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CÈNE

QUINZE SERMONS. DU B. OGER, ABBÉ DE LEYME. DE L'ORDRE DE CITEAUX AU DIOCÈSE DE VERCEIL.

PROLOGUE.

SERMON I. Avant le jour de fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, ayant aimé les siens qui étaient en ce monde, il les aima jusqu'à la fin (Joan. XIII, 21).

Sur les paroles adressées par le Seigneur a ses disciples à la Cène dernière. L'auteur de ces discours était inconnu; c'est le cardinal Bona, de pieuse mémoire, qui le premier l'a fait connaître, d'après un vieux manuscrit de l'abbaye de Stafarde, au diocèse de Saluces : Ce manuscrit se garde aujourd'hui dans la bibliothèque dit sérénissime duc de Savoie. Au sermon XIII, numéro 1, se trouve un précieux témoignage relativement à l'immaculée conception de la sainte Vierge. Dans le X, au numéro 12, l'auteur fait voir qu'il est de l'ordre de Cîteaux. Il en est qui pensent que cet Oger ou Oger vivait du temps de saint Bernard. Mais Manrique démontre qu'il était quelque peu postérieur au saint abbé de Clairvaux, et cela semble résulter de son sentiment touchant l'immaculée conception, qui n'était pas encore universellement reçu du temps de saint Bernard.

PROLOGUE.

Soupirant après le repas de la Pâque, qui que vous soyez qui désiriez vous rassasier, notre petite table est dressée; nul de ceux qui ont faim n'en est repoussé. Là vous pourrez vous refaire en cueillant les miettes qui sont restées de la table du Seigneur. Car ce pain très-suave qui a dit de lui-même : Je suis le pain de vie descendu du ciel (Joan. VI, 51), tandis qu'il était dans le monde, a rassasié pleinement ses enfants, ceux à qui, sur le point de monter vars son Père, il disait : « Mes chers enfants, je suis encore pour un peu de temps avec vous (Joan. XIII, 33. » Mais, s'élevant vers le ciel, il laissa ses restes à ses fils chéris; pendant que j'étais à leur poursuite cherchant avec pleurs et gémissements ce bienheureux pain des anges, mon Seigneur Jésus-Christ, prêt à donner toutes les choses les plus précieuses du monde pour cette nourriture ineffable, la volonté de Dieu me l'a fait rencontrer dans l'Évangéliste saint Jean. Quiconque voudra s'asseoir à cette table du serviteur du Christ, je l'en supplie, qu'il n'y vienne pas sans verser des larmes : où qu'au moins, il ne la quitte point sans pousser des gémissements, car vous y trouvez non-seulement la nourriture du corps, mais celle de l'âme; non des holocaustes à la moëlle sanglante, ni des boeufs avec des boucs ; mais cet agneau né de la vierge qui se tut devant ceux qui le frappaient et n'ouvrit jamais sa bouche (Isa LIII, 5) : » Donc mon âme chante ses louanges, cette âme dont il guérit les blessures, car elle a péché contre lui. Que dans cet opuscule et dans toutes mes actions il soit ma route; que sous sa conduite je commence et j'achève tout ce que j'entreprendrai; que j'annonce en Sion le nom du Seigneur et que je chante ses grandeurs au milieu de Jérusalem ; afin que lorsque les peuples seront réunis en un et que les rois viendront servir le Seigneur, je mérite de le voir dans la sainte assemblée de ses élus, et me réjouir en partagent l’allégresse de son peuple, lui qui est béni dans les siècles.

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SERMON I. Avant le jour de fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, ayant aimé les siens qui étaient en ce monde, il les aima jusqu'à la fin (Joan. XIII, 21).

