PENSÉES
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LIVRE DES PENSÉES. (a)

1. La créature raisonnable doit s'aimer elle-même pour être heureuse, et aimer Dieu, qui seul peut procurer le bonheur : son adversaire et son persécuteur travaille à la corrompre dans le double élément qui sa compose. Il déprave entièrement et bouleverse la partie corporelle par les désirs de la bonne chère et les excès de la luxure : il fait de l'homme un animal qu'il précipite dans les abîmes de la mort en l'excitant par ce double aiguillon. Quant à la portion invisible qui compose la nature humaine, il l'attaque avec des armes spirituelles, et l'infeste, d'une double peste ; il la souille par l'influence de l'orgueil, et par la tache de l'avarice, et corrompant ainsi toute la masse, par l'immixtion de ce ferment, il enlève à l'homme la béatitude qu'il a lui-même perdue.

2. Il y a quatre maîtres que nous servons en cette vie, la chair, le monde, le démon, Dieu. Nous servons «la chair, » en nous laissant aller aux appétits de la bouche et aux excitations de la luxure. Nous sommes esclaves du « monde, » lorsque nous soupirons d'avarice, et quand nous aspirons après les honneurs. Nous obéissons au « démon, » quand nous portons envie au progrès que font les bons et quand nous nous enflons contre Dieu de l'esprit d'orgueil. Nous servons « Dieu, » en nous appliquant avec humilité aux oeuvres de piété, en combattant dans la puissance de l’esprit, les puissances de l'air. Chacun de ces maîtres a des dons qu'il distribue. La chair donne à ses recrues une volupté passagère; le monde, une élévation d'un moment; le démon, une captivité perpétuelle, Dieu, une félicité interminable. C'est celle-là qui l'emporte surtout.

3. Il nous a été commandé dans l'Evangile, de ne saluer, dans le chemin de cette vie mortelle, aucune personne attachée aux affections terrestres (Joan. XV, 11). Quant à ceux que nous verrons éloignés de ce genre de vie blâmable, offrons-leur en sûreté nos salutations joyeuses (Luc XI). De là vient que, dans l'Evangile, nous trouvons trois espèces de politesses de ce genre. La Vierge Marie salue Elisabeth, l'ange salue Marie, le Seigneur Jésus salue les disciples après sa résurrection.

a Suivant le conseil donné par Bellarmin, Horstius a relégué dans la classe des ouvrages douteux, les pensées suivantes, qui dans les éditions précédentes, étaient mises à la suite des sermons sur divers sujets.

Lors donc que nous voyons ceux qui ont été esclaves de cette vie stérile gravissant les hauteurs montueuses de la confession, concevoir comme une sorte de fils un sentiment fervent de pénitence, nous devons faire résonner à leurs oreilles une parole de salutation, selon les oracles du Seigneur, parole de rémission, de grâce et de pardon. Quant à ceux que nous voyons servir Dieu dans la sainteté et la chasteté, en les engageant à des progrès encore plus excellents, promettons-leur infailliblement la bénédiction et la fécondité de la grâce. Pour ceux que nous verrons tendre à la perfection, renfermés qu'ils sont dans le secret de la retraite, à l'imitation des apôtres, promettons-leur de vive voix, la double solidité du repos et de la paix dont ils ressentent en leurs corps quelques préludes.

4. Trois choses principalement ont porté, par une contrainte librement consentie, Notre-Seigneur Jésus-Christ à souffrir la croix et l'ignominie de la mort. Une obéissance filiale et pure qui effaça la tache de la désobéissance première. Une misère sensible et commune qui excitait à la miséricorde sa justice inflexible comme une sorte de barre de fer. Cette misère était lourde et pesante, elle faisait peser sur les hommes une condition égale et commune de péché et de mort : publique et générale elle liait tous les hommes, justes et injustes, par la même sentence de condamnation : continuelle et perpétuelle, tellement que si Jésus-Christ ne nous avait peint mérité la grâce de la résurrection elle eût entraîné dans l'abîme de la perdition, par les chaînes d'une irrémédiable captivité, la postérité d'Adam tout entière. Quant au troisième motif qui poussa le Seigneur à mourir, ce fut l'éclatante et très-glorieuse victoire par laquelle la puissance inévitable du démon et de la mort devait être affaiblie dans le tombeau.

5. Le Seigneur élève de trois façons notre tête. En effet, il fait monter notre esprit au dessus des affections terrestres, en sorte que, dans l'espérance des biens célestes, nous méprisons les transitoires : il communique la science divine pour nous faire connaître les choses qui ne se voient point dans le temps; il nous excite à l'amour des choses du ciel, de manière que, placés dans la chair, nous nous élevions au dessus du corps par la hauteur de la dilection divine.

6. Les hommes ont un triple état de vie. Ne pas pécher, effet que produit certainement la crainte servile. Ne pas vouloir pécher, ce qui vient de la crainte filiale, ne pas pouvoir pécher, ce qui est le fruit de la béatitude éternelle.

7. Quatre choses augmentent en nous la grâce de la dévotion. Le souvenir des péchés commis, qui rend l'homme humble en lui-même; la pensée des châtiments qui l'engage à bien vivre; la considération de son pèlerinage, qui lui persuade le mépris des choses visibles; le désir de la vie éternelle, qui excite l'homme à la perfection et le force à s'élever par le changement de sa volonté, au dessus des affections terrestres.

8. Dieu instruit de trois manières notre esprit ignorant et lourd. Par la générosité de ses bienfaits qui amollissent la dureté de notre coeur, et le portent à l'amour; par ses coups redoublés et sévères qui donnent l'intelligence à notre âme, et nous inculquent la crainte; par le mépris que les hommes font de nous, et qui, nous couvrant d'humiliation, produit en nous la rougeur et la honte.

9. Les mouvements et les révoltes de la chair, proviennent de trois causes. D'une pensée précédente, qui, retraçant en nous des formes et des images nouvelles, nous remue honteusement, si nous nous arrêtons à la considérer; de la plénitude de l'estomac, car lorsque le ventre est tendu par l'abondance de la nourriture, la chair s'émancipe et se porte aux actes de la luxure ; des attaques du malin esprit, plus il voit qu'il ne peut triompher des justes, plus il les attaque fortement, par les révoltes de la chair.

10. Les Ecritures nous défendent les mauvaises pensées, les mauvais discours et les mauvaises, actions parce que dans les « pensées mauvaises » se trouve soit l'impureté, lorsque nous méditons dans notre esprit des choses obscènes et immondes ; soit l'orgueil, quand l'esprit s'enfle et s'élève au dessus du prochain, comme s'il lui était supé rieur ; soit l'avarice, lorsque, parles suggestions du démon, on désire le bien d'autrui, malgré la défense de Dieu. En effet, dans toute pensée il se rencontre toujours quelqu'une de ces trois choses. « Dans les mauvais discours,» se trouvent les propos vains dépourvus de raison et d'utilité, les détractions de la haine, les dénigrements malins qui déprécient les biens qui se trouvent dans les autres; les paroles d'adulation qui versent sur la tête des hommes une huile d'une fausse douceur. «Dans les actions mauvaises» se placent les actions feintes, qui tendent à un but différent de celui qu'indique ce que l'on fait; « les actions impies, » lorsque nous blessons nos frères; enfin les actes impudiques, lorsque nous nous souillons en quelque manière.

11. Devant monter du fond de cette vallée de larmes, il y a nécessité, pour nous, de toujours tendre et soupirer vers les biens plus élevés. Cette vie mortelle est comme un désert, c'est d'elle qu'il est dit: « terre déserte sans chemins et sans eaux (Psal. LXII, 3). » Mais il existe trois sortes de déserts. L'un est la vanité d'un moment, que nous devons mépriser par la modération de notre vie. C'est de ce désert que nous devons nous élever, comme il est dit : « Quelle est celle-ci qui monte du désert, inondée de délices, appuyée sur son bien-aimé (Cant. III, et VIII, 5) ? » Nous sommes remplis de délices, lorsque les vertus abondent en nous, et nous nous appuyons sur le bien-aimé, quand nous rapportons à Dieu tout ce que nous faisons de bien. Il y a un autre désert, c'est l'humilité de la simplicité chrétienne. On l'appelle désert, parce qu'il n'est presque aucun imitateur de Jésus-Christ qui s'applique à cette vertu. Il faut que nous montions par ce désert. Aussi est-il dit : « quelle est celle-ci qui monte à travers le désert, comme une colonne de fumée que dégagent les aromates ? (Ibid.) ? » Nous montons comme une colonne de fumée produite par la vapeur des aromates, lorsque, nous livrant à la discipline et à la pratique des vertus, nous engageons notre prochain à tenir la même conduite que nous. Enfin le troisième désert, c'est la simplicité et l'intégrité de la pure innocence. Nous devons tendre vers cette solitude, parce que nous sommes tenus de soupirer après une pureté véritable, et obligés d'être saints de corps et d'esprit. Elevons-nous donc du désert de la vanité d'un moment, par le désert d'une très-humble simplicité jusqu'au désert d'une pensée très-parfaite.

