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« L'humilité précède la gloire. » (Prov., XV, 33.)

 

Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus « se passionna pour l'oubli » aux jours de sa vie mortelle, réservant toute louange à son Créateur, et lui donnant, par un abandon et une confiance aveugles, tout l'amour dont elle était capable. Mais, « quand l'âme s'est entièrement sacrifiée pour Dieu dans la nuit de la foi, dès qu'elle a quitté l'exil, ce Dieu reconnaissant s'écrie : Maintenant, à mon tour (1)! » Ces paroles d'un pieux auteur avaient frappé Thérèse encore adolescente.

Et le tour du Seigneur est venu de payer, avec une prodigalité divine, les sacrifices ignorés de celle qui l’aima de l'amour le plus pur et le plus généreux. Exaltant l'humilité de sa servante, il a fait pour elle de grandes choses. Il lui donne sur les âmes un empire extraordinaire, et, dans le monde entier, un renom de sainteté presque sans égal. Mieux encore, le don des miracles lui est conféré, comme autrefois aux messagers apostoliques, en sorte qu'un merveilleux crédit répond à la compatissante promesse de cette infatigable avocate des douleurs humaines : Je veux passer mon Ciel à

 

1 La Fin du Monde présent. Abbé Arminjon.

 

faire du bien sur la terre... Je ferai tomber une pluie de roses.

Dès l'apparition de sa Vie écrite par elle-même, commence à se répandre l'effluve embaumé. Des guérisons, des grâces spirituelles, des secours de toute nature vont se multipliant et créent bientôt un élan de confiance qui se généralise, s'étend, déborde de France et d'Europe, et envahit toutes les parties du monde.

En 1907, est annexé pour la première fois à « l'Histoire d'une Ame », un résumé des grâces les plus remarquables. Dès lors, ce n'est plus l'ondée bienfaisante et encore timide, mais une véritable pluie de roses. L'autorité ecclésiastique, frappée de ces faits, permet le choix d'un postulateur et d'un vice-postulateur, destinés à promouvoir la Cause de Béatification de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Le Très Rév. Père Rodrigue de Saint-François de Paule, Carme déchaussé, de Rome, et Postulateur des Causes du Carmel, accepta, au début de igog, la postulation de celle-ci, tandis que Mgr Roger de Teil (1), Prélat de la Maison de Sa Sainteté, et plus tard Directeur Général de l'Oeuvre de la Sainte-Enfance, assuma, à Paris, le rôle de vice-postulateur.

En mars 1910, S. G. Mgr Lemonnier, Evêque de Bayeux et Lisieux, ordonna dans son diocèse la recherche des Ecrits de la Servante de Dieu, et constitua, au mois de juillet suivant, je Tribunal ecclésiastique chargé d'instruire la Cause.

Le 12 août de la même année, les dépositions commencèrent, et onze religieuses du Carmel de Lisieux, parmi lesquelles neuf ayant vécu avec Ste Thérèse de l'Enfant-Jésus, furent citées comme témoins. On conçoit l'intérêt d'un tel

 

1 Après avoir servi la Cause avec autant de zèle que de prudence, ce vénéré Prélat mourut à Paris, le ig mai 1922, dans sa 74e année.

 

procès, où la date récente des faits permettait une précision, une abondance de détails rarement aussi complètes. En outre, vingt-six autres témoins, dont seize de visu, convoqués à des titres différents, apportèrent leurs déclarations très documentées.

Au cours de cette première session du Tribunal, on procéda, au cimetière de la ville de Lisieux, à l'exhumation des restes de la sainte Carmélite, afin d'en assurer la conservation.

Le 4 octobre 1897, elle avait été inhumée, la première, dans un enclos que la communauté venait d'acquérir. Sa tombe se trouvait ainsi dans l'angle, à droite.

Le 6 septembre 1910, en présence de S. G. Mgr Lemonnier, on transféra la précieuse dépouille dans un caveau cimenté, à gauche de l'entrée.

La nuit qui précéda l'émouvante cérémonie, la Sainte apparut à la Rde Mère Carmela, Prieure du Carmel de Gallipoli (Italie), laquelle ignorait l'événement, et lui prédit « qu'on ne retrouverait d'elle que des ossements ».

