Guerre - XII
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« C'est Thérèse qui a fait cela. »

Guérison d'un soldat italien.

Protection sous un bombardement terrible qui cesse à la prière d'un soldat.

Diverses grâces.

« Je plaçai le livre sous ma tête en guise d'oreiller. »

Au cimetière de Lisieux, le 10 août 1917.

« C'est mon bouclier depuis trente-deux mois de campagne ! »

Accueil fait à Sœur Thérèse parmi les prisonniers de guerre.

« Un brave zélateur et défenseur de Sœur Thérèse ! »

« Sur les épines, elle fait fleurir des roses. »

Extraits des lettres d'un prêtre-soldat, mort en héros pour la France.

 

« C'est Thérèse qui a fait cela. »

 

(Extraits des lettres d'un aumônier militaire, février 1915 à juillet 1917.

 

Hôpital militaire de Saint-Riquier (Somme), le 11 février 1915.

 

Ma Révérende Mère,

 

Je viens de recevoir les deux paquets que vous avez eu l'extrême obligeance de m'envoyer pour nos pauvres soldats blessés. A peine arrivées, on se disputait dans les salles brochures et images. La douce et ravissante physionomie de votre petite sainte attire et captive tout d'abord, et par là, on se laisse prendre à l'hameçon : une fois qu'elle est dans la place, elle n'a plus qu'à parler et agir.

Les reliques et médaillons sont portés aussi avec respect, voire même avec ostentation, et nos braves, en repartant au danger, sont fiers de montrer leur « talisman ». Une retraite de trois jours donnée pour eux vient d'être particulièrement féconde, et tous les soldats de l'ambulance en état de se lever se sont confessés et ont communié. C'est « Thérèse » qui a fait cela, j'en suis sûr. Priez-la, ma Rde Mère, de continuer ce qu'elle a si bien commencé, dans le mystère.

 

Veuillez agréer, etc.

 

Henri Deleforge, prêtre-infirmier.

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DU MÊME

 

Le 22 juin 1915.

 

Les souvenirs de la sainte carmélite sont, pour nos pauvres contagieux, comme un pétale de rose tombé du Ciel. C'est, pour les recevoir ou s'en procurer, un empressement et une joie que je renonce à décrire, car notre troupier, surtout à l'hôpital, redevient un véritable enfant. Tous les jours, je constate un assaut de prières, ou de sourires, pour obtenir le portrait de « la petite Sainte » qui fait tant de miracles. Malgré certaines consignes rigoureuses, nos soldats arborent la médaille sur leur tunique, et quand on leur demande quelle est cette religieuse? « Une parente que j'aime bien », répondent-ils aux profanes qu'ils soupçonnent d'indifférence; mais aux amis ils livrent leur secret, et la procession des solliciteurs recommence. Plusieurs veulent payer, mais je refuse en disant que Sœur Thérèse ne veut pas d'argent des soldats, et qu'elle préfère un Ave Maria pour son Carmel; alors, ils le récitent bien vite, chemin faisant, de peur d'oublier!

Il est évident que la chère sainte s'est installée à demeure ici, pour la durée de la guerre; d'ailleurs, je l'ai nommée notre infirmière-major. Beaucoup de guérisons inespérées à son actif : 1.600 malades ont passé déjà par nos mains, la plupart gravement atteints, et nous comptons au plus 60 décès. Quant aux mourants, quel effluve de grâces extraordinaires! Pleine lumière de l'au delà, résignation, confiance; presque tous sont partis en regardant le Ciel. Chaque jour je me convaincs davantage que faire connaître Sœur Thérèse est un apostolat, car c'est faire aimer le bon Dieu. On a vu de vieux « durs à cuire », insensibles comme le roc, pleurer en lisant la petite vie abrégée de la sainte, et ne pas se lasser de la relire. Les retours se multiplient, grâce à ce travail intime de « l'aimable ravisseuse »; quelle joie pour mon âme sacerdotale!

 

DU MÊME

 

Ambulance 7/6, le 17 juillet 1917.

 

J'ai quitté Saint-Riquier, mais je n'en continue pas moins à répandre le culte de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Ses chères images et médailles vont semer la consolation dans bien des âmes. Elle s'y connaît, l'angélique Servante de Dieu, pour prendre même des cœurs de soldats..., et souvent la simple vue de ses traits si purs suffit pour cela.