12. Notre-Seigneur a en propre des flèches, au moyen desquelles il blesse ses ennemis et les terrasse par la force de son bras. Ces flèches, redoutables aux ennemis, sont au nombre de trois. Le souvenir de la fortune perdue, qui attriste beaucoup ceux qui se rappellent qu'ils ont perdu, avec l'argent, les moyens de vivre, et les satellites de la volupté : viennent ensuite les fléaux qui attaquent le corps, dont le Seigneur borde de toutes parts le chemin de l'homme, afin de flageller, même dans sa chair, le malheureux qu'il voit courir vers le péché: vient encore la pensée du châtiment de l'enfer, car l'homme qui se voit assiégé de tous côtés par les souffrances corporelles, porte les yeux sur cette étroite prison, dont on ne sort jamais, il examine en lui-même d'une pensée timide et effrayée, la terrible fournaise de l'enfer.

13. Il y a encore trois autres flèches dont le Seigneur blesse ceux qu'il invite à goûter la douceur de son amour. La première est « l'amour chaste: » on lui donne ce nom, parce qu'il ordonne au serviteur de craindre son maître et lui persuade par de continuels avertissements de s'éloigner des choses illicites par respect pour le Seigneur. Vient ensuite « l’amour dévot, » qui en prenant possession de l'âme, l'enflamme tout entière du feu de la très-douce dilection. Après, se trouve « la vertu de désir, » qui, en soufflant, dans toute l'étendue. de la conscience, comme une douce haleine, fait que l'âme oublie ce qui est en arrière, soupire uniquement après la vue de la face du Créateur, et s'attriste en elle-même , parce qu'il ne lui est point donné d'obtenir ce qui fait la fin de ses voeux.

14. L'offrande de louange que nous faisons à Dieu doit avoir un triple caractère. Elle doit être affectueuse, afin que la pensée soit d'accord avec la parole : fructueuse, afin qu'elle donne de l'édification à celui qui en est témoin : gracieuse, afin qu'elle plaise au Créateur, dont les dons sont gratuits.

15. Les décrets et les exhortations des saints Pères nous avertissent de bien penser, de bien dire et de constamment bien faire : parce que dans le « bien penser, » se trouve la pensée honnête qui ne renferme rien d'imprévu, ou la pensée humble qui ne sent point l'orgueil, ou la pensée pieuse et tendre qui ne médite rien de cruel. Dans « le bien dire » se trouvent les discours avantageux à ceux qui les entendent; ils sont humbles, et la vaine gloire de la parure de l'éloquence humaine ne les enfle point, ils sont conformes à la vraisemblance et n'ont, dans leur ensemble, rien de caché sous le fard de la feinte. De même, dans le «bien faire, »se rencontre, soit une action pieuse où éclate l'innocence, soit un fait pieux qui sent la miséricorde , soit enfin un fait pudique qui n'offense ni n'outrage en rien les regards de ceux qui en sont les témoins.

16. Le siècle est appelé bien souvent, en raison de son aveuglement et de son ignorance, terre d'Egypte : c'est connu; toutes les fois que nous en sortons en vertu du changement de notre volonté, trois obstacles se dressent contre nous. « L'aiguillon des cupidités, » qui, semblable à la mer rouge, soulève autour de notre raison des flots orageux et gonflés de pensées : et si, dans cet océan, la verge d'un jugement plein de discernement ne sépare pas les eaux supérieures des eaux inférieures, cette raison est profondément engloutie. Après cela vient « l'amour des tentations; » comme un autre Jourdain il déborde et remplit avec plus d'abondance que d'ordinaire la terre de notre corps, si l'arche d'alliance, c'est-à-dire la sentence de la vérité, ne se place au milieu, n'arrête son cours impétueux et ne le dessèche entièrement. Vient enfin la pointe acérée des chagrins : lorsqu'elle fond sur nous comme le Jourdain qui barrait le passage à Elisée, il faut prendre le manteau d'Elie et le jeter au milieu des flots, afin que tontes les tortures ressenties temporellement, venant à perdre leur goût, en présence de la passion du Seigneur, aient, pour nous, une douceur nouvelle.

17. Le chemin qui conduit à la mort est triple. L'un est rempli de chagrins, l'autre de peines et le troisième de délices. Le premier « est rempli de chagrins, » pour les pauvres qui, malgré leur indigence, sont enflés par des pensées de riches et de rois, et passent d'une misère temporelle à une misère éternelle. Il est laborieux pour les âmes cupides et avares qui, tristement tendues par les angoisses de mille soucis divers, oublient de chercher ce qui est de Dieu: haletants, de la fièvre d'avarice jusqu'au terme de leur carrière, ils sont transportés de l'inquiétude de la vie du temps aux souffrances de l'éternelle fatigue. Il est « délicieux » pour les riches délicats qui, après avoir nourri leurs corps et leurs cœurs d'enivrement et de volupté, ne quittent les douceurs d'un moment et les délices d'une heure que pour tomber dans d'éternelles amertumes.

18. Une semblable distinction s'applique au chemin qui conduit à la vie. C'est une voie de sang, une voie de pourpre, une voie de lait. Une « voie de sang, » chez les martyrs, qui ont lavé leurs habits dans le sang de l'Agneau et, par la route du martyr, sont parvenus au faite des honneurs du triomphe. Une « voie de pourpre » pour les confesseurs qui ont exprimé dans leur chair, par l'abstinence, les traits de la passion du Seigneur, et ont porté dans leurs corps les stigmates des blessures de Jésus-Christ. Une « voie de lait, » les Vierges qui ont consacré en elles l'éclat de la pureté angélique et les vertus d'une profession sainte, et qui, par la route de la candeur, sur les ailes des vertus, se sont heureusement envolées, vers la couche et les embrassements de l'Epoux véritable.

19. La mort de l’âme, c'est l'oubli : voici comment on ressuscite de cette mort. Par la mémoire, l'âme sent; elle écoute par l'obéissance, elle voit par l'intelligence, elle flaire par la circonspection, et elle goûte par la dilection.

20. Il y a quatre sortes de volontés humaines. La volonté « sèche » dans les réprouvés et dans les hommes terrestres, dont les coeurs ne reçoivent point la rosée de la grâce. La volonté « droite» dans ceux qui commencent ; ils abandonnent les voies tortueuses de leur ancienne conduite, et s'élèvent, en changeant de résolution, à la rectitude des bonnes oeuvres. La volonté « dévote » en ceux qui progressent, et qui, dans l’usage assidu de l'oraison, montent par l'influence du ciel, vers les régions de l'amour du bien. La volonté « bienheureuse » dans les parfaits, qui, ne pensant presque à rien autre chose qu'à Dieu, placent en lui le terme de tous leurs désirs. Entre la volonté sèche et la droite est une sorte d'abîme, de manière que celui qui voudrait le franchir ne le pourrait pas, cet abîme est l'intention perverse. Entre l'intention droite et la dévote ; se place la coutume invétérée. Entre la dévote et la bienheureuse, les passions du corps. Les obstacles , en se dressant dans la route de nos oeuvres, nous empêchent de monter de vertu en vertu.

21. Tous les justes sont des arbres plantés dans le sein de l'Église, qui n'est sur la terre que pour un temps,°ils~doivent produire des fruits de vie qui demeurent toujours. Que chacun veille donc à se choisir un lieu bien arrosé, où, en se développant, il donne, en son temps, un fruit de vie. Or, il y a trois cours d'eau. « Les exhortations de la sainte Ecriture », qui, par ses promesses et ses menaces, excite dans l'homme une volonté honnête. « Les dons de la grâce, » qui rendent l'homme spirituel, d'animal qu'il était, en lui apprenant à pourvoir à ses besoins et à avoir soin de lui, et lui font produire des oeuvres abondantes en ,l'instruisant de toute vérité. « Les perles des larmes », qui assurent la persévérance en arrosant et en remplissant les canaux de l'intention et du bon propos, de peur que l'arbre ne vienne à mourir. Quiconque aura fixé ses racines le long de ces cours d'eau donnera des fruits chaque mois, et ses feuilles s'étendront pour fournir une ombre pleine de douceur aux hommes.

22. Ceux qui sont dans l'ivresse ne sont point tombés d'une seule et même manière. Autre est le vin « de la malice, » qui coule du raisin, du fiel, et vient du démon qui, le premier, versa et fit boire au genre humain la boisson amère du péché et de la mort : c'est de cette liqueur que s'enivrent les méchants, qui sont devenus semblables à ce malin esprit. Autre est le « vin du chagrin, » produit par la vigne sauvage de l'humanité, qui a servi à son Dieu le vinaigre de ses iniquités. Celui qui s'enivre avec ce vin n'est pas enivré injustement, c'est Dieu qui le lui verse pour châtier ses péchés. Autre est le « vin de la grâce,» exprimé de la grappe de Chypre, c'est-à-dire donné par la main généreuse du Créateur; et c'est là le jus de la vigne dont s'enivrent les enfants de l'Epoux, et qu'on loge aussi dans les outres nouvelles.

