DOUZE PORTES
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SERMON (a) SUR LES DOUZE PORTES DE JÉRUSALEM.

1. «Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite, parce que, étroite et resserrée est la porte qui conduit à la vie (Luc. XIII, 24).» O de quelle manière terrible mais salutaire cette parole de la souveraine vérité a effrayé les voyageurs qui marchent avec lenteur et nonchalance et ceux qui montent sans énergie, en indiquant même aux disciples les plus parfaits de Jésus, sur le point d'entrer d'un libre vol, dans la céleste Jérusalem, les efforts à faire, la porte unique du salut, la difficulté d'y entrer et le petit nombre des élus: « Elle est étroite la porte qui mène au ciel, » dit le Sauveur. Elle est étroite par la purification des péchés, bien plus étroite par la séparation du corps et de l'âme, excessivement étroite, enfin par l'examen que fera le juge en dernier lieu. Cependant, « béni soit Dieu et le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation (II. Cor. I, 3),» qui, à la terreur a mêlé la consolation, pour que nous ne désespérions pas, qui à l'étroitesse a opposé la largeur, afin que nous prissions courage et que, prenant courage, nous courussions, et que courant, nous parvinssions au terme. Car le Seigneur lui-même dit dans un autre endroit : « je vous le dis, beaucoup viendront de l'Orient et de l'Occident et se reposeront avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume des cieux (Matth. VIII, 11).» David, prophète lui aussi, le héraut de la vérité, et l'homme selon le coeur de Dieu, dit aussi : « Qu'ils parlent ceux qui ont été rachetés par le Seigneur, ceux qu'il a délivrés des mains de l'ennemi et qu'il a rassemblés de diverses régions, du lever du soleil et de son couchant, de l'Aquilon et de la mer (Psal. CVI, 2) ; » le levant nous désigne l'innocence, le midi, la justice ; l'occident, la pénitence ; l'aquilon, la miséricorde.

2. A l'Orient, c'est-à-dire par la porte de l'innocence sont entrés les innocents ceux qui, sachant mourir avant de parler, ont été massacrés

a Ce sermon, dans le manuscrit de la Chartreuse de Cologne (d'où l'a tiré Horstius), porte en tête le nom de saint Bernard, abbé. Néanmoins, il semble qu'il ne faut pas le lui attribuer.

