Guerre - VI
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Guérison subite d'un phlegmon.

Sœur Thérèse console un prisonnier de guerre.

« Cercle militaire catholique de Sœur Thérèse. »

Double protection due à Sœur Thérèse  lors du raid de Zeppelins sur Paris,  nuit du 29 au 30 janvier 1916.

« N'aie pas peur, tu seras sauvé. »

Conversion d'un sous-officier.

Le blanc lis de Lisieux.

Deux protections devant Verdun.

 

Guérison subite d'un phlegmon.

 

Tain (Drôme), 8 mars 1916.

 

Ma Révérende Mère,

 

C'est avec une émotion profonde que je viens vous exprimer toute la reconnaissance que j'ai vouée à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Elle vient de sauver mon fils, jeune militaire en traitement à l'hôpital Saint-Joseph de Gap. Je me propose de faire établir un rapport de cette faveur par le malade lui-même, quand il sera près de moi en convalescence.

 

Mme Louis Aubert.

 

RELATION DU SOLDAT

 

Le 1er janvier 1916, j'étais admis à l'hôpital de La Condamine (Basses-Alpes) pour rhumatismes, et, le 23 du même mois, évacué, sous menace de diphtérie, à l'hôpital Saint-Joseph, de Gap. A ce moment se déclarait une scarlatine grave à forme hémorragique. Durant les trois premières semaines, la maladie évolua normalement, bien que je souffrisse toujours de la gorge, puis une adénite se déclara, et je fus opéré sans incident. Cependant la gorge continuait à me faire de plus en plus mal, je ne pouvais plus ni ouvrir la bouche ni parler; ma langue se tuméfia du côté infecté, et les médecin et chirurgien, très inquiets, décidèrent, le 16 février, à 5 heures et demie du soir, qu'il faillit d'urgence, dès le lendemain, tenter une intervention au bistouri. On télégraphia en hâte à ma mère, la prévenant que j'avais un phlegmon sous-maxillaire. Ce jour-là, je me sentais si malade, que je ne m'exprimais plus que par signes; il m'était impossible d'avaler, et il me semblait étouffer; le docteur se demandait si je passerais la nuit. M. l'aumônier, prévenu du danger, vint alors me confesser vers 7 heures et demie, et ce fut après son départ que j'eus

 

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la pensée de m’adresser à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, lui disant simplement ces paroles : « Sœur Thérèse, faites que mon phlegmon s'ouvre sans opération chirurgicale. » A peine deux ou trois minutes s'étaient-elles écoulées, que je sentis un flot de liquide qui inondait ma bouche, et je vomis plus d'une cuvette de pus, mêlé de sang. Je retrouvai la parole et m'écriai : « Je suis sauvé ! »

Le médecin, aussitôt appelé, constata le fait, à sa grande surprise, et le lendemain, le chirurgien, après avoir mis le stylet sous la langue pour se rendre compte de l'ouverture par où s'était fait l'écoulement, ne la put découvrir. Il jugea toute autre incision inutile. J'ai quitté l'hôpital Saint-Joseph le 28 mars, ayant obtenu un congé de convalescence de deux mois.

Je bénis, avec ma mère et tous ceux qui ont admiré le prodige, Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus de m'avoir pris en pitié, et je lui voue ainsi que tous les miens une éternelle reconnaissance.

 

Jean Aubert.

 

Certifié conforme :

 

Sr Agnés de Jésus,
directrice de l'hôpital Saint-Joseph.

Sr Madeleine de Pazzi,

Supérieure générale des Soeurs de Saint-Joseph.
(Cachet de l'hôpital militaire temporaire de Saint-Joseph, Gap.)

 

Sœur Thérèse console un prisonnier de guerre.

 

Camp de prisonniers de guerre, Meiringen (Suisse), le 8 mars 1916.

 

Fait prisonnier à Maubeuge, le 8 septembre 1914, je fus interné à Friedrichsfeld. Un soir du mois de juin 1915, en sortant de la chapelle, après une fervente prière à Sœur Thérèse pour n'être pas envoyé au travail dans les usines d'Allemagne, je fus saisi par une forte odeur de roses. Or, j'étais entouré de baraques en bois, sans nul jardin aux alentours; le suave parfum se prolongea près d'une demi-heure. La petite sainte voulait ainsi m'assurer qu'elle avait entendu ma supplique. En effet, le lendemain, convoqué à la visite, le docteur ne me regarda même pas, et tandis que beaucoup de mes camarades étaient désignés pour partir, je fus classé comme malade âgé, et envoyé en Suisse; cependant, ma santé est très bonne.

