Guerre - XVI
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« La petite Thérèse m'a touché, je lui dois mon retour à Dieu. »

Intervention merveilleuse de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus en faveur d'un séminariste-soldat.

« J'avais télégraphié à Sœur Thérèse ! »

« Il fait vœu de consacrer sa batterie à Sœur Thérèse et s'élance... »

En faveur d'un naufragé.

Protection d'une jeune fille en pays envahi.

Le régiment de « la petite Fleur de Jésus ».

Retour à la vie d'un soldat blessé au cœur.

« Il partit tout droit au confessionnal. »

« C'est moi, la petite Sœur Thérèse ! »

 

« La petite Thérèse m'a touché, je lui dois mon retour à Dieu. »

 

Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir), 24 août 1918.

 

Ma Révérende Mère,

 

Je viens vous recommander un petit blessé, qui sort de notre hôpital. Le bon Dieu a certainement des vues de miséricorde sur cette âme, qui est une conquête de votre angélique Sainte.

Le cher petit a été, pendant deux mois, en traitement ici. Il m'a

 

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demandé à se confesser, quinze jours environ après son arrivée; il assistait à la Messe tous les jours, a communié plusieurs fois, et priait comme un ange à la chapelle.

Un jour il me dit : « Soeur Madeleine, je veux vous ouvrir mon cœur, je vous dois tant ! (je lui avais prêté une petite vie de Sœur Thérèse). Vous avez devant vous un converti! » Et comme je paraissais un peu surprise : « Oui, ajouta-t-il, j'ai été élevé très chrétiennement, mais j'ai fréquenté de mauvais camarades, et, depuis cinq ans, j'avais abandonné tout devoir religieux. Mais la petite Thérèse m'a touché et m'a rendu la foi; j'avais mis deux jours à faire mon examen, avant de vous parler de confession. Maintenant, je veux aimer beaucoup le bon Dieu ; parlez-moi du bon Dieu, j'ai besoin d'en entendre parler ainsi que de ma petite Protectrice. »

Une heure avant son départ en permission, je lui dis qu'une de nos Sœurs devait se rendre à Lisieux, le lendemain, et que, s'il voulait recommander sa persévérance à la « Petite Thérèse », je ferais déposer son billet sur sa tombe. Le lendemain, un camarade me remit ce billet, me disant que je pouvais en prendre connaissance.

Je le joins à ma lettre, ma Révérende Mère, pour que vous admiriez l'action de la chère petite Sœur sur cette âme.

En lui faisant mes adieux, je lui dis : « Que le bon Dieu vous bénisse et vous protège, et qu'il vous garde à votre bonne famille ! — Oh! me répondit-il vivement, qu'il garde surtout mon âme; pour le reste, il sait mieux que moi ce qu'il me faut. »

N'est-ce pas édifiant, ma bonne Mère, et tout à l'honneur de la céleste éducatrice de ce petit soldat de vingt ans ?

 

Veuillez agréer, etc.

 

Sœur Madeleine.

LETTRE DU SOLDAT A SŒUR THÉRÈSE

 

Le 8 août 1918.

 

Chère petite Sœur Thérèse,

 

Pour vous rendre grâces des bienfaits dont vous m'avez comblé, je me mets plus que jamais sous votre protection. Faites-moi suivre la route que vous avez suivie. Veillez bien sur mon âme qui vous sera toujours reconnaissante. Ne laissez pas le démon s'en approcher. Éloignez toutes les tentations mauvaises. Accordez-moi d'aimer le bon Dieu comme vous l'avez aimé, et faites que ma dévotion au Sacré-Cœur de Jésus ne faiblisse en aucun moment pénible. Conservez en moi la pureté, faites que mes yeux ne voient pas, que mes oreilles n'entendent pas les séductions du démon, par lesquelles je me suis laissé entraîner tant de fois.

Petite Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, priez pour ma famille, pour tous ceux que j'aime et pour mes bienfaiteurs. Avec mon ange gardien, restez auprès de moi, et quand j'oublierai de prier le bon Dieu faites-le-moi sentir.

 

A. C.

 

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Intervention merveilleuse de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus en faveur d'un séminariste-soldat.

 

Du Front, le 5 janvier 1917.

