Guerre - VII
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Sainte mort d'un caporal dévoué à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Gages de guérison et de protection en faveur d'un bébé et de son père soldat.

« Elle ouvrit à mon cœur un horizon nouveau. »

« Il me semble qu'on ne peut offenser Dieu quand on porte sur soi l'image de Soeur Thérèse. »

Un soldat à la caserne cherche à imiter les vertus de Sœur Thérèse,

Actions de grâces d'un sous-officier de l'armée belge.

Un foyer infidèle transformé par la « Petite Fleur ».

« Merci à l'angélique sainte ! »

« Il était bien la conquête de l'angélique petite Sœur. »

Trois conversions obtenues dans une ambulance par l'intervention de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

 

Sainte mort d'un caporal dévoué à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

LETTRE DU PRÊTRE QUI L'ASSISTA SUR LE CHAMP DE BATAILLE

 

5 mai 1916.

 

Ma Révérende Mère,

 

Je me proposais depuis quelques jours de vous écrire la sainte mort du caporal Pochet, père de trois enfants, et grand dévot de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus dont il m'avait parlé plusieurs fois avec une confiance touchante.

Le jeudi 13 avril, vers 8 heures du soir, je partais du fort de Tavannes dans le but de porter la sainte Communion à plusieurs séminaristes et soldats qui étaient privés depuis assez longtemps de ce divin réconfort.

Lorsque j'arrivai au ravin du bois Termin, je rencontrai des brancardiers affairés qui s'écrièrent en me voyant : « Ah ! c'est vous ! justement on vous réclame... le caporal Pochet est pris sous un éboulement, il va mourir et vous demande. »

On m'indique l'emplacement et je trouve en effet le malheureux soldat étendu sur le dos... La partie supérieure du corps avait été dégagée, mais les jambes broyées restaient prises dans la terre baignée de sang. Le major avait examiné son état et déclaré inutile de le torturer davantage puisque la mort devait être certaine dans un espace de temps très court. Les brancardiers s'étaient donc retirés, laissant

 

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Pochet seul avec un séminariste infirmier, qui se disposait à le préparer au grand sacrifice.

C'est sur ces entrefaites que j'arrivai. Ma présence, aussitôt signalée, fit rayonner de joie la pauvre victime qui, se soulevant, me cria : « Ah ! voilà bien le miracle de Sœur Thérèse!... Que je suis heureux de vous voir!... Allez-vous me donner le Bon Dieu? » Puis il me demanda de l'embrasser, ce que je fis en lui répondant que j'avais en effet le Bon Dieu sur moi et qu'il était vraiment providentiel que je sois venu à pareille heure, juste à point pour lui donner le Saint Viatique. Il voulut voir dans cette circonstance une grâce tout à fait spéciale obtenue par l'intercession de la petite Sainte qu'il priait souvent.

M'agenouillant alors entre lui et le cadavre du camarade écrasé sous le même abri, je déposai le Saint Sacrement sur sa poitrine, comme sur un autel vivant : « Avez-vous quelque chose à me confesser avant de recevoir Jésus-Christ? » lui demandai-je. — « Non, me répondit-il, je n'ai rien à me reprocher depuis la dernière absolution. »

Je l'exhortai à offrir ses souffrances pour la France, sa famille, ses camarades, à accepter la mort avec une parfaite résignation. Je lui renouvelai l'absolution générale de ses fautes, lui communiquai l'indulgence plénière et lui donnai, enfin, le Corps de Notre-Seigneur. Autour de lui communièrent deux séminaristes et un sergent de ses amis. Un peu plus tard, deux autres soldats vinrent en ce même lieu recevoir à leur tour le Pain des forts... Et tout se déroulait dans l'obscurité profonde de ce sinistre ravin, où les obus, partis de Douaumont, venaient sans relâche labourer la terre tout près de nous.