 

Henri Deleforge,

prêtre infirmier.

 

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Guérison d'un soldat italien.

RELATION DE M. LE CURÉ DE TORRE CALDERARI

 

Torre Calderari (Italie), 23 juillet 1917.

 

Vers la fin de janvier 1916, mon frère Beniamino Bravi, alors élève à l'école royale militaire de Modena, fut atteint d'une très violente pleuro-pneumonie. Prévenu par le général commandant, j'accourus à son chevet, le 4 février, et les jours suivants se passèrent dans une indicible angoisse. La température s'élevait d'une façon impressionnante, et le malade était dans le délire, enfin, d'un moment à l'autre on redoutait une catastrophe.

Dans ma profonde douleur, j'implorais tout le Ciel, le Sacré-Cœur de Jésus, la Vierge Immaculée, les saints. Tout à coup, je me souvins de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus dont j'avais lu autrefois avec délices la courte notice et la merveilleuse « Pluie de Roses ». Donc, le 7 février au soir, ne pouvant pénétrer jusqu'à mon frère, car on m'interdisait l'accès de son infirmerie, je lui envoyai du moins une image de la sainte Carmélite française, lui recommandant de la placer sous son oreiller. O bonté de la Servante de Dieu qu'on n'invoque pas en vain! Au matin suivant, le médecin constata avec étonnement la totale disparition de la fièvre. C'était la guérison ! Dès le lendemain, mon cher malade fut transféré parmi les convalescents.

Depuis lors, il n'a cessé d'être gardé par la petite Sœur, et ses lettres en rendent témoignage fréquemment par des affirmations de ce genre : « Que la petite sainte ma Bienfaitrice me continue sa protection. Espérons que Sœur Thérèse me ramènera bientôt parmi vous, etc.. » Il a échappé à bien des dangers, et notre reconnaissance ne se peut exprimer.

 

Don Ernesto BRAVi, curé.

 

Protection sous un bombardement terrible qui cesse à la prière d'un soldat.

 

Du Front, le 28 juillet 1917.

 

Soldat belge, très confiant à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, je tiens à signaler la protection remarquable dont je fus l'objet dernièrement, face à Dixmude.

J'étais dans les tranchées, vers 8 heures et demie du soir, quand un bombardement d'une violence inouïe se déclencha sur nous. Des obus de gros calibre tombèrent par milliers aux abords du frêle abri où je venais de me réfugier, éclatant de toutes parts, les uns

 

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au-dessus des autres, soit sur les côtés, soit sur le parapet de notre ligne, tandis que des torpilles s'enfonçaient dans la terre, y creusant d'énormes trous. Si un seul de ces projectiles eût frôlé mon abri, j'étais perdu ainsi que mes camarades. Mais j'ai prié Sœur Thérèse et elle les a tous écartés, tandis que tous les boyaux voisins furent démolis, sans en excepter un seul!

Nous étions, sous ce feu incessant, depuis quatre longues heures, dans un état d'angoisse et d'énervement qui se devine, lorsque je suppliai la petite sainte non seulement de nous protéger, mais de faire cesser le bombardement effroyable. Et bien, j'affirme qu'au même instant où je faisais cette prière, la voix du canon se ralentit, et trois minutes plus tard, plus un seul coup ne fut donné.

Jamais je n'oublierai ce miracle de Sœur Thérèse !

 

A. Docobu,

6e Brig M. V. D.
D. 110.
Armée belge.

 

Diverses grâces.

 

Carcassonne (Aude), le 5 août 1916.

 

Ma Très Révérende Mère,

 

Je suis confus de vous importuner si souvent, mais la coupable, c'est Sœur Thérèse. Jugez plutôt.

Ma propagande religieuse se ralentissait, et je me voyais à la tête d'un assez gros stock d'insignes pieux, brochures et images de tous genres, que j'avais peine à écouler. Mon bon Ange me souffla de confier la chose à votre petite sainte, ce que je fis, et aussitôt, dans la soirée et le lendemain, j'eus tant de sollicitations à la caserne et au dehors (on me courait après jusque sur les boulevards), que je dus demander grâce, ne pouvant suffire à la besogne ! Je suis donc appauvri et dois vous tendre la main.

