DIALOGUE
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DIALOGUE D'UN JUSTE AVEC DIEU.

Soit qu'il eût été tiré pour un moment de son corps pour y dire ramené ensuite; soit qu'il eût été ravi en extase et rendu, après cela, à son état normal.

L'auteur de ce dialogue rapporte, que soit dans son corps, soit hors de son âme, Dieu le sait, il avait reçu la grâce de se reposer de ses travaux, de se livrer avec le peuple dp ,Dieu? .aux loisirs du Sabbat, de s'asseoir aux pieds de Jésus, et de contempler l'éclat ravissant de sa beauté : il crut avoir obtenu pour toujours la part excellente de Marie, et que la belle Rachel ne serait plus ravie aux embrassements de l'Époux céleste. et voilà que soudain le Seigneur, en regardant du haut des cieux, vit les enfants pleurer et chercher du pain, leur mère, privée de son époux, le visage inondé de larmes, mendier des consolations pour ses fils et pour elle et n'en point trouver. En apercevant à ses côtés; un homme selon sa volonté, qui tressaillait d'une allégresse singulière, et ne prenait nul souci de la tristesse commune, ce divin maître, Père des miséricordes, ce Dieu de toute consolation, qui est charité, et ne cherche point ses propres intérêts, lui dit : ta récompense est assurée, pour avoir attendu, tu ne la verras point diminuer; prends plutôt pitié des malheureux que tu abandonnes. Quoi donc! Tes pères seront au combat, et loi, tu te reposeras en cet heureux séjour. Ils seront à la porte et te chercheront, tandis que tu seras entré dans la joie de ton Seigneur ? Il te faut sortir, aller vers eux; te lever pour les secourir,et combattre les combats du Seigneur. Le Seigneur dit donc : lève-toi et sors de ce lieu.

L'homme. — Seigneur, il fait bon être ici. Où irai-je loin de votre face ?

Le Seigneur. — Sors et retourne à ton malade, au corps que je t'ai confié pour que tu le gardes et le surveilles : déjà il tombe en dissolution

L'homme. — Malheureux que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort ? Seigneur, ayez pitié de moi, mon malade est ennuyeux et insupportable, il réclame avec importunité les soins qui lui sont nécessaires, et sollicite avec insistance et fatigue ce qui lui est inutile ou dangereux.

Le Seigneur. — Prends soin de lui, mais n'accède pas à tous ses désirs. C'est ainsi qu'il faut traiter son infirmité.

L'homme. — C'est une charge bien lourde.

Le Seigneur. — Pars, mais si tu lui enlèves ce qui lui appartient, tu seras contraint de le lui restituer au quadruple. Mais déjà les petits enfants pleurent, et il ne se trouve personne pour leur donner du pain. L'homme. — Quand songerai-je à moi ?

Le Seigneur. — Tu t'occuperas de toi plus tard.

L'homme. — Mais quoi, Seigneur, je ne puis les nourrir, ni en avoir soin, si je ne tends la main à l'Egypte et aux Assyriens, afin de les rassasier.

Le Seigneur. — La créature est asservie à la vanité contre son gré, mais à cause de celui qui l'a soumise dans l'espoir de sa délivrance. Car elle sera délivrée de la servitude de la corruption peur entrer dans la liberté des enfants de Dieu.

L'homme. — Seigneur, cet Assur dévore non-seulement nos chairs, mais encore il nous enlève jusqu'à nos os. Non-seulement il tourmente notre corps et le fatigue, mais encore le glaive pénètre jusqu'à notre âme.

Le Seigneur. — Si j'ai donné ma vie pour vous, vous devez, vous aussi, livrer votre âme pour vos frémis.

L'homme. — Et pourquoi ne défendez-vous pas notre sang ?

Le Seigneur. — Tu es donc un enfant : si tu ne vois pas battre la verge qui t'a battu, tu ne cesses point de pleurer.

L'homme. — Je vous en conjure, Seigneur, souffrez que je parle encore « à mon maître, moi qui suis terre et poussière. Vous m'avez séduit, Seigneur, et j'ai été séduit, vous  avez été fort et vous avez prévalu. Vous m'avez dit, en effet ; venez à moi, vous qui souffrez et qui êtes accablés et je vous soulagerai. Car mon joug est suave et mon fardeau léger. « J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé. » C'est avec plaisir, avec joie, que je me suis placé sous votre joug ; et voici que, par votre permission, les ennemis sont maîtres de moi ; sans vous, et sous leur joug de fer, ils me brisent sous leurs exigences. Je suis citoyen de votre cité, et ils me contraignent de bâtir les villes de l'Egypte avec leur ciment et leur briques.

Le Seigneur. — Prenez patience jusqu'à mon arrivée.

L'homme. — Jusques à quand, Seigneur.

Le Seigneur. — Moïse et Aaron, allez à votre travail. Et l'homme se sentant éloigné de la vue d'un bonheur en des termes semblables à ceux dont Pharaon se servit pour écarter Moïse et Aaron de sa présence, revint à lui, et s'écria en gémissant , « Je l'ai dit : dans le ravissement de mon âme, j'ai été repoussé de la contemplation de votre visage, Seigneur, vous êtes devenu cruel pour moi, et, dans la pesanteur de votre bras, vous vous opposez à moi. » Et déplorant d'être obligé de porter de nouveau le poids du jour et de la chaleur, de s'exposer à être sali par le mortier et les briques, il passa, dans la douleur, le reste de sa vie, en attendant qu'il fût tout-à-fait enlevé et parfaitement introduit dans la joie de son Seigneur.

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