23. Tous les élus sont rois et prêtres, et ils doivent être oints de l'huile de l'onction. Or, cette huile est de trois. Il y a « l'huile de l'effusion, » c'est-à-dire la parole de Dieu qui les initie à la vie chrétienne en leur faisant dépouiller le vieil homme, afin que, semblables à de jeunes filles, ces âmes saintes s'élèvent jusqu'à l'amour de l'Epoux. Il y a « l'huile de la pureté, » dont doivent être remplis les vases de nos oeuvres et qui doit nourrir incessamment, dans la lampe de notre coeur, le feu de la divine ferveur. Il y a « l'huile de l'allégresse, » c'est-à-dire la vertu principale de charité, qui après avoir rempli l'âme, la dilate, afin que, après avoir goûté combien le Seigneur est doux, et établi son siège au faite de la justice, elle se glorifie et se réjouisse exclusivement dans le Seigneur.

24. Les chrétiens tirent leur nom de Christ; il faut donc qu'ils imitent la sainteté du Christ comme ils ont hérité de son nom. Or, il est trois choses exprimées sous nos yeux en Jésus-Christ que nous devons copier de toutes nos forces; c'est de réprouver vivement la vanité du siècle: parce que Jésus a pris la fuite pour n'être pas proclamé roi par la foule; c'est de pratiquer visiblement la pénitence : parce que Jésus a été immolé comme un agneau ; c'est d'avoir véritablement la double charité : parce que Jésus a prié pour ses ennemis.

25. L'humilité a sept degrés en descendant. Le renoncement aux biens, à l'exemple des apôtres ; l'abandon des habits, comme la pratiquèrent Elie et Jean ; la fatigue du corps, à la façon de saint Paul; la retenue dans la prospérité, à l'imitation de David, pauvre et roi ; la patience dans l'adversité, comme l'eurent Job et Tobie ; l'horreur de nos propres desseins et de notre propre volonté.

26. Voici quelles sont les armes par lesquelles la vertu triomphe de la malice. La pleine connaissance du péché, qui dissipe les ténèbres de la volupté. Les rigueurs de la pénitence, contre les délectations de la chair. Une confession humble et vraie, contre le venin de l'iniquité. Une correction digne et suffisante pour assurer le changement de la volonté première. Une pratique parfaite de la persévérance, afin d'assurer le maintien inaltérable de la santé.

27. Voici trois choses nécessaires à la pénitence. « L'abstinence» par laquelle on dompte l'orgueil de la chair. La « lecture » qui a pour effet d'engraisser l'esprit et de fortifier sa vigueur. La « prière » qui protège et défend l'essaim entier des vertus.

28. La vertu d'humilité a ces trois caractères. Se soumettre aux supérieurs, en sorte qu'aucune ambition, aucune jalousie ne nous porte à nous égaler à eux. Ne pas se préférer à ses égaux, de crainte de paraître vouloir, par un désir coupable, devenir son supérieur. Se soumettre à ses inférieurs plutôt que de les dominer, en sorte qu'on reconnaisse ainsi la vérité de l'humilité.

29. Toutes les âmes ne marchent pas d'un pas égal vers Dieu. « Les unes» vont « pas à pas, » ce sont celles qui, embarrassées dans le souci des affaires temporelles,ont à peine quelques moments pour respirer et pour penser à Dieu. «Les autres d'un pas modeste » : ce sont celles qui, attachées au Seigneur, le servent à la vérité, mais sont trop indulgentes en ce qui les concerne. «Les autres d'une course prompte », c'est-à-dire, «rapide » : ce sont celles qui, se considérant au dessus de leur chair, se méprisent elles-mêmes et tout ce qui passe, se précipitent en toute célérité vers Dieu et ne désirent qu'une chose, se reposer en lui dans la paix.

30. Il y a trois endroits, le ciel, la terre, l'enfer; chacun de ces lieux a ses habitants; le ciel, les bons seulement; la terre, les bons et les méchants mêlés ; l’enfer n'a que les méchants.

31. Le genre humain est dévoré par un triple mal: au principe de son existence, au milieu et à la fin, c'est-à-dire, à sa naissance, durant sa vie et à sa mort. Sa naissance est impure, sa vie coupable, sa mort pleine de périls. Jésus-Christ parut, et à cette triple maladie, il a opposé un triple remède. En effet, il naquit, il vécut, il mourut : et sa nativité a purifié la nôtre, sa mort a détruit notre mort, et sa vie à fortifié la nôtre.

32. Trois choses attendent les épis dans le siècle futur. La satiété intérieure, l'allégresse éternelle ; et la volupté pleine de charmes. C'est d'eux qu'il est dit: « que les justes tressaillent » et le reste (Psalm. VII, 4).

33. Triple est le désir des élus : Ils désirent habiter dans un parfait accord avec leurs frères dans la même maison : de là vient cette parole : « J'ai demandé une chose au Seigneur (Psal. XXVI, 4) : obtenir la victoire sur le monde , de là ce cri : « qui me délivrera de ce corps de mort (Rom. VII, 24) ? » rouir de la présence de Dieu, d'où vient ce souhait : «je désire mourir et'être avec Jésus-Christ (Philip. I, 23). »

34. Les supérieurs éprouvent trois craintes : Ils appréhendent qu'un extérieur trop recherché n'offense les yeux de leurs inférieurs, qu'une conduite trop peu retenue n'offusque les yeux du juge qui lit au fond du coeur; et que leur justice ne soit récompensée en ce monde.

35. Triple est la douleur des saints : ils souffrent parce qu'ils sont tombés du paradis; parce qu'ils sont retenus dans l'exil; parce que leur entrée dans le royaume éternel est retardée.

36. Dans le Christ, qui est la montagne des montagnes, deux choses se sont trouvées, un amas de souffrances et une abondance de sainteté.

37. Les victimes que nous devons immoler au Seigneur sont au nombre de trois. Le résultat de notre conversion récente, c'est un jeune veau qui commence à pousser ses cornes et dont la corne des pieds grossit. Le progrès dans la sainte profession religieuse, c'est le veau tiré jeune encore du troupeau. Les sentiments d'une vertu consommée, c'est le veau gras.

38. Quatre sortes de maux nous accablent. Les angoisses d'une chair corruptible, qui sont les douleurs de la mort : les ennuis des difficultés temporelles qui sont : le torrent de l'iniquité : les embûches de l'ennemi qui se cache, ce sont les douleurs de l'enfer, et l'apparence trompeuse de la gloire du monde, ce sont les lacets de la mort.

39. Il y a une fumée qui vient de la colère de Dieu : parce que les élus sont pénétrés de componction en considérant le courroux du Seigneur. Il y a un feu qui jaillit de sa face: parce que sa connaissance et sa présence nous enflamment et nous excitent à son amour. Il y a un brouillard qui est sous ses pieds : parce que, en vertu de son examen rigoureux, le réprouvé est enveloppé dans les sombres nuages du désespoir.

40. Le Seigneur marche sur les ailes des vents, lorsque les élus parviennent à sentir, même légèrement, sa douceur. Il vole, lorsqu'ils ne perçoivent rien de sa substance illimitée, aussi est-il écrit : « Fuyez, mon bien-aimé (Cant. VIII, 14). » Il prend, pour cacher sa divinité, les ténèbres de la profondeur et de l'élévation, et fait son séjour dans la lumière de la pureté et de la sainteté.

41. Le monde a ses portes par lesquelles nous allons à lui. Ce sont la sensualité corrompue et la cupidité incestueuse : de là vient qu'il est dit : «Ils se sont approchés et sont venus jusqu'aux portiques de la mort (Psal. CVI, 18). » Les portes de l'enfer sont le désespoir aveugle et l'entêtement obstiné, aussi est-il dit : « Les portes de l'enfer ne prévaudront point (Matth. XVI, 17). » Les portes du ciel sont l'humble patience qui est la porte de fer ouvrant passage vers la cité sainte, et la concorde de l'amour, qui est la porte orientale (Ezech. XI, 11).

42. Il y a quatre sortes de récompenses, deux dans ce siècle et deux dans l'autre. La récompense de la prospérité et de l'abondance accordée aux impies, d'où vient cette parole : « Ils ont reçu leur récompense (Matth. VI, 5). » La récompense de la damnation et de l'ignominie qui leur est réservée, de la familiarité et de la grâce divine', de la douceur, de l'amour et de la gloire pour les justes. Or, il y a deux choses qui sont récompensées, la justice des oeuvres et la pureté du coeur.

43. Il y a trois flambeaux. La règle de la discipline , Jésus-Christ, qui est allumé pour la recherche de la drachme perdue. La forme de la vérité, exprimée dans l'Évangile, qui est placée sur le chandelier. La pureté de la science dans un coeur bon, science éclairée par le Seigneur.

