SERMON II
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CÈNE

SERMON II.

1. Comme l'oreille ne se peut rassasier d'entendre, de même l'oeil ne se fatigue jamais de voir, de même aussi nous ne devons pas nous lasser de conter les oeuvres charitables de Jésus-Christ. Elles sont pour moi plus douces que le miel et plus chères que des poids énormes d'or et d'argent : je ne puis jamais m'en contenter. Que le Seigneur augmente ce désir, que, dans l'allégresse de son visage, il me réjouisse avec tous ceux qui l'aiment, au sujet de quoi il est dit dans la suite de notre texte : « Jésus sachant que son Père lui a tout remis entre mains et que, sorti de Dieu, il va vers Dieu, se lève de table et dépose ses habits. Et après avoir pris un linge, il s'en ceignit, versa de l'eau dans un vase et se mit à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge dont il était entouré. » Sachant que son Père lui a tout remis entre mains, et le bien et le mal : le mal pour l'usage, et le bien pour le bon effet. Du mal de la trahison de Judas, il fit sortir le bien de votre rédemption. Ou bien, « sachant que son Père lui a tout remis entre les mains » parce qu'il lui a tout soumis : Et « Sachant qu'il est sorti de Dieu, » sans le quitter, et «qu'il revient vers Dieu » sans nous quitter, « se lève de table, etc.» Il est sorti de Dieu, parce que du sein du Père il est venu dans le sein de la bienheureuse vierge : étant dans la forme de Dieu, il n'a pas regardé comme un larcin d'être l'égal de Dieu, mais il s'est anéanti lui-même, prenant la forme d'un esclave, rendu semblable à l'homme et en ayant tout l'extérieur (Philip. II) Il est aussi, sorti de Dieu, parce qu'il s'est fait voir de telle sorte qu'on le pouvait voir et toucher : bien plus, ce qui ne devrait se dire et célébrer qu'avec de grands gémissements de coeur, et en versant un torrent de larmes, qu'on le pouvait lier, souffleter, insulter, et tuer enfin, voilà ce que veut dire « qu'il est sorti de Dieu. » Mais, ne pleure pas, ô excellent moine, parce qu'ensuite se trouve cette parole : « Il va vers Dieu. » Il va vers Dieu, parce qu'il ressuscite d'entre les morts, il ne meurt plus : la mort n'aura plus d'empire sur sa personne (Rom. IV.) Il monte aux cieux, il est assis à la droite de Dieu, le Père, constitué de Dieu le juge des vivants et des morts. Et voilà pourquoi on dit: » Il se lève de table. » En effet, il se leva de table,car du sein du Père où il soupait avec les anges, il vint avec les hommes, prenant, la tunique de notre mortalité.

2. Il déposa en quelque sorte ses vêtements, lorsqu'il s'anéantit lui-même. En s'unissant à la nature humaine, il prit un linge et s'en entoura : parce qu'en s'en revêtant, il se ceignit de puissance, et, triomphant en elle avec gloire de l’ennemi superbe, il devint le roi de gloire et le Seigneur des vertus. « Il versa de l'eau dans un vase, et il lava les pieds de ses disciples.» Qu'est-ce que cette eau ? quel est ce vase ? Jésus est cette eau bénite qui lave les souillures des âmes, purifie les lépreux, illumine les aveugles, guérit les malades, justifie les impies, ressuscite les morts. Mon Seigneur Jésus-Christ invite ceux qui ont soif à boire de cette eau, en ces termes : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive (Joan. VII, 37). » Cette eau, c'est le Saint-Esprit. Cette eau est celle dont parle Jérémie : « Ils ont abandonné la source d'eau, vive, et ils se sont creusé des citernes sèches qui ne peuvent point contenir les eaux (Jer. II, 13). » Abreuvez-moi, Seigneur, des eaux de cette fontaine, afin que je n'aie jamais plus soif. Car mon âme soupire après cette source d'eau vive. O si je pouvais en approcher mes lèvres! ô si je pouvais me désaltérer à ces ondes si douces ! pensez-vous que viendra le temps où je pourrai y puiser pleinement ? Et quand ce bonheur me sera-t-il accordé ? Et s'il ne m'est pas refusé, pourquoi n'en jouis-je pas de suite? Que dirai-je, que ferai-je, puisque mon Seigneur diffère devenir à moi? ô Jésus, que je répande les larmes d'une réfection non interrompue, jusqu'à ce qu'on dise à mon âme : réjouis-toi, et sois dans l'allégresse. Voici celui que tu cherches, celui que tu désires, celui pour qui tu pleures: voilà votre Seigneur, votre Dieu, le Père et le Fils et le saint Esprit, qui est la fontaine désirée. Enivre-toi maintenant des délices du paradis. Cette eau, mes frères, est le Saint-Esprit; qu'il daigne enivrer nos âmes de telle sorte que nous n'aimions rien que lui. Ce vase dans lequel le Seigneur a placé le Saint-Esprit, est l'Église des fidèles, en laquelle par le bain de la régénération il lave les souillures de ceux qui croient. Par cette parole : , « Il lava les pieds à ses apôtres, » entendez les impuretés de ceux qui marchent sur la terre des apôtres. Nous pouvons dire encore, que les coeurs des apôtres furent ce vase ou ce réceptacle du Saint-Esprit, car le Seigneur y répandit son Esprit saint; et il lava leurs pieds, parce qu'il les confirma par cet Esprit dans la foi catholique qui élève les fidèles jusqu'au ciel, foi qu'ils avaient obscurcie par la poussière de l'infidélité, et dont il fit disparaître toute rouille.

