Perles
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HOMÉLIE (a) Sur ce passage de saint Matthieu : Le royaume des cieux est semblable à un marchand qui cherche des perles précieuses (Matth. XIII, 45).

1. Rois de la terre et vous tous, peuples, princes et juges du monde, jeunes gens et jeunes filles, écoutez, je vous en conjure, la parole du Seigneur qui enseigne que « le royaume des cieux est semblable à un négociant, allant à la recherche de pierres précieuses. Après en avoir trouvé une, il s'en alla, vendit tout ce qu'il possédait et en fit l'acquisition (Matth. 45). » Mais quelle est, je vous le demande, mes frères, quelle est cette pierre, précieuse, pour l'acquisition de laquelle nous devons tout donner, c'est-à-dire nous donner nous-mêmes parce que Dieu a. tout donné, et s'est offert lui-même, afin que nous pussions l'avoir ? N'est-ce pas la religion sainte, pure et immaculée, dans laquelle l'homme vit avec une plus grande pureté, tombe plus rarement, se relève plus promptement, meurt avec plus de confiance, reçoit avec plus d'abondance la rosée du ciel, repose avec plus de sécurité, meurt avec plus d'espérance, est plus promptement purifié et plus abondamment récompensé ? O religion glorieuse et admirable ! quel esprit pourra la connaître suffisamment et dignement, quelle intelligence parviendra à la connaître,et quelle langue humaine l'exaltera comme il faut? c'est elle, en effet, mes frères, qui, par la miséricorde de Dieu, remet les péchés et ouvre le paradis : elle qui guérit l'homme contrit, et le console dans sa tristesse, elle qui, du bord de la mort, le rappelle à la vie, qui le rétablit dans son état normal, lui rend son honneur, et la confiance et qui met en lui des forces et une grâce plus grandes. O religion brillante de vertus! ô perle étincelante! Que dirai-je de neuf à ton sujet? Tu délies tout ce qui est lié, et tu fermes tout ce qui est ouvert. Tu adoucis toute adversité, tu ranimes tout ce qui est désespéré, ô religion plus brillante que l'or, plus éclatante que le soleil ? Si on la pratique véritablement, le péché ne triomphe pas, la détraction ne peut rien, le désespoir ne renverse jamais : mais avec l'aide de pieu, l'homme y persévère jusqu'à la fin,

a On l'attribue communément à saint Bernard, quoiqu'il ne paraisse par être de lui. Il manque dans Horstius.