 

Ma Révérende Mère,

 

Avant de faire la relation qui va suivre, j'ai consulte plusieurs prêtres, et tous sont de l'avis que la gloire de Dieu est intéressée à ce nouveau témoignage de la puissante bonté de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, pendant la guerre.

Au moment de la mobilisation, je faisais mes études de philosophie au séminaire de F... J'aimais déjà beaucoup Sœur Thérèse, à qui je dois ma vocation tardive au Sacerdoce, et qui m'avait fait triompher de toutes les difficultés rencontrées pour la suivre. Sa protection s'était aussi manifestée en ma faveur, pendant une maladie dont je fus atteint en 1914, et je vous l'ai écrit à l'époque. Mais depuis mon départ pour le front, que dire de la constante sollicitude dont elle m'a entouré? Je n'aurais pas attendu à en faire le récit, sans une blessure à la main droite qui, pendant ces derniers mois, m'empêcha d'écrire. Remis aujourd'hui, je ne veux pas tarder davantage.

En septembre 1915, à l'attaque de Champagne (j'étais alors caporal-brancardier), j'avais le rôle de relever les blessés et de les transporter au poste régimentaire, situé à 500 mètres en arrière.

Pendant les journées des 25 et 26, je fus constamment sur la brèche et seul le souvenir de la petite Sœur me soutint. Le 27, vers 5 heures du matin, après une nuit terrible où s'était livrée une furieuse attaque, je me portais en première ligne pour me rendre compte de la relève des blessés, quand, arrivé sur une crête battue de tous côtés par une mitraille dont rien ne peut donner une idée, je sentis mon courage défaillir. J'entendis alors à mon oreille une voix très distincte me dire avec énergie : «Allons, mon ami, en avant! il y a des âmes à sauver là-bas... elles t'attendent! » Je me détournai tout surpris, et quelle ne fut pas mon émotion, en apercevant la chère sainte, belle et toute resplendissante. Elle me saisit par la main droite et m'entraîna. Me croyant l'objet d'un songe, je résistai et voulus fermer les yeux, mais le mystérieux appel se fit plus pressant, et force me fut de lui obéir. Je m'élançai donc en avant, conduit par la céleste vision, mais sans oser la regarder, tant l'impression surnaturelle était vive. A partir de ce moment, jusqu'à l'accomplissement entier de ma mission, les ennemis, qui me voyaient parfaitement, ne tirèrent plus un coup de feu, et j'atteignis nos pauvres camarades, mortellement blessés, gisant là depuis la veille, sans secours. Le premier que j'abordai se trouvait être justement un dévot de la petite sainte de Lisieux. J'en pus encore assister neuf, et, après les avoir tous encouragés de mon mieux, j'eus la consolation de les voir mourir dans des sentiments de résignation parfaite.

Mes chefs daignèrent récompenser ce qu'ils jugèrent acte de courage

 

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de ma part, d'une citation à l'ordre du corps d'armée. Mais, vous le voyez, ma Révérende Mère, tout le mérite en revient uniquement à Sœur Thérèse.

Là ne se borne pas encore son intervention en ma faveur.

Le 25 juin 1916, mon sergent ayant été tué, je montai le remplacer auprès du médecin-chef, dans un poste extrêmement dangereux. Le soir, après une journée fatigante, l'on vint nous avertir que plusieurs soldats étaient tombés tout près des lignes allemandes, et qu'il semblait impossible d'aller les chercher.

A la nuit cependant, je partis avec quinze brancardiers, en compagnie du major, vers l'endroit indiqué. De fait, des malheureux, grièvement blessés, nous attendaient anxieusement, et, sitôt pansés, nous les fîmes transporter à l'arrière.

Notre tâche achevée, nous nous disposions à regagner le poste central de secours, quand plusieurs d'entre nous tombent fauchés par une vraie pluie de fer et de feu. Bientôt, je ne vois plus mon chemin. Par où aller? Les Allemands sont partout ! Je ne suis plus entouré que de cadavres, à nouveau déchiquetés par les obus. Alors, prenant mon crucifix, je le serre sur mon cœur et je me prépare moi-même à la mort inévitable. Or, à ce moment d'angoisse, la relique de Sœur Thérèse, que je portais sur moi, vint d'elle-même se placer entre mes mains et me faire souvenir de la grâce inoubliable du 27 septembre. Je demandai aussitôt ma route à cet Ange du Ciel, et voilà que je me sens encore pris par la main et entraîné... Je regarde autour de moi. Personne! Alors, je m'écrie : « C'est vous, Sœur Thérèse, oh! protégez-nous! » Puis, sans crainte, je franchis en courant la zone périlleuse et arrive plein de joie au poste central. Là seulement se montre mon ange conducteur, ma puissante avocate. Elle effeuille une rose d'un rouge vif ; mais je ne suis pas seul à la voir : un camarade près de moi la contemple également, et quelques minutes après, frappé à mort, il expire en bénissant Dieu...