L'agonisant, la tête appuyée sur mon genou, les mains ensanglantées et crispées autour des miennes, poursuivait son action de grâces au milieu des plus horribles souffrances, et me demandait, de temps en temps : « Mon Père, est-ce que ce sera long?» — «Non, ce ne sera pas bien long, mon petit... laissez à Dieu le soin de vous purifier. Vous faites ici tout votre purgatoire; vous allez entrer tout droit au Ciel, et là, ce sera le bonheur pour l'éternité !... »

Je voulus faire réciter le chapelet à haute voix, mais il m'arrêta : « Mon Père, ce n'est pas la peine, je vais paraître face à face devant Dieu tout à l'heure, je préfère le silence ! » Je respectai ce silence et ne le rompis que pour encourager le mourant dans les moments les plus pénibles. Il me parla de sa famille et me pria de la consoler de sa mort. Je le lui promis. Puis chacun de nous vint lui faire ses commissions pour le Paradis : un séminariste le supplia de lui obtenir la grâce de mourir à la guerre, s'il ne devait pas devenir plus tard un saint prêtre; un autre lui demanda d'intercéder pour obtenir le pardon de sa vie passée; et moi je réclamai son aide pour que mon ministère soit fécond. Il promit à tous de s'acquitter fidèlement, de dire à Sœur Thérèse la confiance de chacun de nous et d'implorer sa protection pour les membres du « Rosaire vivant » établi dans le régiment.

Ses compagnons avaient dû se retirer; il était toujours couché sur moi, et murmurait les actes de foi, d'espérance et de charité que je

 

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lui suggérais; de lui-même, il redisait, de temps en temps : Mon Dieu, je remets mon âme entre vos mains. La douleur le soulevait parfois et il portait les mains vers ses pauvres jambes broyées; mais je n'avais qu'à lui dire de ne pas y toucher pour qu'il les ramenât dans les miennes. Chaque fois que je plaçais mon crucifix sur ses lèvres, il le baisait avec amour.

La pluie commençant à tomber, un soldat vint étendre sur nous une toile de tente. C'est alors que le mourant eut une crise terrible : O Sœur Thérèse, vous que j'ai beaucoup aimée, s'écriait-il, demandez à Dieu de me soulager un peu... priez pour moi ! Cette prière aussitôt achevée, il s'apaisa, la respiration se fit plus lente et j'entrevis le dénouement prochain. « Voilà que vos souffrances vont finir, lui dis-je; dans quelques instants, vous serez là-haut, vous allez voir le Bon Dieu, la Sainte Vierge, vous serez en compagnie de Soeur Thérèse... vous serez heureux... ne nous oubliez pas ! » Il ne répondait plus, mais baisait encore le crucifix. Enfin, après trois heures de souffrances, pendant lesquelles tout son sang avait imprégné la terre, Robert Pochet s'éteignit très doucement, et son âme partit pour le Ciel.

Telle est donc, ma Rde Mère, cette mort toute parfumée du souvenir et de l'assistance de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Je voudrais que ce récit attirât quelques prières pour ce petit caporal si saintement décédé, et qu'il en attirât aussi pour son régiment dont je suis, depuis deux ans, le seul prêtre.

Daignez, agréer, etc.

 

L. Chevalier,
sous-officier au 24e Rég. d'Infanterie,
Garde du drapeau.

 

Gages de guérison et de protection en faveur d'un bébé et de son père soldat.

 

Bourg-Saint-Andéol (Ardèche), le 31 mai 1916.

 

Mon bébé, alors âgé de trois ans, fut pris de coqueluche dans le courant de mai 1915. Dès le début, je le confiai à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et je commençai une neuvaine. Or, la dernière nuit, où j'avais particulièrement recommandé à la sainte de veiller sur mon fils pendant son sommeil, celui-ci, en s'éveillant le matin, me raconta le rêve que voici : J'ai vu une belle Dame, habillée en religieuse; elle était assise près de mon lit et me souriait. Quand je lui montrai l'image de Sœur Thérèse, mon petit ange la reconnut immédiatement pour « la belle dame » en question, et de plus, la maladie avorta aussitôt. Mais, par une coïncidence au moins étrange, mon mari mobilisé à l'époque, et qui, par conséquent, se trouvait loin de nous, fut favorisé, à la même date, d'un songe mystérieux. Il se voyait dans un grand danger de perdre la vie, lorsque parut à ses côtés

 

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une jeune Sœur, aux traits angéliques et en costume de carmélite; elle arrêta son cheval prêt à partir et éleva la main en un geste protecteur. Ce rêve était bien un gage prophétique, car j'attribue à l'humble sainte le rappel de Verdun de mon cher absent, et de l'avoir protégé quand il prit part à la lutte d'artillerie en Argonne.

