SERMON VII
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CÈNE

SERMON VII.

1. Le Seigneur avait dit à ses disciples : « Vous savez où je vais, et vous en connaissez le chemin. Thomas lui dit : Seigneur, nous ne savons point où vous allez, et comment pouvons-nous savoir la route qui y mène? » Thomas, appelé Didyme, ou doutant, croyait que les autres étaient dans l'incertitude, parce qu'il s'y trouvait lui-même. Aussi il di sait : «Seigneur, nous ne savons pas où vous allez ». Mais le maître de la vérité lui démontra qu'il le savait, car les disciples le connaissaient bien, lui qui est la voie. Ils connaissaient donc le chemin : et il est la vérité et la vie : et ils le connaissaient, car ils connaissaient la vérité et la vie, à laquelle il conduit. Il est la vie en tant qu'homme, vérité et vie en tant que Dieu. Par lui qui est voie il va vers la vérité et la vie, parce que selon son humanité glorifiée, il revient vers lui comme Dieu. Ainsi il les convainc de savoir parfaitement ce qu'ils pensaient ignorer, lorsqu'il dit : « Je suis la voie » par laquelle il faut marcher ; « la vérité » à laquelle il faut venir, et «la vie » en laquelle il faut rester. « Je suis le chemin » sans erreur, « la vérité» sans fausseté, « la vie » sans mort. « La voie » par mes exemples « la vérité » dans ce que j'assure d'avance, « la vie » dans la récompense que je donnerai. « La voie » parfaite, « la vérité » irrévocable, « la voie » interminable. « La voie large et spacieuse, « la vérité puissante et abondante, « la vie » délicieuse et glorieuse. « La voie » pour les commençants, « la vérité pour ceux qui progressent, « la vie» de ceux qui touchent à la perfection. Je suis la « voie » pure de la lumière, la « vérité » existant sans souffrance, la « vie » heureuse et agréable. «Je suis la « voie » sur la croix, la « vérité » dans l'enfer, la « vie » dans la joie de la résurrection. Je suis la « voie dans laquelle il n'y a ni ronces ni épines ; la « vérité », en laquelle l'erreur ne fait nullement sentir son aiguillon, la «vie par laquelle les morts ressuscitent. Je suis la « voie » droite, la «vérité » parfaite, la «vie » qui durera sans fin. Je suis la « voie » de la réconciliation, la « vérité de la récompense, la «vie » de la béatitude éternelle. ( Joan. XIV.)

2. « Personne ne vient au Père que par moi. » C'est comme si Jésus disait : nul n'arrive à moi qui suis la vérité et la vie, que par moi qui suis la voie; et nul ne vient à moi, Dieu, que par moi fait homme. Par la chair que j'ai prise, je pratique pour les mortels une entrée par laquelle on atteint à la vérité et à la vie et j'ouvre la route en mourant, en ressuscitant et en montant aux cieux, où je suis la vérité et la vie, Dieu véritable, Dieu éternel. L’homme misérable, tout terrestre, toujours courbé toujours penché, malade et infirme, ne pouvait de lui-même revenir vers le séjour délicieux du paradis : dont il avait été expulsé, ni arriver par ses propres forces à la vérité et à la vie, c'est-à-dire à Dieu. Le Verbe vient de la chair, Dieu s'approche de l'homme, le Verbe s'incarna et Dieu se fit homme. Le Verbe s'abaissa vers la chair, et Dieu vers l'homme, et porta ainsi le genre humain, non-seulement au paradis, mais encore au ciel. où se trouve l'être véritable et éternel, la vie heureuse et toujours heureuse, qui n'a pas eu de principe et qui n'aura jamais de fin. Ainsi un Dieu, homme terrestre, nous est devenu la voie, et nous a conduits à la vérité et à la vie, à lui-même, qui est Dieu et homme. C'est ce qu'il dit : « Nul ne vient à mon Père que par moi, ce qui revient à ces expressions: Personne ne vient à moi Dieu que par moi homme, homme pris par le Verbe en l'union hypostatique ; personne n'arrive au Père que par moi qui suis homme et un seul Dieu avec le Père.

