Pluie de Roses I - VII
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110. - B. (Belgique), 9 novembre 1910.

111. - Hospice de Lisieux (Calvados), 18 novembre 1910.

112. - R., France, 27 novembre 1910.

113. – St D. (Seine), 29 novembre 1910.

114. - L. (Hautes-Pyrénées), novembre 1910.

115. - A.. Belgique, 2 décembre 1910.

116. - Carmel de Tulle (Corrèze), novembre 1910.

117. - X. (Nièvre). 10 décembre 1910.

118. - 29 décembre 1910.

119. - Belgique, décembre 1910.

120. - Hospice de Cl. (Seine), 30 décembre 1910.

121. - Janvier 1911.

122. - N.-D. de la Miséricorde de Lisieux, 2 janvier 1911.

123. - Trouville-s.-Mer (Calvados), 2 janvier 1911.

124. - X., 2 janvier 1911.

Le six Septembre 1910,  au Cimetière de Lisieux

PRIÈRE  pour obtenir la béatification de la  Servante de Dieu  THÉRÈSE DE L'ENFANT-JÉSUS  et de la SAINTE FACE

 

110. - B. (Belgique), 9 novembre 1910.

 

Intimement persuadé que le bon Dieu s'est servi de l'intermédiaire de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus pour m'accorder la plus grande des grâces, je crois de mon devoir d'en marquer ici l'expression de ma profonde reconnaissance.

Bien qu'ayant reçu une éducation profondément chrétienne, j'étais, hélas ! comme Augustin, la victime de toutes les séductions, et sauf un naturel instinct de révolte contre toute intolérance sectaire, tout en moi démentait les pieuses ardeurs de ma jeunesse. Je lisais cependant parfois des vies de saints, mais je n'y cherchais que de curieux problèmes de psychologie ; j'étais un dilettante, et je ne trouvais dans ces lectures que l'amusement d'un instant.

C'est ainsi qu'un jour, — je dirais par hasard, si tout ici n'était providentiel — disons : sans motif humainement plausible, le samedi 23 juillet 1904 (je n'oublierai jamais cette date !) j'achetai l’Histoire d'une âme. J'en entamai la lecture, je la poursuivis toute la nuit et, remué jusqu'aux fibres les plus intimes de l'être, je ne cessai de sangloter comme un enfant. J'avais à cette date 36 ans. Le surlendemain, je me confessai. L'année suivante, j'étais tertiaire du Carmel. Je suis loin d'être un saint, et Sr Thérèse a en moi un bien triste client ; mais enfin, ce que je puis avoir de bon, c'est à coup sûr à elle que je le dois.

Inutile de vous dire, ma révérende Mère, que depuis lors je professe pour sa mémoire un véritable culte. Le Père Jésuite auquel je me suis confessé — vous pouvez avoir son témoignage si vous le désirez — estimait que j'étais l'objet d'une grâce extraordinaire.

Je vous autorise, ma révérende Mère, à faire de cette communication l’usage que vous jugerez bon pour la gloire de ma céleste bienfaitrice.

X., avocat à la Cour d'appel.

 

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111. - Hospice de Lisieux (Calvados), 18 novembre 1910.

 

Je suis heureuse d'ajouter aux témoignages de la reconnaissance déjà si nombreux pour S Thérèse de l'Enfant-Jésus, celui de ma profonde et vive gratitude, car elle a exaucé mes prières en m obtenant la guérison d'une tumeur que le chirurgien jugeait inopérable, et notre docteur ne pouvait même plus me soulager.

Il y a six ans (j'en ai 70), je commençai à éprouver de vives douleurs dans un côté de l'abdomen ; mais depuis quatre ans, les souffrances étaient devenues plus vives et continuelles.

Cette tumeur (1) dont le docteur me disait atteinte gênait plusieurs organes intérieurs, ce qui augmentait et multipliait les souffrances.

Au mois d'août 1910, je fis une neuvaine à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. J'avais d'abord reçu une relique de la petite Sœur ; puis un jour, on me donna de la terre et des fleurs de sa tombe, je les mis sur moi et je les portai et les porte encore avec respect et vénération.

Pendant cette neuvaine, j'éprouvai des douleurs terribles. Un jour même, en descendant l'escalier, elles redoublèrent de violence et je sentis quelque chose qui me torturait les membres à tel point que je tombai sur les degrés. Le docteur, appelé par notre Mère, ne put en aucune façon me soulager. Cependant je continuais à prier, ayant toujours confiance que, si c'était la volonté de Dieu, Sr Thérèse m'obtiendrait ma guérison.

Mon espoir si grand ne fut pas trompé, car le 23 août, dernier jour de la neuvaine, je me sentis tout à coup complètement guérie et débarrassée de mon mal. Je pus faire un voyage et passer quelques jours chez ma nièce. Là, je me nourris de tout ce que l'on me présenta ; entre autres, je mangeai des tripes et du canard que je digérai très bien, tandis qu'auparavant je ne pouvais prendre que du lait, quelques potages, et l'estomac ne les digérait pas toujours.

Je ne cesse de remercier chaque jour ma chère petite sainte car, en plus de ma guérison, elle m'a obtenu de très grandes grâces spirituelles. Aussitôt que je me sentis guérie, j'éprouvai un bonheur inexprimable, une sorte de faim de prière. Il me semblait m'entendre dire : « Prie, prie sans cesse. » J'aurais voulu, je voudrais encore pouvoir le faire jour et nuit et être retirée dans un cloître afin de prier avec plus de recueillement.