 

C. B.

 

Le rêve symbolique de Mr B., avocat, se réalisa pleinement, car après avoir été constamment préservé de tous dangers au front, il se vit réformé et rendu à sa famille, avant même la fin des hostilités. Dans un livre philosophique sur la guerre, paru en 1918, il cite le songe prophétique dont le favorisa Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Dès son arrivée à Verdun, il reconnut, dit-il, dans l'aspect et les remparts de la vieille forteresse, la même ville où s'était montrée à lui, peu de temps auparavant, dans son sommeil, à la caserne de Nîmes, la petite sainte de Lisieux. C'est d'après un portrait de la Servante de Dieu, rencontré plus tard, qu'il avait identifié sa céleste Visiteuse.

 

« Elle ouvrit à mon cœur un horizon nouveau. »

 

Aux armées, juin 1916.

 

J'ai grande confiance en Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus que j'aime à prier et qui m'a toujours obtenu ce que je désirais. Voici, entre autres, une circonstance où j'ai reconnu sa protection et le soin qu'elle prend de mon âme.

Ce fut le 22 mai de cette année, à la reprise du fort de Douaumont par la 5e division. Je me trouvais, vers 1 heure de l'après-midi, dans une tranchée en partie démolie, où existaient encore cependant quelques abris.

Le bombardement se faisant intense, je me glissai dans l'un de ces trous avec un camarade. Tout à coup, la terre s'écroula autour de nous et nous ensevelit complètement.

Dans cette situation désespérée, j'invoquai le Sacré-Cœur, la Sainte Vierge et la petite sainte du Carmel, puis, perdant connaissance, j'eus le songe symbolique que voici :

Je me voyais à l'extrémité d'un couloir étroit et sombre, au fond duquel une porte entre-bâillée me laissait apercevoir une grande clarté. Un rayon de cette lumière s'infiltrant dans mon couloir obscur, je distinguai près de moi deux files de petits enfants qui s'acheminaient lentement vers la porte étincelante, que je devinais être l'entrée du Ciel. Le dernier, qui se tenait à ma gauche et qui se détachait plus nettement à mes yeux, me prit par la main, cherchant à m'entraîner. Surpris, troublé d'abord, j'eus une hésitation, puis je commençai à le suivre... Alors je m'éveillai et je compris clairement

 

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l'invitation de Sœur Thérèse à m'abandonner à Dieu, avec une confiance d'enfant, dans toutes les épreuves de ma vie. Ce jour-là donc, non contente de me sauver la vie, car je lui attribue mon sauvetage, elle ouvrit à mon cœur un horizon nouveau.

 

Sergent R. Tabut,

36e d'Infanterie 70e Cie.

 

Cette relation, extraite d'un dossier de nombreuses lettres du même sergent très digne de foi, fut confirmée par lui verbalement au parloir du

Carmel, le 24 septembre 1919.

 

« Il me semble qu'on ne peut offenser Dieu quand on porte sur soi l'image de Soeur Thérèse. »

 

Aux armées, le 7 juin 1916.

 

Ma Révérende Mère,

 

Il m'est difficile de contenir ma joie en recevant le précieux colis des souvenirs de notre illustre sainte! Vous passeriez d'heureux moments et vous seriez doucement émue en voyant avec quelle confiance et quelle fierté nos soldats épinglent sur leur poitrine la médaille de votre angélique Sœur. Il me semble qu'on ne peut Offenser Dieu, quand on porte sur soi l'image de Sœur Thérèse où resplendit avec tant de clarté sa pureté virginale. Pour ce qui me concerne, je dois vous avouer que la chère sainte exerce sur moi une influence très puissante. Je crois entendre sa douce voix me dire : « Marche dans le chemin de la perfection, par la simplicité de l'enfant, par l'amour. » Aussi, plusieurs fois dans la journée, je récite sa belle prière : « Afin de vivre dans un acte de parfait amour », etc., et cette autre : « O Dieu, qui avez embrasé de votre Esprit d'amour », etc. Je me sens alors fortifié, pénétré d'un nouvel élan pour le bien.