1. Le Verbe du Père, le Fils de Dieu, qui pour le salut du genre humain s'est fait chair et a habité parmi nous, désirant instruire ses disciples et les former à suivre les exemples d'humilité, et par eux, tous ceux qui croiraient en lui, aux approches de l'heure très-miséricordieuse où le corps qu'il avait pris de la très-pure vierge Marie était sur le point de souffrir un triste supplice, se leva de la table où il prenait son dernier et noble repas dans cette vie temporelle, déposa ses vêtements, versa de l'eau dans un vase et lava les pieds de ses disciples. Et c'est ce qu'indique saint Jean : « avant le jour, » et le reste. Telle étaient la coutume et l'usage des Juifs; ils célébraient avec solennité la journée où le Seigneur divisa en deux la mer rouge, fit passer leurs pères au milieu de ses flots suspendus et y engloutit Pharaon dans toute sa puissance. C'est ce jour de la Pâque dont il est dit : « Avant le jour de la fête de Pâques : » car pâques veut dire « passage. Alors approchait cette pâque très-pieuse, dans laquelle le véritable Moïse devait passer par la mer rouge et entrer dans la terre promise, non après quarante ans, mais après quarante jours. Ce jour était une ombre pour les Juifs, il rappelait la sortie d'Égypte de leurs ancêtres ; mais la réalité se trouve dans la journée où Jésus-Christ sortit de ce monde et nous fit aussi passer de la mort 'à la vie, du monde au ciel, en devenant victime et sacrifice pour nous, s'offrant en holocauste sur l'autel de la croix à Dieu son Père. « Avant le jour de fête, » etc. Que signifie donc, ô saint apôtre, que vous appeliez ce jour, jour de fête? Un jour de fête n'est-ce pas un jour de joie et de réjouissance ? Est-ce un jour dé contentement et d'allégresse que, celui où l'agneau est élevé surie bois de l'arbre de la croix pour y être immolé, devenu l'opprobre des hommes et la risée du peuple ; où dans sa douleur le soleil s'obscurcit, les pierres se déchirent et tout l’univers frémit; où la sainte mère et son disciple bien-aimé versent des larmes si tristes? Ce fut plutôt un jour de deuil pour les saints et les élus qu'un jour de joie et de bonheur: la joie fut pour les Juifs, la tristesse pour vous et pour les apôtres. La joie des Juifs se change en deuil et la tristesse des apôtres se convertit en joie. Le texte poursuit :

2. « Sachant Jésus que son heure est venue de passer de ce monde à son Père. » Le mot hébreu Jésus se traduit en latin par celui de « Sauveur. » Voilà le Sauveur très-vaillant, qui ne peut plus être vaincu, et qui sauve tous ceux qui espèrent en lui. Une seule fois, ô chrétien, il a été vaincu pour toi, et même il est mort; mais ne pleure plus, parce qu'il est ressuscité d'entre les trépassés, et jamais plus la mort n'aura d'empire sur lui. Il fallait qu'il mourût pour le salut du monde, qu'il ressuscitât le troisième jour, qu'en son nom la pénitence et la rémission des péchés fussent prêchées à toutes les nations, parce qu'il l'avait ainsi réglé, et c'est ce qui est exprimé en ces termes : « Sachant que son heure était venue, etc. » C'est cette heure au sujet de laquelle auparavant redoutant de mourir selon sa nature humaine, il gémissait et disait : « A présent mon âme est grandement troublée. Et que dirai-je ? Père, sauvez-moi de dette heure. Mais c'est pour cela que je suis arrivé à ce moment (Joan. XII. 27). Jésus-Christ eut peur de mourir; pour que vous n'en ayez pas frayeur, ayez confiance en celui qui l'a ressuscité le troisième jour. Il ne faut avoir de certitude qu'en celui-là seul qui a ressuscité Jésus-Christ. Pour toi, chrétien, ne désespère pas de cette infirmité. Le Seigneur t'a appris ce qu'en ce moment, et dans tous les périls de mort, tu dois dire, à qui tu dois recourir; qui invoquer, en qui espérer, en Dieu le Père qui ne peut mépriser ceux qui espèrent en lui, et lui marquent leur confiance et font des bonnes oeuvres: Je parle de bonnes oeuvres; espérer sans aucun mérite, ce n'est pas espérance, c'est présomption: C'est pourquoi pratiquez vos bonnes oeuvres, de telle sorte qu'à l'heure de la mort vous puissiez dite: « Seigneur, j'ai espéré en vous, je ne serai point éternellement confondu (Psal. XXX. 19). Jésus connut d'avance cette heure, il la choisit pour passer, selon la chair, de ce monde à son Père, dont il ne se sépara jamais selon la divinité. Cette heure est la fin dont il est dit: « Ayant aimé les siens qui étaient en ce monde, il les aima jusqu'à la fin. » Les ayant aimés, devenu homme pour eux, il poussa sa tendresse pour eux si loin qu'il donna sa vie. Il t'a aimé dans la mort afin que par son amour tu puisses passer de ce monde à son Père. Il t'a aimé jusqu'à la fin, afin que tu persévères jusqu'au bout dans son amour ; si tu y es fidèle sans nul doute tu passeras au Père : qui ne restera pas jusqu'au terme en cette dilection, périra pour toujours, je te l'assure en vérité. Cet amour doit être saris mesure. Il t'a aimé sans bornes, tu dois l'aimer sans limites. En t'aimant, il a franchi toute réserve en mourant pour toi: tu ne peux le chérir autant que tu le dois. Aime-le donc de tout ton coeur, de tout ton esprit, de toute ton âme et de toutes tes forces. il ne demande rien que cela : fais-le, et tu auras la vie. Poursuivons.