Aussitôt se répandit autour de nous un suave parfum de rose que deux soldats me firent remarquer avec étonnement, et qui dura plusieurs jours.

Enfin, ma Révérende Mère, quand, en septembre dernier, je reçus une grave blessure à cette main droite qu'avait tenue la sainte, elle daigna encore soutenir mon courage pendant de longues heures de souffrances sur le champ de bataille.

Voilà, ma Révérende Mère, en toute simplicité, l'exposition sincère des grâces bien spéciales que j'ai reçues de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Si vous le jugez utile à sa gloire, je vous laisse la liberté de les faire connaître.

Veuillez agréer, etc.

 

H. L.,

séminariste-sergent,
brancardier au ...e rég. d'Inf.

 

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Suivent les témoignages de M. le Supérieur du Séminaire de philosophie de F..., en faveur du sergent L..., et celui de M. l'abbé F..., professeur au même Séminaire, qui reconnaît en son ancien élève « une âme d'apôtre, et un courage à toute épreuve allant jusqu'à la témérité ».

 

AUTRE LETTRE DU SERGENT L...

 

Du Front, le 26 août 1918.

 

Ma Révérende Mère,

 

Participant aux offensives, je n'ai pu vous donner régulièrement de mes nouvelles, mais, du moins, j'ai eu à cœur d'offrir mes souffrances pour la réalisation de mon vœu le plus cher, c'est-à-dire la béatification de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Rien de grave ne m'est arrivé, et j'en remercie la petite sainte qui me garde.

Je ne manque pas non plus de la faire connaître à mes hommes, et je suis heureux de vous signaler plusieurs grâces obtenues.

J'avais avec moi un jeune soldat qui ne savait pas un mot de religion ; je lui portais intérêt, et, souvent, j'essayais de lui parler de Dieu; la guerre, la perspective de la mort le laissaient songeur, et je voulais en profiter pour sauver son âme. Je lui remis donc une relique de Sœur Thérèse, et lui annonçai que j'allais commencer une neuvaine pour sa conversion. Le neuvième jour, il m'exprima le désir d'être baptisé, et vous devinez avec quelle joie je le conduisis à l'aumônier! Celui-ci me chargea d'instruire mon jeune ami, et ce dernier y apporta tant de bonne volonté, qu'un mois après il était enfant de l'Eglise catholique et faisait sa première Communion. Ceci se passait en juin, et, le 22 août, ce camarade, nommé Eugène Ducloquetis, tombait glorieusement pour la France.

Un autre de mes infirmiers avait abandonné depuis longtemps toutes pratiques religieuses; j'entrepris aussi pour lui une neuvaine, et le septième jour, il s'approcha des Sacrements, et fit un mariage chrétien.

J'ai eu la même consolation, avec une personne de l'Oise, chez qui j'avais logé pendant la campagne, et qui négligeait ses devoirs. Pour elle encore, je décidai de faire une neuvaine, et le jour où elle s'acheva, cette dame m'écrivait : « Je viens de communier, et il me semble que Sœur Thérèse m'accompagnait à la Table sainte, tandis qu'une joie inexprimable m'envahissait tout entière. J'étais à Dieu, quel bonheur! »

Voilà, ma Révérende Mère, le bilan de trois mois, et dans toutes mes actions, partout, je vois la main providentielle de ma chère petite sainte. Je veux, de plus en plus, la prier, et copier ma vie sur la sienne, afin de devenir, plus tard, un bon prêtre.

 

Veuillez agréer, ma Rde Mère, etc.

 

Sergent H. L.