3. Nous pouvons adopter un autre sens, s'il vous plaît de l’entendre, de l'amour de Jésus-Christ. Mais, je vous le demande, ne lisez pas sans pleurer ce qu'il n'est pas permis d'écrire sans verser des larmes. Il versa de l’eau dans un vase, parce que, pour notre amour, regardant l'amour comme un délice, il versa sur la croix son sang précieux. Il lava les pieds de ses apôtres, c'est-à-dire il purifia les pieds des croyants qui étaient souillés de péchés. « Et il les essuya avec le linge dont il était ceint, » c'est-à-dire, avec la chair humaine dont il était entouré : parce que sa passion est la véritable purification de nos péchés. Ou bien, en un autre sens, qui voudra appeler cène du Seigneur la passion, ne doit pas penser s'éloigner beaucoup de la vérité. Ici cette cène signifie la passion, de même qu'après le souper on ne dîne. pas, ainsi Jésus, après avoir souffert une fois, ne revient pas souffrir, « Il se lève de table, » après sa passion : «Il quitte ses vêtements, » c'est-à-dire sa première infirmité: « Il se ceignit d'un linge, » de la même chair désormais immortelle. « Il versa de l'eau dans un bassin, » parce que dans les eaux du baptême, il lava les fidèles de leurs fautes. « Et il les essuie avec le linge dont il est ceint,» parce qu'il intercède pour nous auprès de son Père avec des gémissements inexprimables, en lui montrant son humanité. O piété merveilleuse, et incomparable! ô bonté inexprimable ! ô humilité nouvelle et inouïe ! Le Christ, Fils de Dieu, né d'une vierge pure et immaculée, le roi des rois, le Seigneur des Seigneurs, se lève de table, dépose ses habits, s'entoure d'un linge, verse de l'eau dans un bassin, et fléchit devant ses disciples, ses genoux vénérables; incliné et penché, il lave les pieds à ses disciples. Qui a jamais entendu raconter chose semblable ! O quelle étonnante bonté ! ô merveilleuse clémence du Seigneur ! Il lave les pieds de ses disciples, celui qui a tout tiré du néant. Que t'en semble, ô homme qu'enflamme la colère, que l'orgueil consume, que la colère trouble, que l'orgueil bouleverse, si prompt à entrer en colère et à s'enfler d'orgueil? O superbe, ô race du démon, ô chrétien apostat, ô méchant serviteur! que te semble de ton créateur, de ton Dieu! Courbé à terre, il lave les pieds de ses disciples, et tu dédaignes de t'humilier devant tes frères que tu as offensés. O méchant serviteur, ô race de Cananéen et non de Juda, qui a été trompé par l'auteur de l'orgueil ! pourquoi ne considères-tu pas quel est celui que tu imites dans ton orgueil, et quel est celui que tu refuses de suivre! ô qu'il est méchant celui dont tu suis les exemples ; que bon est celui de l'imitation de qui tu te détournes. L'un, c'est le démon, l'autre, c'est un Dieu. Choisis celui qu'il vaut mieux suivre. O superbe, ton front ne rougit pas ! Rougis, vase d'ordure, d'avoir encore de l'orgueil. Ignores-tu que Dieu résiste aux superbes et qu'il donne sa grâce aux humbles? Dépouille-toi du vieil homme et revêts le nouveau, c'est-à-dire Notre Seigneur Jésus-Christ, et il réformera ton humanité conformée au corps de sa gloire. Apprends; je t'en conjure, à avoir désormais l'humilité par l'auteur de l'humilité. Car voici ce qui en est dit à la suite :