Ce fut vrai. L'humble « petite Thérèse » avait dit avant sa mort: Il faut que tout ce que je fais, les petites âmes puissent le faire. Il semble donc que Dieu ait répondu à sa préférence pour le sort commun, en ne lui épargnant pas l'humiliation du tombeau.

Mais, en revanche, le grain de froment, jeté dans la profondeur de la terre et mort apparemment, est devenu merveilleusement fécond.

 

Le Procès de Réputation de Sainteté se termina au cours de l'été 1911 ; il fut suivi bientôt de celui de non-culte, et après une clôture solennelle des séances, le 12 décembre 1911, toutes les pièces de la procédure (dite Information) réunies et copiées, furent portées à Rome, à la Sacrée Congrégation des Rites, en février 1912.

« Je vais faire tomber un torrent de roses », venait d'annoncer la Servante de Dieu, à l'un de ses privilégiés. Et la pluie céleste, en effet, se transforma en torrent, vérifiant une autre promesse : « Personne ne m'invoquera sans recevoir de réponse. »

On a pu dire de l'aimable Thaumaturge : « Elle a cela de particulier, qu'après sa mort, elle n'a pour ainsi dire pas disparu, continuant à vivre au milieu de nous. Ses manifestations, depuis qu'elle est au Ciel, portent bien son cachet personnel; en certaines de ces circonstances, elle a parlé, agi, de telle sorte qu'on reconnaît son accent, ses manières, et son autobiographie se complète naturellement par ses faits et gestes du Paradis. »

En effet, au sein de la Patrie céleste, elle se montre accessible comme elle l'était aux jours de sa vie mortelle; jadis, elle accueillait toute requête avec un sourire; aujourd'hui, elle répond aux prières par des parfums de roses ; elle avait su prouver son amour au Seigneur en ne laissant échapper aucune petite pratique de vertu, elle semble vouloir maintenant gagner la confiance de ses dévots en les secourant dans les plus petites choses. Il faut enfin relever un caractère très particulier de sa dévotion : c'est l'intimité de tous les instants qui s'établit entre Thérèse et ses amis. Elle vit avec eux, intervient en leur faveur dans les moindres détails de leur existence, les guide dans leurs difficultés, les console dans leurs épreuves. Il y a entre elle et ces âmes, un commerce affectueux et perpétuel, ou mieux, un coeur à coeur d'une inconcevable tendresse. Elle est vraiment près de ceux qui l’invoquent, car elle a trouvé l'ineffable moyen de passer son éternité au Ciel et sur la terre, semant les bienfaits à pleines mains.

Sept volumes successifs ont glané ces « roses », mais leurs gerbes demeurent incomplètes, car on peut dire de cette histoire posthume ce que Thérèse dit de l'histoire de son

âme : Beaucoup de ces pages ne se liront qu'au Ciel. Du moins c'est un aperçu touchant où l'on entrevoit la bonté de celle qui, sensible à toute misère, s'incline avec prédilection vers les petits et les pauvres. En un mot, toutes les souffrances du corps, et plus encore celles de l'âme, attirent sa pitié.

Il convient surtout d'admirer son rôle d'Ange du Sacerdoce : « Priez-la, conseillait à un prêtre le pape BENOIT XV, c'est sa vocation d'apprendre aux prêtres à aimer Jésus-Christ. » Combien de récits intimes ont prouvé la réalité de cette vocation spéciale!

Mais « en faisant aimer l'amour », selon son désir ardent, combien notre Sainte se fait aimer elle-même! Sur son lit de mort, le Seigneur lui avait donné de connaître la souveraine attirance qu'elle exercerait sur les cours, et l'on avait recueilli de sa bouche ce pressentiment extraordinaire : « Ah ! je le sais bien, tout le monde m'aimera ! »

En effet, de tous les points du globe, des pétitions appuyées de milliers de signatures, affluèrent au Vatican pour demander la béatification de cette puissante Protectrice. L'Angleterre et lé Canada apportèrent à ce plébiscite un concours imposant, par le nombre et la qualité des signataires.

Au cours de la guerre européenne 1914-1918, des soldats de tout rang prirent la même initiative, et, du champ de bataille, plaidèrent auprès du Souverain Pontife la gloire de leur « petite Soeur des tranchées ».

Enfin, au Brésil, un mouvement analogue provoquait le don magnifique d'une petite châsse d'or et de pierres précieuses, destinée à contenir les saintes reliques, dans les processions.