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Le sergent L... revint sain et sauf de la campagne, et rentra avec joie au séminaire, pour y poursuivre sa préparation sacerdotale. Entre temps, il avait tenu à faire hommage à sa sainte Protectrice de sa croix de guerre, ornée de cinq étoiles et de deux palmes, ainsi que de sa Médaille militaire et de sa fourragère. Est jointe au dossier, la lettre qu'il écrivit au Carmel de Lisieux, le 10 mai 1914, annonçant sa guérison à la suite de prières faites à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. A titre de documents, sont publiées, ci-dessous, quelques-unes des dix citations obtenues par le courageux sergent, qui, la guerre finie, fut promu adjudant.

 

Première citation du caporal-brancardier H. L...

 

« D'un courage et d'un dévouement admirables pendant les attaques du 22 mars 1915. »

 

Deuxième citation à l'ordre du Corps d'armée. (Après son acte de courage du 27 septembre 1915.)

 

« Le caporal-brancardier a été cité à l'ordre du corps d'armée : Au combat de la ferme Navarin, sous un bombardement violent du 25 septembre 1915, a assuré son service, avec un inlassable dévouement, donnant à tous l'exemple du mépris complet du danger.

24 octobre 1915.

 

Troisième Citation. (Proposition pour la Médaille militaire.)

 

« D'un sang-froid admirable au feu, blessé assez grièvement au cours de l'attaque allemande du 20 septembre 1916, pendant qu'il prodiguait ses soins a des blessés sous un feu intense. N'a consenti à se laisser évacuer qu'une fols l'attaque repoussée, et tous les blessés pansés et évacués. »

 

« J'avais télégraphié à Sœur Thérèse ! »

 

(D'une lettre adressée à M. le Supérieur du Grand Séminaire de Baveux.)

 

9 novembre 1917.

 

Le 29 octobre 1917, j'ai failli connaître les terribles conséquences d'une panne dans les airs. A 300 mètres, notre moteur grippa; quoique déporté par le vent, l'appareil chercha à atterrir en vol plané; le choc fut terrible. En style d'aviation, l'avion « se broussilla » littéralement en s'écrasant sur le sol. Et c'est à la grande surprise des officiers et soldats, accourus sur le lieu du sinistre, que pilote, observateur et mécanicien (votre serviteur) surgirent sains et saufs de l'appareil réduit en miettes. Pressentant la catastrophe, j'avais télégraphié à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus de venir à notre secours, et ce n'a pas été en vain. Combien j'en reste reconnaissant envers la chère petite sainte !...

 

Abbé Marius Julienne,

Aviateur-mécanicien, escadrille V 109,
avant la guerre, professeur au collège Sainte- Marie, de Caen.

 

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Du même, au Carmel de Lisieux.

 

G. B. 8, escadrille V. 109, le 3 septembre 1918.

 

Ma Révérende Mère,

 

Je viens recommander à vos prières l'équipage de l’« Avion Sœur Thérèse ». En reconnaissance de la protection qu'elle m'a montrée, le 29 octobre 1917, c'est sous son vocable que j'ai placé le premier appareil, qu'il m'a été donné de bénir. L'adjudant Desgroux et l'aspirant Marielle, qui le montent, sont des chrétiens d'élite et remplis de confiance en la petite sainte. Chaque nuit, même par un ciel très nuageux et grand vent, ils s'en vont bombarder consciencieusement les objectifs imposés, et lorsque l'expédition a été plus dangereuse, je vois mon pilote accourir le lendemain à la sainte Messe et remercier le Dieu de Sœur Thérèse.

Je tenais, ma Révérende Mère, à vous faire connaître la touchante dévotion de nos aviateurs pour votre chère Servante de Dieu.

Daignez agréer, etc. Abbé M. Julienne.

 

« Il fait vœu de consacrer sa batterie à Sœur Thérèse et s'élance... »

 

Aux Armées, 4 septembre 1918.

 

Ma Révérende Mère,

 

Les reliques et images, que j'avais eu l'honneur de vous demander, ont été reçues et distribuées avec joie et elles ont déjà opéré leur œuvre préservatrice. Le 30 mai dernier, nous étions à Mézy, au bord de la Marne, les Allemands sont tombés sur nous, avec fusils et mitrailleuses. Or, nous n'avons eu qu'un seul blessé, lequel est déjà rentré. La blessure aurait dû être grave (le poumon droit traversé au-dessus du cœur), mais il y a miracle, notre camarade est là guéri, bien portant; il se nomme Albert Cagniez.