3. Aussi ces paroles font parfaitement suite . « Si vous me connaissiez, vous connaîtriez assurément mon Père, et bientôt vous le connaîtrez et vous l'avez vu. » Si vous savez que je suis un avec mon Père, vous le connaîtrez sans nul doute mon Père, parce que mon Père et moi sommes un : et en me connaissant, vous le connaîtrez, et vous l'avez vu en votre esprit, lorsque vous m'avez vu, moi qui lui suis semblable en tout. Philippe ne comprenant pas qu'il fût absolument son Père, lui dit : « Montrez-nous le Père et cela suffira ». Il y en avait parmi les apôtres qui ne pensaient pas le Fils de tout point semblable au Père, mais qui tenaient le Père pour plus grand et meilleur et par là ils ne connaissaient ni le Père ni le Fils. Philippe se trouvait d u nombre, aussi dit-il : « Montrez-nous le Père » qui est plus grand que vous. Aussi Jésus, le réprimandant, lui reproche de ne pas connaître le Fils : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et vous ne m'avez pas connu » ? Non, vous ne me connaissiez pas, car si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. Il ne connaît pas le Fils celui qui croit le Père plus excellent que lui : non qu’autre soit le Père et autre soit le Fils, mais parce qu’il existe entre eux une ressemblance parfaite et entière. Que le Fils soit tout-à-fait semblable au Père, Jésus l'affirme dans les termes suivants : «Philippe, qui me voit, voit aussi mon Père. Comment dis-tu, montrez-nous le Père, » puisque je suis la copie parfaite du Père. Comment dis-tu : « montrez-nous le Père, et cela nous suffit? » Je vois dans quelle pensée, tu parles ainsi : Tu ne veux pas voir une personne qui me soit semblable, tu veux en voir une plus excellente. Pourquoi vouloir connaître séparément ceux qui sont. inséparables? «Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Crois du moins ce que tu ne peux voir. « Les paroles que je dis, je ne les profère pas de moi-même », parce que je ne suis pas moi-même moi qui parle : ce que je fais, je le rapporte à celui de qui je tiens d’être, moi qui le fais. « Le Père demeurant en moi y opère les œuvres, » parmi lesquelles sont les paroles qui sont bonnes oeuvres lorsqu'elles édifient quelqu'un ; et puisque le Père opère en moi ces oeuvres, « ne crois-tu pas que je suis en lui et qu'il est en moi? » Si nous étions séparés, nous ne pourrions agir d'une façon inséparable.

4. En vérité, en vérité, je vous le dis, qui croit en moi fera les oeuvres que j'opère, et il gn opèrera de plus grandes encore, parce que je vais à mon Père. » Le Seigneur dit deux fois, « Amen » ou « en vérité » pour affirmer avec plus de force ce qu'il dit. « Amen » est un mot Hébreux, et renferme plusieurs significations diverses. Quelquefois c’est un adverbe qui assure et qui désire, comme lorsqu'on dit qua tel bien vous arrive, on répond « Amen ». Et à la fin des oraisons de l'Eglise on dit, dans tous les siècles des siècles, paroles auxquelles on répond : « Amen », ce qui veut dire : nous désirons ce que vous demandez au Seigneur. Le mot avec le secs affirmatif se trouve ici, « je vous le dis en vérité ». Quand on emploie deux fois ces expressions, on affirme avec plus d'énergie. Le Seigneur en agit ainsi en ce lieu, afin qu'on croie sans le moindre doute ce qu'il assure. Assurément il aurait pu être cru sur une simple parole ; mais parce que ses disciples étaient encore faibles dans la foi qui opère par la charité, ne croyant pas qu'il eût avec le Père un seul et même pouvoir, il répète deux fois «Amen, je vous le dis en vérité, » pour éviter que le doute vienne affaiblir en leur esprit la certitude de ce qu'il leur promet. « En vérité, en vérité, je vous le dis, qui croit en moi, c'est-à-dire qui, en me vénérant et en m'aimant, croit que je suis un seul Dieu avec le Père, « fera les oeuvres que je fais », ce qui veut dire, les oeuvres que j'opère par moi, plus tard je les opérerai par lui ; « et il en fera de plus grandes encore ; » ce sera moi qui agirai par lui, « parce que je vais à mon Père ». Il va vers celui dont il ne s'est jamais retiré selon la divinité.