Sœur Thérèse bénit mon zèle, et pour ma part, rien ne me semble plus doux que de la faire connaître et aimer, car elle m'a obtenu tant de grâces intimes! Dans les moments de tristesse et d'ennuis, je n'ai qu'à ouvrir son livre au hasard, et à lire le premier passage qui se présente, pour recouvrer la paix. A d'autres, la seule vue de ce livre précieux fait du bien.

J'ai aussi entendu rapporter un trait charmant, qui remonte aux dernières sessions des examens, en juillet. Un jeune candidat, dont la famille est la plus chrétienne que j'aie jamais rencontrée, passait l'écrit du baccalauréat. Durant une heure et demie, il essaya vainement de trouver quelques idées pour sa composition latine. Dans sa détresse, il invoqua la petite Sœur Thérèse, dont il portait sur lui une relique. Aussitôt les pensées affluent avec une telle abondance qu'il les brouillonne sans discontinuer toute la dernière demi-heure; il lui faut alors rendre sa copie, sans même avoir le temps de la relire.

 

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et voici que l'heureux protégé de la sainte eut pour cette épreuve la plus forte note de toute la session ! Inutile de vous dire la joie du jeune homme et des siens!

Je compte sur elle à mon tour, pour aider mon apostolat auprès des soldats incroyants, « sa mission n'est-elle pas de faire du bien ? »

 

Alphonse Journès, 3e rég. d'artill. 72e brig.,
avant la guerre. Frère des Écoles chrétiennes en Italie.

 

Le même Frère-soldat écrivait, le 3 juillet 1917, du dépôt de Montpellier, où il passa les deux dernières années de la guerre : « A la salle de service, la petite Sœur a déblayé le terrain... Sa biographie abrégée, jadis enfouie au milieu de 35 brochures protestantes, a fait disparaître toutes celles-ci, et les a remplacées par La Croix, Le Pèlerin, et d'autres bons journaux. »

 

« Je plaçai le livre sous ma tête en guise d'oreiller. »

 

En Campagne, le 12 août 1917.

 

Ma Révérende Mère,

 

Dans mon village, j'avais souvent entendu parler de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, mais sans nourrir pour elle aucune dévotion particulière. Malgré cela, elle est venue à mon secours, sans même que je le lui demande, et voici comment.

Depuis la mobilisation, j'ai parcouru tous les champs de bataille sur le front français. Au début, j'acceptai cette dure épreuve de la guerre comme une punition; la France, en tant que nation, s'élait montrée si coupable envers Dieu, que le châtiment, quoique terrible, me semblait juste. Mais cette vie de souffrances physiques et morales affaiblit, à la longue, mon courage et ma confiance, et ces jours derniers, la patience me fit défaut et je murmurai... C'est dans ces dispositions d'esprit que j'arrivai à Verdun, le 20 juillet, prêt à abandonner mon devoir.

Cantonné dans une maison tombée en ruines, n'ayant pour lit qu'un peu de paille réduite à l'état de fumier, j'étendais une couverture sur cette misérable couche, lorsque ma main rencontra quelque chose de dur, et je retirai un assez gros volume que je plaçai sous ma tête. Au matin, j'ouvris la brochure : c'était l'Histoire d'une Ame l j'avais dormi, pour ainsi dire, dans les bras de la petite sainte. Je me mis à lire ces pages et je les trouvai remplies d'un tel amour de Dieu, d'une si grande soumission à sa volonté, que j'eus honte de ma faiblesse. Moi qui doutais de la bonté divine, qui jugeais mes chefs et prétendais discuter leurs ordres, je pris la ferme résolution de réagir, en m'appuyant sur Sœur Thérèse, qui venait de me montrer le droit

 

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chemin. Je conserve précieusement ce livre pour le donner à mes enfants, et le faire connaître à d'autres.

Je vous laisse toute liberté, ma Rde Mère, de publier cette lettre avec mon nom, c'est mon témoignage de reconnaissance envers celle à qui je dois tant.

