aucun dommage dans le secret qui la constitue. Que ce personnage vous soit présent quand vous le voudrez; que même parfois, il se présente à vous quand vous ne le voudrez pas. La pensée de sa sainte sévérité vous rappellera ses réprimandes; le souvenir de sa piété et de sa bonté vous redira ses consolations ; en réfléchissant à la sainteté de sa vie, vous vous sentirez porté à l'imiter. Ainsi, selon le précepte de l'Apôtre, veillez sur vous-même avec sollicitude : (I Tim. V, 22.) considérez-vous toujours et détournez les yeux de tout le reste. L'oeil du corps est un admirable instrument, de même qu'il peut contempler les autres êtres, de même il peut se contempler lui-même. Cette facilité est aussi accordée à l'œil intérieur, si, à l'exemple de l'œil du corps, négligeant de se voir, il considère ce qui est autour de lui, même quand il le veut, il ne peut se replier sur lui-même. Occupez-vous de vous, vous êtes pour vous une matière suffisante d'attention. Eloignez de vos regards extérieurs ce que vous avez perdu l'habitude de voir, écartez de vos regards intérieurs ce que vous avez cessé d'aimer : rien en effet ne se rallume aussi facilement que l'amour, surtout dans les âmes jeunes et tendres.

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