pour le Seigneur. Par cette porte, passent les petits enfants régénérés par le baptême. Si tout de suite ou peu après avoir reçu le sacrement de la régénération, ils sortent de leurs corps, on ne peut douter qu'ils pénètrent dans la Jérusalem céleste par la porte de l'innocence. Du Midi, c'est-à-dire par la porte de la justice sont arrivés les apôtres et les martyrs. C'est avec raison que toutes les âmes parfaites sont comparées au midi; car le soleil fait, à ce point, une station plus prolongée, son ardeur y est plus vive, et la splendeur de sa lumière plus étincelante. Le soleil de justice ne se couche point en leur âme, il ne s'y attiédit pas, mais, bien plutôt il se fortifie et s'échauffe, comme il est écrit : «Le sage se maintient comme le soleil, le sot change comme la lune (Eccle. XXVII, 11 ). » Or combien les oeuvres ont été brillantes dans les saints, combien brûlante la ferveur de la charité, c'est chose à imiter, bien plus qu'à raconter. De l'Occident, c'est-à-dire, par la porte de la pénitence, est arrivée Marie Madeleine, elle qui, à cause de ses péchés, était devenue la demeure des démons : mais, ensuite pénétrée par le regard de la grâce divine, elle a pleuré, le repentir dans l'âme, et déployé envers son Sauveur, un amour singulier, et devint le temple du Saint-Esprit. C'est par cette entrée que s'introduisent aussi les pénitents, qui vivent pour ainsi dire, dans les régions de l'Occident et s'avancent des ténèbres intérieures vers la terre sombre et couverte des ombres de la mort ; mais lorsque le soleil de justice les éclaire, s'ils renoncent, parfaitement aux pompes de Satan et aux oeuvres de péché, ils sont admis dans la Jérusalem d'en haut en passant par la porte de la pénitence. C'est de l'Aquilon, c'est-à-dire par la porte de la miséricorde, qu'est arrivé ce larron dont parle l'Evangile, qui sortit du fond de l'ignorance et de l'iniquité, par le seul effet de la bonté de Dieu au moment même de sa mort, et fut ramené du bord de l'abîme de l'enfer, dans la région délicieuse du paradis. C'est par cette porte que passent peut-être aussi, ceux qui, après avoir été toute leur vie esclaves des crimes et des iniquités, sur le point d'être mis à mort à cause de leurs forfaits, offrent à Dieu une satisfaction parfaite, par une véritable contrition, du mal qu'ils ont commis et entreront un jour dans la Jérusalem céleste. Il est écrit en effet : « A quelque. heure que le pécheur gémisse, il sera sauvé (Ezech. XVIII, 24 ). » Et ailleurs : « Là où je vous trouverai, je vous jugerai (Eccl. XI, 2 ). » Et encore : « le sacrifice agréable à Dieu, c'est une âme agitée par la douleur, ô Dieu, vous ne méprisez point un coeur contrit et humilié (Psal. II, 49 ).» Il reste donc à voir combien ces quatre portes sont contraires, même entre elles, je veux dire combien l'innocence diffère de la pénitence, de la justice, et de la miséricorde et réciproquement. En effet, celui qui est innocent ne cherche pas la pénitence, et celui qui est pénitent, n'a point l'innocence. De même, celui qui est juste n'implore pas la miséricorde : et quiconque est misérable, n'a point la justice en partage.

3. Maintenant nous avons à considérer et à méditer doucement ce que nous apprend de cette glorieuse et éternelle cité du paradis, saint Jean l'Evangéliste, l'apôtre intime de Jésus-Christ, l'ami bien-aimé parmi tous les autres et pénétré plus que tous des mystères célestes. A « l'Orient, » dit-il, il « y a trois portes; il y en a trois au Midi, trois à l’Occident, et trois à l'Aquilon (Ap. XXI, 13). » D'après cette description, il se trouve trois portes à l'Orient. On sait que « l'innocence » est triple. Il y a, en effet, l'innocence en vertu de la puissance, l'innocence en vertu de l'âge et l'innocence en vertu de la volonté. Jésus-Christ est l'innocence par la puissance, seul il peut dire en vérité : « Le prince de ce monde est venu et il n'a rien en moi (Joan. XIV, 30). » Et c'est de lui qu'il a été écrit : « Il n'a point commis le péché, et la ruse ne s'est point trouvée dans sa bouche (I Petr. II, 22). » Il n'a point, en effet, contracté, ni commis le péché, parce que l'existence qu'il a reçue avant tous les siècles, de Dieu le Père, est ineffable ; et celle que, à la fin des temps, il a reçue comme homme de la Vierge sa mère est incompréhensible. Aussi la vie qu'il a menée en ce monde a-t-elle été incomparable. L'innocence qui vient de la puissance, c'est-à-dire, la première porte de l'innocence, est fermée pour les autres ; elle n'est ouverte que pour Jésus-Christ, ainsi que l'atteste le prophète Ezéchiel : « La porte orientale sera fermée à tous; seul, le prince y passera, entrera et sortira (Ezech. XLIV, 1). » Quant à l'innocence de l'âge, elle est le partage de ceux qui, à cause de la faiblesse de leurs corps, ou par suite d'une simplicité de coeur incapable de discernement, ne savent ni ne peuvent faire le mal. L'innocence qui vient de la volonté est le lot de ceux qui, bien que tombant parfois dans les fautes légères (sans lesquelles on ne peut point ou l'on peut à peine vivre sur la terre), conservent néanmoins l'innocence dans leur bonne volonté. La première innocence consiste donc à ne pouvoir point faire le mal : la seconde à ne pas savoir le faire; la troisième à ne point vouloir le faire.