4. « Il vient à Simon Pierre. Et Pierre lui dit : Seigneur, vous me lavez les pieds. Jésus lui répondit, et lui dit: Ce que je fais à présent, tu ne le sais pas actuellement, tu le sauras plus tard » Quand le Seigneur Jésus se mit à laver les pieds de ses disciples, il vint d'abord à celui qui était le premier. Et ce même apôtre fut stupéfait de voir qu'un Dieu lavait les pieds d'un homme. Dans son effroi, il ne put souffrir que son Seigneur s'humiliât devant lui. Il l'avait vu verser de l'eau dans un bassin, et se ceindre d'un linge, et il se demandait avec étonnement peut-être ce qu'il voulait faire, mais lorsqu'il lui vit porter à ses pieds ce vase garni d'eau, fléchir les genoux et se préparer à les lui laver, il fut saisi d'un étonnement qu'on ne peut exprimer. Pénétré d'une grande frayeur, il gémit et s'écria: « Seigneur, vous me lavez les pieds ? » Le créateur rend cet office à la créature, Dieu à l'homme, le Seigneur à l'esclave, le maître au disciple, celui qui a tout tiré du néant à celui qui a été formé du limon ? Levez-vous, mon Seigneur, levez-vous, mon Dieu. Que voulez-vous faire? Je ne le puis souffrir, je ne le puis supporter. Mes yeux se refusent à vous voir ainsi abaissé, ainsi humilié à mes pieds. Levez-vous, mon créateur; levez-vous, mon Dieu, lumière du monde, ma vie, ma gloire; ne faites pas ce que vous vous proposez de faire, à ce que j'aperçois. Mais Jésus dit: « Ce que je fais, tu ne le sais point à cette heure, plus tard tu le sauras. » Comme s'il disait: Ne crains rien, ne t'effraye pas. Cela est vrai, Pierre, ce sont là de grandes marques d'humilité, mais bientôt tu en verras de plus grandes encore. Laisse faire, car il faut qu'il en soit ainsi, bien que présentement tu ignores ce mystère; tu l'apprendra plus tard. C'est un mystère, c'est un exemple que je te laisse, sur le point d'aller à mon Père. Aussi n'empêche point de faire ce que je veux. Pierre lui dit : « Seigneur, vous ne me laverez jamais les pieds. » Loin de moi, que vous me laviez les pieds en quelque temps que ce soit. Jésus répondit « Si je ne te lave pas, tu n'auras point part avec moi. » En disant si je ne «te »lave pas, au lieu de dire, si je ne lave pas « tes pieds, » il emploie une figure par laquelle on attribue au tout ce qui se rapporte à une partie. Je suis l'eau qui lave, l'eau qui purifie : « Si je ne te lave, tu n'auras point part avec moi. » En entendant ces paroles, « tu n'auras point part avec moi, » Pierre frémit en tout son être: il cesse de résister à son maître, et il lui offre à laver non-seulement ses pieds, mais encore tout son corps, disant : « Seigneur, non pas mes pieds seuls, mais ma tête et mes mains. » Que dites-vous, « tu n'auras point de part avec moi. » O que cette parole est amère ! n'êtes-vous pas ma vie, ma douceur, tout mon espoir, mon salut et tout mon désir ? Me voici, faites de moi tout ce que vous voulez, « lavez-moi les pieds, lavez-moi les mains et la tête. »