Je vais distribuer ses images et médailles, comme un trop faible gage de ma grande reconnaissance; mais je devrai le faire avec parcimonie, tant les demandes sont nombreuses!

 

Veuillez agréer, etc..

 

Joseph Dussand,

158e d'infanterie, 35e Cie

 

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Un soldat à la caserne cherche à imiter les vertus de Sœur Thérèse,

 

Ma Révérende Mère,

 

Quintin, 14 juin 1916.

 

Je vous envoie la lettre d'un militaire qui est resté deux mois chez moi; vous serez heureuse de voir combien la petite Sœur Thérèse est bonne pour les soldats. Tous ont confiance en elle. L'un d'eux m'écrivait dernièrement : « Pendant toute la bataille de Verdun, j'avais dans la main le portrait de Sœur Thérèse et j'ai été protégé. » Beaucoup combattent en tenant son image. Hier, un autre m'écrivait de lui envoyer des médailles pour des camarades qui lui avaient offert de l'argent s'il voulait céder la sienne, mais il a refusé ; aussi, j'ai vite expédié une partie de ce que j'avais en ma possession.

M. B. de Lehen.

 

LETTRE DU SOLDAT

 

18 mai 1916.

 

Ma bonne Demoiselle,

 

Me voici donc changé de régiment et caserne dans la ville de X., au moins jusqu'à la fin de juillet, car le conseil de réforme m'a déclaré inapte pour deux mois en attendant qu'un spécialiste se présente pour l'examen de mes oreilles.

La caserne où je suis est un ancien couvent de carmélites. Dans ce dépôt il y a en moyenne une quarantaine d'hommes, parmi lesquels se trouvent de nombreux estropiés des jeunes classes surtout, qui attendent les décisions du conseil de réforme. Parmi eux je suis un des plus valides. Je rends toutes sortes de services qui m'ont valu les éloges de mes supérieurs. Ainsi mes journées se passent dans l'exercice de la patience et des plus humbles travaux. Loin d'en souffrir comme tout autre, j'y trouve au contraire une grande joie, quand, par exemple, en lavant à grande eau les dalles anciennes des arcades intérieures, je pense à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus qui accomplissait les mêmes labeurs. Je me souviens surtout d'une circonstance particulière de sa sainte vie : ce jour-là, elle s'obstinait à nettoyer des carreaux de fenêtre, alors qu'elle était si pâle et se sentait si faible, si mourante, mais si près du Ciel... Et son exemple me donne du courage.

Tous les soirs, à 8 heures, quand je suis libre, j'assiste au mois de Marie, dans l'église Saint-Vincent proche de la caserne.

Malheureusement je n'ai pu faire mes Pâques cette année, le mauvais sort a voulu que je sois pris pour la garde du samedi après la soupe, jusqu'au dimanche soir, 5 heures.

Mais le Ciel pourtant ne m'abandonne pas, quoique mon patron, contrairement à son habitude, ne m'ait rien envoyé ce mois-ci.

 

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Ainsi, la semaine dernière, je faisais un petit tour dans la ville avant de rentrer. Tristement je songeais que si les hommes avaient été assez pieux pour élever des autels et dresser des reposoirs en l'honneur de la divinité, ils ne seraient pas dans l'obligation aujourd'hui de creuser des tranchées qui sont souvent leur tombe, car ils n'auraient pas eu le temps de penser à forger des armes pour s'entre-détruire sans profit, comme ils le font actuellement. Ces réflexions me rendaient très malheureux, et de plus, dévoré par une soif ardente, j'allais rentrer à la caserne sans pouvoir me désaltérer, car je n'avais rien dans ma pauvre bourse. Mais voilà que je me suis souvenu encore de Sœur Thérèse qui, lorsqu'elle était malade, disait : « Seigneur, votre petite fille a bien soif. » Et le Seigneur lui donna à boire. Je trouvais cet épisode joli tout plein et je me disais : Courage, le Seigneur est bon !...

C'est alors qu'en traversant un carrefour, je vis de petits papiers à terre. Je les pris, c'était quatre billets d'un franc. Je n'ai pas douté un seul instant que ce fût Sœur Thérèse qui me les envoyait.