44. Nos pieds doivent être comme ceux des cerfs et du veau.

45. Autres sont les enfants étrangers qui mentent; autres les enfants de Bélial, quine connaissent pas Dieu; autres les enfants d'Israël, qui ont cette connaissance.

46. Il y a trois sortes de semence. La semence de vérité et de justice qui, jetée en terre, produit au centuple; la semence d'iniquité et de malice, qui produit la race des vipères ; la semence d'erreur et d'iniquité, qui est Chanaan, non Juda.

47. La sagesse de Dieu, semblable à la perdrix, réchauffe les petits qu'elle n'a pas mis au monde; comme la poule, elle rassemble ses poussins sous ses ailes, et comme l'aigle, elle les provoque à voler.

48. Nous avons trois sortes d'habits. La tristesse de la pénitence, qui est le vêtement des veuves : la maturité religieuse, c'est le vêtement de la joie ; l'intégrité pure, c'est le vêtement des vierges.

49. Les vêtements d'Esaü sont l'honnêteté de la vie et la maturité de la discipline ; les peaux de chevreaux sont le dépouillement des habitudes vieilles et nuisibles et la mortification de la volonté propre; les mets sont l'obéissance joyeuse et l'humble abstinence. Le père touche le fils en mettant sur sa tête la main de l'épreuve. Il l'embrasse par l'instinct des saintes inspirations ; il le bénit par le progrès dans la vie religieuse.

50. Trois choses sont nécessaires à la pureté. La pureté dans les actions, la simplicité dans l'intention, la tranquillité dans la dévotion.

51. La pureté procure trois avantages. L'esprit de liberté, la joie de la sécurité, la force de la charité.

52. Les réprouvés sont parfois comme la «fumée », ils s'évanouissent en s'élevant, quelquefois ils sont comme la « poussière », ils ne produisent aucun suc de charité. D’autrefois comme la « cire », ils se liquéfient facilement à la chaleur, c'est-à-dire au choc de la tentation.

53. Les portes de Sion, c'est-à-dire de l'Église, sont « les sacrements, » sans lesquels on n'entre point dans l'Église : les portes de la justice, sans les « vertus principales» que nous aurons aussi dans le siècle futur.

54. Nous sommes soumis à Dieu, à raison de trois choses. A cause « de la marque de nature » , par laquelle nous avons été faits à sa ressemblance; à cause « du talent de la foi, » que nous devons remettre intégralement au Seigneur par les bonnes oeuvres. A raison -du «titre de notre profession, » par laquelle nous sommes tenus de servir Dieu en vertu de l'obligation de l'état de vie que nous avons embrassé.

Dieu nous éprouve de trois manières, « par la promulgation du commandement », afin que notre obéissance nous soit connue : « par les châtiments » qu'il nous inflige, afin que notre patience éclate aux yeux de nos frères. « Par la révélation du secret caché, » afin que la vertu d'humilité se découvre à nous.

55. La tribulation produit trois biens. «L'exercice, » qui empêche qu'en restant en repos, la vertu de l'amour ne vienne à se refroidir. L'épreuve par laquelle la force de notre constance est comme une sorte d'exemple aux hommes. La « récompense, » en sorte que, selon la mesure de ses souffrance, l'âme reçoit un poids immense de gloire.

On doit opposer trois choses à l'adversité. « Les souffrances des élus » et les angoisses ressenties par ceux qui vivent dans la piété. « Les afflictions du Rédempteur » et les mauvais traitements que lui firent subir des officiers très-cruels. «Les dispositions du gouvernement de la justice, » souveraine dont nous devons adorer et non discuter les hautes décisions, comme on le fit pour l'extrémité de la verge de Joseph. Ces trois choses sont les portes, les gonds et les rivages, dont le Seigneur entoure la mer du siècle.

56. Triple est l'exercice auquel se livrent les élus, « L'austérité des jeûnes » qui laboure la terre de notre chair pour qu'elle produise du fruit « l'assiduité à la lecture. » qui nourrit l'esprit, en sorte que l'homme intérieur s'engraisse; « L'instance de la prière, » par laquelle on l'élève au dessus des choses célestes.

57. Dieu, l'auteur des merveilles, a opéré, dans Marie, trois prodiges. Il a produit en cette vierge incomparable, l'intégrité de la pureté, c'est l'arche du testament revêtue d'un or très-pur. Par un effet de sa puissance, il rendit féconde cette pureté virginale,c'est le buisson ardent qui ne se consume pas. Il réunit, par un lien ineffable, les choses d'en bas à celle d'en haut, c'est l'échelle de Jacob qui réunit la terre au ciel.

58. La fécondité de Marie nous a procuré trois avantages Elle a détourné les jours de l'antique captivité, elle a calmé la colère de l'indignation divine, elle a effacé la tache de l'iniquité des hommes.

59. Les élus attendent trois choses dans la vie future. Ils espèrent voir absorber entièrement en eux par la vie, ce qu'il y a de mortel, recevoir en retour les richesses de la- gloire éternelle, et contempler, sans se rassasier jamais, Dieu tel qu'il est.

60. On dit que les réprouvés espèrent trois choses: que les voluptés corporelles s'entasseront en eux au point de les rassasier; que leur gloire momentanée servira pour la béatitude ; que leurs oeuvres et leurs moeurs ne pourront être réprouvées par aucun jugement.

61. L'imitateur de Jésus-Christ doit faire trois choses : avoir les sentiments de la simplicité de l'innocence, afin de devenir enfant avec Jésus-Christ, aimer un extérieur humble et abject, pour se revêtir des viles langes de l'enfance du Seigneur, et vivre simplement dans la discipline, afin de se trouver avec Jésus placé dans une crèche.

62. Il y a des esprits « administrateurs, » qui prennent soin de notre salut ; des esprits « opérateurs » qui travaillent à la tranquillité des hommes; et des esprits « contemplatifs, » qui sont sans cesse devant la face de la majesté divine.

63. Les esprits bienheureux sont rassasiés par la vision, enivrés par la douceur, réunis par la charité.

64. Les hommes qui attendent le Seigneur, doivent être en « suspens, » en attendant qu'il vienne : « dans l'incertitude, » de ce qu'il leur apportera. joyeux et dévots, parés avec soin, et espérer trois choses en lui, sa présence nuptiale, sa grâce familière, sa munificence libérale.

65. Il y a trois sortes de noces. « Les premières, sont celles de la réconciliation par la foi; il s'y trouve trois mets : l'ablution des péchés, l'obtention de la grâce, la réformation de la nature. Les « secondes » sont celles de l'adoption par l'espérance, où se trouve aussi la consolation de la parole divine, la communion aux aliments célestes, l'avant-goût de la douceur intérieure. « Les troisièmes » sont celles de la glorification parfaite par la charité : On y a pour mets, l'incorruption éternelle, la glorification véritable et la perpétuelle vision de Dieu.

66. Il existe trois espèces de chevaux : « L'orgueil mondain, dont le cavalier tombe en arrière. « La science » spirituelle, dont le cou est rempli de hennissements. La pureté intègre que toute l'armée des cieux suit en habits blancs.

67. Les paroles de la consolation divine sont l'ablution de la faute, la restitution de la grâce, le départ de l'exil, l'arrivée dans le royaume, la jouissance de la divinité, et l'obtention de l'éternité.

68. Les fidèles ont trois sortes d'armes. La plénitude de la sagesse, c'est la fronde de David, qui lance les pierres des sentences. La force de la patience, c'est le bâton qui écarte les loups enragés. L'étendue de la charité, c'est le sac de David, d'où on tire les pierres.

69. Trois choses sont nécessaires aux prélats. Une grande sincérité de foi et de doctrine, pour habiter dans une même région. Une grande application à bien faire, afin de veiller avec les bergers. Une attention diligente au salut des âmes qui leur sont confiées pour garder leur troupeaux.

70. Le bouvier doit avoir deux choses, une douce voix, pour charmer la fatigue de ses boeufs au travail. Une pointe aiguë pour exciter leur lenteur et leur paresse.

71. Il y a trois espèces de pénitence, La pénitence « simulée et infructueuse, » dont on trouve un exemple dans Ésaü et dans Saül. La pénitence « cruelle et désespérée, »comme dans Caïn et Judas. La pénitence « utile et consommée, » comme dans Marie et Zachée : cette dernière a cinq parties : la contrition du coeur, la confession de la bouche, la macération de la chair, la correction des oeuvres, la persévérance dans la vertu.

72. On trouve trois choses dans Pierre : l'unité de la foi, la vérité de la pénitence; la solidité de l'amour.

73. Il y a trois espèces de changements : celui de la sublimité et l'humilité : il est produit quand le Verbe se fait chair. Celui d'un état vil en majesté, qui se fit lorsque l'Homme-Dieu se transfigura devant les disciples. Celui de la mutabilité en éternité, quand, après sa résurrection, il monta dans le ciel pour y régner.