5. Mais, ô Seigneur, puisqu'il est vrai que nul ne peut avoir de part avec vous, si vous ne le lavez au préalable, ayez pitié de moi, ayez pitié de moi. Je suis entièrement pécheur, immonde et souillé. Je désire avoir part avec vous, je le désire vivement. Ne me dédaignez pas, ô Dieu mon salut. Soyez-moi propice ; lavez ce pécheur impur, lavez ses pieds, lavez ses mains, lavez sa tête, bien plus tout son corps, lavez son esprit, lavez son âme; lavez-moi au dedans et su dehors : « Lavez-moi de mon iniquité, et purifiez-moi de mon péché (Psalm. L, 4). » Si vous me lavez, je serai plus blanc que la neige, O Seigneur Jésus, qui me donnera que vous veniez dans mon coeur, que vous m'enivriez de votre eau, pour que j'oublie le mal que j'ai fait dans le passé, et que je vous embrasse, vous, Verbe bon, vie qui ne périrez jamais. Douce nourriture de mon âme, venez Seigneur, et ne tardez pas. Mon âme pécheresse attend l'inspiration de votre grâce pour se repentir suffisamment, et pour vivre dans la justice. Vous avez dit à Pierre « Qui est pur, n'a besoin que de laver ses pieds. » Je ne suis pas pur comme Pierre, j'ai besoin d'être tout lavé. Je me remets entièrement à vous, faites de moi tout ce que vous voulez. Pour vous, Seigneur, soyez à jamais béni. « Qui est pur n'a besoin que de laver ses pieds. » Ici, on donne à entendre que les apôtres sont baptisés, mais nous ne lisons pas en quel lieu ils le furent. Qui est lavé dans le baptême, est entièrement pur. Mais parce qu'il est souillé par la poussière de la maison terrestre qu'il habite, il a encore besoin de se laver les pieds. Le Seigneur les lave en priant pour nous, et nous les lavons aussi, en priant par la contrition du coeur et la componction des larmes.

6. Celui aussi qui étudie la vérité dans le repos, en allant ouvrir à l'Épouse, qui frappe dans les autres, souille ses pieds; parce que la vérité est entendue avec humilité, mais elle n'est pas prêchée sans danger. Car, dans le Cantique des cantiques, cette Épouse montre qu'elle veut refuser, lorsque son Époux l'exhorte à la prédication : « Je me suis dépouillée de ma tunique, comment la reprendrai-je ? J'ai lavé mes pieds, comment les salirai-je encore? (Cant. V, 3). L'Époux lui avait dit : « Ouvre-moi, ma soeur, mon amie, mon immaculée, parce que ma tête est pleine de rosée, et les boucles de mes cheveux sont couvertes des gouttes de la nuit. « Comme s'il disait : ô ma soeur, ma cohéritière, mon amie, la confidente de mes secrets, ma colombe éclairée du Saint-Esprit, mon immaculée dégagée des soucis de la terre, « ouvrez-moi, » c'est-à-dire, par vos prédications, rendez accessibles les coeurs des pécheurs qui errent. « Ma tête est pleine de rosée, » c'est-à-dire ma divinité est entourée de la ferveur de la charité. « Et les boucles de mes cheveux sont couvertes des gouttes de la nuit,» c'est-à-dire les assemblées des fidèles sont atteintes des sentiments des hérétiques. L'Épouse répond : « Je me suis dépouillée de ma tunique, comment m'en revêtirai-je de nouveau?» Ce qui veut dire : j'ai abandonné les choses du siècle, comment y reviendrai-je ? Je me suis éloignée de la prédication, comment la reprendrai-je ? J'ai lavé les affections et les pensées, comment me souillerai-je des impuretés du monde ? Le Seigneur lave les pieds à ses disciples par la promesse de sa prière, où il est dit : « Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé (Matt. VI, 12). »

7. L'Évangile explique la parole qui suit : « Vous êtes purs, mais non pas tous, » lorsqu'il dit : « Jésus savait qui devait le trahir, aussi il dit, vous n'êtes pas tous purs. » On lit ensuite : «Après qu'il eut lavé leurs pieds et pris ses vêtements, s'étant remis à table, il leur dit encore « Savez-vous ce que je vous ai fait, moi votre Seigneur et votre maître ? Je vous ai donné l'exemple, afin que vous fassiez ainsi. » Vous, si vous avez gravé, ces expressions dans votre mémoire, elles sont assez claires. Après avoir lavé les pieds de ses disciples, c'est-à-dire ayant activé la purification par son sang, il prit ses vêtements, parce qu'il devint immortel. S'étant assis, c'est-à-dire lorsqu'il se plaça à la droite, du Père, il parla par le Saint-Esprit qu'il envoya en langues de feu. O bienheureux pieds, ô pieds fortunés, qui méritèrent d'avoir, pour les laver, une personne d'une si éminente dignité. Je parle des pieds des élus, et non de ceux du traître Judas ! O heureux Pierre, ô apôtres fortunés aux pieds desquels s'incline humblement le Créateur des anges. O heureuse purgation ! O bienheureuse action de laver, qui purifie les lépreux, guérit les malades, adoucit les blessures, ferme les cicatrices, donne la lumière aux aveugles, le marcher aux boiteux, la beauté à ceux qui en étaient privés, les richesses aux pauvres, la joie à ceux qui sont dans la tristesse, le pardon aux pénitents, la vie aux morts! O grande joie, ô allégresse immense

