SERMON XIII
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CÈNE

SERMON XIII

1. Plus je bois de l'amour de Dieu, plus j'ai soif, et il ne peut y avoir de satiété ni pour moi ni pour aucun de ceux qui aiment parfaitement Jésus-Christ. Plus on se nourrit de cet aliment divin, plus on éprouve de faim, plus on en boit, plus la soif s'enflamme; il enivre l'âme, qu'il satisfait au point qu'elle ne cherche et n'aime, qu'elle ne peut chercher nul autre que celui qui a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui et l'aime ne meure pas, mais vive avec lui. L'auteur lui-même de l'ineffable charité nous invite à cet amour : il nous demande et nous prie d'y demeurer. Voici ses paroles : « Restez en mon amour ; » comme s'il disait ouvertement parce gaie je vous aime de l'amour dont mon Père m'a aimé, je vous demande d'avoir pour moi la même affection. Et parce que la tendresse que j'ai ressentie pour vous m'a conduit à la mort et que le supplice le plus cruel ne m'a pas fait perdre mes sentiments pour vous, aimez-moi et demeurez en mon amour. Mais comment devons-nous rester en son amour ? Il vous le dit dans les paroles suivantes : « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour: de même que j'ai observé les ordres de mon Père et que je demeure en son amour. » Qui a des oreilles, entende, et qui a un coeur pour comprendre, comprenne. Cette parole semble dépasser la mesure de ce que nous pouvons, et aller au dessus des forces de notre âme et de notre corps. Le précepte que le Seigneur nous donne, est un conseil donné pour notre salut, que l’auteur de notre salut accommode à notre position. Quel homme, né de la racine pécheresse du premier père, a jamais pu ou pourra jamais, sans quelque transgression, observer en toute règle de charité, les préceptes inébranlables et immaculés de Jésus-Christ, comme il a observé en tout et en partie les ordres de son Père, lui qui n'a jamais commis le péché, qui n'a jamais pu, ni voulu le commettre ? Parmi les enfants des hommes, il n'est point grand ou petit, doué d'une sainteté si grande ou si honoré d'un privilège si exceptionnel, qui n'ait été conçu dans le péché, excepté la mère de l'immaculé qui ne commet point de péché, mais qui enlève les souillures du monde, créature à part, dont je ne veux pas qu'il soit question, lorsqu'il s'agit du péché. Aussi, nul n'a reçu une telle prérogative de sainteté qui, en toutes choses et pour tout, puisse observer ce « comme, » si on le prend pour exprimer la même qualité.

2. Mais il faut que ce mot « comme » ne marque point la même quantité, mais seulement la ressemblance, comme nous l'avons indiqué plus haut, là où il est dit : «Je vous donne un commandement nouveau, c'est de vous aimer mutuellement comme je vous ai aimés. » En voici le sens : si vous observez mes préceptes comme j'ai observé ceux de mon Père, et si vous demeurez en mon amour comme je demeure en son amour, c'est-à-dire, si vous m'êtes obéissants dans l'accomplissement de mes ordres, jusqu'à votre sortie de cette habitation de chair, selon que votre fragilité vous le permettra, comme j'ai été obéissant à mon Père jusqu'à la mort de la croix, selon la plénitude de la divinité qui a résidé corporellement en moi, vous demeurerez en ma dilection et moi en la vôtre, comme je reste en l'amour de mon Père et mon Père en mon amour. Ou bien encore nous pouvons dire que ce mot « comme, » en ce lieu, n’a pas en nous la force de sa signification ordinaire, mais qu'il marque seulement que la similitude de la dilection et de l'obéissance de Jésus-Christ, envers Dieu le Père, est un avertissement pour que nous observions les préceptes de Jésus-Christ, et demeurer en son amour, comme s'il disait : pour vous sauver, j'ai gardé les ordres de. mon Père, et pour cela, je demeure en son amour. Et vous accomplirez mes commandements pour mon amour, et par ce moyen, vous resterez en ma dilection.