74. Ce que nous faisons, c'est dans «la lumière du visage des hommes, » pour leur plaire; ou bien, « dans la lumière de notre visage, » en croyant bien faire ce qui est mal, ou enfin, dans « la lumière du visage de Dieu » en ne rapportant humblement qu'à lui tout ce qu'il y a de bien en nous.

75. Il y a trois choses qui renversent la patience. Une douleur excessive, la justice de la cause de l'innocent, l'indignité de celui qui attaque.

76. Celui qui s'éloigne de ses compagnons perd la consolation de ceux qui sont réunis : celui qui ne fait que les suivre éprouve des dégoûts ; il suit facilement des sentiers perdus et court souvent au péril de la vie.

77. Il y a trois maîtres qui enseignent les oeuvres de Pharaon. L'ardeur fétide de la luxure en ébulition, la fureur pleine d'angoisse de l'avarice en délire, l'appétit malsain de la vaine gloire.

78. Il est en nous trois princes qu'il faut mettre à mort pour que Jésus-Christ y vive. La prudence des mondains, c'est Joseph. L'éloquence des spirituels, c'est Moïse. L'abondance des choses temporelles, c'est Josué.

79. Les impies ont un triple refuge. L'enseignement d'une doctrine trompeuse, c'est Pithon. La protection de la puissance séculière, c'est Ramesse. La figure d'une justice pleine de feinte, c'est la cité du soleil : Pharaon les fait bâtir.

80. Il y a trois calices que le Seigneur nous présente à boire. Le calice de la pénitence et de la douleur, qui est plein d'amertume. Le calice de la patience et du travail, que Jésus a vidé. Le calice de la bienveillance et de l'amour, qui brille et répand l'ivresse.

81. Il y a cinq torrents. Celui de la cruauté et de la malice, torrent de Cison, sur le bord duquel Jabin est tué. Celui de l'éloquence philosophique, c'est le Cédron, au-delà duquel passe Jésus. Celui de la souffrance et de l'angoisse : c'est le torrent qui coule dans le chemin; c'est de ce torrent que Jésus a bu, selon la parole de l'Ecriture. Celui de la sagesse céleste, auprès duquel Elie prend son repas. Celui de l'allégresse et de la joie, dont s'enivrent les élus.

82. Nous sommes renouvelés de trois façons, « dans la chair » par le sacrement de baptême qui efface le péché originel; dans « les oeuvres, » parle remède de la pénitence qui efface les fautes actuelles; dans « la chair et l'esprit, » par la grâce de la résurrection.

83. La terre présente quatre aspects. Les fleurs et la verdure des biens temporels qui sont arrosées comme le paradis. La vie utile et la conduite des élus, c'est de ce côté que sort le pain. L'agrément des demeures célestes, c'est là que coulent le lait et le miel. L'abîme des lieux infernaux : là est la terre de la misère et des ténèbres.

84. Il y a quatre sortes de déserts. La solitude sans route de l'exil de ce monde, dont David a dit : « terre abandonnée sans issue et sans eaux. » La hauteur difficile à gravir de la loi chrétienne, dans laquelle marchent les enfants d'Israël. L'étendue si désirable de là céleste Jérusalem : dans laquelle sont laissées les quatre-vingt-dix-neuf brebis. Le terrible séjour dans la région si misérable de l’enfer, qui est le désert de la solitude.

85. Il y a quatre espèces de chars. Celui de « l'élévation et de la domination, » dans lequel Pharaon est englouti. Celui de « l'humilité et de l'étude, » dans lequel l'eunuque est assis. Celui de « la dévotion et de l'obéissance, » sur lequel est assis Joseph, marchant à la rencontre de son pore. Celui de « l'amour et du désir » dans lequel Elie fut enlevé.

86. Il y a trois ascensions du Seigneur : Une victorieuse, c'est celle qui l'élève au dessus du couchant; une éclatante, c'est celle qui le fait porter sur les cieux des cieux; une glorieuse, c'est celle qui l'élève sur les ailes des vents.

87. Quant au royaume des creux, les uns le ravissent avec violence, comme les pauvres d'esprit; les autres l'achètent, comme ceux qui se font des amis du trésor d'iniquité : ceux-ci le volent, comme la femme qui toucha la frange du vêtement : ceux-là sont contraints d'y entrer comme les pauvres du siècle.

88. Il y a quatre choses qui donnent la véritable humilité. Des oeuvres viles, une soumission assidue, la comparaison avec meilleur que soi, et le jugement du Créateur.

89. Il y a trois jugements, celui des autres, le nôtre, et celui de Dieu.

90. Ce qui rend la mort précieuse, c'est parfois la vie, comme on le voit dans les confesseurs : quelquefois, c'est le « motif » comme dans les martyrs : d'autres fois, c'est « la vie et le motif, » comme dans la plupart des hommes.

91. Il y a trois circoncisions : celle du corps dans le Juif; celle du coeur dans le chrétien; celle de la langue dans l'homme parfait.

92. II y a quatre temps : celui de la préfiguration, celui de l'annonce, celui de la visite, et celui de la rédemption.

93. Dieu nous visite en quatre manières. Par le don de sa loi; or, il y a le précepte charnel et le précepte spirituel; « par la rudesse des châtiments, » rigueurs qui ont cinq motifs, de corriger de l'impiété, d'empêcher l'orgueil de naître à l'occasion de la vertu obtenue, de la faire éclater aux yeux des hommes, d'encourager, par leur exemple, les autres à souffrir, d'augmenter les mérites et la couronne de la récompense. Par des « miracles nouveaux » qu'on voit, et par « l'inspiration intérieure qu'on ne voit pas.

94. Jacob lutta quatre fois. Dans le sein de sa mère, contre Esaü ; dans son enfance contre le même; en Mésopotamie contre Laban, à Béthel contre l'ange.

95. Il est dit que Jésus pleura trois fois : à sa naissance sur les hommes; dans le cours de sa vie sur Lazare ; à la fin de sa vie en voyant la destruction future de Jérusalem.

96. Nous portons sur notre front la lèpre, le Thau, ou la lame d'or.

97. Le Seigneur s'assied tantôt dans la vallée de Josaphat, tantôt sur la montagne, et tantôt sur un trône élevé.

98. Il y a un tonnerre de feu, et un tonnerre de pluie.

99. Il est deux éperons dont le Prophète pique l'ânesse qui lui sert de monture . la pudeur, pour qu'elle ne se souille point dans le temps, la frayeur, pour qu'elle ne soit pas punie dans l'éternité.

100. Il y a trois choses qui nous serrent et nous retiennent et qu'on peut appeler des ceintures : ce sont la pensée de la mort du corps, qui est la ceinture de peau dont Elie et Jean entouraient leurs reins ; la manifestation et la beauté de la pudeur,dont Aaron est ceint quand il s'approche de Dieu; l'amour de la religion et de la justice, c'est la ceinture d'or dont Jésus est ceint sous les mamelles.

101. Il y a quatre vierges avec qui nous devons contracter alliance. L'éloquence des philosophes, qui est Zelpha, servante de Jacob. La sentence des juges désignée par Balaam. L'innocence des actes, qu'on peut appeler Lia. La contemplation de l'esprit,qu'on retrouve en Rachel.

102. L'Épouse a deux regards. Le regard des choses qui passent; c'est comme une flamme de feu; et le regard de la juste estime de la patrie céleste, c'est celui qui blesse l'Époux au coeur.

103. Les vêtements communs aux ministres de Dieu sont au nombre de trois. La sagesse céleste, c'est l'Ephod, elle couvre la tête; la justice persévérante, c'est la longue tunique, elle revêt tout le corps; la continence de la chair, c'est la ceinture des reins.

104. Dans les Écritures, il est fait mention de trois candélabres. L'obscurité de la loi, ornée de petites boules et de lis; la pénétration des prophètes que couronnent deux oliviers; et la vérité de l'Évangile ayant dans le milieu un personnage semblable au Fils de l'homme.

105. Les munitions qui fortifient l'âme sont au nombre de trois. Une circonspection attentive, c'est la haie; l'intercession des saints, c'est une fortification très-sûre ; la protection de Dieu, c'est le mur qui protège contre les attaques des ennemis.

106. Une triple raison établit et fortifie notre espérance. « L'humilité » de la sagesse qui nous est accordée, c'est ce qu'on appelle faire cuire un oeuf à l'eau; « la fermeté » de la patience constante, c'est ce qui s'appelle faire cuire l'oeuf au feu; la « vérité » de D'inspiration secrète, c'est ce qui s'appelle faire cuire l'oeuf à la graisse.

107. Il y a trois choses dont Dieu se sert pour exercer sa vengeance contre ses ennemis. Le remède « du bain » salutaire qui, semblable à la mer rouge, fait périr les Egyptiens. La pratique d'une juste « pénitence, » semblable au souffre, elle fait mourir les pécheurs. Le jugement de « l'examen » final, semblable an feu tombé à la voix d'Elie, il enveloppe les pécheurs.