Je remercie beaucoup la petite Sœur Thérèse de ce double privilège.

 

Edouard Dekonne,

soldat interné,
à l'hôtel Anderegg.  Meiringen (Suisse).

 

 

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« Cercle militaire catholique de Sœur Thérèse. »

 

Chinon (Indre-et-Loire), le 12 novembre 1915.

 

Je viens de fonder, à la caserne, un cercle que j'ai baptisé « Cercle militaire catholique de Sœur Thérèse »; c'est pour lutter contre la contagion du mal parmi les soldats. Mon plus grand plaisir est d'y attirer un grand nombre de camarades qui ne connaissent pas le bon Dieu, afin de les convertir. J'ai trouvé un prêtre aumônier, et on a organisé avec lui une chapelle dans une petite salle du Cercle; tous les jours, nous y allons faire des neuvaines à Sœur Thérèse et réciter la prière pour obtenir sa béatification. Je vois déjà l'influence de la petite Sœur. Les associés du Cercle qui n'étaient plus pratiquants le sont redevenus presque tous depuis leur adhésion ; un protestant même a abjuré.

 

Lucien Thomas,

du 125e régi d'infanterie, 29e Cie.

 

DU MÊME

 

Toulon (Var), 13 décembre 1915.

 

J'ai quitté Chinon pour revenir ici avec un détachement du 125e, pour rejoindre le 8e d'infanterie colonial, et mon premier soin a été de reformer à Toulon un Cercle de Sœur Thérèse. Nous aurons une salle à la Cathédrale, pour nos réunions, et Monseigneur l'Évêque consent à être notre président honoraire. Ça marche très bien et nous sommes déjà très nombreux pour un début.

 

DU MÊME

 

En campagne, 20 mars 1916.

 

J'ai toujours avec moi, dans la tranchée, mes anciens camarades du Cercle; ils aiment beaucoup la chère petite Sœur Thérèse, qui est notre consolatrice à tous les moments de la journée. Pour moi, elle m'a obtenu plusieurs grâces, que je lui avais demandées sous la mitraille. Nous voulons prier de plus en plus pour sa béatification. Quand je donne pour la première fois sa Vie à des soldats, je m'aperçois qu'aussitôt ils se sentent tout autres, comme si Sœur Thérèse leur avait fait des dons intérieurs, pour toucher leur âme. Je suis bien heureux de travailler pour elle.

Jusqu'à la fin de la campagne, le soldat si zélé continua son apostolat, pour Sœur Thérèse, et avec elle, partout où il passa : campements, hôpitaux, etc., et il put à diverses reprises signaler au Carmel d'heureux retours, et même des baptêmes parmi ses camarades.

 

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Double protection due à Sœur Thérèse
lors du raid de Zeppelins sur Paris,
nuit du 29 au
30 janvier 1916.

 

Paris, le 29 mars 1916.

 

Ma Révérende Mère,

 

Je suis heureux de vous communiquer un rapport bien convaincant du miracle de protection que j'attribue à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, lors du raid des zeppelins sur Paris; il est rédigé par la concierge du patronage de la Villa des Otages, rue Haxo, qui fut si merveilleusement préservée, car une bombe tomba à quelques pas de sa maison; l'obus arrêta ses effets meurtriers juste derrière le mur qui soutient la cheminée où, la veille, nous avions déposé le portrait de la sainte, dessiné par moi.

Pour mon compte, j'ai été l'objet d'une faveur identique : un projectile vint échouer à 5 mètres à peine de l'endroit où je me trouvais, causant d'énormes dégâts, et faisant bien des victimes.

Je n'eus pas une égratignure, non plus qu'aucun des miens. J'en garderai à Sœur Thérèse une reconnaissance éternelle.

 

Veuillez agréer, ma Rde Mère, etc.

C. L.

 

RELATION DE LA CONCIERGE DE LA VILLA DES OTAGES, RUE HAXO

 

Paris, le 28 mars 1916.

 

Dans la nuit du 29 au 30 janvier dernier, six bombes lancées d'un zeppelin vinrent tomber tout autour de notre petite maison, l'une d'elles s'abattit sur l'immeuble voisin, y causant des dégâts épouvantables.