5. Il y a plus de mérite à croire en Jésus maintenant que nous ne le voyons pas, que si nous le voyions. Après qu'il fut monté vers son Père, il fit opérer par les autres des miracles plus grands que ceux qu'il avait personnellement opérés. En touchant la frange de son vêtement, une seule femme souffrant d'un flux de sang fut guérie, ainsi qu'il est rapporté (Matth. IX. 21). Et après qu'il fut rentré au ciel, l'ombre de saint Pierre guérit les âmes de toute infirmité ( Act. V. 15 ). Il opéra par saint Pierre des miracles plus éclatants que ceux qu'il avait opérés lui-même. Avant qu'il s'élevât dans la gloire, sa prédication convertit peu de personnes à Dieu, et après son ascension, un jour cinq mille âmes, et un autre jour, trois mille, à la voix de ce grand apôtre, retournèrent à Dieu (Act. II et IV ). Avant de quitter la terre il n'était connu que dans la Judée, et quand il l'eut abandonnée, par ses apôtres, il se fit connaître à tout l'univers, parce que le son de leur voix courut par toute la terre, et leurs paroles retentirent jusqu'aux extrémités du monde ( Psalm. XVIII. 5). Il vint dans le monde et le monde ne le connut pas, mais après qu'il eut laissé le monde pour entrer au ciel, sa gloire brilla dans toutes les contrées du globe. Et c'est ce que dit le Prophète parlant en sa personne «Je suis tout seul jusqu'à ce que je meure ( Psalm. CXI.. 10). » Inconnu je suis, inconnu je serai, jusqu'à ce que je passe à mon Père. a Mais lorsque j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi (Joan. XII. 32 ) » Les oeuvres qu'il opère par ses fidèles, maintenant qu'il est à la droite du Père, sont plus grandes que celles qu'il fit lorsqu'il était dans le sein de sa mère.

6. Voici la suite : « et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, » c'est-à-dire tout ce que vous demanderez, pour le salut de vos âmes, je vous le donnerai de suite ou après. Car il est beaucoup de personnes qui, empêchées par les tentations mauvaises, gémissantes et souffrantes, demandent au nom du Seigneur d'on être délivrées parce qu'il est bien lourd et bien pénible de leur résister. Elles craignent de succomber, elles réclament le secours de Dieu, pour ne point tomber ; et si de suite elles n'obtiennent pas la grâce qu'elles sollicitent, elles se croient abandonnées, elles pensent que le ciel n'a point souci d'elles. Mais en vérité, il n'en est rien : le Seigneur montre un amour plus grand envers ceux qu'il laisse lutter comme s'ils étaient seuls contre les tentations, parce que le combat grandissant leur procurera une victoire plus glorieuse, et plus la résistance sera forte, plus leur couronne sera brillante. Qu'en résistant aux ruses de l'antique serpent, l'athlète de Jésus-Christ ne doute pas, ne balance pas ; combattant pour obtenir les joies du paradis, qu'il ne se lasse pas, qu'il n'abandonne pas le champ de bataille, qu'il déploie toutes ses forces, qu'il résiste virilement et que son cœur redouble de courage, car le Seigneur viendra bientôt, et de sa main puissante, il brisera le bras du pécheur et de l'ennemi, et ensuite, l'adversaire rusé étant vaincu, il régnera avec Jésus-Christ à jamais et dans les siècles des siècles. Qu'il se souvienne de ce qu'a écrit le Prophète : « Le Seigneur est à côté de ceux dont le coeur est dans la tribulation,etc. (Psalm. XXXIII. 19) » ; les souffrances des justes sont nombreuses, le Seigneur les affranchira de toutes ( Psalm. XXXIII, 20 ). Qu'il demande à Dieu tout ce qu'il veut, seulement qu'il ne le demande que pour son âme. Qu'il ne s'inquiète point s'il y a du retard : différé n'est pas perdu, et quand on commence à avoir ce que l'on a désiré, on le possède avec plus d'affection. Demandons au nom du Sauveur, ce qu'il a appris à ses apôtres à demander, disant: « Quand vous priez, voici comment vous direz : Notre Père qui êtes aux cieux, etc. ( Matth. VI. 2 ). Que si nous formulons une autre demande qui s'écarte de celle de cette prière, notre prière est vaine : si, en son nom, nous demandons le salut de notre âme, il nous l'accordera. Et pour qu'on ne croie pas qu'il fera sans son Père ce qu'on lui aura demandé, il ajoute : « Afin que le Père soit glorifié dans le Fils,» parce que tout ce que fait le Fils il l'opère dans la vue que le Père soit glorifié en lui. Ou autrement : « Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai. » Jésus est le nom du Seigneur. Ce nom lui fut donné selon son humilité. Le sens est donc celui-ci: « Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai »; c'est-à-dire : tout ce que vous me demanderez en tant qu'homme, je vous le donnerai en tant que Dieu: « Afin que le Père soit glorifié dans le Fils, » Dieu dans l'homme qui lui est uni. Ce qu'il ajoute: Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai, ne fait que confirmer ce qui a été dit plus haut. Répéter une parole, c'est assurer son accomplissement.