Comment après cela, ma révérende Mère, vous dire mon affection et ma reconnaissance pour Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus ?... Je voudrais faire connaître partout la bonté et la puissance de ma céleste bienfaitrice et répéter sans cesse des paroles à sa louange. Si j'entendais dire quelque chose contre elle, jamais je ne pourrais le supporter.

Sr M.-J., religieuse converse.

 

Suivent les signatures de la Mère Supérieure, de M. l'Aumônier de l'établissement et le certificat du docteur X.

 

1 « Corps fibreux volumineux de l'utérus. Ce fibrone, par son volume, faisait obstacle à toutes les fonctions de l'organisme. » (Extrait du certificat du docteur X. »

 

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112. - R., France, 27 novembre 1910.

 

M-M. L., dont les parents demeurent à P. (Côtes-du-Nord), était, il y a trois ans, chez les Sœurs Franciscaines de R., comme aide garde-malade.

Certain jour elle venait de la cuisine portant à bout de bras un grand plateau contenant le repas des malades, quand, à la descente d'un escalier de ciment dont les marches sont bordées de fer, elle glissa, tomba en arrière et se blessa grièvement aux reins et à la hanche droite. — Souffrant beaucoup de ces deux blessures, elle continua très courageusement son travail pendant cinq mois environ.

Elle rentra ensuite chez elle, à P..., pour aider sa mère chargée d'enfants. De plus en plus malade, elle fit ce qu'elle put, s'arrêtant ou marchant, selon le répit laissé par les crises. A ce moment on s'aperçut d'un commencement de claudication. Dix mois environ se passèrent en pareille alternative.

Alors il y eut aggravation du mal par une enflure de la hanche, par « une poussée du corps vers la gauche » comme dit la malade ; enfin par un plus sensible rapetissement de la jambe droite.

N'y tenant plus, elle revint à R... le 24 juillet 1910. Malgré les soins des religieuses, la malade dut s'aliter le 3 août suivant, tant les souffrances lui rendaient la marche intolérable. Le 3 août, visite du médecin ordinaire de la communauté, le docteur B., qui diagnostiqua une coxalgie. Le 20 août, il ordonna la mise en gouttière. Les souffrances de la malade étaient passées entre temps à l'état si aigu qu'elle ne pouvait supporter, sans crier, qu'on la touchât aux parties malades : la hanche, les reins et le genou.

C'est à cette époque de douleurs intenses que lui vint l'idée de faire une neuvaine à la « petite sainte de Lisieux » ; cette neuvaine commença le 17 septembre 1910, pendant laquelle elle appliqua sur le mal une petite relique. Le 26 septembre, jour final de la neuvaine, aucun changement sensible. On décida de continuer les prières avec application de la relique.

Le lundi 3 octobre, commencement d'une nouvelle neuvaine. Le soir la malade est réveillée subitement par des douleurs atroces qui durent sans répit depuis 11 h. jusqu'à 3 h. du matin. A 3 h. elle croit entendre une sorte de craquement dans sa hanche ; la souffrance disparaît, elle s'endort. A son réveil elle assure à la garde-malade qu'elle est guérie ; celle-ci ne veut pas le croire ; alors la miraculée se lève et se jette dans ses bras.

La Sœur ne peut retenir ses larmes en voyant la réalité du prodige. La malade était en effet complètement guérie.

Récit de l'aumônier complété par la miraculée à son pèlerinage d'action de grâces au tombeau de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

 

Suit le certificat du docteur légalisé à la mairie de R...

 

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113. – St D. (Seine), 29 novembre 1910.

 

L'une de nos jeunes Sœurs novices était atteinte d'entérite muco-membraneuse, occasionnant de continuelles souffrances augmentées par des crises aiguës très fréquentes que le docteur déclarait être des crises appendiculaires. Les médecins, après avoir songé à une intervention chirurgicale, jugèrent plus prudent de ne pas la tenter à cause de la faiblesse du tempérament et prescrivirent un régime alimentaire très sévère qui débilitait la malade sans amener l'amélioration désirée. Elle y était condamnée depuis dix mois et ne pouvait d'ailleurs s'en écarter, ni se livrer à une occupation quelque peu fatigante, sans souffrir extrêmement.

La pauvre enfant se désolait dans la crainte fondée de n'être pas admise à la profession et de se trouver obligée de rentrer dans le monde, malgré son désir ardent de se consacrer à Notre-Seigneur. Lors du pèlerinage national à Lourdes, au mois d'août dernier, elle avait demandé et obtenu l'autorisation d'aller solliciter sa guérison sur la terre privilégiée de la sainte Vierge. Mais notre petite malade nous était revenue dans un état de souffrance qu'aggravait la fatigue du voyage.

Alors tout le noviciat implora avec une ferveur persévérante l'intervention de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, dont la vie offre naturellement à ces petites âmes désireuses d'aimer Notre-Seigneur un idéal bien capable de les attirer.

Jusqu'au 15 octobre, rien ne changea dans la situation de la malade. Ce jour-là, à 4 h. de l'après-midi, elle ressentit tout à coup de vives douleurs et crut qu'une crise plus violente que les précédentes s'annonçait. Mais après quelques minutes, dit la jeune Sœur, une sorte de secousse intérieure se produisit, et instantanément toute douleur disparut. Croyant à peine à son bonheur, elle le rit connaître discrètement autour d'elle et, le soir même, elle put prendre un repas plus substantiel sans éprouver aucune souffrance. Convaincue de sa guérison radicale, elle désirait se mettre immédiatement au régime commun ; nous ne l'y autorisâmes que peu à peu. Maintenant elle suit, sans aucune exception, la vie de communauté, elle prend sa part de travail et ne ressent aucun retour du mal qui a disparu avec toutes ses conséquences.