Nous étions endormies, ma fillette et moi, quand se produisit l'effroyable choc. Toute la foule accourue sur le lieu du sinistre s'émerveillait de voir notre habitation absolument indemne, et ne s'expliquait pas cette « chance extraordinaire ».

Pour nous et tout notre entourage, nous l'appelons miracle et nous le devons à l'intervention de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, en qui j'ai la plus grande confiance.

La veille de la catastrophe, j'avais essayé de faire partager ma dévotion à un ami, jeune homme pieux, mais quelque peu incrédule sur certains points. Sachant me faire plaisir, il profita de son talent de dessinateur pour me faire le soir même une esquisse de l'angélique portrait de ma bien-aimée petite sainte. Nous le plaçâmes aussitôt sur une cheminée du rez-de-chaussée, tandis que l'artiste, Mr C. L., me lançait aimablement ce défi : « Il faudrait que je voie de mes yeux un miracle pour y croire. »

La petite sainte ne le laissa pas attendre longtemps ! La nuit suivante fut celle du désastre, où elle sut si bien nous sauver du terrible péril! Et maintenant, mon jeune ami est aussi convaincu que moi.

 

X...,

Concierge de la Villa des Otages.

 

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« N'aie pas peur, tu seras sauvé. »

 

Coudekerque-Branche (Nord), 8 avril 1916.

 

Ma Révérende Mère,

 

Je vous remets ci-joint la somme de 50 francs, pour acquitter une promesse à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, qui m'a sauvé la vie dans les circonstances suivantes :

Le samedi 10 octobre 1914, ma compagnie, la 10e du 8e régiment territorial, se trouvait en arrière-garde du 3e bataillon, qui rentrait à Lille. Celui-ci nous ayant abandonnés pour avancer plus rapidement, nous fûmes attaqués par la cavalerie allemande au village de Radinghern, à 9 kilomètres de Lille. Ne possédant ni canons, ni batteries, et massacrés par le feu de l'ennemi, nous nous repliâmes sur Armentières. Étant sous-officier, j'eus l'honneur d'être particulièrement visé, et trois mitrailleuses tiraient sur moi. Sans le secours de cette bonne petite Sœur Thérèse, j'aurais dû être tué mille fois. Cependant une balle m'atteignit en me brisant le col du fémur, et je tombai dans un fossé plein d'eau, en bordure de la route. Je m'attendais à être découvert et fait prisonnier, quand, à ma profonde surprise, au bout de vingt minutes, de braves fermiers français venaient me relever. A peine m'avaient-ils caché dans leur grange, en compagnie de deux chevaux, que les soldats allemands entrèrent dans la ferme et l'explorèrent de tous côtés pour me découvrir, mais ce fut en vain, et ils se retirèrent dépités. Je vécus ainsi une semaine chez ces bons paysans, et malgré des perquisitions faites, jusqu'à dix fois par jour, pour me trouver, jamais aucun ennemi ne pénétra dans le lieu où j'étais réfugié. J'avais la conviction très nette que Sœur Thérèse me gardait, et je ne manquais pas de l'invoquer à chaque nouvelle tentative. Il me semblait même la voir devant la porte en défendant l'accès. Une fois entre autres, mes charitables hôtes vinrent en toute hâte me dire : « C'en est fait ! les Allemands sont là! » Alors, je suppliai ma puissante Protectrice d'écarter ce péril extrême, et je vis tout à coup ces mots écrits en lettres blanches au-dessus de la porte : N'aie pas peur, tu seras sauvé. De fait, les soldats visitèrent les granges voisines et la cour sans arriver à me découvrir. Enfin, grâce à la chère sainte, je fus recueilli, après ces huit jours, par une patrouille anglaise.

Quand je me rappelle les dangers courus pendant cette semaine, je ne trouve pas de mots assez expressifs pour témoigner ma reconnaissance à Sœur Thérèse. Je fais l'impossible pour propager sa dévotion, et tous les amis ou parents à qui j'ai distribué ses images reconnaissent, eux aussi, qu'ils sont protégés. Vous pouvez, ma Révérende Mère, publier mon récit, afin d'augmenter, s'il est possible, la confiance des soldats en la Sainte de Lisieux.

Votre respectueux serviteur,

 

Marcel Du toit,

ex-sergent au 8e territorial d'infanterie, 10e Cie, 3e Bn

 

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Le 27 septembre 1916, le sergent Marcel Dutoit vint en pèlerinage sur la tombe de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Il raconta de vive voix à la Mère Prieure du Carmel les faveurs dont il avait été l'objet. « Oh ! je voudrais être milliardaire, ajouta-t-il avec un pieux enthousiasme, pour répandre à profusion, jusqu'à ma mort, les images et les brochures de la petite sainte, qui m'a si bien gardé. »

 

Conversion d'un sous-officier.