 

Auguste Multrier.

 

Actions de grâces d'un sous-officier de l'armée belge.

 

Au Front, le 26 juin 1916.

 

Très Révérende Mère,

 

J'ai le grand bonheur de vous faire savoir que Sœur Thérèse, notre grande petite sainte, a daigné me favoriser de sa pluie de roses. Je suis soldai belge, sous-officier à l'artillerie de campagne, et à la guerre depuis le début sans la moindre blessure, ce que j'attribue aussi à notre puissante Protectrice.

La première et grande grâce obtenue est mon retour à Dieu. Avant la guerre, j'étais un vrai libre penseur; j'osais — hélas! — admirer le Christ, notre Sauveur, non comme Dieu, mais simplement comme un « assez bon moraliste »; pour la grande masse, les ministres du Seigneur..., mon orgueil les admettait mais les trouvait très peu utiles. Mon mariage à l'église fut une profanation du saint lieu. Je vous dis ceci, Rde Mère, pour que vous puissiez vous faire une idée de quel abîme de dépravation j'ai été tiré par la miséricorde divine.

La seconde grâce fut une communication très directe de Sœur Thérèse à mon âme. Après ma confession, le 16 juin 1916, le tourment des scrupules ne me laissa plus un moment de répit. C'est alors qu'ayant lu providentiellement l'Histoire d'une Ame, je résolus d'aller au tombeau de Sœur Thérèse pour lui demander son secours. Toujours angoissé, j'arrivai à Lisieux le 3 avril de cette année. Chose étrange, j'allai au tombeau et au Carmel béni sans y trouver la paix. C'est seulement aux « Buissonnets » que, dans la chambre du sourire de la Vierge, je pus verser une seule larme, et avec elle, toute l'amertume

 

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qui chargeait mon cœur disparut, je recouvrai la sérénité la plus entière. Je revins alors à la chapelle du Carmel remercier ma puissante avocate, et je retournai au tombeau où je passai de longues heures dans une allégresse sainte. Mon congé de cinq jours s'écoula trop vite; mais le souvenir de ces journées du ciel me réconforte encore. Plus jamais, depuis, les scrupules n'ont angoissé mon âme et je m'abandonne complètement au Sacré-Cœur de Jésus, sous la puissante intercession de Sœur Thérèse, dans les circonstances difficiles. Si la campagne est rude, je ne le remarque même pas, tellement efficace est son secours! La mort! je me surprends parfois à la désirer; car en mourant ici, au front, l'on va au ciel plus directement il me semble. Mon vœu le plus ardent est de pouvoir être, mon épouse et moi, aussi fervents chrétiens que les parents de Thérèse et, comme eux, de consacrer tous nos enfants au divin Maître. Après le retour à mon foyer, j'y ferai régner le Sacré-Cœur, et Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus y sera elle aussi à l'honneur. Je ne veux manquer aucune occasion de faire connaître cet ange de bonté.

Veuillez disposer de cet humble message, ma Rde Mère, comme vous le jugerez à propos pour la plus grande gloire de Dieu.

 

C. S.,

... rég. ... B.,
Armée belge en campagne.

 

Un foyer infidèle transformé par la « Petite Fleur ».

 

Couvent de la Merci, Sheffîeld (Angleterre), 28 juin 1916.

 

Il y a huit ans environ, une jeune fille de notre paroisse, I. E., alors dans sa dix-neuvième année, se maria à l'église protestante avec R. T., jeune homme de la religion séparée. La pauvre enfant, trop faible, ne sut pas écouter la voix de sa conscience et les pressantes remontrances qui lui furent faites au sujet de cette union irréligieuse, strictement défendue par les lois de la sainte Église. Le triomphe de la grâce était réservé à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Quand la guerre éclata, R. T. offrit ses services à sa patrie et à son roi, et fut envoyé en France. Sa femme, au moment du départ, lui remit une image de la « Petite Fleur », en lui disant : « Si vous récitez tous les jours la prière qui se trouve au dos de cette gravure, vous reviendrez sûrement près de nous. » En effet, bien que la jeune épouse eût cessé toute pratique religieuse depuis son mariage, elle aimait beaucoup la chère sainte, à qui deux de ses enfants devaient la vie, car s'étant trouvés très malades, l'attouchement d'une image de la « Petite Fleur » les avait subitement guéris. Depuis ce bienfait, les parents conçurent une confiance sans bornes en l'aimable Servante de Dieu, et le père reçut avec respect son portrait.