Cette guérison instantanée ne nous laisse aucun doute sur la douce et puissante intervention qui nous l'a obtenue.

Après une attente de plus de six semaines, nous regardons comme un devoir sacré de faire connaître cette faveur, selon le très vif désir de l'heureuse novice qui craint déjà de se montrer ingrate envers sa sainte protectrice.

Sr St-V.,

Supérieure générale des religieuses de N.-D. de la Compassion.

 

114. - L. (Hautes-Pyrénées), novembre 1910.

 

Notre fillette, âgée de trois ans, tomba malade après avoir mangé des-mùres où se trouvait probablement quelque insecte venimeux. Elle fut.

 

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prise d'un tel délire qu'elle ne nous reconnaissait plus. Elle avait le ventre enflé et dur comme une pierre; elle reposait très peu et ne pouvait supporter qu'on la touche sans pousser de grands cris, tant la souffrance était atroce. Ses violentes crises la laissaient épuisée et mourante ; à peine pouvait-elle prendre quelques gouttes de lait. Le médecin était très inquiet.

Le 24 octobre, une personne pieuse, touchée de notre douleur, donna à la grand'mère qui soignait notre pauvre petite, une relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et l'engagea à commencer une neuvaine à cette sainte religieuse. De retour à la maison, notre mère profita d'un moment très court où la petite s'était assoupie — car elle criait lorsqu'on s'approchait d'elle, craignant qu'on ne la touche — pour poser la relique sur la partie douloureuse. Un instant après, l'enfant se réveillait en souriant. Emue et pleine de confiance, la grand'mère se mit alors à genoux, reprit dans ses mains la relique et demanda avec ferveur à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus la guérison de sa petite-fille. Immédiatement elle se sentit enveloppée d'un parfum délicieux qui l'embauma pendant plusieurs minutes. A partir de ce moment, sans recourir à aucun remède humain, l'enfant alla de mieux en mieux et le dernier jour de la neuvaine qui était celui de la Toussaint, elle était complètement guérie.

 

Suit la signature des parents.

 

115. - A.. Belgique, 2 décembre 1910.

 

Le soussigné E. T., vicaire de Saint-Augustin à A., atteste que Mlle  Marie V., âgée de 74 ans, portait depuis quatre à cinq ans sur la joue droite une espèce de durillon bien vilain. Ce mal, tout petit dans les commencements de son apparition, se développait peu à peu et prenait dans ces derniers temps des proportions inquiétantes, à tel point qu'on songea à le faire enlever par une opération chirurgicale : mais on craignait un résultat désastreux, surtout pour une personne d'un âge si avancé. En un mot, il s'agissait d'un cancer.

Au mois de novembre dernier, une religieuse du Carmel de M... envoya à l'intéressée une petite relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, avec conseil d'appliquer la relique sur la partie malade et d'invoquer avec confiance la petite sainte. Il fut fait ainsi ; et, dés le premier jour de la neuvaine, après qu'on eut appliqué la relique, le durillon commença à diminuer progressivement. — Il noircit, blanchit, enfin se détacha et disparut.

Les membres de la famille et les connaissances de Mlle V. sont unanimes à exprimer leur grand étonnement au sujet de cette disparition merveilleuse, disparition coïncidant d'une façon surprenante avec l'application de la relique ainsi qu'avec les prières de la neuvaine.

Le soussigné déclare avoir suivi les différentes phases du développement et surtout de la disparition rapide et extraordinaire de ce mal si inquiétant.

 

Abbé E. T., vicaire.

 

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116. - Carmel de Tulle (Corrèze), novembre 1910.

 

Ma Révérende Mère,

 

En même temps que je vous demandais des prières pour la guérison de Mme X., j'écrivis à une personne de notre connaissance pour lui demander de faire la neuvaine avec vous. A peine cette dame recevait-elle ma lettre et l'image de Sr Thérèse qu'elle posa celle-ci sur son front et se trouva complètement guérie, car elle était très malade elle-même.

Il n'est pas étonnant que notre bien-aimée Sœur se soit penchée vers elle ; âgée, malade et accablée de grandes peines, elle était bien digne d'attirer sa compassion.

 

Relation de la personne guérie.

 

Nîmes (Gard), 13 décembre 1910.

 

Souffrante depuis 25 ou 30 ans (j'ai 80 ans), je passais une partie de l'année au lit, ne pouvant prendre d'autre nourriture qu'un peu de lait ou presque rien.

Vers l'époque de la fête de sainte Thérèse, j'endurais des douleurs très vives dans le cerveau, dans les yeux et dans les oreilles ; ma vue était troublée, mes idées semblaient m'abandonner ; je ne pouvais rester debout sans me trouver mal.

Le 15 octobre, j'eus la pensée d'écrire au Carmel de Tulle afin qu'on intercède pour moi auprès de la grande sainte Thérèse.

Le jour même, on m'écrivait de ce Carmel en m'envoyant l'image de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et me disant de la prier.