4. Voici la suite : « Au Midi, il y a trois portes aussi. » Le côté du midi, qui désigne la « justice » a trois portes : aussi la « justice » se subdivise-t elle également en trois. Il y a, en effet, la justice selon la dette, selon le mérite, selon le propos. La justice selon la dette appartient à tous les fidèles, surtout aux religieux : parce que de jour en jour, ils s'efforcent d'accomplir les veaux que leurs lèvres ont formulés, suivant le conseil que donne le Prophète, en ces termes : « Faites des veaux et remplissez-les en l'honneur du Seigneur votre Dieu (Psal. LXXV, 12). » La justice selon le mérite est le partage de ceux qui ne commettent presque aucun mal, et qui néanmoins ne veulent point user des choses permises, oubliant tout ce qui est en arrière et se portant vers ce qui est en avant par de saints désirs, du pas infatigable de la foi qui les anime, font tous les jours des prières en s'élevant au sommet de la perfection. Ces âmes fortunées peuvent dire en vérité avec autant de bonheur que de confiance : « Ouvrez-moi les portes de la justice ; après être entré, je chanterai les louanges du Seigneur : c'est là la porte du Seigneur. (Psalm. CXVII, 17). » Ce ne sont point les innocents, les misérables, les pécheurs, « ce sont les justes qui entreront. » Et encore: a J'ai combattu un bon combat, j'ai achevé ma course et gardé la foi: il ne me reste plus qu'à recevoir la couronne de justice qui m'a été réservée (II Tim. IV, 9). » Ceux qui conservent la justice selon le bon propos, ce sont ceux qui, bien que affligés de pensées superflues et attirées par des passions enchanteresses, s'efforcent de résister au péché de tout leur pouvoir, maintiennent avec une insurmontable vigueur leurs énergiques résolutions, avouent avec humilité que toutes ces oppositions se font sentir à eux comme un juste châtiment, et croient que toute chose tourne à leur bien. C'est d'eux, en effet, qu'il est écrit : « Nous savons que, pour ceux qui aiment Dieu, pour ceux qui, selon le bon plaisir du Seigneur ont été appelés saints (Rom. VIII, 28) tout sert au bien. »

5. Nous lisons ensuite : « et à l'Occident trois portes aussi. » Le côté occidental, qui désigne la pénitence, a trois portes parce que cette vertu a trois formes. Il y a, en effet, une pénitence gratuite; une pénitence spontanée et une pénitence forcée. Jean-Baptiste, qui était plus qu'un prophète, a fait voir en sa personne la pénitence gratuite : Jean, ce grand homme gui, annoncé à l'avance par le Prophète, promis par l'archange Gabriel, sanctifié par le Saint-Esprit dans le sein de sa mère et mis, par la sentence véridique du Sauveur, au dessus de tous les mortels. Tout saint et grand qu'il fût, comme nous le lisons du juste, il préféra supporter les attaques du monde que subir ses louanges, trouvant plus agréable de souffrir pour Dieu que de goûter les délices de cette vie, et, dans le désir de se donner exclusivement au Seigneur, abandonnant la maison et la fortune de son Père, il gagna le désert, et laissa à la postérité, dans son propre exemple, un modèle tout admirable de pénitence. Cette pénitence s'appelle gratuite, parce qu'on la pratique, mieux que cela, parce qu'elle est offerte sans titre qui l'exige, parce que c'est une règle de la pénitence que celui qui n'a commis aucune action illicite, se serve à son gré des choses permises. La pénitence volontaire est pratiquée par ceux qui, après s'être livrés aux péchés et aux crimes, étant éclairés par le soleil de justice, se mettent à reconnaître les grandeurs du Seigneur, non par nécessité, mais, par leur pleine volonté. Dans ce sentiment, ils veillent avec soin, à ce que le péché ne règne plus dans leurs corps mortels, pour y laisser dominer la justice : et, après avoir fait servir leurs membres à l'impureté et à l'iniquité pour l'iniquité, ils les emploient maintenant à servir la justice pour obtenir la sainteté : fils de la nuit tant qu'ils courent après les oeuvres des ténèbres, ils deviennent, par les dignes fruits de pénitence qu'ils produisent, de véritables enfants de lumière. La pénitence forcée est celle des tièdes et de ceux qui me ressemblent: ne ressentant aucune chaleur de charité, n'étant animés par aucune ferveur de dévotion, ils ne suivent pas encore l'esprit de liberté : mais, dans leur pusillanimité ordinaire, ils se laissent entraîner par l'esprit de servitude, et la sévérité de leurs supérieurs peut à peine les contraindre à pratiquer, comme il le faut, les observances régulières. Il ne faut pourtant point désespérer de ces hommes, car, s'ils acceptent une fois le joug de la servitude~chrétienne, ils le portent avec patience et persévérance, possèdent leur âme dans ce sentiment, et entrent dans la Jérusalem céleste par la porte de 1a pénitence.