Or voici ce qui arriva : Par suite d'une erreur providentielle, I. T.

 

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fut amenée, en l'absence de son mari, auprès d'une religieuse qui l'avait connue dans son enfance et rêvait son retour dans le sein de l'Église. Celle-ci lui reprocha doucement sa conduite et lui suggéra les moyens de sortir de sa triste situation. La pauvre femme acquiesça facilement à ces propositions et résolut de profiter d'un congé de son époux pour la célébration du mariage. Pendant ce temps, par l'influence d'un ami, Sœur Thérèse faisait aussi son œuvre dans le cœur du mari, alors à 90 milles de Sheffield, et, de lui-même, sans que sa femme le lui eut encore demandé, il sollicitait une permission pour mettre ses affaires en règle. Le 26 mars 1916, tous les deux, ramenés au devoir par l'angélique sainte, cimentaient au pied de l'autel leurs engagements devenus sacrés. Et bientôt, poursuivant son action, la petite sainte obtenait les lumières de la foi au cher soldat, qui reçut l'instruction religieuse au camp, par les soins d'un zélé aumônier belge. Depuis il dit que la « Petite Fleur » ne lui refuse jamais rien. Son foyer est devenu modèle, si bien que l'un des petits garçons, âgé de sept ans, fait naïvement cette remarque : « Tout le monde est catholique chez nous à présent, on est tous heureux, et papa ne jure plus jamais. »

 

Sr Marie-Catherine, religieuse de la Merci.
I. A T..      R. T.

 

 

« Merci à l'angélique sainte ! »

 

Hôpital auxiliaire n° 5, Brest (Finistère), le 14 juillet 1916.

 

La plupart des hommes de mon régiment, avant de partir pour l'offensive de la Somme, avaient reçu des images et reliques de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus; aussi étions-nous remplis de courage, et pleins de confiance en sa protection.

Nous sommes restés plusieurs jours sous un bombardement intense et n'avons eu que trois blessés à ma compagnie. Je fus le premier à l'attaque des lignes avancées de l'ennemi, au village de Barleux, le 9 juillet. A ce combat, et tout près de la tranchée allemande dont mes camarades s'emparèrent, je reçus une balle au pied droit et dus me retirer sous une pluie de mitraille. Mais avant d'atteindre le poste de secours je connus une heure de terrible angoisse. A 300 mètres en arrière, je vis non loin de moi un blessé projeté par un obus à 30 mètres en l'air; et je me trouvais tout seul, sous un bombardement terrible, incapable maintenant de faire un pas de plus. Pourtant j'essayais avec deux bâtons de me traîner encore quelques mètres, mais bientôt, je tombai exténué de fatigue. Un tir de barrage de l'ennemi inondait la plaine; je me vis perdu et ma pensée alla vers Sœur Thérèse. Je m'écriai avec foi : « Sœur Thérèse, ne m'abandonnez pas, si vous le voulez vous pouvez me sauver ! » Deux minutes

 

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après, un Sénégalais venait à moi précipitamment : Moi, te porter, dit-il. Puis me chargeant sur ses épaules, il m'emportait à toute vitesse au poste français; j'étais sauvé ! Merci à l'angélique sainte.

 

Victor Ladret,

28e colonial, 23e Cie.

 

« Il était bien la conquête de l'angélique petite Sœur. »

 

Château de X. (France), 2 août 1916.

 

Ma Révérende Mère,

 

Pour contribuer à glorifier Sœur Thérèse, je viens vous donner quelques détails sur une grande grâce obtenue par son intercession.

C'est un tout jeune officier qui a été l'objet de cette faveur. Lion sur le champ de bataille, mais d'une faiblesse désolante en présence de certaines tentations, ce pauvre enfant était, depuis longtemps, la croix, le souci cruel et constant de sa mère.