Je reçus cette lettre le 16 octobre ; je pris l'image bénie et la posai sur mon front en invoquant Sr Thérèse. Immédiatement toute souffrance disparut ; je ne ressentis plus les douleurs qui me venaient du cœur, du foie, des rhumatismes et de l'albumine ; ma vue devint claire, je pus lire, et travailler sans éprouver aucune fatigue. En outre, depuis ce jour, je mange avec appétit, je dors bien, et j'assiste à la Messe tous les matins, à 7 h., ce qui fait l'admiration de tout le monde. On m'appelle la ressuscitée. Je suis toute transformée.

Ma fille et ma petite-fille, qui sont venues passer les fêtes de la Toussaint chez la grand'mère paternelle, n'en pouvaient croire leurs yeux. Elles ont répandu la grâce obtenue. Les malades viennent chez moi prier devant la sainte image qui m'a guérie et la baiser.

Gloire à Dieu et remerciements à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus ! Sa Vie est un festin délicieux pour mon âme; elle me ravit tellement que je suis continuellement absorbée dans sa pensée.

Vve Roumieux.

 

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117. - X. (Nièvre). 10 décembre 1910.

 

Je venais de m'offrir en victime à Notre-Seigneur quand je reçus le livre de la petite Sr Thérèse. Je l'ouvris par hasard le 6 août, jour de la Transfiguration, et aussitôt je me sentis envahi, comme je ne l'avais jamais été, par les ardeurs de l'amour divin. Au même instant où je commençais à lire, je sentis — oh ! mais intensément — la présence à côté de moi de la petite Sr Thérèse. X.

 

118. - 29 décembre 1910.

 

Relation de la Rde Mère Prieure du Carmel de X.

 

En février 1909, Sr  X. fut atteinte d'un gros rhume, accompagné d'une toux fatigante. Le 1er mars, elle eut une hémorragie, suivie de fortes douleurs à la poitrine et au dos, et sa faiblesse devint grande. Les hémorragies se renouvelèrent, presque chaque jour, jusqu'au 1er avril. Ce jour-là, le médecin déclara que les poumons étaient sérieusement atteints.

En avril et en mai, le mal empira, et elle fut condamnée par le docteur qui exigea qu'elle fût séparée du reste de la communauté à cause de la contagion. Je remis alors à la malade une relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et je fis avec les Sœurs deux neuvaines à la chère petite sainte que nous vénérons beaucoup ici et qui nous a obtenu de grandes grâces.

A la fin de la deuxième neuvaine (le 2 juillet 1909), la malade était guérie. Il y a de cela dix-huit mois et elle continue à jouir d'une santé parfaite.

 

Relation du docteur.

 

J'ai soigné la Sr  X. au cours d'une maladie très prolongée qui s'était annoncée par tous les symptômes de l'influenza aiguë et qui, s'étendant aux deux poumons, présenta ensuite les symptômes d'une consomption aiguë. Il y avait expectoration abondante, muco-purulente ; une fièvre hectique d'un caractère très prononcé ; un pouls extrêmement rapide et très faible, des sueurs abondantes la nuit, et un dépérissement tel que la malade fut presque réduite à l'état de squelette.

Les remèdes habituels : inhalations de formol, absorptions de créosote furent employés sans succès et je m'attendais tous les jours à recevoir la nouvelle de sa mort. Alors les religieuses de sa communauté eurent recours à la prière et, à mon grand étonnement, je l'avoue, une amélioration rapide se manifesta, et bientôt eut lieu la guérison complète. Le cas de la malade était cependant désespéré et rien moins qu'un miracle ne pouvait la sauver de la mort.

Docteur X.

 

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119. - Belgique, décembre 1910.

 

Quelques jours après avoir subi ma douloureuse opération, le 9 décembre, Dieu me lit la grâce de comprendre et de sentir que je n'étais pas inutile à la Cause de Sr Thérèse et que ma vie de souffrances, offerte dans ce but, l'aiderait à accomplir sa mission. Depuis cette lumière mon âme est dans un ineffable abandon, dans un état d'acquiescement complet à tout ce que Dieu voudra pour aider l'œuvre de la chère petite sainte.

Celle-ci a voulu me montrer par une vision symbolique, jusqu'où elle pourrait m'entraîner dans cette voie ; elle m'a fait entrevoir le calice de Jésus avec ses amertumes.

Il me semble, ma Mère, que le démon serait intéressé à ce que je ne parle pas de cette faveur, car le jour où je fus engagée à vous en faire la confidence et au moment même où je m'y décidai, je fus torturée pendant un quart d'heure par une puissance infernale qui voulait m'empêcher de parler.

Je dois dire d'abord que, depuis mon opération, je reçois chaque jour Notre-Seigneur dans ma chambre. La religieuse qui me soigne me fait boire après l'action de grâces l'eau des ablutions.

Le lundi 12 décembre 1910, je faisais comme d'ordinaire mon action de grâces les yeux fermés quand une religieuse s'approcha de moi, ayant à la main un petit verre dont le contenu un peu trouble, comme laiteux, me frappa. Je bus une longue gorgée du liquide qui m'était présenté ; aussitôt une amertume affreuse se répandit dans ma bouche ; je pensais au fiel qui abreuva Notre-Seigneur et j'hésitais à achever disant : « O ma Sœur, comme c'est amer ! j'en ai pris assez, je vous assure, et n'en pourrais prendre davantage. » Mais la religieuse, me le présentant de nouveau, me dit : « Buvez, buvez encore, car au fond c'est Jésus! » J'achevai avec effort de boire l'amer breuvage et repris mon action de grâces. Un moment après survint mon infirmière apportant le verre d'eau habituel. Je lui dis avec simplicité : « Pourquoi m'en donner deux aujourd'hui, vous venez de me l'offrir déjà tout à l'heure ?» — «Mais non, répondit-elle en riant, à quoi donc pensez-vous ? »

Alors je commençai à comprendre qui m'avait apporté le premier verre à la mystérieuse amertume !