jusqu'à ce qu'il arrive à la couronne. Elle repousse l'avarice, elle a la luxure en horreur, elle fuit la colère, elle affermit la charité, foule l'orgueil aux pieds, retient la langue, règle les moeurs, hait la malice, bannit le mal et contraint l'homme à tout souffrir volontiers pour l'amour de Dieu. O religion très-agréable et digne d'être recherchée de tout coeur ! n'est-ce pas par toi que les aveugles voient, les boiteux marchant, les lépreux sont guéris et les pauvres évangélisés ! O religion pacifique, éloignée du bruit du siècle: malin, et morte au monde, pour l'amour de Jésus-Christ, religion dans laquelle le Saint-Esprit vient sur celui qui est humble et pacifique et le Christ descend sur l'âme dévote, ô religion, habitation de Dieu et de ses anges! c'est là que ses serviteurs ont établi leur séjour. O religion, vie bienheureuse, vie des anges. Le Saint-Esprit dit de sa propre bouche : « Marie a choisi pour elle la meilleure part, elle ne lui sera point ôtée (Luc. X, 42). » O très-heureuse vie solitaire, vie contemplative! Quand la Vierge Marie, dans sa solitude, se livrait à la contemplation, c'est alors que tu es venue et que tu as pris en elle et dans elle, une chair humaine. O mon Dieu ! ô bon Jésus ! que dirai-je encore? Mes frères, le cloître, la vie religieuse est un vrai Paradis. O religion entourée de la discipline comme d'un fossé, dans le sein de laquelle se trouve la fertilité féconde, de précieuses vertus ! C'est chose glorieuse, que des hommes de même vie habitent ensemble. Il est bon et agréable pour des frères de demeurer réunis (Psabn. CXXXIII, 1). Vous verriez l'un pleurer ses péchés, l'autre, tressaillir dans le chant des louanges de Dieu, celui-ci servir les hommes, cet autre, les instruire; l'un prier; l'autre lire, celui-ci éprouver de la compassion, cet autre punir ses manquements, l'un brûler de charité, l'autre s'exceller dans l'humilité, celui-ci humble dans la prospérité, celui-là ferme dans l'adversité, celui-ci se livrer à la vie active, celui-là se reposer dans la vie contemplative. Et vous pourrez vous écrier : « Voilà le camp db Dieu, que ce lieu est terrible! Ici, ce n'est pas autre chose que la maison de Dieu et la porte du ciel (Gen. XXVIII, 17). » O porte très-illustre par laquelle on entre dans la cité sainte, par laquelle on ravit et on possède le royaume des cieux. O religion, noble par-dessus tout ! Tues la chasteté des religieux, la lyre des clercs, le trésors plus précieux que l'or! O solitude bienheureuse ! ô désert, mort des vices, vie des vertus ! La loi et les prophètes t'admirent, et toutes les âmes qui sont parvenues à la perfection, sont entrées par ton moyen dans le sein du Paradis. O bienheureuse vie solitaire et contemplative, que dirai-je encore de toi ? Le Fils de Dieu lui-même, notre Sauveur et maître, nous a donné un exemple de ta pratique, lorsque, fuyant dans le désert, il demeura dans la solitude où se trouvent les roses à la couleur rouge toujours ardente et qui conservent constamment leurs saints parfums. C'est là que se rencontre la perfection merveilleuse des coeurs mortifiés et leurs actions de grâces, c'est-à-dire la considération de la nature et de l'étendue des biens qui nous sont promis dans les cieux et le mépris qui en résulte pour tout ce qui se voit sur la terre, sentiment qui porte à s'écrier : « De quoi sert à l'homme de gagner le monde s'il vient à se perdre lui-même (Matth. XVI, 26) ? » O solitude, arsenal de toutes les choses célestes! En ton sein, les biens terrestres et transitoires se changent en biens célestes et éternels! Par un court purgatoire, tu conduis au banquet sans fin de l'éternité et à ses pâturages sans terme. En toi, les larmes se changent en rires et enfantent une joie sans fin. D'un bien terrestre que les vers dévorent, on arrive au patrimoine de l'héritage éternel. O religion, combat de l'armée spirituelle, admirable officine ! En toi, l'âme fidèle rétablit dans elle l'image de son Créateur , et reprend la pureté de son modèle. Tu es la fournaise où se forment les vases du Très-Haut, où les péchés sont consumés et où l'on se livre avec les Anges à la sainte occupation de la Psalmodie. O vie sainte, bain des âmes, mort des péchés, et lieu de purification pour les âmes souillées, tu nettoies le fond des coeurs : tu fais disparaître la souillure des consciences et tu les fais arriver à la pureté des Anges. Tu es l'échelle de Jacob, tu conduis les âmes au paradis. Tu es la voie royale qui y mène, c'est par toi que les hommes arrivent à cette patrie. Tu es la carrière où les athlètes s'exercent à la lutte et rivalisent habilement à la course; tu fais obtenir à ces combattants des couronnes élevées. O religion, sépulture de la passion du Seigneur ! C'est de toi que le prophète Jérémie s'écrie : « Il est bon d'attendre en silence le salut de Dieu. Il se tiendra solitaire et se taira (Thren. III, 28) » dans le désert ; parce que l'homme devient prudent en se reposant et en ne parlant pas. A ce sujet, on a fait des expériences certaines : aussi est-il dit : ô homme, fuis les hommes, choisis-la vie religieuse et tu seras sauvé. Lève-toi, toi qui es endormi dans le siècle et réveille-toi d'entre les morts, laisse les morts ensevelir leurs morts. O vie admirable, ô demeure spirituelle, qui rends doux les irascibles, pudiques les impurs, obéissants les révoltés, et brûlants de charité fraternelle ceux qui haïssaient auparavant leurs semblables. Tu mets un frein à la bouche de ceux qui parlaient trop, autour des reins des impurs tu passes la ceinture de la chasteté du tendre amour du Christ, tu es la nourricière des jeûnes et des veilles; ceux qui erraient, tu les tiens attachés par de doux liens, ta es la gardienne de la patience, la maîtresse de la simplicité la plus pure. Ceux qui te fuient sont privés de la lumière de Dieu; ceux qui t'aiment, t'embrassent et goûtent combien le Seigneur est doux. Tu amènes aux joies éternelles que l'œil n'a point vues, l'oreille n'a pas entendues, qui ne sont jamais entrées dans l'homme, et la langue ne peut dire ce que vous avez préparé, Seigneur, à ceux qui vous aiment. Entrez donc, mes très-chers frères, puisque l'ange du grand conseil vous appelle ne retardez pas, car tout délai vous expose à un grand danger et à perdre une grande récompense. Hâtez-vous de porter vos pas vers la sainte vie religieuse de Jésus-Christ, et le Fils de Dieu vous éclairera par une satisfaction condigne, lui qui, avec le Père et le Saint-Esprit. vit et règne dans tous les siècles des siècles. Amen.

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