 

L. O.,

actuellement soldat au ...e Rég. d’inf., ...e Cie

 

Au cimetière de Lisieux, le 10 août 1917.

 

Hôpital bénévole n° 48, Souvilly (Eure), 16 août 1917.

 

Ma Révérende Mère,

 

Je manquerais à mon devoir, me semble-t-il, si je ne vous signalais un fait de mon voyage à Lisieux, le 10 août dernier, où avait lieu l'exhumation de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Je n'aurais pas voulu manquer pareille occasion d'aller rendre mes hommages de piété et de reconnaissance à la chère Servante de Dieu, à qui j'attribue tant de grâces, soit dans notre hôpital bénévole, soit dans ma paroisse, en Belgique, avant la guerre. Conversions, guérisons et multiples bienfaits, sont le fruit de notre confiance en elle.

Vendredi donc, vers 9 heures et demie, j'arrivais aux abords de la chapelle du cimetière, où se trouvaient ses restes précieux, lorsque je me sentis tout à coup enveloppé, imprégné d'un très fort parfum de violettes. Ce souffle céleste ne dura qu'un instant, mais je ne pourrais jamais l'oublier. J'ai soigneusement examiné autour de moi; aucune cause naturelle n'aurait pu le produire; un soldat belge et trois autres personnes présentes à mes côtés, ne perçurent rien de ces suaves émanations. Le même phénomène se renouvela pour moi auprès de la tombe des parents de Soeur Thérèse; enfin, l'un des pèlerins qui m'accompagnait jouit de la même faveur, devant le caveau ouvert de la petite sainte.

Je vous ai exposé bien simplement ces faits, ma Rde Mère, et sur la foi de ma conscience de prêtre.

 

Veuillez agréer, etc.

 

Abbé V. Prélat,

aumônier militaire.

 

« C'est mon bouclier depuis trente-deux mois de campagne ! »

 

Paris, le 28 août 1917.

 

Un aumônier militaire se rendait aux avant-postes, lorsque, surpris par une pluie d'obus, il se jette à terre, et rampe jusqu'à un abri voisin, où il rencontre un officier supérieur, un commandant.

 

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Au bout de quelques minutes, celui-ci remarquant le calme du prêtre, l'interroge : « Sûrement, M. l'Aumônier, vous avez sur vous la relique de la petite Soeur Thérèse? Sinon, je ne m'expliquerais pas votre sang-froid ! Quant à moi, c'est mon bouclier, depuis trente-deux mois de campagne. »

L'aumônier en question était le Père Delattre, Assomptionniste, décoré de la Légion d'honneur et de la Croix de guerre, avec trois ou quatre citations. C'est de lui que je tiens tous ces détails.

Gloire à Dieu ! La mission de Sœur Thérèse ira toujours grandissante, et aura sa large part dans la régénération de la France. La petite voie deviendra la grande Voie, et elle conduira tout droit à la vérité.

 

R. P. M. Courdent,

missionnaire lazariste.

 

Accueil fait à Sœur Thérèse parmi les prisonniers de guerre.

 

Camp de Soltau (Allemagne), 30 août 1917.

 

Madame la Supérieure,

 

J'ai l'honneur de vous accuser réception du colis de souvenirs de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, que vous avez bien voulu m'adresser. Je dois vous dire que mes chers compagnons d'infortune se sont en quelque sorte rués sur moi pour en recevoir quelque chose, et même les non-pratiquants se sont vraiment disputés pour en avoir leur part.

Depuis un certain temps, nous invoquions la sainte, dans nos pieuses réunions journalières, mais surtout chaque mardi, où nous demandions avec ferveur sa prompte béatification.

Il faut avouer que la petite Sœur Thérèse est la consolatrice par excellence des prisonniers de guerre, et en retour ils l'aiment bien !

 

Veuillez agréer, etc.

 

Pierre Ameloot,

sous-officier au 8e de ligne,
Armée belge, prisonnier de guerre.

 

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« Un brave zélateur et défenseur de Sœur Thérèse ! »

 

EXTRAIT DE PLUSIEURS LETTRES. (Novembre 1915 au mois d'août 1917.)

 

Sur le Front, le 20 novembre 1915.