8. Après avoir lavé les pieds, Jésus-Christ prit ses vêtements. Après la mort de la chair, il eut la gloire de la résurrection. Après avoir répandu son sang, il reçut l'immortalité de son corps. Ensuite il s'assit, ensuite il se reposa, monta aux cieux, où, béni, il trône à la droite de Dieu le Père. Et de cette place, il fait retentir sa voix, il instruit, il enseigne ses disciples par l'organe du Saint-Esprit, et par ses disciples toutes les nations. Et que dit-il ? « Vous savez ce que je vous ai fait? Vous m'appelez Seigneur et maître, et vous avez raison, je le suis en effet. » C'est là ce qu'il avait promis à Pierre, par cette parole : «Tu le sauras par la suite. » Ici, il invite ses apôtres, à apprendre ce qu'ils ignoraient auparavant. En disant : « Vous m'appelez Seigneur et Maître, et vous avez raison, je le suis en effet, » il n'exprime que la vérité, en cela il n'y a aucune arrogance. Celui qui, poussé par la nécessité, dit de soi du bien qui est réel, est d'autant plus conforme à la vérité. « Vous m'appelez Seigneur et Maître, et vous avez raison, car je le suis en réalité. » Je suis Maître, je suis Seigneur. Je suis le Maître qui n'erre pas, qui ne trompe pas, je suis le maître de la bonté, le maître de la sainteté. Qui me suit marche bien, il ne peut faire de faux pas; je suis le Maître de la vie, le maître de la mort, le maître du ciel, le maître de la terre, le créateur et le Seigneur de toutes choses. « Si donc, j'ai lavé vos pieds, moi qui suis votre Seigneur et votre Maître, vous devez vous laver mutuellement les pieds. » Comme auparavant, il les a instruits par son exemple, de même, en ce moment, le Maître de la vérité les instruit par ses paroles. Il leur donne une leçon d'humilité; c'est comme s'il leur disait : « Si moi, qui suis Seigneur et Maître, j'ai lavé vos pieds, vous qui n'êtes ni Seigneurs ni maîtres, vous devez réciproquement vous laver les pieds. « Je vous ai donné l'exemple, ce que j'ai fait, faites-le. » Voici le sens de cette expression . Si je vous ai lavé les pieds, c'est-à-dire si je vous ai remis vos péchés, moi qui suis le Seigneur Dieu Tout-Puissant, « le Maître qui connaît toutes choses avant qu'elles arrivent ; » vous qui êtes les serviteurs et les disciples, vous devez pardonner à ceux qui vous offensent et prier pour eux. « Je vous ai donné l'exemple, afin que vous fassiez, ce que j'ai accompli moi-même. » Vous ne serez pas de bons serviteurs, si vous ne suivez pas votre Maître : vous ne serez pas de véritables disciples, si vous vous écartez de la doctrine du Maître.