Encore un autre fait miraculeux : Nous étions massés derrière la Marne, avec nos canons, chevaux et voitures. Il fallait traverser le fleuve, les Allemands se mettent à tirer sur l'unique pont de Mézy. Le lieutenant L..., qui commande la 17e batterie de ce groupe d'artillerie, était très embarrassé : aller à droite, impossible; à gauche, les Allemands y étaient. Restait le fameux pont, cible du bombardement. Dans cette extrémité, il fait vœu de consacrer la batterie à la petite Thérèse et s'élance; dès lors, aucun obus n'atteignit le pont et même, chose prodigieuse, les Allemands arrêtèrent le tir.

Le lieutenant va tenir son engagement, et je dirai la messe, le jour où lui-même consacrera sa batterie à Sœur Thérèse. Je me permets d'implorer, pour cette cérémonie, quelques médailles, images et reliques, en vous priant de croire, ma Révérende Mère, à tout mon respect en N.-S.

 

Abbé Fromont,
110e P. A. L.,
Etat-major, 6e groupe.

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En faveur d'un naufragé.

 

Du Front, le 10 septembre 1913.

 

A Madame la Supérieure, du Monastère des Carmélites de Lisieux.

 

C'est un petit soldat de la classe 1918 qui se permet de vous écrire, pour vous annoncer que, pour la seconde fois, il a reçu des grâces de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Je suis originaire de l'Ile de la Réunion, fils unique d'une veuve, qui, dès mon plus jeune âge, m'a inculqué de solides principes religieux.

A dix-neuf ans, je fus arraché à son affection et dus quitter mon pays natal pour servir la France.

Je m'embarquai à bord du paquebot Yarra, et après vingt-cinq jours de traversée, notre bateau se trouva lâchement torpillé par un sous-marin allemand, en Méditerranée, le 29 mai 1917.

Je sautai par-dessus bord pour ne pas être englouti avec le bâtiment qui sombrait, mais en nageant dans cette eau glacée, je sentis bientôt mes forces défaillir et c'est avec angoisse que j'envisageai une mort imminente.

Alors, dans ma détresse, je m'adressai à Sœur Thérèse; vite, je lui récitai une petite prière au milieu de l'océan, la conjurant de me sauver la vie. Aussitôt cette prière terminée, quelle ne fut pas ma grande joie d'apercevoir une barque qui se dirigeait vers moi! Je rassemblai toute mon énergie pour me maintenir à la surface de l'eau, et quelques secondes plus tard, j'étais sauvé par de braves matelots qui m'avaient vu allant à la dérive.

En débarquant à Marseille, je n'avais qu'une pensée, aller à la messe et y communier pour remercier Sœur Thérèse d'avoir intercédé pour moi.

Il m'est impossible de dire combien j'ai confiance en cette grande sainte, ma patronne !

Recevez, ma Sœur Supérieure, mes hommages respectueux.

 

Maurice Potier,
du 412e d'inf. de ligne, 3e Bon, 10e Cie.

 

Protection d'une jeune fille en pays envahi.

 

Paris, le 2 octobre 1918.

 

Ma Révérende Mère,

 

Rapatriée de Roubaix, depuis juin, après avoir passé quatre mois en Belgique, il me tarde de signaler la constante protection dont

 

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nous entoura Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus pendant notre longue épreuve. Tel ce trait bien marquant :

Ce que les journaux ont rapporté en 1916 de l'enlèvement des jeunes filles par l'ennemi n'est malheureusement que trop vrai. Voici comment se pratiquaient ces honteux rapts. Les Allemands, très bien renseignés par la feuille de recensement qu'ils obligeaient chaque habitant d'afficher sur sa porte, commençaient par barrer la rue, puis pénétrant successivement dans toutes les maisons, ils emmenaient séance tenante les jeunes filles pour les envoyer dans les Ardennes.