Ces faits extraordinaires faisaient dire aimablement à S. E. le Cardinal Vico, Préfet de la Sacrée Congrégation des Rites : « Il faut nous hâter de glorifier la petite sainte, si nous ne voulons pas que la voix des peuples nous devance. » L'éminent Prélat, dans sa première visite au Carmel de Lisieux, en octobre 1910, affirmait ainsi la même pensée : « Si nous étions aux temps primitifs de l'Eglise, où les Béatifications des Serviteurs de Dieu se faisaient par acclamations, il y a longtemps que Soeur Thérèse serait béatifiée ! »

Un des signes les plus probants de cette confiance mondiale, fut bien aussi le nombre croissant de pèlerins vers le cimetière de Lisieux, autour de la modeste croix qui abrita jusqu'à la Béatification les restes précieux de Thérèse.

Non seulement de France et d'Europe, mais de toutes les parties du monde, on comptait en moyenne 80.000 pèlerins visitant chaque année cette tombe déjà glorieuse. « On prie là comme à Lourdes », disait-on, et, en fait, rien de plus touchant que le spectacle de ces fidèles gravissant la petite colline, quelquefois pieds nus, le chapelet à la main, ou chantant de pieux cantiques, avant de pleurer et d'épancher leurs coeurs sur le coin de terre vénéré.

 

Mais l'ordre chronologique oblige à revenir en arrière, au 9 juin 1914, jour où le Pape PIE X, sur l'avis favorable des Cardinaux de la Sacrée Congrégation des Rites, signait l'Introduction de la Cause en Cour de Rome. Dès lors, cette Cause était placée sous l'autorité immédiate du Saint-Siège qui, bientôt, en mars 1915, par des Lettres Rémissoriales, octroyait à Mgr Lemonnier les pouvoirs de constituer un nouveau Tribunal en vue du Procès Apostolique.

Composé, comme le précédent, des prêtres les plus distingués du clergé diocésain, ce Tribunal déploya, dans la seconde procédure, la même intelligente activité et le dévouement remarquable constatés dans la première.

En l'année 1917, le 10 août, une seconde exhumation de la Servante de Dieu s'imposait, suivant les formes canoniques. Bien que restée secrète, la cérémonie prit l'allure d'un triomphe, par l'affluence spontanée et recueillie de milliers de personnes. Cette fois, les ossements furent identifiés par deux médecins experts, et déposés dans un premier coffret de chêne sculpté, contenu lui-même dans un cercueil de palissandre doublé de plomb. C'est là qu'ils devaient attendre leur glorification officielle appelée par tant de vœux.

Le 30 octobre suivant, dans le cadre grandiose de la cathédrale de Bayeux, eut lieu la séance de clôture du Procès Apostolique. Il avait compris quatre-vingt-onze sessions, et présentait un dossier de 2.500 pages, dont près de deux mille se référaient à l'étude de l'héroïcité des vertus.

 

Le 10 décembre 1918, la validité de ces pièces fut reconnue, et dans la suite, le Pape BENOIT XV, personnellement heureux de répondre à un souhait, on peut le dire, universel, daigna exempter la Cause des 50 années de délai imposées désormais par le Droit Canonique, entre la mort des Serviteurs de Dieu et la discussion judiciaire de leurs Procès de Béatification.

Cette discussion put donc s'élaborer, pour être soumise au jugement définitif des Révérendissimes Pères Consulteurs dans la Congrégation antépréparatoire du 1er juin 1920.

Leur vote favorable fut ratifié par celui des Eminentissimes Cardinaux dans la Congrégation préparatoire du 25 janvier 1921, et par un dernier verdict des deux hautes assemblées, réunies le 2 août suivant, en Congrégation générale, devant le Saint-Père.

Le Pape, après avoir recueilli ces votum affirmatifs, se retira en implorant des prières pour la grave décision qu'il avait à prendre, et, quelques jours plus tard, il fixa au dimanche 14 août 1921, veille de l'Assomption de la Très Sainte Vierge, la promulgation du Décret sur l'Héroïcité des Vertus de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Cette lecture solennelle eut lieu dans la Salle du Consistoire au Vatican, devant une assistance aussi nombreuse que sympathique. Le discours du Souverain Pontife fut un véritable panégyrique de la nouvelle Vénérable et un lumineux exposé de la voie d'enfance spirituelle qu'elle avait mission de rappeler au monde. « L'éloquence est le son que rend une âme émue », a dit Lacordaire. Telle fut bien la note distinctive de ce discours, et l'émotion de l'auguste Orateur gagna l'auditoire, en lui communiquant son enthousiasme.