3. L'amour de celui qui m'aime encore, la charité de celui qui nous chérit, de Notre-Seigneur Jésus-Christ, plût au ciel qu'il fût de notre côté; notre bien-aimée me contraint de répéter encore ce passage: Demeurez en mon amour. » O Jésus, Jésus, la résurrection des morts, la vie des vivants, le salut éternel des croyants, qui êtes toute douceur, tout amabilité, tout délices poux ceux qui vous cherchent, qui vous chérissent et qui vous trouvent, souffrez que votre serviteur parle avec son Seigneur, l'homme avec Dieu, la créature avec son créateur, le vase avec celui qui l'a fait, celui qui est racheté avec son libérateur. Donc, écoutez-moi, et ne ressentez aucun trouble à cause de moi. Car, bien que pécheur, je vous aime : votre amour me donne la hardiesse de m'entretenir avec vous, votre charité entraîne mon âme, votre affection l'excite. Vous avez dit à vos apôtres et par eux nous comprenons que vous nous avez dit : « Demeurez en moi, et moi je demeurerai en vous. » Je vous conjure, délices ravissantes, douceur égale à celle du miel, parfum suave, odeur charmante, joie souveraine, gloire éternelle, vie des saints, beauté des anges, Sauveur du monde. Fils du Dieu vivant, très-doux Jésus, très-beau, très-cher et très-aimant, dites-nous, je vous en conjure, quel est le motif de votre amour, de votre charité si attachante, qui vous porte à nous ordonner de vous aimer et de demeurer en votre amour ? Dites-le, afin que ceux qui ne vous aiment pas, l'entendent et vous chérissent: et que ceux qui vous aiment soient de plus en plus fervents dans votre amour. Que votre douce voix retentisse à nos oreilles. Dites, « comme mon Père m'a aimé ainsi je vous aime, » rendez-moi la pareille, aimez-moi et persévérez en mon amour. Il est juste, Seigneur Jésus, ce que vous dites, ce que vous commandez est équitable. La justice dit à tout le monde que celui qui est aimé doit aimer, et que celui qui est chéri doit rendre affection pour affection. Cependant nous cherchons un autre motif qui nous fasse un devoir de bous aimer davantage. Dites-nous qui vous êtes et ce que vous nous avez fait pour que Bous nous ayez donné ordre de vous armer. Dites-nous : « je suis celui qui suis (Exod. III. 14). » «Je suis l'Alpha et l'Oméga (Apoc. XXII. 13), » le principe et la fin, créant le ciel et la terre, les airs et les mers et tout ce qu'ils renferment, le Créateur de tout ce qui existe, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs. Nous avons prié et nous nous en sommes réjouis et nous sommes certains que vous êtes le Dieu béni dans tous les siècles. Mais encore, mes gémissements, les larmes de mon âme pécheresse vous supplient de dire ce que vous avez fait pour nous. Quand je vois ce que vous avez fait pour moi et ce que j'ai fait pour vous, mes entrailles sont agitées, mon esprit frémit, mon âme se trouble, je suis en proie à des douleurs nombreuses. Cela n'offre rien d'étonnant. Je calcule ce que le maître a fait pour son serviteur, les grands châtiments que le Seigneur a soufferts pour son esclave. Ma conscience, ô Seigneur Jésus, me rend témoignage de ce que j'ai fait pour vous, et votre croix m'est témoin de ce que vous avez fait pour moi. Vous êtes Dieu, je suis homme : et cependant vous, Dieu, vous êtes fait homme pour moi. Vous êtes le Créateur et je suis la créature : pour moi, vous avez daigné devenir créature ; vous êtes le maître, nous sommes les serviteurs : et pour les esclaves vous avez daigné devenir esclave, pèlerin pour les pèlerins, exilé pour les exilés, pauvre pour les pauvres, humble pour les humbles, non-seulement mortel; mais mort pour les mortels, et mort non d'une mort quelconque, mais d'une mort amère, trop dure et très-honteuse, de la mort de la croix. Voilà, ô Dieu, ce que vous avez fait. Je considère ces oeuvres et je suis ému : j'y trouve votre miséricorde, et je reprends la vie, et à cause de cette pensée, j'ai confiance en vous : j'ai confiance à cause de vous, je vous chéris, je soupire de tout mon coeur, après vous.

4. Ces œuvres, mes frères, constituent le motif que nous avons d'aimer Dieu. Que chacun de vous voie s'il doit aimer Notre-Seigneur Jésus-Christ. Qu'a-t-il dû faire pour nous, qu'il n'ait point fait? A-t-il pu nous aimer davantage, et y a-t-il manqué ? Il n'a pas pu avoir pour nous une affection plus grande, car il a donné sa vie pour nous. La Vérité bienheureuse nous assure elle-même « que nul ne peut avoir d'amour plus grand que celui de donner sa vie pour ses amis (Joan. XV. 43). » Mes frères, que l'amour de Jésus-Christ qui nous a aimés et nous a lavés dans son sang de nos péchés, ne soit pas chose vile à nos yeux. Non, que cette charité, que cette tendresse ne soit pas chose vile ou amère. L'amour de Jésus-Christ est entièrement désirable, il ne torture pas, il remplit de délices le coeur qui le goûte : il n'affaiblit pas, il fortifie; il dédaigne tout ce uni est terrestre, il ne désire que les choses du ciel : il recherche les préceptes du Christ et s'efforce de les observer de son mieux, et, par un progrès heureux, de l'observation dés préceptes, il passe à la jouissance des joies, et se réjouit parfaitement avec celui après lequel, dans cette vallée de larmes, il soupirait si fréquemment avec amertume. Aussi rien de plus juste que ce qui se trouve à la suite

5. « Je vous ai tenu ce langage, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit pleine, » comme s'il disait : je vous ordonne et vous avertis de garder mes commandements et de rester en mon amour, afin que ma joie soit en vous et que votre joie à mon sujet soit par faite ; afin que par la charité réciproque que vous me montrerez j'aie de quoi me pouvoir réjouir, et que vous puissiez recevoir et posséder cette joie que les élus recevront dans la distribution des récompenses éternelles. Ou autrement : « Afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit. pleine. » Car tout chrétien qui serre et saisit Jésus des bras de son amour, et le tient chastement, purement et d'une manière inébranlable, avec une affection venant de l'intime du coeur, regardera toute sa joie comme la sienne propre. Bien plus, il se réjouit davantage de la joie que Jésus a reçu de son Père en ressuscitant, en montant au ciel, en étant assis à sa droite, que de celle qu'il recevra lui-même au jour du jugement. C'est pourquoi, mes frères très-chéris, que la joie de Jésus-Christ demeure en vous, soit que cette joie soit active, soit quelle soit passive, soit qu'elle vienne de ce que volis aimez, soit qu'elle résulte de ce que vous êtes aimés, c'est-à-dire ou bien qu'il s'agisse de la joie que Jésus a de nous, oit bien de celle que nous avons de lui. Observons les commandements de Jésus-Christ, afin qu'il puisse se réjouir de nous et que nous puissions nous réjouir de lui. Que reste en nous la joie de sa béatitude, non-seulement cette joie par laquelle il rend heureux ceux qui se réjouissent de lui, mais encore par laquelle il est glorifié par son Père, afin que nous puissions régner avec lui dans l'éternité par le même Jésus-Christ Notre-Seigneur qui vit et règne Dieu béni dans tous les siècles des siècles. Amen.

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