Dans la même matinée Dieu acheva de m'éclairer. Il permit qu'une personne de mon entourage ayant vu, dans mon état, des symptômes alarmants qui ne m'auraient pas inquiétée à cause de mon inexpérience, eut la maladresse de me dire que je ne guérirais pas et qu'il me faudrait deux opérations successives et des plus graves. A cette épreuve s'en ajoutèrent, en même temps, d'autres plus intimes et non moins crucifiantes.

C'était bien Sr Thérèse qui était venue me présenter le calice de ma passion ! Depuis elle continue de m'abreuver divinement ; chaque jour amène sa goutte d'amertume, goutte délicieuse puisque la chère sainte est là pour m'aider à la boire et à l'offrir à Jésus.

 

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Dans les sacrifices plus grands qui m'attendent encore, c'est Jésus que je vois ; Thérèse me l'a dit, et ce mot d'elle a suffi pour jeter sur ma vie entière cette lumière pénétrante qui réduit tout en joie.

X.

 

120. - Hospice de Cl. (Seine), 30 décembre 1910.

 

Nous avons été témoins de la guérison d'une jeune fille de 17 ans, atteinte d'hydrarthrose du genou droit, en traitement ici depuis quatre mois, sans aucune amélioration, et qui devait, d'après l'avis du docteur, subir une grave opération.

Malade depuis l'enfance, elle a déjà été opérée plusieurs fois et a été longtemps traitée dans les hôpitaux pour des humeurs froides.

Dans l'attente de son admission à l'hôpital Necker (Paris), nous eûmes la pensée de vous écrire pour demander des reliques de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. A leur arrivée, la pauvre malade pleine de confiance commença pieusement une neuvaine avec son infirmière, et nous appliquâmes sur le genou un sachet contenant un morceau du rideau du lit d'infirmerie de la petite sainte.

Dés le premier jour, qui était le 10 décembre 1910, la malade fut prise de vomissements violents, ce qui nous parut étrange, car elle a un très bon estomac et montrait d'habitude un excellent appétit. Les vomissements durèrent ainsi jusqu'au 13. La pauvre enfant souffrait beaucoup aussi d'un violent point de côté. Chaque jour l'infirmière lui lisait, pour l'encourager, quelques guérisons dues à l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Alors sa confiance se ranimait ; elle voulait être toute seule et priait continuellement l'angélique sainte. Elle affirme que dans la nuit du 13 au 14, Sr Thérèse lui dit en songe : « Je te guérirai » (la malade ordinairement ne rêvait jamais).

La journée du 14 fut fort pénible ; les douleurs s'accentuèrent. Pas de changement le 15. Le vendredi 16 décembre 1910, septième jour de la neuvaine, le calme se fit, la malade sentit un grand mieux et, pleine de joie, se mit à chanter. Le samedi matin, au réveil, ne ressentant plus aucune douleur, elle sauta hors de son lit en s'écriant : «Je suis guérie ! »

Nous examinâmes son genou : tout avait disparu. A midi elle mangea sans aucun malaise. Le médecin arriva le lendemain, il regarda le genou, le tâta et s'écria : « C'est renversant ! plus rien ! Elle est guérie ! renvoyez-la chez elle. »

Depuis, la miraculée se porte parfaitement et marche sans aucune fatigue.

 

Sr Th., supérieure.

 

121. - Janvier 1911.

 

A la suite d'une fièvre typhoïde je fus prise, vers la fin de 1908, de vives douleurs au bras gauche qui annonçaient la carie des os. Une large plaie suppurante s'était formée au poignet et un jour, en baignant mon bras, je vis avec frayeur un petit fragment d'os s'en détacher.

 

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Le médecin déclara l'urgence d'une opération : il s'agissait de mettre l'os à nu et de nettoyer la partie atteinte afin d'arrêter — si c'était possible — les progrès du mal.

Un retard forcé me permit d'aller, le 15 avril 1909, me recommander aux prières du Carmel de X. Là on m'engagea à prier Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et on me remit une de ses reliques. Je l'appliquai sur mon mal et elle y resta pendant la neuvaine que je commençai dès le lendemain, 16 avril, en union avec le Carmel.

Au jour fixé pour l'opération, le médecin arrive avec ses instruments de chirurgie, il stérilise la lancette qui doit fouiller mon pauvre bras tandis que je le débande. J'entre dans la salle d'opération, le docteur s'approche, regarde ma plaie : elle est cicatrisée ; il s'écrie : « Mais c'est guéri, il n'y a pas besoin d'opération ! » En effet je ne souffrais plus !

Près de deux ans se sont écoulés depuis et jamais la moindre douleur n'a reparu.

X.

 

122. - N.-D. de la Miséricorde de Lisieux, 2 janvier 1911.

 

Louise Lamy a été atteinte de grosseurs le long de la jambe droite en 1900. Il s'est formé du pus et une plaie. Avec les soins le mal a cédé, mais pour reparaître les années suivantes, et, à deux reprises surtout, a été très difficile à enrayer.

La malade ne pouvait rester couchée sur le côté droit sans être réveillée par les douleurs, et souffrait en marchant.