Par un secret dessein de Dieu, la louange de cette enfant du Ciel — qu'on nous pardonne la hardiesse de cette comparaison — fut comme le Nunc dimittis du Pape BENOIT XV. Dans l'intime de son âme, il appelait le jour où la Vierge française qu'il aimait, Thérèse de l'Enfant-Jésus, monterait sur les Autels, mais il ne devait pas voir ici-bas ce triomphe préparé avec tant de soins. Comme au saint vieillard du Temple, devant la manifestation cachée du Messie, il aura suffi à BENOIT XV, pour exulter dans son coeur, de voir la première glorification de celle qui devait conduire tant d'âmes dans les sentiers de la simplicité évangélique.

 

Il restait encore pour la Cause une seconde étape à parcourir l'étude des miracles.

Parmi les guérisons attribuées à la Sainte, six avaient été l'objet d'enquêtes spéciales en vue de la Béatification ; deux d'entre elles furent retenues par la Sacrée Congrégation

des Rites : c'est, en effet, le seul nombre nécessaire dans les Causes pouvant produire des témoins « oculati » (1).

La première de ces interventions remonte à l'année Igo6. Le bénéficiaire fut un séminariste. du diocèse de Bayeux, originaire de Lisieux, dont la Servante de Dieu sauva ainsi la vocation sacerdotale. M..1'abbé Charles Anne, âgé de 23 ans, était atteint de tuberculose pulmonaire et en danger de mort. Après une neuvaine à Notre-Dame de Lourdes par l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, neuvaine demeurée sans résultat, le jeune lévite en fit une seconde, qu'il adressa cette fois uniquement à la sainte Carmélite, afin que son intervention parût plus évidente. La confiance du malade s'appuyait avec un inébranlable espoir sur la promesse consolante de sa céleste Avocate : Je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre.

Cette confiance ne fut pas trompée, et le docteur qui avait entrevu la fin prochaine constata, à son inexprimable surprise, un rétablissement complet. Quinze ans plus tard, une étude radiographique permit d'établir la stabilité de cette guérison.

Le deuxième miracle fut obtenu en faveur d'une religieuse des Filles de la Croix, à Ustarritz (Basses-Pyrénées).

Sr Louise de St-Germain avait été atteinte, au cours de ses années de noviciat (1911-19I2), d'une affection sérieuse de l'estomac qui dégénéra nettement en ulcère, dès le début de Igi3. Réduite à toute extrémité, munie des derniers Sacrements, la malade commença une neuvaine à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, dans le courant de 1915, mais n'obtint alors que force et courage dans l'épreuve, avec de célestes

 

1 Témoins ayant connu le Serviteur de Dieu.

 

parfums révélant la présence mystérieuse de Celle qu'elle invoquait.

En septembre 1916, Sr Louise de St-Germain se décida à renouveler ses instances, et, dans la nuit du 10, Thérèse lui apparut et lui dit : Soyez généreuse, bientôt vous guérirez, je vous le promets. Or, au matin, plusieurs religieuses trouvèrent une jonchée de pétales de roses de toutes couleurs, autour du lit de la malade. Qui avait apporté ces roses ? personne ne le put expliquer... mais quelques jours après, le 22 septembre, la Soeur s'éveilla parfaitement guérie.

A l'appui du certificat du docteur traitant, figurent une radiographie concluante, et deux rapports très remarqués émanant, l'un du Dr le Bec, chirurgien de l'hôpital St-Joseph à Paris, l'autre du Dr Victor Pauchet, sommités médicales des plus reconnues, qui confirment le caractère surnaturel de cette transformation soudaine et durable.

Ces deux guérisons furent discutées par la Sacrée Congrégation des Rites dans les trois séances d'usage : la Congrégation antépréparatoire, du 7 mars 1922, réunit les votes des Consulteurs ; quelques mois plus tard, le 25 juillet, la Congrégation préparatoire recueillit ceux des mêmes Consulteurs et des Eminentissimes Cardinaux ; en dernier lieu, la Congrégation Plénière, dite Générale, tenue en présence du Pape, le 30 janvier 1923, groupa de nouveau et en commun les avis des Eminentissimes Cardinaux et Consulteurs.