 

Madame la Supérieure,

 

C'est un protégé de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus qui vous écrit ce témoignage de reconnaissance, d'une pauvre grange, où il loge au repos, en attendant de remonter dans quelques heures aux tranchées de première ligne...

Déjà vous savez par mon épouse la guérison de notre fils, atteint de rougeole, compliquée de congestion pulmonaire.

Aujourd'hui, c'est pour moi-même que je viens remercier la sainte. Combien souvent, au milieu des dangers que je cours, j'appelle la protection de la « petite Thérèse » avec celle de Jésus et de Marie ! Il y a quelques jours en particulier, j'étais en sentinelle à un poste avancé; les bombes allemandes tombaient autour de moi d'une manière effrayante; alors, tirant de mon portefeuille les images bénies de la Sainte Vierge et celle de Sœur Thérèse, je ne cessai, tant que dura cette pluie de mitraille, de les baiser pieusement, invoquant de toute mon âme mes deux célestes gardiennes. Elles ne m'ont pas abandonné, car je suis sorti sain et sauf de ce dernier péril.

Comme je voudrais en retour, travailler à la diffusion du culte de la Servante de Dieu, aux mains pleines de roses!

 

Pierre Broca,

ingénieur dans la vie civile,
actuellement au 352e Rt d'Inf. , 21e Cie.

 

DU MÊME

 

27 novembre 1916.

 

L'admirable Épouse de Jésus a daigné favoriser encore notre famille. Il s'agit de ma mère, qui dans les premiers jours de cette année avait été déjà délivrée d'une phlébite, au cours d'une neuvaine à Sœur Thérèse. Malheureusement, d'un tempérament très actif, elle abusa de ses forces, et le 18 juillet, fut frappée subitement d'une embolie cérébrale. Elle reçut les derniers Sacrements et se trouvait à toute extrémité, lorsque ma femme, émue à la pensée de la douleur que me causerait cette fin soudaine, supplia notre chère Bienfaitrice du Ciel d'arracher la malade à la mort. La sainte exauça sa prière ardente, et en dépit de l'attente générale, ma mère se rétablit en quelques jours, sans garder aucune suite fâcheuse de ce terrible accident, qu'humainement on devait prévoir.

Jamais nous ne pourrons assez dire toutes les grâces que nous

 

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prodigue Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus; il n'est pas un acte de notre vie que nous ne mettions entre ses mains, et comme elle sait surpasser nos désirs !

 

DU MÊME

 

Le 31 août 1917.

 

Combien je vous remercie, ma Rde Mère, de votre dernier envoi de « neuvaines » à la Sainte Trinité, pour obtenir des faveurs par l'intercession de Sœur Thérèse ! Veuillez m'en adresser cent autres, car, Dieu merci, ces petites graines si précieuses sont toutes semées, et j'espère qu'elles produiront dans les âmes de belles gerbes pour le Ciel.

Le récit de la merveilleuse intervention de la chère sainte en faveur d'un séminariste-soldat m'a profondément touché. Précisément, le jour où elle m'arriva, je fis le soir une promenade amicale, au sortir de l'église, avec un aumônier militaire, de la Congrégation du Saint-Esprit. Je mis la conversation sur le terrain de mon pèlerinage à Lisieux, dont le souvenir ne me quitte guère, et m'apercevant que le bon prêtre paraissait un peu froid, j'insistai pour connaître sa pensée : « Vous voulez que je vous donne franchement ma manière de voir, me répondit-il? Eh ! bien, à mon avis, on fait beaucoup trop de bruit autour de cette petite Sœur... »

Beaucoup de bruit! Ah! ma Mère, j'ai bondi, pardonnez-moi le mot. J'ai dit à mon interlocuteur que si tous ceux qui parlent de Sœur Thérèse lui doivent la reconnaissance que personnellement je suis tenu de lui garder, il n'est pas étonnant que « l'on fasse du bruit »! Et je lui racontai toutes les merveilles dont elle comble mon foyer; enfin prenant dans ma poche la relation que vous veniez de me communiquer, je la passai au Père, tout interloqué de me voir me débattre ainsi. Il lut à haute voix le fait, pour un soldat qui nous accompagnait, et quand il eut fini, il me rendit la feuille d'un air tout ému... « Je regrette ce que je vous ai dit tout-à-l'heure, ajouta-t-il. Vous êtes un brave zélateur de Sœur Thérèse. » La cause était gagnée, et nous nous entretînmes longuement de l'angélique petite sainte, méditant, en quelque sorte, sur son sublime amour du bon Dieu. L'aumônier ne semblait plus surpris de sa réputation, et il me demanda même si je n'avais pas un livre de sa Vie pour le faire lire à ses hommes dans les tranchées !