108. Le lit dans lequel l'âme se repose a trois parties. Le poids de la faiblesse du corps, sur lequel s'étend le malade languissant une fois qu'il est guéri. La « tranquillité » d'une conscience en repos, c'est dans ce lit, qu'après que David a pris la fuite, on place une statue. Ce lit se compose de deux matelas, qui sont la grandeur de la sécurité et de la confiance relativement au passé : la certitude de la récompense en ce qui regarde l'avenir. L'oreiller pour la tête est la largeur de la divine familiarité et de la grâce. Le troisième lit c'est « l'humilité » de la gloire supérieure, c'est le lit fleuri qu'entourent les soixante forts.

109. Il y a trois vitres par lesquelles passent les rayons du soleil l'intégrité de la « charité, » par laquelle passe la rémission du péché la pureté de « l'humilité » par laquelle la grâce céleste est tombée dans le sein de Marie : la subtilité de l'intelligence; par laquelle le rayon de la sage se illumine le coeur.

110. Sept lampes éclairent le trône de l’âme des élus : ce sont les dons de l'esprit, que le Prophète développe tout au long : le feu céleste en consumant l'huile de la gloire, et le jonc, qui est la mèche de la crainte et de l'infirmité, procure sans relâche la lumière de la vérité.

111. On nous présente à manger trois sortes de viandes. Un chevreau dans le fruit de la pénitence, mets que Jacob offrit. à Isaac pour obtenir sa bénédiction : un «veau » du troupeau, dans l'acte de la justice, c'est ce que Abraham a présenté en nourriture aux anges « un veau gras, » dans le comble de la gloire, victime que le père immola après avoir retrouvé son fils.

112. Il y a trois jardins dans lesquels les âmes élues errent en liberté. Le « chagrin de la vie corruptible, » c'est le jardin des noix, dans lequel Suzanne prend un bain. « Le charme des agréments d'en haut; » jardin de délices, dans lequel Adam est placé, pour y travailler et le garder. « La douceur et la suavité de la vision divine, » jardin fermé, où Joseph se prépare un tombeau creusé dans le roc. La conscience pure, selon ses différents états, trouve en elle ces différents jardins.

113. Trois tables ont dressées pour rassasier notre faim : le sacrement de la loi et de l'Evangile, dans lequel on se nourrit de la Sagesse : le mystère de l'institution de la religion catholique, où l'on mange la chair du poisson rôti et un rayon de miel : le secret de l'éternelle satiété, qui est derrière le voile du sanctuaire et renferme les pains de proposition et de vie.

111. Il y a trois trésors que nous devons amasser. Le «désir » de la piété dans le cœur, désir qui est caché dans le champ pour le faire acheter. La « doctrine » de la vanité dans la bouche, c'est un trésor de neige et de grêle. «L'assiduité » persévérant dans l’homme, c'est un trésor de froment, d'1orge, d'huile et de miel. Voilà le trésor des Mages, qui offrirent `au Seigneur, après sa naissance, de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

115. On trouve dans les Ecritures quatre espèces de pain qui font déplorer diverses misères du genre humain : le pain cuit sous les excréments de « l’homme, sous ceux du boeuf, sous la cendre et dans le four: » Les pains expriment diverses affections de l'âme.

116. Il y a trois autels sur lesquel nous devons placer nos voeux : » L'accomplissement des préceptes divins, » fait du bois de sétim dans le désert . « La multiple invocation des bienheureux, » autel formé de pierre que le fer n'a point touché; « L'incarnation de notre humble Rédempteur, » autel façonné avec la terre.

117. Les jeunes filles qui nous pervertissent le sens sont au nombre de trois. « La délicatesse de notre chair, » c'est Dalila crevant les yeux à Samson. « Le charme de » la gloire mondaine, c'est Jézabel faisant périr Naboth. « La défiance » à l'égard de la vie future, c'est la fille d'Hérodiade, qui fait couper la tête du Prophète.

118. Il y a deux tribus, celle de « Lévi » et celle de « Juda, » d'où sont tirés les prêtres, « Aaron et le Christ, » et leur postérité. L'interprétation de ces mots permet de conjecturer combien ce sens est convenable.

119. Il y a trois aigles groupés autour du corps du Seigneur. La « grandeur » de 1a puissance laïque, bien développée et aux ailes étendues. « La présomption » de la vie cléricale, qui pose son nid dans le ciel. La subtilité spirituelle des âmes humbles, qui provoque ses petits à voler.

120. L'office sacerdotal comprend quatre emplois; immoler une hostie vivante, c'est le partage des lévites : offrir à Dieu les grâces des vertus, c'est-à-dire brûler les parfums, c'est le partage des enfants d'Aaron : entrer dans le ciel avec l'ardeur du martyre, c'est pénétrer par le mayen du sang dans le saint des saints; en faire parvenir à cet éternel séjour les veaux de la grâce et des prières, c'est offrir à Dieu le paies et le vin.

121. Il y a trois fontaines où les âmes se lavent. L'angoisse de la contrition, qui arrose la face de la terre; l'humilité de la confession, placée hors de la ville; la dévotion de la componction, sur laquelle Jésus s'arrête et s'assied.

122. Il y a trois pains dont nous nous sustentons en cette vie. Celui qui « purge » par son amertume, c'est ce que la femme de Sarepta présente dans la famine : celui de la «consolation» avec sa douceur, c'est le pain que l'ange apporte à l'homme assis à l'ombre; le pain « solide» par sa force, pain qui conduit à Oreb, la montagne du Seigneur. Ces pains sont contenus en trois portions dans le corps du, Seigneur.

123. Il y a trois flambeaux éclairent la nuit de la vie présente. «La vigueur de l'intelligence » dans l'âme; on l'allume afin de retrouver la drachme perdue. «La splendeur de la sagesse » dans la parole, qui est placée sur un point élevé, afin que sa lumière soit aperçue. « La forme de la justice » dans le prochain, portée devant celui qui vient aux noces, afin de pouvoir être placée sur les chandeliers.

124. Trois ruisseaux de salut sortirent du corps de Jésus : «la parole » de la douleur, où se trouve la confession: l'aspersion « du sang, » où se trouve l'affliction : « l'eau » de la purification, où se trouve la componction.

125. Dans l'Ecriture, on rencontre trois piscines. La « vieillesse » de l’erreur qui est derrière deux murs. La « sensualité » de la chair, où languissaient les infirmes. La «perspicacité » de la raison qui se trouve dans le chemin du champ du foulon. C'est dans ces piscines que s'abreuvent les brebis et qu'on lave les victimes destinées à l'holocauste.

126. Il y a, en nous, trois matières inflammables. La « paille » de la pensée impure. Le « foin » du mauvais propos. Le « bois » de l'oeuvre illicite. Voilà ce qui alimente le feu en nous, si les eaux des fontaines supérieures ne l'éteignent pas.

127. Trois fenêtres éclairent les contemplatifs : celle de l'origine, qui regarde l'Orient; celle de la direction, qui tourne vers l'Auster; et celle de la consommation qui est vers l'Occident.

128. Quatre fontaines arrosent le jardin du Seigneur : les « pleurs » versés sur les fautes personnelles, cette fontaine parcourt la terre d'Ethiopie : la « compassion» des péchés des autres, celle-ci coule du côté des Assyriens : la « considération » de la grâce octroyée, qui passe au milieu de Babylone : « l'affection » désireuse de la charité, qui arrose toute la terre d'Evilath. Ces fontaines ont un cours supérieur et un cours inférieur, elles contiennent les eaux de la mer, des fleuves, des sources et de la neige.

129. Le plateau du Seigneur porte trois plats : « la lueur brillante « de la clarté, qui éclatera comme le soleil : « l'intégrité » de la pureté, qui sera comme celle des anges : « l'inaltérable durée de l'éternité » qui sera comme Dieu.

130. Il y a trois portes par lesquelles on entre dans la vie: la vérité « de la foi, » derrière laquelle Sara rit: la solidité de « l'espérance, » qui se trouve au côté de l'arche; la constance de la « charité, » que le chérubin garde en tenant un glaive de feu à la main.

131. Il y a trois sortes de vins dans la coupe de Dieu: un vin « rouge, » dans la longanimité des saints, c'est le breuvage qui réjouit Isaac dans sa maladie : un vin « blanc, » dans la récompense accordée aux justes, c'est la liqueur qui enivre Noé : « un vin noir et acide » dans la damnation des méchants, c'est le vin dont Jésus à goûté, mais dont il n'a pas voulu boire.

132. Le vêtement dont le prêtre doit se servir est triple : l'acte fort et puissant de l'œuvre extérieure c'est l'habit dont Aaron se revêt devant le peuple : l'habitude de la sainteté spirituelle, c'est le vêtement que Rebecca cache chez elle et dont Aaron se sert dans le tabernacle ; la beauté de la douceur de la contemplation, tunique sans couture que ports Jésus

133. Il y a trois tuniques dont nous sommes revêtus : les châtiments qui domptent le corps, est la tunique de peau, dont se revêt Adam « l'étendue constante de la persévérance, dont s'orne Joseph, l'ami de Dieu; la « largeur» de la grâce qui récompense les saints, c'est le vêtement que porte Jésus.