Ma pauvre mère en était malade d'inquiétude, car, fatalement, je devais être enlevée. Enfin, selon notre habitude, nous recommandâmes cette cause désespérée à Sœur Thérèse, et je donnai même son image à toutes les jeunes filles de notre rue, leur conseillant de coller son portrait au dos de la feuille de recensement. Or, voilà ce qui eut lieu :

Après avoir attendu quelques nuits (car c'est vers 3 ou 4 heures du matin que les Allemands faisaient leur triste besogne), notre tour arriva. Les soldats cernent les issues pour que personne ne s'échappe, et commencent à explorer toutes les maisons des rues adjacentes. Nous vécûmes des heures de terrible angoisse, mais la petite Sœur veillait sur nous... Soudain, un coup de sifflet retentît, annonçant le repas des officiers et des troupes, et tous s'éloignent, abandonnant leurs recherches. Il était près de midi. Nous pensions, non sans terreur, que la perquisition serait reprise les jours suivants, car jamais l'ennemi n'oubliait rien, ni personne, notant bien exactement toutes choses; mais à notre grande surprise, notre rue fut épargnée. Oh ! comment pourrais-je assez dire ma reconnaissance à Sœur Thérèse pour cette inexplicable préservation !

 

Mlle Mathilde Senneville.

 

J'ai laissé, à Roubaix, mes parents et une tante, qui est une seconde mère pour moi, je les recommande aux prières du Carmel. Tous ont une grande confiance en celle qui fut mon sauveur !

 

Le régiment de « la petite Fleur de Jésus ».

 

Du front américain, 5 octobre 1918.

 

Avant de partir pour notre première excursion aux tranchées, je parlai sur la « petite Fleur » dans trois églises de différents villages où les catholiques de mon régiment assistaient à la messe. Dans mon enthousiasme, je fis, au cours de ces instructions, une déclaration spontanée, qu'après coup toutefois, je considérai comme bien téméraire et présomptueuse de ma part! Je prédis que tous ceux qui m'écoutaient ce dimanche-là, et que je consacrais au Sacré-Cœur

 

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et plaçais sous la protection de Sœur Thérèse, ne seraient pas touchés par la mitraille. J'avais auparavant distribué plusieurs souvenirs de Sœur Thérèse et ce n'était pas la première fois, d'ailleurs, que je la citais en exemple à mes jeunes et vaillants auditeurs. Aussi beaucoup de nos soldats, même protestants ou juifs, me réclamèrent une médaille ou une image de la sainte carmélite.

Nous partîmes donc en ligne le 4 février, et, durant six semaines, nous fûmes tout près de l'ennemi et sous un feu d'artillerie violent.

J'encourageais souvent mes hommes en leur rappelant la Petite Fleur, patronne du régiment. Or durant les différents raids et les patrouilles, pas un d'eux ne se trouva ni perdu ni blessé, en sorte que ma promesse du 3 février, qui paraissait si audacieuse, fut tenue en paradis par la Servante de Dieu.

Encore un autre trait de son aimable intervention en notre faveur.

Le 29 avril, le Gouvernement français décida de décorer le drapeau de notre régiment, ainsi que plusieurs officiers et soldats pour la bravoure qu'ils avaient déployée.

Au moment de nous rendre à l'endroit où la cérémonie devait avoir lieu, une tempête de vent et de pluie se déchaîna. Le ciel était noir et le moral des hommes s'en attristait. L'aumônier protestant, qui se tenait à mes côtés, me suggéra alors de prier « quelque sainte », comme il disait, pour que la pluie cesse pendant la remise des décorations et la prise des photographies. Je récitai trois Ave Maria à la « Petite Fleur » la conjurant de nous obtenir du soleil, et je lui promis, en même temps, la publication de ce fait historique. J'avais à peine formulé ma promesse, que le ciel s'éclaircit,la pluie s'arrêta de tomber, le soleil se mit à briller et l'inoubliable cérémonie fut magnifique.

J'ajoute qu'aussitôt la cérémonie terminée, le firmament se couvrit à nouveau et l'orage reprit son cours.

Je racontai à mes hommes cette faveur signalée et tous sentirent que notre céleste patronne nous avait donné encore une preuve manifeste de son intérêt pour le régiment.

 

J.-B. de Vallès,

aumônier militaire,
104e d'inf. des États-Unis.

 

Retour à la vie d'un soldat blessé au cœur.

 

Aux Armées, le 13 octobre 1918.

