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AVERTISSEMENT SUR LES LIVRES SUIVANTS DE LA VIE ET DES GESTES DE SAINT BERNARD SON ILLUSTRE ORIGINE.

I. On trouverait difficilement un saint qui eût en autant et d'aussi remarquables historiens de sa vie et de ses actions que saint Bernard. En effet, l'histoire de sa vie et des grandes actions dont elle a été remplie nous a été racontée par trois auteurs des plus distingués, qui semblent s'être entendus pour nous donner une histoire complète de notre saint docteur. Ce sont Guillaume, qui avait été abbé de Saint-Thierry près de Reims, et qui n'était plus que simple religieux de l'abbaye de Ligny quand il se mit à écrire l'histoire de la vie de saint Bernard; Ernald, abbé de Bonneval, dans le pays Chartrain, et Geoffroy, secrétaire même du saint. Tous les trois ont été comme les témoins oculaires de ce qu'ils racontent. Après eux, pour ne citer que les plus remarquables historiens de saint Bernard, il y eut Alain, évêque d'Autun, et Jean l'Ermite; les siècles moins éloignés en comptent beaucoup, parmi lesquels nous nommerons Philothée, moine de Clairvaux, qui sous un nom vrai ou supposé nous a laissé aussi une, histoire de saint Bernard.

II. Guillaume qui, d'abbé de Saint-Thierry, était devenu simple religieux de Ligny, au diocèse de Reims, par amour de la solitude et du repos, ainsi que Burchard, abbé de Balerne nous l'apprend dans la souscription qu'il a placée de sa main au bas du premier livre de la Vie de saint Bernard, nous apprend dans la préface de son histoire, qu'il en a écrit le premier livre, du vivant de saint Bernard, mais à son insu. L'époque où Guillaume s'est retiré à Ligny nous est à peu près indiquée par le cartulaire de Saint-Thierry, où nous voyons son successeur immédiat, l'abbé Hélin, nommé pour la première fois en 1135. Mais on ne sait pas bien en quelle année précisément Guillaume a commencé son histoire; ce qu'il y a de certain, c'est que ce ne fut pas avant la translation du monastère de Clairvaux„dans un endroit plus spacieux et la construction du nouveau monastère, comme on peut le voir par les n. 34 et 62 de son histoire; ce ne fut même qu'après l'extinction des schismes et des hérésies qui désolaient l'Église, ainsi qu'il résulte du n. 40 : par conséquent, après l'année 1140, peut-être même 1145. Or, Guillaume mourut avant saint Bernard. Il est longuement parlé de lui au tome Ve, (de l'édition de Mabillon ), dans l'avertissement placé en tête de la lettre aux religieux de Mondée et dans les grandes notes sur la lettre LXXXV.

III. A la mort de Guillaume, sa Vie de saint Bernard fut continuée pare Ernald ou Arnaud, abbé de Bonneval. différente de celle du même nom située dans le diocèse de Besançon et de celle de Cîteaux, au diocèse de Rhodez, cette abbaye se trouvait dans le pays Chartrain, et Ernald en était abbé quand saint Bernard lui adressa la dernière lettre qu'il écrivit, laquelle est la CCCe de la collection de ses lettres. On peut voir à ce sujet, sur lequel les avis ont été partagés, les notes dont nous avons accompagné cette lettre. Ernald s'est mis à l'oeuvre à la prière des religieux de Clairvaux, qui, par modestie, le chargèrent de continuer l'histoire commencée par Guillaume, ainsi que Ernald lui-même nous l'apprend dans la préface du second livre de la Vie de saint Bernard. La mort l'empêcha de terminer son histoire.