Le jugement ayant été favorable, S. S. PIE XI promulgua, le 11 février suivant, le Décret d'Approbation des miracles et, le 19 mars, celui de Tuto.

 

Quelques jours plus tard, le 26 mars, il convenait de reprendre à la terre son précieux dépôt, afin de le placer à l'ombre de l'autel. On procéda donc, au cimetière de Lisieux, à l'exhumation dès reliques de la future Bienheureuse. Plus de 200 prêtres entouraient S. G. Mgr Lemonnier et le T. R. Père Rodrigue de St-François de Paule, Postulateur de la Cause et délégué officiel du Saint-Siège à cette cérémonie.

Cinquante mille pèlerins escortaient le char virginal et majestueux qui ramenait au Carmel les restes bénis de sa petite Sainte. Spectacle grandiose et impressionnant, que celui de cette foule recueillie, s'inclinant, pleine de foi, au passage des reliques, et appelant en silence, mais avec ardeur, la pitié compatissante de sa douce Médiatrice.

Un parfum de roses avait jailli, fort et pénétrant, à l'ouverture du caveau. C'était un mystérieux présage des roses célestes que Thérèse allait effeuiller en cette journée du Ciel, sur toutes souffrances et sur sa ville en fête, pour marquer son retour.

Le lendemain, dans la chapelle du Carmel, le Tribunal ecclésiastique présidé par Monseigneur l'Evêque de Bayeux, procéda à la reconnaissance des Reliques. Soigneusement identifiées, elles furent ensuite placées dans deux coffrets l'un d'argent et l'autre en bois de rose, tous deux conservés dans la Châsse, le premier dans le soubassement de marbre, le second, dans la statue dite « Corps-Saint ».

Le 29 avril suivant, Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus fut solennellement proclamée BIENHEUREUSE à la grande allégresse du monde chrétien.

Et deux ans après, Sa Sainteté PIE XI inscrivait, la première, au catalogue des Saints celle qui avait été déjà sa première Bienheureuse.

Exemple sans précédent, depuis la législation canonique si prudente et laborieuse, établie par Benoît XIV, pour la canonisation des saints. Fait unique dans les fastes de la Papauté, que, dans les trente-huit premiers mois de son Pontificat, le même Pape ait béatifié et canonisé un Serviteur de Dieu.

 

« Quae est ista ! » Quelle est Celle-ci qui s'avance ainsi dans la gloire du Ciel, en souveraine des coeurs, et à qui l’Eglise ne craint pas de décerner cet éloge : « Béni soit le Seigneur, car il a tellement glorifié ton nom aujourd'hui, que ta louange sera toujours sur les lèvres des hommes. (1) » L'humble Thérèse nous répond elle-même : « Je ne suis qu'une toute petite âme, que le bon Dieu a comblée de grâces pour elle et pour bien d'autres. »

Comme autrefois le Précurseur au désert, elle pourrait dire encore : « Je suis la voix qui crie : Rendez droite la voie du Seigneur. » Cette voie droite, sa petite voie, n’est-elle pas celle qu'annonçait le prophète Isaïe par ces paroles « Il y aura une voie appelée sainte, qui sera pour vous une voie droite, les simples y marcheront et ne s'égareront pas (2). »

Exaltant le rôle de Jean-Baptiste, Jésus déclarait : « C'est celui dont il est écrit : « Voici que j'envoie mon ange pour vous préparer la voie. En vérité, je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n'en a point paru de plus grand que Jean-Baptiste; toutefois, ajoutait le Sauveur, le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui (3). »

S'étonnera-t-on désormais de l'apothéose incomparable réservée à Celle dont la seule ambition ici-bas fut d'être toute petite et qui se révéla, par son attitude vis-à-vis de Dieu, la véritable enfant selon son Coeur ?

Sa Béatification avait été, dans l'univers entier, le signal de manifestations enthousiastes. Fêtes consolantes par leur piété, riches de décors, symboliques par leur gracieuse effloraison

 

1 Office de la Sainte, Ant. de Magnificat, 2° Vêpres. (Judith, XIII, 25.)

2 Is., XXXV, 8. — 3 Lucae, VII, 28.

 

de roses, fécondes enfin, par les fruits merveilleux de grâces qu'elles attirèrent sur le monde.

Les Carmels, les communautés, les paroisses, les missions, glorifièrent tour à tour l'aimable Bienheureuse.