Ma Mère, puissé-je être vraiment « le zélateur de Sœur Thérèse »! Demandez-lui en revanche de m'obtenir la grâce de comprendre et de suivre son admirable « petite Voie ». Confiez-lui aussi l'avenir de nos deux petits garçons; dès maintenant, leur mère et moi, nous les offrons à Dieu pour son divin service. La vigne va être si grande, après l'épouvantable cataclysme, et les ouvriers, hélas! si peu nombreux. Qu'au moins l'un d'eux soit prêtre, mais prêtre comme le saint curé d'Ars, prêtre au cœur de feu comme celui de votre séraphique Sœur.

Je conserve de mon voyage à Lisieux un souvenir profond et

 

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indiciblement doux. Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus m'a fait réellement un bien immense; qu'elle en soit à jamais bénie et me continue cette aide spirituelle !

Je vous prie d'agréer, ma Rde Mère, etc.

 

« Sur les épines, elle fait fleurir des roses. »

 

Des tranchées, le 22 septembre 1917.

 

Ma Révérende Mère,

 

Nous sortons de la fournaise, et humainement parlant, sans la protection de Sœur Thérèse, je devais être tué.

A peine arrivé au secteur, le plus terrible coin de Verdun, mon bataillon fut soumis à un tir continu et intense. Puis nous attaquâmes par un brouillard épais qui cachait nos fusées-signaux à l'artillerie, si bien qu'il nous fallut reculer et organiser la défense du poste central du chef de bataillon. Je l'avoue, c'est à partir de ce moment que je priai plutôt que je ne combattis, et le nom de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus revint sans cesse sur mes lèvres avec celui de Notre-Dame du Perpétuel Secours; je ne pensai plus à la mort, et fait remarquable, les obus tombaient autour de moi par centaines sans m'atteindre par le moindre éclat. Peu après, je fus choisi comme agent de liaison devant avertir le colonel que les munitions nous manquaient pour la contre-attaque; la route pour porter ce message était battue par la mitraille et déjà pleine de cadavres. Néanmoins, j'obéis, et à chaque pas, à chaque balle qui me poursuivait, je répétais avec ferveur ce seul mot : « Sœur Thérèse! » Cependant les trous d'obus se succèdent, se multiplient, plus de boyaux ni de piste; je m'égare, mais je passe, je cours sans que rien ne me touche, et j'arrive ! Ma mission est remplie, et je suis sauvé, sauvé par la Sainte Vierge et par Sœur Thérèse. Et le soir nous pûmes prendre notre revanche, reconquérir à peu près le terrain perdu avant notre relève à l'arrière.

Chère petite sainte, comme je l'aime! Sur les épines elle fait fleurir des roses, et comme elle, nous essaierons de les effeuiller pour la plus grande gloire de Dieu.

Ma première petite fille s'appelle Marie-Thérèse en son honneur, et lui est consacrée. A ma dernière permission j'ai eu plaisir à remarquer comme le cher ange, qui n'avait pas deux ans, souriait avec bonheur chaque fois qu'on lui présentait l'image de sa patronne; et elle répétait joyeusement : « C'est Téèse. » On aurait cru que l'enfant la reconnaissait pour l'avoir déjà vue, et lui parlait comme à une ancienne amie.

Veuillez agréer, etc.

 

L. C,

...e de ligne ..e Bon.

 

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Extraits des lettres d'un prêtre-soldat, mort en héros pour la France.

 

De la tranchée, le 10 avril 1915.

 

Ma Révérende Mère,

 

Je vous envoie la somme de 25 francs pour aider à couvrir les frais du procès de Béatification de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. C'est la petite offrande que j'ai promis de prélever pour elle sur ma solde, à la fin de chaque mois, tant que je serai à la guerre (1).