Blessé sérieusement en décembre 1914, il fut envoyé à Évreux, où nous avons été le voir, sa mère et moi, à l'hôpital, et nous fîmes tout exprès un pèlerinage à Lisieux, afin de placer cette âme sous la protection de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Neuvaines, prières, aumônes, rien ne paraissait pouvoir obtenir la grâce de conversion. Cependant le jour de la fête du Sacré-Cœur, je sentis un reproche intérieur : cédant à une impression de découragement, j'avais négligé depuis quelque temps la petite Sœur Thérèse. Mes dispositions changèrent subitement : saisie d'une très grande confiance, je résolus de lui faire une neuvaine, et le 2 juillet, devant le Saint Sacrement, je me sentis pressée d'envoyer à mon neveu une image et une relique de la sainte, lui demandant de dire tous les jours : « Petite Sœur Thérèse, intercédez pour moi. » La réponse vint très vite; l'invocation serait récitée fidèlement.

Quelques jours après, ma Rde Mère, le 12 du même mois, mon jeune parent arrivait en permission, déjà changé; confidentiellement il m'annonça qu'il avait brisé avec son passé et comptait faire a une bonne lessive ». Quand? et comment? il ne précisa pas. Le 14, sous le prétexte d'une visite de famille, il alla trouver un prêtre pieux et intelligent, connu de longue date, et là, dans une modeste église de village, il fit sa confession, accompagnée de larmes abondantes, et communia très pieusement.

Parti sans nous communiquer ses projets, il nous mit au courant, à son retour, de la transformation merveilleuse accomplie dans son âme, nous racontant ses luttes intimes et les sollicitations victorieuses de la grâce pendant ces derniers jours. Il était bien la conquête de l'angélique petite Sœur.

Après deux nouvelles et ferventes communions, notre cher officier !

 

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vient de nous quitter emportant précieusement l'image et la relique de sa céleste Bienfaitrice. Qu'elle le garde pur, et qu'elle veille sur la persévérance de cet enfantine le 16 juillet, sous l'étoile de Notre-Dame du Mont-Carmel.

Puissé-je par ce récit reconnaissant, contribuer à faire connaître le crédit de la petite Sœur Thérèse auprès du Sacré-Cœur!

 

X...

Trois conversions obtenues dans une ambulance par l'intervention de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

 

Chambéry (Savoie), hôpital auxiliaire n° 103, le 9 août 1916.

 

Ma Révérende Mère,

 

C'est avec une véritable consolation que je vous envoie ces « souvenirs » de notre ambulance, puissent-ils être suivis de beaucoup d'autres !

Un blessé de Dunkerque, M. L., ardent socialiste, fut providentiellement envoyé dans notre hôpital, où la grâce insigne de la résurrection spirituelle l'attendait.

Passionné pour la lecture, il ne recherchait que romans; aussi notre bibliothèque, « trop religieuse » à son goût, ne lui suffisant pas, il trouvait moyen de se procurer ailleurs des volumes « moins fades », disait-il.

Un camarade de lit ayant laissé traîner sur sa table le volume de Sœur Thérèse, notre malade le feuilleta furtivement... Le coup de filet était donné ! Bientôt le livre fut entièrement dévoré et la petite sainte commença son œuvre conquérante. Ce travail intérieur se trahissait par une foule de questions que nous posait M. L. sur la doctrine catholique. Il nous raconta qu'au front, ayant eu pour ami un soldat canadien, celui-ci en retour d'un service rendu, avait tenu à lui offrir une image et une relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Plus par amitié que par dévotion, notre socialiste les avait acceptées, mais, avouait-il : « Cent fois, je sentis qu'une main invisible et puissante me protégeait. Dans trois circonstances entre autres, la mort me parut inévitable et j'attribue à cette relique d'y avoir échappé. C'est pourquoi voyant cette Notice, la curiosité me prit de connaître la vie de cette fée des temps nouveaux. »

Une fois de plus l'aimable sainte attira une âme égarée, pour la ramener à Dieu.

A son contact si pur notre converti reçut une lumière plus vive, et les romans qui l'entouraient jadis n'eurent plus pour lui aucun charme. Il sollicite maintenant comme une faveur des livres pieux pour s'instruire, et, à Noël, sans qu'on exerçât sur lui la moindre pression, il jeta dans le sein de la Miséricorde divine dix-sept ans d'une vie d'impiété et de désordres de tous genres. C'est à l'heure actuelle un apôtre, qui travaille avec zèle au salut des siens.