IV. Aux deux premiers livres dont nous venons de parler, Geoffroy en ajouta trois. Il ne paraît pas douteux que cet écrivain est le même Geoffroy que le secrétaire de saint Bernard; il ne faut donc point le confondre avec Geoffroy de Péroue, dont il est parlé au livre IV, n. 46, non plus que avec Geoffroy, cousin et compagnon de conversion de notre saint, lequel devint plus tard prieur de Clairvaux, puis évêque de Langres, et qui finit par venir reprendre la vie de simple religieux à Clairvaux, où il mourut le 8 novembre 1154. Geoffroy, auteur des trois livres de la Vie de saint Bernard, écrit, en pleurant, dans la préface placée en tête de ces trois livres, que c'est treize ans environ après sa propre conversion qu'il eut le malheur de se voir enlever saint Bernard par la mort, ce qui place sa conversion vers l'an 1140. Il était originaire d'Autun, et fut, avant sa conversion, disciple d'Abélard ; il était clerc, comme on le voit dans le livre des Déclamations dont il est l'auteur; il dit, n. 43 : « Et nous aussi nous avons été clerc. » Après sa conversion, il devint secrétaire de saint Bernard avec Nicolas de Clairvaux, il l'accompagna dans ses voyagea, et, après sa mort, il devint abbé d'Igny, puis de Clairvaux, après Fastred, en 1162, poste qu'il occupa environ quatre ans, d'après la chronique de Clairvaux citée par Chifflet. Mais au bout de ce temps, se voyant tourmenté par ses religieux, il se démit de sa charge en 165 et se retira en Italie au monastère de Fossa-Nova, dont il devint abbés quelque temps après, puis à Hautecombe, ainsi qu'on le voit toujours dans la même chronique. Il est question dans cette chronique de son ouvrage important sur le Cantique des cantiques, de la Vie de saint Pierre, archevêque de la Tarantaise et de plusieurs autres livres et sermons. On trouve dans Baronius uns lettre de cet abbé Geoffroy à Henri, cardinal évêque d'Albe, et vicaire du légat de Monseigneur le Pape, au sujet d'une controverse nouvelle qu'il trouva engagée à son retour en France, sur « la substance de l'eau qui est offerte dans le calice avec le vin auquel elle est mêlée, et sur la question de savoir si elle est changée au sang de Notre-Seigneur, en même temps que le vin. » On a encore, de ce même auteur, un libelle « contre les chapitres de Gilbert de la Porrée, évêque de Poitiers. Nous donnerons cette brochure après ses trois livres de la Vie de saint Bernard, en même temps que plusieurs autres opuscules également de lui. Enfin, il écrivit aussi contre Abélard, comme nous le disons; il composa un sermon sur saint Bernard, que nous donnerons aussi plus loin avec son petit commentaire sur l'Oraison dominicale. Il nous reste à voir si la Vie de saint Bernard, dont nous donnerons des extraits en troisième lieu, et la seconde partie du livre sixième des miracles de saint Bernard sont de lui, comme les trois livres dont nous avons parlé plus haut.

V. Aux cinq livres de la Vie de saint Bernard, dont nous venons de parler, nous en ajoutons deus de ses miracles; l'un écrit par plusieurs auteurs, l'autre extrait du grand Exorde de Cîteaux et des fragments d'Herbert qui, de religieux de Clairvaux, devint archevêque de Turin en Sardaigne, et qui a composé trois livres des miracles de ses coréligieux de Citeaux, édités dans Chifflet. Le premier livre des miracles se divise en trois parties, d nt la première est de Philippe, moine de Clairvaux, et adressée à Samson, archevêque de Reims; la seconde est de plusieurs religieux de Clairvaux, que Philippe même chargea de ce travail; l'un d'eux est Geoffroy, qui a été écrit aussi la troisième partie dans sa lettre à Hermann, évêque de Constance. Cette panne comprend tous les miracles que l'auteur a vu faire à saint Bernard dans sort voyage de Spire à Liège. Elle est suivie d'une seconde lettre sur le même sujet, écrite par le même Geoffroy « à son très-cher maître Archenfred et aux deux Capitules, ses frères utérins. » Pour moi, je ne fais point de doute que ce Geoffroy est l'auteur des trois derniers livres de la Vie de saint Bernard, et je ne puis embrasser l'opinion de Charles de Visch, qui attribue ces livres à Geoffroy, secrétaire de saint Bernard, et la troisième partie des miracles de notre Saint, à Geoffroy d'Autun, qu'on né doit pas regarder comme différent de Geoffroy le secrétaire, suivant Hélimand, religieux qui s'exprime ainsi dans sa chronique. « Pierre Abélard avait eu autrefois pour disciple Geoffroy d'Autun, qui fut pendant longtemps secrétaire de saint Bernard, et qui, entre autres choses, a dit de Pierre Abélard : « Je ne puis oublier qu'il a été un temps ou il fût mon maître, cet homme qui, rendant vain le prix de notre rédemption, prétendait que, dans le sacrifice de la passion du Seigneur, il n'y a rien de plus qu'un exemple de vertu et un excitant pour notre amour, etc. Béni soit Dieu, qui nous a donné, à vous et à moi en même temps, un maître bien meilleur, je veux parler de Bernard, dont il s'est servi pour nous convaincre de l'ignorance du premier, et confondre son orgueil, quand il disait que le Christ, dans sa passion, nous a donné trois choses en particulier: un exemple de vertu, un motif d'amour, et un sacrifice de rédemption. » Dans Bernard, tome II, opus. XI, n. 25, Hélimand ajoute: « Ledit Geoffroy a écrit avec autant de force que d'esprit catholique, ce que nous venons de rapporter et bien plus encore contre Pierre Abélard, son premier maître. » Nicolas de Clairvaux a écrit à Geoffroy une lettre, qui est la XLII, en faveur de l'évêque d'Aleth. » Mais, en voilà assez pour ce qui est de Geoffroy et les autres auteurs de la première Vie et des miracles de saint Bernard. Il nous reste à parler maintenant des écrivains qui ont fait sa vie après l'histoire de ses miracles.