9. Écoutez, prélats, vous qui occupez la chaire du gouvernement Croyez-vous imiter l'exemple du Seigneur? Que chacun de nous rentre' dans sa conscience: qu'il se réjouisse s'il l'imite; que s'il ne l'a pas suivi, il n'est plus disciple du Seigneur. Il vaudrait mieux pour lui avoir une meule de moulin au cou, et être plongé au fond de la mer, que d'avoir reçu le titre d'abbé. Il serait préférable pour lui de garder les pourceaux, qu'être supérieur de moines. O bassin du Seigneur ! ô humilité du Christ, que vous êtes loin de nous ! qu'ils sont rares ceux qui versent l'eau dans un vase, et fléchissant les genoux, lavent les pieds de leurs disciples ! Un frère pèche, un frère offense, il tombe en quelque faute pas de bassin, pas d'eau, personne ne se dispose à le laver, on veut plutôt le rejeter. Apprenez, ô supérieurs, que cela n'est pas la règle de Jésus-Christ. Il lava à genoux les pieds de ses disciples, et vous ne voulez pas vous prosterner entièrement à terre, laver les souillures de ceux qui sont serviteurs comme vous? Le disciple n'est pas au dessus du maître. Un moine pèche, un frère convers pèche : il porte de la poussière à ses pieds, peut-être toute la peau de son cou est altérée. Prenez de l'eau; puisez la doctrine dans les bassins du maître et dans ses préceptes, courez vers ce malheureux, non sur le cheval de Pharaon, mais dans l'humilité du Rédempteur; d'un visage calme, d'un esprit tranquille; hâtez-vous de lui laver au plus vite les pieds, dans la crainte que la poussière ne se change en gale, la gale en lèpre, et que le lépreux, votre pauvre frère ne soit chassé du troupeau du Seigneur. Que s'il s'obstine, et ne veut pas être corrigé, s'il dit : « Vous ne me laverez jamais les pieds ; » dites-lui vous aussi : « Si je ne te lave pas, tu n'auras point de part avec le Seigneur. Si plus tard, comme saint Pierre, il veut consentir, lavez-le en toute humilité, mansuétude et miséricorde, pour obtenir vous aussi miséricorde de la part du Seigneur. Que si vous n'agissez pas de la sorte, vous ne suivez pas l'exemple de Jésus-Christ; vous n'êtes pas son disciple. Ce que Jésus a fait, vous dédaignez de le faire ? Pourquoi le serviteur s'ennuie-t-il de pratiquer ce que le maître a pratiqué le premier ? Il n'est pas au dessus de son maître ; l'apôtre n'est pas plus que celui qui l'a envoyé. Souffrez comme j'ai souffert ; humiliez-vous comme je me suis humilié.

10. « Si vous savez » ce que j'ai fait et enseigné « vous serez bienheureux, si vous le pratiquez. Je ne le dis pas de tous : « je sais ceux que j'ai choisis. » Il ne disait pas ceci de tous, car Judas était apostat. Il avait choisi les douze apôtres, mais l'un était un démon, Judas Iscariote, qui leva le talon contre le Seigneur; disciple malheureux dont le Seigneur lui-même dit : « afin que l'Écriture s'accomplisse : celui qui mange mon pain a levé contre moi son talon (Joan. XIII. 18). O misérable Judas ! tu manges le pain du Seigneur, et tu lèves le talon contre lui ! Hélas ! que de Judas qui mangent le pain du Seigneur et qui, par leurs œuvres, le frappent de leurs pieds ! combien qui vivent de l'autel et ne servent pas l'autel: bien plus, qui ne font aucun cas du Seigneur de l'autel. Et ce qui est encore plus déplorable, que de prêtres, mais de faux prêtres, qui reçoivent de bouche le pain, le corps de Jésus-Christ, et qui le foulent aux pieds, rongés de la plaie infecte de la luxure, infectés du venin de la malice. Ce sont des Judas; s'ils ne se convertissent, il vaudrait mieux pour eux qu'ils ne fussent pas nés. Mais vous, serviteur de Dieu, moine du Christ, suivez son exemple, et vous recevrez sa promesse; faites ce qu'il a ordonné, afin de pouvoir arriver à la béatitude qu'il a promise. Poursuivons.

11. « Je vous dis ces choses, avant qu'elles arrivent, afin que lorsqu'elles auront eu lieu, vous croyez ce que je suis. » Voici le sens jusqu'à cette heure, j'ai pris patience, et me suis , mais à présent, je signale le traître avant son crime, qui va avoir bientôt lieu, afin que lorsqu'il aura été commis, vous sachiez que je suis celui que l'Écriture a prédit. Vous donc, mes frères, disciples de Jésus-Christ, pensez à ce qu'a fait Judas, et prenez garde à ne le point imiter. Judas leva le talon contre Jésus-Christ; prosternez devant lui votre corps et votre âme. Judas s'éloigna de lui : suivez le Sauveur. Judas le vendit aux Juifs, pour vous, vendez ce que vous avez, afin de le pouvoir acheter. Ce que vous avez, et vous-mêmes, regardez tout cela, en face d'un diamant d'une si grande beauté, comme un néant, et efforcez-vous, autant que cela vous sera possible, de lui plaire de toutes vos forces, afin que vous et moi, nous puissions attendre ces joies éternelles, qui ne sont autre chose que lui, par le même Sauveur du monde qui, avec le Père et le Saint-Esprit, vit et règne, béni dans les siècles des siècles. Amen.

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