3. « Et le repas fini, lorsque le diable avait déjà mis au cœur de Judas fils de Simon Iscariote de le trahir. » Ces paroles indiquent que la cène est préparée, mais qu'elle n'est pas encore achevée, puisque ensuite Jésus se mit à table et donna à Judas une bouchée. O malheureux Judas ! ô disciple scélérat, coupable trafiquant ! on te préparait la cène, et tu vendais celui qui te donnait ce repas! O misérable Judas ! ô mauvais confesseur! ô pénitent désespéré ! tu as dit: «J'ai péché en livrant le sang du juste, » et tu t'es arraché la vie en te pendant dans un désespoir à un lacet. Ce criminel fut, je n'en doute pas, fils de Simon Iscariote. Simon veut dire obéissant ; mais quel homme fut ce Simon ? Dieu le sait, pour moi je l'ignore. Il est appelé Iscariote du village où il naquit, village qui porte un autre nom, celui de Marmot, ou mauvaise mort. Il fut de mallemort celui qui eut une fin si triste. Le diable lui avait mit au cœur par voie de suggestion de le trahir, ne croyant point qu'il fût Dieu. Ne frémis-tu pas, chrétien et toi disciple de saint Benoit, en pensant au sort du disciple de Jésus-Christ ? Le démon lui mit au coeur de trahir la vie, et la trahissant, il se pendit et perdit la vie dans le lacet du désespoir. Si le loup n'a pas craint d'entrer dans le troupeau du Seigneur, de tuer et de perdre une des douze brebis, nombre si petit, que fera-t-il de tout le troupeau confié au pasteur? Que chacun de vous, mes très-chers frères, veille à n'être point comme Judas. Voyez avec quelle précaution vous marchez, non comme insensés, mais comme sages,ayant l'éveil sur les embûches qu'un ennemi trop rusé, inspira au cœur de Judas de trahir le Seigneur. Qu'est-ce que trahir le Seigneur ? C'est le vendre ; qu'est-ce que le vendre ? c'est l'aliéner. Il vend le Seigneur celui qui l'aliène de soi. Vous l'aliénez de vous, si vous le chassez de votre coeur. O moine de Dieu, ô disciple de Jésus-Christ ; écoutez-moi, recevez le conseil que je vous donne. Le démon cherche à vous enlever, à vous sortir du troupeau du Seigneur : prenez garde à ne pas le croire, à ne pas consentir à ses suggestions. Il est menteur lui et son père. II veut vous tuer, vous immoler et vous perdre avec lui dans l'enfer. Prenez garde à l'argent, défiez-vous des bourses : ce sont des fosses du diable! Ah ! que, par ce moyen, il a perdu et a tué d'âmes ! Il est dit de Judas, « qu'il était voleur et qu'il avait la bourse (Joan. XII. 6). » En ayant soif de gain, il court au lacet; en perdant la vie, il gagne la mort. Hélas! que de bourses dans les monastères de saint Benoît ! Que de religieux, portant la cuculle et la tonsure, qui ont la bourse de l'esprit, de la volonté propre, du murmure, de la détraction, de la dissipation, de l'orgueil, de la rancune, de l'envie et de la mauvaise volonté! Mais souvenez-nous, mes frères bien-aimés, que ceux qui agissent ainsi suivent Judas, et par conséquent, s'ils ne se corrigent pas, ils ne posséderont point le royaume de Dieu.

4. Soyez donc, je vous en conjure, mes chers frères, des disciples de Jésus-Christ, non faussement, mais en réalité; non d'habits, mais de coeur , non par une grande tonsure, mais par un esprit sans tache. Laissez Judas dans son désespoir, suivez Pierre dans sa pénitence sincère ; Judas désespéré dans le fond de l'enfer, Pierre qui est dans la gloire du paradis ; versez les larmes de Pierre. Si vous le faites, vous parviendrez à la gloire dont il brille, par Notre Seigneur Jésus Christ, dont mon âme chante les louanges et qui guérit toutes ses blessures parce qu'elle a péché contre lui, divin maître, qui soit béni avec le Père et le Saint Esprit dans tous les siècles. Amen.

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