134. Les Séraphins ont six ailes. Deus aux pieds: la honte du passé et la crainte de l'avenir. Deux aux côtés soutiennent leur vol: ce sont la crainte qui se dirige en bas et l'espérance qui se dirige en haut. Deux à la tête, l'humilité qui fait avancer et la charité qui perfectionne.

135. Dieu a deux trônes, la substance c'est le trône angélique, suprême: et la nature humaine, c'est le trône élevé.

136. Les quatre animaux ont quatre ailes : la crainte et la pénitence, qui voilent le corps : l'amour et l'espérance, qui se rejoignent et font voler.

137. Les animaux de la loi nouvelle ont six ailes: l'inspiration naturelle, les institutions légales, les oracles des prophètes, la révélation évangélique, les ordonnances des apôtres, les coutumes ecclésiastiques.

138. Jésus a un triple lit : l'unité des testaments, qui est comme le sein de la Vierge : l'Église des élus, qui est comme la crèche; la conscience de coeurs purifiés, qui est comme le sépulcre creusé dans le roc.

139. Dans les saints, il se trouve trois choses qui nous sont servies en nourriture. « L'apparence extérieure du corps, » composée de trois éléments: la gravité dans le visage, la simplicité dans les habits la sagesse dans la démarche. C'est le pain d'orge dont cinq mille hommes sont rassasiés. Vient ensuite « l'aptitude intérieure de l'esprit, composée aussi de trois éléments : l'humilité dans la prospérité, la constance dans l'adversité, la modération dans la bonne et mauvaise fortune. C'est le pain de seigle, nourrissant quatre mille hommes. Vient enfin « la beauté supérieure et semblable à Dieu. » En Dieu et dans l'homme, la charité en produit le résultat, cette charité qui embrasse l'ami et l'ennemi et les aime à cause de Dieu. C'est le pain de froment, cuit à la chaleur du Saint-Esprit et appelé pain des anges.

140. Il y a deux maisons de Dieu. « L'extérieure,» la curiosité qui s'attache aux choses, c'est le tabernacle au dessus duquel éclate et se retire la gloire du Seigneur; « l'intérieure, » la simplicité qui s'adonne à Dieu et le sert, c'est le temple qui ne change point de place.

141. Il y a deux arches dans l'ancienne loi. Le texte littéral de l'histoire, où se trouvent les hommes et les animaux : et le sens de a continence spirituelle, où est la manne et la verge d'Aaron.

142. Dans l'Ecriture, on trouve trois charriots. « L'orgueil de la puissance temporelle, » ce char a pour cocher; l'enflure de la présomption et de l'audace, et pour coursier la force de la confiance en soi-même. Ses roues sont la mobilité, asile de la vanité et la prospérité, d'une succession d'événements heureux. C'est le char de Pharaon, sur lequel périt Réchab (Exod. XIV, 28). Vient ensuite « l'élévation de la conduite et de la vie. » Ce char a pour cocher les paroles des avertissements divers, pour cheval, le désir de la persévérance. Les roues sont les tourments horribles et les récompenses délicieuses. C'est le char où l'eunuque lit avec Philippe (Act. VIII, 31). Vient enfin, « l'élévation de la contemplation et de la grâce. » Son cocher est l'aurore de la patrie céleste, son coursier, le désir de la béatitude et de la vie, ses roues, la réprobation de la gloire du monde et le respect de la majesté divine. C'est le char de feu, qui transporte Elie au ciel (IV Reg. II, 11).

143. Il y a trois tentures qui recouvrent l'autel. L'affliction qui fait faire pénitence des péchés, c'est le cilice : la grandeur provenant de la louange et de la joie, c'est comme l'airain sonnant: la joie intérieure de la grâce, qui brille comme l'or.

144. Trois clefs nous ouvrent les choses cachées. «L'austérité d'un temps plein d'angoisse, c'est celle qui ouvre le puits de l'abîme : la subtilité de l'espérance pleine de hardiesse, c'est elle qui ouvre le royaume des cieux; l'éclat de la dilection véritable qui est la clef de David.

145. Il y a deux fleuves, dans lesquels se lavent les pécheurs. Ce sont le cours de la corruption et de l'impureté, de l'adulation et de la tromperie, c'est Abana, c'est Pharphar, les fleuves de Damas. Il en est deux dans lesquels se plongent les justes. Ces fleuves dont les eaux emportent la corruption et la honte, et donnent la consolation et la grâce, c'est Jor, c'est Dan, fleuves de la Judée.

146. Il y a quatre cantiques pour les fidèles. Le cantique de « victoire, », chanté quand Pharaon fut enseveli dans la mer (Exod. XV,1). Le cantique « d'encouragement, n chanté par les Israélites, au moment d'entrer dans la terre promise. Le cantique de joie, chanté par Anne, quand son fils vient au monde (I Req. 1, 1). Le cantique « de force, « que. chante David, sorti des mains du Saül (Psalm. LXIX).

147. Quatre sortes d'herbes se trouvent dans le jardin du Seigneur. La « pureté » du corps, c'est le lis : la grâce de l'innocence de l'âme, c'est l'hyssope : la « vérité » de l'éloquence dégagée d'entraves, c'est la violette : la «justice d'une conduite toujours » fidèle, c'est la rose.

148. Il y a un triple martyre non sanglant. La « simplicité » dans l'abondance, ce fut la vertu de David et de Job ; la « sagesse » dans la pauvreté; qu'exercèrent Tobie et la veuve ; la « chasteté » dans la jeunesse, dont Joseph fut l'exemple en Égypte.

Il y a deux pieds sur lesquels nous devons nous appuyer en marchant : la nature et l'habitude.

149. Il y a trois chevaux qui nous élèvent au ciel: « La douleur venant du repentir, » dont le serpent mord les pieds. Le coursier a pour selle la confiance d'avoir obtenu pardon, pour guide et pour frein, les consolations des Écritures et les exemples des anciens. Les éperons qui le pressent sont la confusion produite par l'énormité des fautes, la crainte résultant de la considération des jeûnes, qui les attendent. La fosse qu'il rencontre, c'est le désespoir. Vient « la faveur de la religion, Mardochée le montre, vêtu d'un habit royal. Ce cheval a pour selle, la gravité tempérante du discernement, pour guides et pour frein, la condition suspecte de la chair et le bonheur de la persévérance. Les éperons sont le désir de pratiquer la vertu et l'assiduité à procurer l'avantage de prochain. Le fossé où il peut tomber, c'est l'intempérance. Vient enfin « le désir produit par l'amour » ; ce coursier a la force, et il hennit puissamment. Les éperons qui l'excitent sont la cupidité constante des choses présentes, et l'éternelle stabilité des biens futurs. La soif de voir Dieu le conduit. La fosse qu'il a à craindre, c'est l'indiscrétion.

150. Dans les livres sacrés, nous trouvons trois grottes. « L'impiété perverse de la volonté. » C'est la retraite des voleurs, où Saül va soulager la nature. « La fixité inaltérable de l'égalité d'âme, » c'est celle qui se trouve à l'autel et a une coudée de dimension. « La pratique de la double piété. » C'est la double caverne, où sont ensevelis les patriarches.

151. Il y a quatre sortes d'armes qui servent principalement à notre défense. « L'intelligence humble et prudente. » C'est un casque qui couvre la tête : « la tempérance sage et modérée,» c'est la cuirasse qui protège la poitrine : « la constance persévérante et patiente, » c'est le bouclier qui protège la droite : « la justice qui rend ce qui est juste,» c'est le glaive à deux tranchants, qui pénètre jusqu'à la division de l'âme et de l'esprit.

152. Il y a trois sacrifices la contrition pieuse,» renfermant le beurre de l'humilité et l'absinthe de l'indignation : « l'œuvre digne, » contenant l'huile de la discrétion et le vinaigre de la confession, « l'action de grâces,» ayant la dévotion pour baume et, pour venin, l'ingratitude.

153. Quatre choses tiennent l'âme en captivité. La malice du monde, la tristesse sans fruit, la vaine gloire; l'orgueil caché.

154. II y a trois cieux vers lesquels nous sommes entraînés. La dignité de la pureté ecclésiastique, vers laquelle Elie est ravi corporellement; la vérité de la subtilité des anges, vers laquelle Ezéchiel est enlevé en esprit ; le sein sans limite de la suprême divinité, ou sont ravies les âmes des élus.

155. Il y a six villes de refuge. La précaution contre la prévarication qui est interdite, l'obéissance au précepte qu'il faut suivre, l'ambition d'apaiser la divinité. Ces cités se trouvent dans la terre de Chanaan. La considération de la structure de ce monde, l'examen incessant de la ville de la tyrannie, et la connaissance suréminente du Verbe de Dieu. Ces cités sont au-delà du Jourdain et du domaine de la tribu de Lévi.