 

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La deuxième rose de conversion ne fut pas moins consolante : M. X..., grand industriel établi au Sénégal, avait oublié la foi de ses premières années. A son départ pour la guerre, sa pieuse mère lui remit une image de Sœur Thérèse qu'il porte par amour filial. Lorsqu'il put se lever, il assista aux offices religieux, mais par déférence plutôt que par conviction, et c'est alors que la grâce fit son œuvre. A Pâques l'indifférent d'hier se rapprochait du Dieu si bon, méconnu par lui depuis quinze ans, et il n'aspirait plus qu'à la communion quotidienne. Nous aimons à considérer Sœur Thérèse comme l'auteur de ce merveilleux retour, car notre blessé nous confia qu'il avait bien souvent récité la prière inscrite au bas de son portrait : « O Dieu, qui avez embrasé de votre Esprit d'Amour... «N'ensachant pas d'autres, il s'était attaché à celle-là pour obtenir la protection de la petite Sœur.

La troisième capture de votre puissante thaumaturge fut celle d'un petit chasseur alpin nommé H. Sa vie, comme celle de beaucoup d'enfants de la capitale, était légère et sans aucune pratique religieuse. Mais après la lecture de l’ « Histoire d'une Ame » que nous lui mîmes entre les mains, il trouva la lumière, et, dans d'excellentes dispositions, le jeune blessé se confessa et communia le premier vendredi de mars. Depuis lors, il ne lit plus la biographie de Sœur Thérèse, mais il la médite, la savoure, et en fait sa ligne de conduite, cherchant dans sa vie de soldat les occasions d'imiter Celle qui fut sa lumineuse étoile.

Un jour, il est brusquement dépossédé d'un objet qui lui appartient. La colère lui monte au visage, mais sa « petite Amie » lui a appris le matin même comment elle agissait quand on lui prenait ses pinceaux... Alors, lui qui est un homme, ne sera-t-il pas aussi généreux? Et sans que personne eût connaissance de son combat intérieur, le brave jeune homme abandonna l'objet enlevé injustement. Sa naïveté d'enfant nous fit part de ce trait, qui nous prouva encore l'heureuse influence produite sur les âmes par la lecture de la vie de votre Auge de vertu. Nous lui donnâmes, à son départ, une brochure et un médaillon de Sœur Thérèse, il en était plus fier qu'un roi, et promit de ne jamais s'en séparer.

Nous aurions bien d'autres faits à vous signaler, ma Rde Mère, tel ce petit chasseur qui ayant commencé à lire le cher volume, est tout désolé de partir sans l'avoir achevé. Enfin, il prie la sainte de le protéger, et s'en va confiant. Quelle ne fut pas notre surprise de le voir rentrer à l'hôpital le soir même. Sa plaie, complètement guérie, s'était remise à suppurer et la commission d'examen avait prolongé d'un mois et demi son séjour à l'ambulance. « La petite Thérèse, nous dit-il, voulait que je lise sa vie. C'est elle qui m'a joué ce bon tour. »

Un autre, muni d'une relique, est l'objet d'une préservation merveilleuse. Dans un bouleversement tel, qu'il ne reste plus une

 

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place où se cacher, quatre soldats se jettent les uns sur les autres pour éviter l'éclatement d'un obus. Trois sont tués, et seul le porteur du précieux sachet, qui se trouvait au milieu, fut épargné.

Encore un autre brave, qui remercie Sœur Thérèse de sa protection spéciale. Il porte sur lui son image, et pendant vingt mois de campagne, enterré plusieurs fois par des projectiles il sort sain et sauf de tous les dangers. Une bombe éclate à ses pieds, fait quatre victimes, et le laisse sans une égratignure. Il était si visiblement gardé que ses camarades ne redoutaient nulle corvée en sa compagnie.

Gloire au Seigneur pour tant de grâces ! nous voyons chaque jour avec plus de certitude quo le règne de Dieu suit infailliblement, dans les âmes, l'action bénie de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

 

Sr Stanislas, fille de la Charité.

 

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