 

Aux armées, le 10 avril 1916.

 

Après avoir reçu de mes grands-parents une éducation chrétienne, j'atteignis l'âge critique de la jeunesse, et, pour mon malheur, je m'adonnai, sans aucun contrôle, à ma passion pour la lecture. Je bus à pleins bords à la coupe empoisonnée de la mauvaise presse, et mon âme en subit l'influence fatale. Je tombai alors dans l'indifférence, puis dans le dédain pour la religion; ma mère, admirable de piété, me sembla ridicule et je devins à son égard irrespectueux et hypocrite.

Le séjour au régiment ne fit que développer ces funestes tendances; je ne cherchai plus qu'à satisfaire ma vanité et mes caprices. La foi s'éteignit dans mon cœur, et victime de nouvelles déceptions dans la légion étrangère où je m'engageai, je ne vis plus bientôt qu'une solution : le suicide.

Cependant on priait pour moi, et ma pieuse mère, ayant entendu parler de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, me confiait à elle avec ferveur. Elle m'envoya même une de ses images et sa relique.

Dès que mes yeux tombèrent sur l'aimable visage de la sainte, je me sentis bouleversé. Elle me fit comprendre l'austère mérite des âmes religieuses vouées à l'immolation pour le salut des pécheurs et je sentis commencer pour moi son œuvre régénératrice.

Malade à l'époque, j'étais soigné par les Filles de la Charité. Je pus m'édifier de leur vie de renoncement, et bientôt Sœur Thérèse, triomphant de mes dernières résistances, me jeta aux pieds du prêtre. Là, je fis l'aveu sincère de mes longs égarements, et le lendemain, tremblant d'émotion, je reçus le pain des Anges. Jusqu'au jour où j'écris ces lignes, la céleste Pluie de Roses n'a cessé de me couvrir. Protégé pendant deux années de campagne au Maroc, j'échappai encore à la mort en juillet 1915, où une crise de fièvre me réduisit à toute extrémité.

Rentré en France, et porté sur le front, j'y suis continuellement gardé par Celle à qui je dois tout mon bonheur.

Mon âme, grâce à elle, a subi une transformation complète. Je m'applique en tout à être un homme de devoir, et s'il me faut encore lutter à certaines heures, je ne connais plus la tristesse ni le découragement.

 

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A l'école de Sœur Thérèse, je tire ma force de ma faiblesse même et je goûte une paix profonde dans cette voie de confiance.

 

L. T.,

sous-officier du... rég. colonial, ... Cie.

 

Une lettre de Mme T., mère du sous-officier, accompagne cette relation et la confirme pleinement.

Suit le témoignage de M. le chanoine B., curé de S., certifiant que le sergent L. T. doit à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus son retour aux pratiques religieuses, et une évidente protection.

 

Le blanc lis de Lisieux.

 

EXTRAIT D'UN DOSSIER DE NOMBREUSES LETTRES DU MEME SERGENT

 

Caudéran (Gironde), 14 avril 1916.

 

Ma Révérende Mère,

 

La dévotion de nos soldats envers leur toute-puissante avocate, Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, se manifeste de jour en jour plus fervente, mais aussi plus intelligente et précise. Mon rêve est de contribuer à l'étendre davantage si possible, afin d'abriter nos combattants, sous le voile virginal de votre petite sainte. Les résultats sont merveilleux, et les âmes en bénéficient plus encore que les corps. Tel ce fait déjà ancien, puisqu'il remonte au printemps de 1915, exactement pendant la semaine de la Passion.

Un soir, un brave petit soldat est désigné par son capitaine pour porter un pli pressé au chef de bataillon. Il s'élance plein de courage, et sans nul souci du danger, dans la zone découverte, où l'ennemi, de ses tranchées distantes à peine de 100 mètres, ne tarde pas à le repérer. Des balles sifflent à ses oreilles, point d'abri, ni de boyau. Notre messager prend sa course, mais la musique sinistre des mitrailleuses l'encercle; la crainte d'être atteint le couche sur le sol, car il a conscience de l'importance du pli dont il est chargé, et il veut le remettre intact au commandant.