156. Il y a trois sortes de Paradis. La douceur pleine de volupté des choses visibles, qui est fécondée comme un jardin de délices : la pureté simple des choses spirituelles, qui conserve l'homme: la vérité délicieuse des réalités placées au dessus des cieux, où saint Paul entend des paroles cachées.

157. Il y a quatre espèces de montagnes. Les monts Gelboé, où Saül jette son bouclier (II Reg. I, 24). Les monts de Samarie, dont la cime s'élève trop haut (Amos, III, 9), Les monts de l'Arménie, sur lesquels l'arche s'est arrêtée (Gen. VIII, 4). Les monts d'Israël, qui étendent leurs rameaux (Ezech. XXXVI, 1).

158. Deux choses nous empêchent d'être fidèles à nos résolutions. La honte de ce que nous avons entrepris et la défiance de pouvoir le pratiquer toujours. C’est là Rechab et Benaa, qui immolent lsboseth sur sa couche (II Reg. IV, 7).

159. Il y a quatre manteaux qui couvrent notre nudité. « La vieillesse de la terreur » et de la malice, qui est comme la ceinture qui couvre les parties honteuses du corps. « La nouveauté de la conduite » et de la vie, dont Rébecca, en descendant de son chameau, couvrait son visage. (Gen. XXIV, 65). « L'intégrité céleste de la sainteté, » que Elie laissa à Elisée, et qui divisa les eaux du Jourdain (IV Reg. II, 14). « La splendeur de l'immortalité » éternelle, manteau de saphir, dont Mardochée se sert au Deux jours de fête: est « bon » quand il nous accorde avec largesse les biens du temps. Il est « patient» quand il diffère miséricordieusement de punir les pécheurs: Il est « longanime, » quand il invite les coupables à faire pénitence.

160. Il y a trois ennemis, aux mains desquels nous sommes livrés. L'impureté des désirs «immondes, » qui sont comme des rails qui nous rongent par derrière. L'obscénité des passions « du corps, » qui sont comme des sauterelles qui blessent à la manière des scorpions. La perversité de la raison et du sentiment, sorte de serpents de feu.

161. Il y a quatre voleurs qui nous ravissent les meilleurs de nos biens. « La stupidité d'une intelligence hébétée, » qui nous enlève la science de la vérité. C'est ce larron qui est appelé par le Psalmiste la chose qui rôde dans les ténèbres (Psalm. XC, 6). « Les impétuosités lascives d'une chair indomptée; » emportant le mérite de la pureté : on l'appelle le démon du midi. L'orgueil naissant de la faveur et de la gloire, qui prive l'âme de la plénitude de la sainteté. Ce mal est désigné sous le nom de flèche, qui vole dans le jour. L'amour et le &sir de cette vie, qui prive l'homme de la récompense de l'éternité : il est comme la crainte nocturne. Ce sont là les voleurs de Syrie.

162. Il y a trois baisers. Celui de la a réconciliation, duquel les deux pieds de Seigneur, la miséricorde et la justice, sont baisés par l'âme. Celui de la « rémunération, » par lequel les deux mains, l'oeuvre de la justice, créatrice, et le gouvernement incessant du monde, sont embrassées. Celui de la « contemplation, » qui se cueille sur les lèvres, et qui réunit dans une merveilleuse unité le Verbe de Dieu et l'homme. Ces baisers peuvent être appelés, le premier, le baiser naturel, quand nous sommes amenés au bien par le mouvement spontané de notre propre volonté. Le second, le baiser doctrinal, quand les avertissements d'un autre nous portent vers Dieu. Le troisième, le baiser gracieux, lorsque une inspiration agréable nous entraîne à bien faire.

163. Il y a trois vocations. La « divine, » comme fut celle de saint Paul. «L'humaine, » c'est celle des cinq mille hommes qui se convertirent à la voix des Apôtres. La «nécessaire, » celle de saint Paul, premier ermite.

164. La contemplation s'appelle nourriture en cette vie, où nous mangeons notre pain à la sueur de notre front. En l'autre, où on la prend librement et sans douleur, elle porte le nom de boisson. Et, à la fin, quand l'âme se livrera à. la joie, après être réunie à son corps, elle porte le nom d'ivresse. Aussi, est-il dit : « mangez, mes amis, » et le reste (Cant. V, 4).

165. Parmi les contemplatifs, les « uns» montent et tombent, comme la bête qui touche la montagne (Exod. XIX, 13) : les « autres » sont ravis et descendent, comme saint Pierre, après son extase, descendit du cénacle (Act. X, 21).

166. Il y a deux mamelles. La « compassion, » d'où sort le lait de la consolation qui nourrit les faibles : la « congratulation , d'où jaillit le lait de l'exhortation, qui soutient les forts.

167. Il y a trois parfums. La « componction n au souvenir des péchés, il arrose les pieds de Jésus. La «dévotion » au souvenir des bienfaits , il oint la tête du divin maître. La «pitié » à la vue des malheureux, il est préparé par les saintes femmes, pour embaumer son corps sacré.

168. Il y a trois verges. La verge de Moïse, qui divise la mer rouge (Exod. XIV, 21). La verge d'Aaron, qui confère le sacerdoce (Num. XV, 8). La verge pastorale de David, qui repousse l'ennemi (I Reg. XV, 40).

169. Jésus eut une triple apparence : une commune et méprisable ; une autre plus brillante que le soleil et tout étincelante; une troisième, spirituelle et divine, mais voilée aux regards des hommes.

170. Il y a trois nourritures pour Israël: Le pain azyme de la science séculière dans la sortie d'Égypte. La manne de l'intelligence dans le désert. La palme de la victoire triomphante dans le royaume de la promesse.

171. Trois personnes participent aux secrets divins. Celui qui pratique avec une très-grande fermeté la foi qu'il a connue ; celui qui détruit avec énergie les vices qui fondent sur lui, et celui qui reconnaît avec humilité la grâce qu'il a reçue. Ces personnages sont Pierre, Jacques et Jean.

172. Trois hommes sont délivrés dans tout le peuple, Noë, Daniel et Job.

173. Trois sont choisis pour le sacerdoce, Moïse, Aaron, et Samuel.

174. Les larrons enlèvent l'habit d'innocence, ils blessent par les flèches de la tentation et ils privent de la consolation céleste.

175. Par le moyen de Notre Dame, les coupables obtiennent le pardon ; les justes, la grâce ; les anges, la joie.

176. Nous devons chercher le bien devant les hommes, par « notre extérieur », en veillant à ce qu'il ne soit pas remarquable ; par nos actions, en veillant à ce qu'elles ne soient pas répréhensibles; par « nos paroles, » en veillant à ce qu'elles ne nous attirent pas le mépris. Nous devons le chercher devant Dieu, par une « pensée » sainte, une affection pure. une intention droite.

177. Il y a en Jésus-Christ deux choses, la « génération divine et la génération humaine: » et dans le Saint-Esprit, la procession et la grâce.

178. Le Saint-Esprit opère certains effets en nous pour nous, comme la componction, en remettant les péchés; la dévotion, en guérissant les oeuvres ; l'amour, en révélant les choses célestes. Il y en opère d'autres pour le prochain, comme le don de la parole, la grâce des guérisons, etc.

179. Il y a un double péril à redouter : celui de donner au prochain les biens qui sont pour nous ; et celui de garder pour nous ce qui est destiné au prochain. C'est là le discernement des esprits.

180. Le portier de la mémoire, c'est le souvenir de notre profession celui de la volonté, c'est la pensée de la patrie céleste : le concierge de l'intention, c'est la considération de l'enfer.

181. Il y a quatre manières d'aimer. Aimer charnellement la chair , charnellement l'esprit ; spirituellement la chair; spirituellement l'esprit.

182. Il y a trois pains, que l'ami demande en arrivant de voyage, la continence, l'humilité, la charité (Luc. XI, 6).

183. Il y a une triple paix; la paix feinte, comme celle de Judas. La paix désordonnée,, comme,celle d'Adam et d'Eve. La paix véritable que Jésus Christ laissa à ses disciples.

184. Il y a trois espèces d'hommes qui recherchent la paix : les pacifiés qui possèdent leur terre en paix ; les patients qui possèdent leur âme dans la patience ; les pacifiques, qui établissent la paix parmi ceux qui ne sont pas pacifiés.

185. Parmi les contemplatifs, les « uns »montent et tombent, comme ceux qui se sont évanouis en leurs pensées; les « autres sont ravis » et descendent, comme lorsque nous sommes transportés en Dieu.

186. Il a une pierre carrée, sa face supérieure est l'amour des choses célestes, l'inférieure, le mépris des terrestres, celle de droite est le peu de cas de la prospérité, celle de gauche, le support égal de l'adversité.

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