 

Ma Révérende Mère,

 

Avant de partir pour les prochaines batailles, je tiens à réparer une négligence de ma part à l'endroit de la petite Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

 

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L'année dernière 1917, alors aux cuirassiers à pied, à l'attaque fameuse du 6 mai, au Moulin de Laffaux, dans l'Aisne, l'un de mes hommes fut blessé d'un éclat d'obus dans la région du cœur. Il semblait prêt à rendre le dernier soupir. Avec mon officier le lieutenant Barbot, nous tombons à genoux implorant le Sacré-Cœur et Notre-Dame de Lourdes, suggérant au moribond quelques prières, et essayant de lui faire reprendre confiance dans sa guérison, qui, à bon droit, paraissait impossible. Les symptômes trop évidents d'une fin prochaine s'affirmaient, quand nous arrive un ordre de partir en avant. Alors, j'entoure de mon chapelet le cou du mourant, et lui remets à la main une image de Sœur Thérèse, l'abandonnant ensuite à la Providence.

Or, à quelque temps de là, lui-même m'écrit qu'il est sauvé, après avoir jeté dans le plus grand étonnement les médecins qui le soignèrent, lesquels protestaient ne pas s'expliquer la survie de ce blessé qui n'aurait jamais dû être relevé vivant du champ de bataille.

Voici le fait; je tenais à vous le signaler, ma Révérende Mère, pour la gloire de Notre-Seigneur et de son admirable Servante, à qui je dois bien des grâces, et sur l'intercession de laquelle je compte absolument.

Je vous offre, ma Rde Mère, l'expression de mon profond respect.

 

S.-Lt de La Poëze,
15e groupe auto-mitrailleuses.

 

« Il partit tout droit au confessionnal. »

 

Saint-D... (Côtes-du-Nord), le 14 octobre 1918.

 

J'avais élevé chez moi un de mes neveux jusqu'à l'âge de treize ans; il en a aujourd'hui dix-neuf. Après un séjour à Paris, et huit mois de caserne, il vint me voir dernièrement, et je m'aperçus bientôt qu'il avait oublié ses devoirs de chrétien. Je voulus le raisonner, mais peine perdue, et la veille de son départ, toutes mes instances restèrent encore sans succès. Je ne pouvais m'en consoler et, dans la nuit, je priais de tout mon cœur Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, lui promettant une aumône pour sa Cause si je réussissais à convaincre mon neveu. Et le lendemain matin, pleine de confiance d'être exaucée, je lui dis sans préambule : « Eh bien ! ne veux-tu pas te confesser? c'est si triste que tu sois le seul de la famille à vivre en païen. «Aussitôt, sans même discuter : « C'est entendu, me répondit-il, je vais à l'église tout à l'heure. » Et sans plus de façon, sur-le-champ, il fit sa toilette et partit tout droit au confessionnal.

Vve H.

 

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« C'est moi, la petite Sœur Thérèse ! »

 

Aux Tranchées, le 2 novembre 1918.

 

Ma Mère Prieure,

 

Je vous remercie d'avoir prié pour moi. Je viens vous dire que ce matin encore, j'ai eu la protection de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. On est, tout de suite, dans l'Aisne, à la cote 118, et je me trouvais dans un trou, sur le bord de la route, lors d'un bombardement d'enfer. Eh bien! je pensais à la petite sainte, quand tout à coup, un obus est tombé près de moi, renversant ma mitrailleuse, et, me rejetant à gauche, m'ensevelissant sous un tas de terre. Alors dans ce grand danger, j'ai appelé bien vite votre Sœur Thérèse, et elle est venue à mon secours. J'ai d'abord entendu sa voix me dire de ne pas bouger, qu'il ne m'arriverait rien de mal; et puis, j'ai senti sa main prendre la mienne tout doucement et me dégager. Enfin, je l'ai vue elle-même devant moi qui m'a dit cette parole : C'est moi la petite Sœur Thérèse. Oui, Mère Prieure, sans elle, je ne serais plus là ! Ah ! j'attends avec impatience la fin de ce carnage, pour aller dire une prière sur sa tombe et lui accrocher ma croix de guerre afin de la remercier.

En attendant cet heureux jour, recevez, bonne Mère Prieure du Carmel, ma reconnaissance pour vos bontés.

Si vous voulez savoir mon adresse et mon occupation, avant la guerre je me suis marié à Campeaux (Calvados) : (je ne sais si on y restera), et j'étais cultivateur.

 

Pierre Albert,
11e  groupe du 1er C. M. secteur 81.

 

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