Que faire? Comment sortir de là? car y rester est s'exposer à une mort certaine? Ce soldat, nature franche et honnête, n'était pas chrétien pratiquant. Il avait accepté, avec tout le sous-entendu de réserve, « si ça ne fait pas de bien, ça ne peut pas faire de mal », une relique de Sœur Thérèse, en partant pour le front, mais sa piété n'allait pas plus loin. Cependant, à cette heure tragique, sur ce champ plat, où il sert de cible au tir des Allemands, il songe tout à coup à cette petite relique et au portrait de la sainte, qu'il a sur sa poitrine. Et cette prière soudaine, comme une étincelle de foi, monte

 

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de son cœur à ses lèvres : « Petite Sœur Thérèse, secourez-moi; faites que j'arrive au poste du commandant. Si j'ai la vie sauve, je vous promets de faire mes Pâques. »

Il lui semble alors qu'une force inconnue le soulève, l'élancé en avant, et smis cette impulsion, sans nulle crainte, il reprend sa marche, parallèlement aux tranchées ennemies, sans même chercher à se cacher; il a confiance en sa relique. Les balles sifflent de plus belle, on l'honore même de quelques torpilles; mais, insensible et répétant sa prière, il poursuit et arrive sain et sauf au poste du chef de bataillon.

Il tint parole, lit ses Pâques, et, depuis, cet indifférent est devenu un fervent chrétien et un zélé propagateur du culte de la petite Carmélite, qu'il appelle le « blanc lis de Lisieux ».

C'est un trait entre tant d'autres! Vraiment, l'aimable sainte sera la grande héroïne de cette guerre. Fleur éclose en plein scepticisme contemporain, que de fois elle aura fait germer la lumière de l'amour divin, dans ces cœurs de nos grands enfants, sous la capote bleue du soldat. Quand on écrira plus tard l'histoire surnaturelle des hauts faits de ces années glorieuses, dans lesquelles l'intervention divine se montre constamment, la part de l'humble carmélite de Lisieux dépassera toute attente. Telle une Jeanne d'Arc moderne, on dirait que toujours vivante, elle guide la pensée des combattants, les oriente vers Dieu, et en fait des martyrs, par l'acceptation volontaire du sacrifice suprême. Il a fallu ce cataclysme effroyable que nous vivons, pour mettre en plein jour, et dans toute sa valeur, l'action convertissante de cette âme si pure.

Priez-la pour moi, ma Rde Mère, et pour ma petite famille de cinq enfants.

 

Henri Guillaumet,

Sergent au 144e régt d'infanterie, S. A. R.

 

Deux protections devant Verdun.

 

Des tranchées, 30 avril 1916.

 

Voici deux faits d'extraordinaire protection qui se sont produits devant Verdun, entre le fort de Douaumont et Vaux.

Le 7 mars, à 2 heures et demie de l'après-midi, on me remit un ordre d'extrême urgence à porter à mon capitaine. Les 700 mètres qu'il me fallait parcourir étaient labourés d'obus de très gros calibre; partir, c'était aller à une mort certaine. Je ne pus me défendre, je l'avoue, d'un instant d'hésitation, mais bientôt, me recommandant à Sœur Thérèse, je m'élançai en avant, tantôt courant à perdre haleine, tantôt me blottissant ou rampant. Enfin, j'eus la joie, une demi-heure après, de voir accomplie ma périlleuse mission. La petite sainte m'avait gardé !

 

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Le 8 mars, toujours agent de liaison, on me confia un sac de cartouches à monter à mon lieutenant. Au retour, les balles sifflent autour de moi; l'une d'elles m'atteint exactement dans la région du cœur, perçant capote, veste, livret militaire, et vient ricocher sur une petite médaille de la chère Carmélite, suspendue à mon cou. Le projectile retraverse tous mes vêtements, et coupe la bretelle de suspension de ma cartouchière. J'éprouve la seule impression d'un coup de fouet qui m'aurait ceinturé la poitrine, et c'est tout; pas le moindre mal! Les marques du passage de la balle sont demeurées visibles.

A ces affaires, j'ai gagné mes galons de caporal, et une proposition de citation à l'ordre de l'armée, car il paraît que je m'y suis assez bien conduit.

Je suis heureux de publier bien haut ces deux traits que je nomme miracles. Quant à la puissante médaille à laquelle je dois la vie, et à la photographie de la sainte, elles ne me quitteront plus jamais.

 

Joyerot,

caporal au 21e d'Infie.
12e Cie

 

 

 

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