Depuis le début de la campagne, je porte dans ma sacoche un exemplaire de la Vie abrégée de votre chère sainte et, pendant mes heures de veille, j'en relis avidement quelques pages. Quelle âme pure et séraphique! Puisse son appel être entendu par un grand nombre de petites âmes !

Veuillez agréer, ma Rde Mère, etc.

 

Abbé Prosper Bessède,
sous-lieutenant au 288e d'inf.

 

DU MÊME

 

Le 21 août 1915.

 

Je vous adresse par ce courrier la Croix de guerre qui vient de m'être remise. J'en avais fait le vœu à Sœur Thérèse. Je suis tout heureux de lui donner ce gage de ma reconnaissance; plus heureux serais-je encore si, dans peu de temps, je voyais briller la couronne des Bienheureux sur son front angélique. J'offre à Dieu mes prières et mes peines dans ce but.

Je dois en effet à la chère Servante de Dieu l'une de ces grâces intimes et puissantes qui orienta ma vie. J'étais entré au grand Séminaire depuis peu, lorsqu'un découragement profond, mêlé de dégoût pour ma sainte vocation, s'empara de moi. Cela dura longtemps, et je ne restai dans la Maison de Dieu que pour obéir à mon Directeur de conscience, espérant voir enfin surgir une occasion qui m'obligerait à rentrer dans le monde. L'année du sous-diaconat approchait, et je l'envisageais avec terreur. C'est alors que l'autobiographie de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus me tomba entre les mains. Oh ! ma Rde Mère, comment traduire ce qui se passa en moi à ce céleste contact! Ce fut la rose divine que votre sainte jeta sur ma route; en peu de jours la paix et le calme m'étaient revenus, j'avais entrevu la « petite voie de total abandon, de confiance et d'amour », et fort de cette révélation, j'essayai de la suivre. Plus d'hésitations; je reçus les Ordres sacrés avec enthousiasme, bientôt après la

 

1 Cette promesse a été fidèlement remplie.

 

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prêtrise, juste à la veille de la guerre, et c'est sur le champ de bataille que débuta mon ministère sacerdotal. Pourquoi ne pas mentionner encore une délicatesse de ma Sœur du Ciel ? L'autel portatif, qui me fut offert dans la tranchée, était un don d'une personne anonyme, au nom de Sr Thérèse de l’Enfant- Jésus !

Voilà mon histoire, ma Révérende Mère, et l'origine de ma totale dévotion pour Celle à qui je dois ma persévérance.

 

Lieutenant Prosper Bessède.

 

En janvier 1917, le lieutenant Bessède, passé capitaine, voulant donner à sa sainte Protectrice un nouvel ex-voto, envoya son épée au Carmel de Lisieux, avec l'inscription suivante gravée sur sa garde :

 

Prosper Bessède, prêtre,

capitaine au 288e d'infanterie

 

A Sœur Thérèse, 21 janvier 1917.

 

DU MÊME ENCORE

 

Le 1er mars 1917.

 

Me voilà obligé de passer des journées, parfois des semaines entières, dans un souterrain obscur et humide, à peine éclairé par la lueur d'une faible bougie, éteinte d'ailleurs à chaque fois qu'une bombe ou une torpille explose aux environs. Je vous prie de bien vouloir m'envoyer un beau portrait de Sœur Thérèse que je placerai dans mon réduit; il y sera pour moi un doux rayon de soleil. A la 19e compagnie, le capitaine n'est pas le seul qui connaisse votre petite sainte. Ci-joint une liste de plusieurs sous-officiers, caporaux et soldats (41) qui sont heureux d'unir leur modeste offrande à la mienne pour la Cause de Celle qui les protège.

 

Cne P. Bessède.

 

DU MÊME

 

8 août 1917.

 

A mon tribut mensuel, je joins une lettre adressée à N. S.-Père le Pape, le priant de bien vouloir hâter la béatification de Sœur Thérèse. Cette supplique a été signée par un certain nombre de gradés et de soldats de ma compagnie. Du front, je ne puis l'envoyer directement à Rome, aussi je prends la liberté, ma Révérende Mère, de la faire passer par vos mains, pensant qu'il vous sera aisé de la faire arriver à destination.