Mais Lisieux et son Monastère du Carmel célébrèrent son triomphe avec une magnificence sans égale. Des Princes de l'Eglise accoururent de Rome, d'Angleterre et d'Amérique pour incliner leur pourpre devant l'humble Vierge du Carmel de France. Trente prélats et huit cents prêtres formèrent son imposant cortège quand, à travers la ville joyeusement parée, sous l'escorte émouvante d'officiers et de soldats de la grande guerre, ses Reliques furent portées en procession. Et des drapeaux de tous pays les saluaient au passage, devant les flots pressés d'une multitude de soixante à quatre-vingt mille personnes.

Cette première année 1923 amena encore, vers la petite cité normande, environ 300.000 pèlerins. Ce chiffre s'accrut considérablement les années suivantes, soit par des groupes diocésains ou régionaux de plus en plus nombreux, soit par le concours croissant des pèlerins isolés.

Les miracles, exigés par la sainte Eglise avant de prononcer son jugement infaillible sur la sainteté de la Servante de Dieu, ne manquèrent pas. Le jour même de sa Béatification, un grand nombre de faits remarquables, attribués à son intercession, avaient été enregistrés. Deux cas de guérisons furent soumis sans retard à une procédure juridique. Le premier concerne une jeune fille de Belgique, Mlle Maria Pellemans, venue presque mourante sur la tombe de la sainte Carmélite, au lendemain du Décret de Tuto et à la veille de l'exhumation du 26 mars 1923. Elle s'y trouva subitement et complètement délivrée de la tuberculose pulmonaire et intestinale dont elle souffrait depuis de longues années.

 

La seconde guérison fut obtenue en Italie, par la Soeur Gabrielle Trimusi, de la Congrégation des Chieppine de Parme. Atteinte d'arthrite du genou et de tuberculose des vertèbres, elle recourut à la Bienheureuse Thérèse pendant le triduum qui eut lieu, en juin 1923, chez les Carmélites de Parme, pour fêter sa -récente Béatification. Après avoir assisté à la clôture de ces solennités, elle se sentit pressée de quitter le corset de maintien, sans lequel il lui était impossible de se soutenir, et elle put constater avec joie que toutes ses infirmités avaient entièrement disparu.

La Sacrée Congrégation des Rites discuta successivement la valeur de ces deux faits miraculeux dans les Congrégations : antépréparatoire, du 12 août 1924; préparatoire, du 27 janvier 1925 ; et générale, du 17 mars. Le 19 du même mois, le Décret d'approbation sur ces miracles était promulgué, suivi, les 24 et 29 mars, de la Congrégation et du Décret de Tuto.

La Canonisation étant étroitement liée au Dogme, le Pape dut en référer à l'Eglise enseignante; ce qu'il fit en trois Consistoires : le premier, secret (30 mars), le second, public (2 avril); et le troisième, semi-public (22 avril). Pour ce dernier, qui peut être considéré comme un vrai synode, tous les Cardinaux, Archevêques et Evêques, dont le diocèse est situé dans un rayon de cent milles autour de Rome, sont appelés à donner leurs votes. Au Consistoire du 22 avril 1925, trente Cardinaux, et plus de cent Archevêques et Evêques étaient présents.

Enfin, le 17 mai de cette Année Sainte, le Souverain Pontife PIE XI donnait à l'Eglise de Dieu une nouvelle héroïne de sainteté, par la Canonisation de SAINTE THÉRÈSE DE L'ENFANT-JÉSUS.

 

« Dans un temps de vie si impure et d'insolente sensualité, avait déclaré le même Pontife, cette « Fleur » du Carmel de Lisieux, apparaît comme une vision enchanteresse de simplicité et de pureté. En elle se trouvent tout le charme, toutes les grâces de cette enfance spirituelle dans laquelle le Coeur même de Jésus qui en fut, on peut le dire, le premier Admirateur, indiquait la voie du Ciel (1). »

Une étoile autrefois conduisit les Mages aux pieds du Messie; le céleste et resplendissant météore de Lisieux (1), selon la poétique expression du Pontife suprême, se lève aujourd'hui sur le monde, comme un signe de salut, pour le ramener de nouveau vers son Dieu et son Sauveur.

 

1 Discours de S. S. Pie XI, 19 et 29 mars 1925. — 2 Id.

 

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