6. Nous lisons enfin : « Et à l'Aquilon trois portes.» Le côté de l'Aquilon, qui désigne la miséricorde, a trois portes: l'une est extérieure, l'autre intérieure, la troisième est postérieure, c'est-à-dire la dernière. Celle du dehors est formée par les aumônes qu'on distribue : parce que les amis de ce monde, qui n'ont Jésus-Christ que dans le fondement de leur édifice, bien qu'ils ne courent pas de toute l'ardeur de leur âme après l'acquisition des biens temporels, et ne craignent pas d'obéir en tout aux voluptés de la chair, cependant, au temps de la mort, à l'aspect de leurs péchés et dans la crainte de la vengeance ne, ils éprouvent des ébranlements intérieurs, donnent aux pauvres, aux indigents, aux serviteurs de Dieu, les richesses qu'ils ont acquises injustement, et possédées illicitement. C'est pourquoi il est à croire que se trouvant dans ce cas, ils reçoivent une grande assistance des suffrages de la sainte Église, de même que des bonnes oeuvres des fidèles, et des prières de ceux dont ils s'étaient fait des amis avec les trésors de l'iniquité, selon le précepte du Seigneur, en sotte qu'ils recueillent des biens éternels de la main de ceux à qui ils n'ont donné que des biens temporels. La porte intérieure est «la confession de la bouche; » la foi catholique et la piété chrétienne nous apprennent que, si un pécheur, quelque immonde, quelque scélérat qu'il soit, au moment de la mort, vise à se corriger, il ne tombera jamais dans les tourments de l'éternel incendie de l'enfer. Si toutes les fautes sont lavées dans les eaux de la confession, ceux qui se seront ainsi confessés, ne seront pas exclus du royaume des cieux. Le Prophète dit, en effet : « Je vous ai fait connaître mon manquement et je n'ai point caché l'injustice que j'ai commise. J'ai dit : j'avouerai contre moi mon injustice au Seigneur : et vous avez pardonné l’impiété de mon péché (Psalm. XXXI, 5). » La dernière porte est appelée « la contrition du coeur, » parce que, lorsque, en considérant, la souverain clémence de Dieu, le coeur du pécheur se sent pénétré de regret, alors c'est comme si on offrait aux yeux de la bonté divine, le sacrifice du soir. Et l'on croit que l'être infini, dont la bonté est la nature, dont les oeuvres sont miséricorde, sauve beaucoup de personnes, de ce genre. Cette porte est appelée postérieure, parce qu'elle offre un secours à l'homme après toutes les autres. En effet, si les aumônes ne sont pas distribuées, si la contrition de bouche n'a point lieu, Dieu, néanmoins, qui connaît les choses cachées, ne méprise point un coeur contrit et humilié, mais il accepte, bien des fois, avec plaisir, le sacrifice d'une âme humiliée, selon ce que dit l'organe du Saint Esprit: « à quelque heure que le pécheur gémisse, il sera sauvé (Ezech. XVIII, 21). »

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