En 1907, le mal fit de tels progrès que, le 28 janvier, Louise dut entrer à l'infirmerie. Le médecin constata une nécrose à la cuisse droite. Il s'y forma trois trous sur une superficie de 15 à 20 centimètres. Le pus sortait en telle abondance qu'il fallait passer des drains pour l'écoulement, la plaie était pansée plusieurs fois par jour et des paquets de linge étaient employés à chaque fois.

Les plaies et l'état général donnaient des craintes si sérieuses que le docteur commençait à désespérer de la guérison.

La malade ne pouvait supporter le moindre pansement sans souffrir d'atroces douleurs ; elle ne pouvait s'appuyer aucunement sur la jambe, l'appétit avait disparu ainsi que le sommeil et on s'attendait à un dénouement prochain.

Notre chère malade, qui aimait beaucoup Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, eut l'idée de lui faire une neuvaine. Elle la commença avec une grande confiance. Pendant cette neuvaine elle souffrit davantage. On lui conseilla d'en recommencer une seconde, puis, pour les pansements, on se servit d'une goutte d'huile bénite de la Sainte Face, pour laquelle Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus avait tant de dévotion. Vers le milieu de la neuvaine, Jeudi Saint, 28 mars, notre malade, qui avait passé une bonne nuit, sentit en s'éveillant qu'elle pouvait remuer la jambe et dit à la Mère infirmière qui se disposait à faire le pansement matinal : « Vous pouvez aller à la Messe sans me changer, je suis mieux. »

En effet, il restait de petits trous, mais qui ne la faisaient pas souffrir. La suppuration avait cessé. Les plaies mirent deux ou trois jours à se

 

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fermer. La malade s'était levée vers neuf heures. Le docteur venu pour la voir ne pouvait en croire ses yeux. « Je suis guérie, lui dit-elle, je ne souffre plus. »

L'après-midi, elle descendit à la cuisine et remonta les escaliers sans souffrance.

Le jour de Pâques, 31 mars, elle fut à la Messe à la chapelle, et s'agenouilla à la sainte Table, comme ses compagnes. Le docteur ne pouvait revenir d'un tel changement, car il ne voyait pas de remède à ce mal affreux.

L'année suivante, novembre 1908, ce même docteur demande à voir sa malade. Il est frappé de sa mine de santé; puis, après examen sérieux, ne trouvant aucune trace de l'horrible plaie, il se retire persuadé de l'intervention de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Depuis, aucune rechute, la santé est excellente.

 

Sr  X.

Supérieure.

Suit le certificat du médecin.

 

123. - Trouville-s.-Mer (Calvados), 2 janvier 1911.

 

J'avais, depuis l'enfance, une grosseur sous l'aisselle droite, semblable à une bille mobile placée entre cuir et chair. Elle se sentait très nettement à la palper, mais n'était pas visible à l'extérieur. Je n'en sourirais nullement.

Il y a quatre ans, elle augmenta de volume et devint douloureuse. Je consultai alors un médecin de Bernay qui l'appela « ganglion tubéreux » et me conseilla une opération pour plus tard.

Souffrant davantage, je consultai durant l'été 1905 un médecin de Trouville qui me fit subir un traitement continu pendant trois mois et dix-sept jours. Il appela mon mal « kyste néogène » et me l'ouvrit très souvent, c'est-à-dire plusieurs fois chaque semaine. Il en extrayait alors, à l'aide de pinces, de petits cheveux enroulés en forme de limaçon. Après ce traitement je souffris un peu moins, mais je n'étais nullement guéri.

Au printemps 1910, je fus repris plus violemment et incapable de travailler. La douleur se faisait sentir non pas seulement sous le bras qui me semblait comme rongé intérieurement, mais encore dans tout le côté du corps et de la tête, si bien que mon caractère avait complètement changé et que j'étais devenu, par la persistance du mal, d'humeur chagrine et irascible.

Une opération fut donc décidée par le docteur X. et le jour fixé à l'un des derniers samedis de mai, je ne sais plus lequel. — Par une coïncidence providentielle, une personne pieuse engagea ma femme à faire une neuvaine à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus pour ma guérison. C'était la première fois que nous entendions parler de cette Sœur; nous nous empressâmes quand même de suivre le conseil.

Or, chaque jour de la neuvaine, nous constations que le kyste diminuait de grosseur et de dureté, si bien que le samedi, jour de clôture de la neuvaine et jour fixé pour mon entrée à la clinique, où l'opération

 

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devait avoir lieu le surlendemain lundi, la grosseur avait complètement disparu. J'hésitai à me rendre à la consultation ; sur les instances de ma femme, je m'y décidai. Je trouvai le docteur X. en compagnie d'un autre chirurgien qu'il me demanda de faire assister à l'opération, à titre de témoin, car, disait-il, mon cas était intéressant et rare. Je lui répondis en souriant — car j'avais repris ma gaieté d'autrefois — que la présence d'un autre docteur ne me gênait nullement... puis je découvris l'épaule et le bras, et le docteur parut stupéfait quand, après avoir examiné et palpé de toutes façons le siège du mal, il constata qu'il n'y avait plus rien, que j'étais complètement guéri. Il me demanda si j'avais employé des remèdes nouveaux et lesquels ; et sur ma réponse négative, il me renvoya en disant : « C'est étrange ! Enfin, si le mal vous reprend, je suis toujours là : vous viendrez me retrouver. »

Depuis cette époque, fin mai 1910, je n'ai plus jamais senti la moindre trace de cette grosseur, ni éprouvé la moindre douleur à l'endroit jadis malade; et pourtant, je me suis livré aux plus pénibles travaux.