VI. Il ne faut pas oublier de dire ici que Pierre François Chifflet, prêtre érudit de la société de Jésus, a publié à Dijon, en 1660, « sa diatribe sur l'illustre origine de saint Bernard, » pour montrer que cette expression du bréviaire romain, « né d'une famille honnête, ne dit pas assez, attendu qu'il est constant que, du double côté paternel et maternel, il est de très-noble extraction. » Il a publié sa diatribe avec diverses approbations et des monuments à l'appui. Nous allons en donner ici le résumé.

VII. Técelin, père de saint Bernard « était un homme d'antique et légitime milice, » c'est-à-dire d'une noblesse bien prouvée, que nous appelons chevaliers; c'est le récit de Guillaume dans son premier chapitre. Dans »un diplôme de Hugues second, duc de Bourgogne, pour le monastère de saint Marcel de Châlons-sur-Saône, il est surnommé Sorus, c'est-à-dire le Roux, sans doute à cause de la couleur de ses cheveux. Ce diplôme est signé après Raigner, par Técelin, écuyer tranchantdu duc, avant Bernard de Montfort, Garnier de Sombernon, et autres nobles personnages. Guy d'Aigremont, au témoignage d'Aubry, moine de Trois-Fontaines, était du côté de sa mère, frère de Tesselin Sorade Fontaines, père de l'abbé Bernard de Clairvaux, et, d'un autre côté, il fut frère d'Ulric, sous qui fut fondée l'abbaye de Morimond. « La noblesse de de Guy est assez prouvée par son mariage avec Hesceline, dame de Mullée, » fille de Holdoin, frère de Geoffroy, seigneur de Joinville. Voilà pour ce qui est du côté paternel.

VIII. Pour ce qui est du côté maternel, Bernard eut pour mère Aleth ou Alayse, qu'un des écrivains de la troisième Vie de saint Bernard, appelle aussi Elisabeth, peut être par une faute de copiste. Elle était fille de Bernard, seigneur de Montbar, homme puissant et grand selon la dignité du siècle, et de la noble lignée des ducs de Bourgogne, ainsi que beaucoup d'auteurs l'ont pensé, si nous en croyons Jean l'Ermite, l'auteur de la quatrième Vie. Dans le nécrologe de saint Bénigne, de Dijon, où elle fut d'abord enterrée, elle est qualifiée simplement de laïque et sa mémoire se trouve rappelée en ces termes. « Le premier septembre, mort de Alayse, laïque, » expression usitée dans ce nécrologe pour distinguer les personnes, de distinction, même des religieuses. Ce jour, au dire de Jean l'Ermite, on faisait, à Fontaine, la fête de saint Ambroise ou Ambroisien, confesseur, que plusieurs confondent, mais à tort, avec saint Ambroise de Milan. Rainard, seigneur de Montbar, était en même temps oncle de Bernard et cousin germain d'Alayse. La famille de notre saint était donc aussi illustre des deux côtés; on ne doit point s'étonner, que Guy, son frère aîné ait été appelé « un grand homme, » par Guillaume, dans son chapitre III. Son épouse est qualifiée de jeune femme de qualité; et sa soeur, Humbeline, de jeune personne noble, qui ne sortait jamais sans être accompagnée d'une suite magnifique et sans un grand apparat, comme on le voit dans le chapitre VI de Chifflet. Ajoutez à cela que Gaudric, oncle de saint Bernard, est appelé par Guillaume, n. 10, « un homme puissant dans le monde, qui s'était fait un nom dans la milice séculière, et qui était- seigneur d'un château fort, situé dans le pays Éduen, et nommé Tuillie. » Jobert, de la Ferté-sur-Aube, homme noble, était aussi proche parent de saint Bernard, selon la chair, au rapport du même Guillaume, n. 43. Enfin, Raigner l'homme d'arme, était frère de Geoffroy, qui, de prieur de Clairvaux devint évêque de Langres, et parent de saint Bernard. Chifflet prouve que la famille du père de saint Bernard, qui a reçu le nom de Fontaines, a duré jusqu'à nos jours, (c'est Mabillon qui parle), par Barthélemy de Sombernon, dont la famille fut alliée par une fille héritière du nom de Sombernon, à la race royale des dues de Bourgogne. Il y a encore plusieurs autres détails, sur l'illustration de la famille de saint Bernard, plus ou moins certains, dans Chifflet; nous les avons négligés à dessein, et n'avons tenu compte que de l'écusson du monastère de Clairvaux, qui porte, sur un écu noir, un baudrier d'or ou d'argent coupé de deux chevrons de gueule, pour dire qu'il ne vient pas comme quelques-uns l'ont dit, de l'écusson de Bernard, à l'époque où il vivait dans le monde, mais bien de celui de la famille des ducs, dont un nommé Hugues, à fondé Clairvaux. Quant aux six bandes d'or et azur, placées transversalement sur un bord de pourpre, qui était le Symbole de l'ordre de Cîteaux, c'est un emprunt fait à la famille des dues de Bourgogne, dont les largesses et l'appui ont le plus contribué à la fondation de Cîteaux. Disons, en finissant, que les parenthèses qu'on trouve dans le texte y ont été placées par Horstius, d'après un manuscrit de Campen, ou par nous.

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