7. Pour nous, mes très-chers frères, demandons à Jésus que sa grâce nous prévienne et nous suive, et nous donne d'être constamment appliqués aux bonnes oeuvres. Demandons cela seulement en son nom. Celui à qui Jésus-Christ ne suffit pas est manifestement trop avare. Qui possède le Seigneur et dit avec le Prophète, « le Seigneur est notre héritage (Psal. LXXII. 26), » ne peut rien avoir autre chose que le Seigneur. Heureux et bienheureux qui est enrichi d'un tel trésor: jamais plus il ne sera pauvre, ayant pour fortune celui qui donne tous les biens. Si quelqu'un demande l'argent, l'or, les biens, un mobilier varié, croyez moi, cet homme ne demande point au nom du Seigneur, et le Seigneur ne daigne pas former son héritage avec ces choses-là, s'il ne les regarde comme du fumier pour l'amour de Dieu. Mais nous, dont le Seigneur est le patrimoine, nous ne devons nous occuper que du Seigneur, qu'aucune autre nécessité ne nous surcharge. Tout ce qui est donné à d'autres occupations est enlevé à notre état religieux et à nos fonctions sacrées. Notre unique souci doit être d'avoir pour notre héritage Jésus-Christ, pour l'amour duquel nous avons renoncé à nos biens et à notre propre volonté. C'est là, mes chers frères, cet héritage qui rend bienheureux ceux qui le possèdent. Qui en sera le maître ne sentira plus les angoisses de la pauvreté. Cet héritage est dans la terre des vivants; il est ce lot que le Prophète demande au Seigneur en ces termes: « Seigneur, que mon sort soit fixé dans la terre des vivants (Psal. CXII. 6).» L'Apôtre se préparait en vue de la venue de ce bien, lorsqu'il s'écriait : « Vivre pour moi, c'est le Christ, et mourir est un gain (Phil. I. 21). » Oh ! avec quelle ardeur, il soupirait après lui lorsqu'il s'écriait : « Je désire mourir et être avec Jésus-Christ ( Ibid.) » A présent, il règne avec Jésus-Christ, parce qu'en ce monde il vivait pour Jésus-Christ seul maintenant il règne bienheureux avec Jésus-Christ dans le ciel, parce que sur la terre il l'aima de toutes ses entrailles; il est aujourd'hui uni à celui après lequel, dans le chemin de l'exil, il soupira de tout son coeur. Nous donc, mes très-chers frères, ne demandons à Jésus que Jésus seul, ne cherchons que lui de tout notre coeur, et ainsi nous parviendrons à cet héritage si magnifique qui n'est autre chose que lui. Daigne le Christ nous l'accorder, lui qui vit et règne Dieu avec le Père et le Saint Esprit, dans les siècles des siècles. Amen.

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