En foi de quoi j'ai signé de plein cœur la présente attestation, attribuant ma guérison uniquement à la puissante intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus dont je n'ai jamais cessé depuis lors de porter les reliques et d'implorer la bienfaisante protection.

X.

 

124. - X., 2 janvier 1911.

 

Parmi les faveurs que l'on nous signale des cinq parties du monde, citons enfin celle-ci :

 

Ma Révérende Mère,

 

Vous vous souvenez de mon pèlerinage à Lisieux, vous vous rappelez dans quel état de découragement je me présentai à vous. Vous m'avez promis alors de prier pour moi, et vous l'avez fait certainement car le même jour, sur la tombe de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, tandis que je sanglotais le front appuyé sur la croix, subitement le calme, la paix, l'abandon succédèrent à une angoisse mortelle; quand je dis paix, je veux parler d'un état de quiétude que je n'ai jamais ressenti, même aux heures divines de mes ordinations, et qui, depuis lors, ne m'a jamais quitté.

En même temps, une lumière subite inonda mon âme et la transforma. Sr Thérèse me faisait comprendre et m'obtenait la force de vouloir suivre la voie du renoncement total et continu. Ce fut un vrai miracle.

A cette même heure, ma mère, restée dans ma paroisse, reçut cette inspiration : « Inutile de te préoccuper, ton fils est guéri. » Elle ouvrit alors au hasard un livre de piété qu'elle tenait à la main, et ce fut le portrait de Thérèse qui s'offrit à ses regards. Elle le couvrit de larmes de joie.

Depuis lors, je suis comme sur un rivage béni, en possession d'une paix inexprimable. Mais tout cela, ma Révérende Mère, n'est que le prélude des faveurs

 

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admirables dont je suis l'objet de la part de notre angélique Sœur. Je sens à tout moment l'assistance de quelqu'un qui féconde et conduit merveilleusement mon ministère et mes labeurs, et me fait demeurer avec Notre-Seigneur dans une ineffable intimité. Mes plus grosses difficultés sont réduites à néant comme par enchantement. Malgré l'opposition humainement insurmontable des méchants, le bien s'accentue tous les jours davantage.

Parfois, au moment de monter en chaire, je change subitement mon sujet d'instruction, une force mystérieuse m'inspire et me dicte des paroles que je trouve étranges; il me serait souvent impossible de me les rappeler ensuite pour les mettre par écrit. Et après, l'on me fait cette réflexion : « Mais ce que vous nous avez dit, c'est divin ! »

Enfin, ma Révérende Mère, je dois vous avouer que non seulement je sens la présence de Sr Thérèse, mais aussi que je l'ai vue — sous les traits de sa photographie, celle qui se trouve au commencement de l’Histoire d'une âme.

La première fois, j'étais dans une grande tentation de découragement; l'angoisse dont elle me délivra sur sa tombe me revenait. Je disais le bréviaire dans mon jardin ; tout à coup, à bout de forces, je m'arrêtai et m'écriai tout haut : « Thérèse ! Thérèse ! »..... Et je la vis apparaître devant moi ; elle souriait et me dit avec une autorité toute céleste : « Confiance ! » et elle disparut, ayant mis fin par ce seul mot à mon tourment intime.

La seconde fois, je revenais de visiter un confrère; chemin faisant, je songeais aux mille obstacles que l'impiété fait surgir contre moi dans mon ministère paroissial, et le découragement me saisit de nouveau avec une telle violence que je fus tenté de rebrousser chemin. Alors, avec la simplicité et l'insistance d'un enfant, j'appelle ma libératrice... Que vois-je ? Comme un ange elle plane dans les airs, étendant son blanc manteau sur ma paroisse, tandis que j'entends ces paroles : « Ce n'est pas vous seulement que je protège, je protège aussi votre peuple. Soyez en paix, je dirigerai tout, je serai votre bouclier. »

Confus des tendresses du Ciel, je me mis à pleurer et rentrai chez moi l'âme inondée de joie et de confiance.

Dans une autre circonstance, l'appelant à mon secours, je la vis se précipiter sur le démon et le terrasser, puis elle me couvrit de son manteau avec une sollicitude de mère. A ce moment, j'avais l'intelligence de la grandeur du prêtre. Oui, cette âme privilégiée est terrible aux démons « comme une armée rangée en bataille ».

Lorsqu'elle est auprès de moi, je perds conscience des personnes et des choses, je ne vois plus les objets qui m'environnent, je ne vois qu'elle, toute baignée de lumière, la physionomie rayonnante de grâce divine, de tendresse et de force. Ces visions très rapides ne durent que le temps de faire naître un sentiment profitable à mon âme et glorieux à Dieu.

Un soir, à l'heure du sommeil, je l'ai vue près de moi et l'ai entendue me dire : « Je prie et je veille pour vous. »

Depuis quelque temps, au commencement du saint Sacrifice, je lui demande de me suivre dans l'oblation divine, et, ô merveille! elle m'apparaît avec une dignité et une majesté célestes. Elle me fait alors comprendre

 

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l'amour infini de Jésus pour l'homme pécheur et je me sens pénétré de tendresse pour les âmes.