 

Cne P. Bessède.

 

131

 

Quelques semaines plus tard, M. l'abbé Bessède tombait vaillamment au champ d'honneur. Le journal La Croix de Paris annonçait ainsi son décès dans son numéro du 6 octobre 1917 :

« M. l'abbé Prosper Bessède, professeur au Séminaire du Sacré-Cœur, à Montauban, capitaine au 288e d'infanterie, asphyxié par les gaz à son poste de commandement, en assurant la vie de ses hommes. Cité à l'ordre du jour. »

A l'un de ses derniers pèlerinages à Lisieux, M. l'abbé Bessède avait dit à la Mère Prieure du Carmel : « Je suis tout abandonné à ce que Sœur Thérèse voudra faire de moi, soit que je doive mourir à la guerre, ou lui survivre; ce qui m'adviendra sera donc sûrement le meilleur. »

 

 

Nous croyons devoir citer quelques lignes de la lettre si élogieuse par laquelle M. l'abbé Deramond, aumônier militaire de la 67e division d'infanterie, fit part du décès de M. l'abbé Bessède à Sa Grandeur Mgr l'évêque de

Montauban :

 

25 septembre 1917.

 

Monseigneur,

 

Le capitaine Bessède a été mortellement frappé hier, vers 15 heures, dans son poste de commandement, aux tranchées de première ligne.

Un obus de 210, à fusée retardée, est venu éclater dans son abri, en obstruant une des entrées. L'oxyde de carbone dégagé par la formidable explosion s'engouffrait par l'escalier jusqu'au fond de la sape, où le capitaine se tenait avec sa section de réserve. Une deuxième issue restait libre. Très calme et simplement héroïque comme toujours, le cher Abbé donna l'ordre à ses hommes d'évacuer la place de ce côté, voulant demeurer le dernier de tous. Le plus grand nombre des soldats réussit à gagner l'air libre, mais les six derniers et le capitaine furent asphyxiés, et lorsqu'on parvint à pénétrer auprès d'eux, avec des appareils de sauvetage, on ne retrouva que des cadavres.

Il y a deux jours encore, je rendais visite aux tranchées à mon saint ami, et avisant au-dessus de sa table de travail le portrait de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, qu'il ne manquait jamais d'installer au poste d'honneur dans son abri, je me pris à lui dire en manière d'adieu : « La petite Sœur doit vous aimer beaucoup. Je vous charge de lui parler un peu de moi, et surtout, je vous ordonne de la prier de vous conserver. Elle vous doit bien cela ! »

Un sourire et une chaude poignée de main furent sa seule réponse. Je ne devais plus le revoir, et je crois bien qu'entre la sainte et lui, il y avait un autre pacte, tout différent de celui que je désirais. Il avait pour elle une vraie dévotion de « petit enfant », et à chacune de ses permissions, il ne manquait pas d'aller faire, à son retour, un pèlerinage de quelques heures au tombeau de la Servante de Dieu. Sœur Thérèse l'a ravi trop tôt à notre gré, pour lui faire partager son Ciel.

Je n'ai pas besoin de vous dire, Monseigneur, combien la consternation

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est grande dans tout le régiment où tous vénéraient et estimaient le cher Abbé aussi pieux que brave. Un de nos officiers me faisait hier soir cette réflexion : « J'ai toujours eu le pressentiment que M. Bessède serait marqué pour le sacrifice. » Et un autre : « C'est une mort magnifique; je ne pensais pas que M. Bessède pût finir autrement. » J'ajoute encore ce témoignage éloquent d'un soldat qui ne partage pas nos croyances : « M. Bessède était un saint. » v

Enfin le lieutenant-colonel Jasienki, commandant le régiment, soulignait ces divers témoignages dans sa décision d'aujourd'hui 25 septembre, donnant l'annonce officielle de sa mort :

« Le capitaine Bessède s'est sacrifié pour ses hommes. En lui, le prêtre et l'officier paraissaient aussi admirables l'un que l'autre. »

Je prie Votre Grandeur, etc.

 

Abbé Henri Deramond,
Aumônier titulaire de la 67e division d'infanterie.

 

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