Ah! ma Révérende Mère, vous le voyez, Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus s'est chargée de moi. Au ciel seulement on saura tout ce que je lui dois. Elle m'a donné l'attrait de la vie cachée et oubliée, elle me fait vivre dans la pratique constante du renoncement absolu; elle m'a révélé le vrai sens de l'humilité du cœur; maintenant détaché de tout, je comprends que je suis l'instrument indigne entre les mains de Dieu, et j'ose dire que mon amour pour Jésus est devenu un feu qui me consume.

 

Je supplie à genoux mes confrères, qui ne me connaîtront jamais, de mettre toute leur confiance en cette élue de Dieu. Qu'ils me croient : Sr Thérèse aime les prêtres comme elle aimait Jésus sur la terre. Le prêtre, n'est-ce pas Jésus avec son autorité et sa miséricorde ? ON NE

CONNAIT  PAS  ASSEZ  LA   PUISSANCE ET LE ZELE   DE  CETTE  SAINTE  CARMELITE POUR LA SANCTIFICATION DES PRETRES. Elle a daigné me le faire comprendre, non seulement par sa sollicitude à mon égard, mais par une vision spéciale où elle me montrait le Ciel, m'excitant à travailler avec elle à la sanctification de mes frères dans le sacerdoce.

Oui, Sr Thérèse sera le salut des prêtres. C'est la mission qui lui a été confiée par le Seigneur !

La main sur le saint Evangile, je jure que tout ce que j'ai dit dans cette relation est conforme à la vérité.

X., curé

 

Suivent les attestations du directeur et du confesseur de ce prêtre.

 

Les Carmélites de Lisieux demandent aux personnes qui reçoivent des grâces, attribuées à l'intercession de sieur Thérèse de l'Enfant-Jésus, de bien vouloir, sans tarder, les faire connaître à leur monastère.

Elles remercient des relations déjà envoyées, ainsi que des dons offerts en reconnaissance des grâces obtenues, — dons de toute nature, gardés précieusement et discrètement, jusqu au jour où il sera permis de les exposer et de s'en servir : — ex-voto de marbre blanc, objets d'art, dentelles de prix, bijoux d'or, pierreries, etc. ; dons en argent, faits en vue du Procès de Béatification.

 

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Le six Septembre 1910,
au Cimetière de Lisieux

 

Bien des fois durant sa dernière maladie, Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus avait annoncé qu'on ne retrouverait d'elle, selon son désir, que des ossements.

« Vous avez trop aimé le bon Dieu, il fera pour vous des merveilles, nous retrouverons votre corps sans corruption », lui disait une novice peu de temps avant sa mort. — Oh non ! répondit-elle, pas cette merveille-là ! ce serait sortir de ma petite voie d'humilité, il faut que les petites âmes ne puissent rien m'envier. »

L'exhumation des restes de la Servante de Dieu, faite dans le but d'assurer leur conservation et non de les exposer déjà à la vénération des fidèles, eut lieu le 6 septembre 1910.

On avait essayé de tenir la chose secrète, mais elle fut cependant assez connue pour permettre à plusieurs centaines de personnes d'accourir au cimetière.

Mgr Lemonnier, evêque de Bayeux et Lisieux, Mgr de Teil vice-postulateur de la cause, MM. les chanoines Quirié et Dubosq, vicaires généraux, et beaucoup de prêtres parmi lesquels tous les membres du Tribunal chargé d'instruire le Procès de Béatification, étaient présents.

Le travail de l'exhumation offrait de grandes difficultés, le

 

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cercueil se trouvant placé aune profondeur de 3 m. 50, et dans un très mauvais état. Un expert en ces sortes de manœuvres dirigeait celle-ci. Il fit glisser des planches sous le cercueil, pour faire un fond artificiel destiné à soutenir l'autre qui menaçait de s'effondrer; puis on enveloppa le tout de fortes toiles maintenues par de solides courroies. Avec bien du temps et des anxiétés, on parvint ainsi à remonter le cercueil sans accident. Lorsqu'il apparut à ses regards, le Pontife entonna d'une voix émue le chant de David louant le Seigneur qui « tire l'humble de la poussière pour le faire asseoir avec les princes de son peuple. » Et tandis que les prêtres psalmodiaient le Laudate pueri Dominum, on aperçut au travers des planches disjointes, toute verte et fraîche comme au premier jour, la palme que le 4 octobre 1897, on avait placée sur la dépouille virginale de la Servante de Dieu (1). N'était-ce point le symbole de la palme immortelle qu'elle avait remportée par le martyre du cœur ? ce martyre au sujet duquel elle avait écrit : « A tout prix je veux cueillir la palme d'Agnès: si ce n'est par le sang il faut que ce soit par l'AMOUR. » On ouvrit alors le cercueil.

Deux ouvriers, le père et le fils, se tenaient près de là; ils sentirent à ce moment un suave et fort parfum de violettes qu'aucune cause naturelle ne pouvait expliquer et qui les émut profondément (2).

Les vêtements apparurent en ordre ; ils semblaient aussi conservés, mais ce n'était qu'une apparence. Les voiles et la

 

1 Il est vrai que cette palme était stérilisée; mais les semblables, aux feuilles très minces, que l'on avait en 1897 à la sacristie du Carmel, devaient être préservées avec soin de l'humidité et essuyées en temps pluvieux ; sans quoi elles jaunissaient et se remplissaient de points de moisissure; finalement on dut les brûler.

 

2 L'un de ces ouvriers est le menuisier qui a fait les cercueils. En reconnaissance de la faveur qu'ils avaient reçue, ils apportèrent au Carmel, le 30 septembre, pour être déposée dans la cellule de la Servante de Dieu, une très belle couronne de violettes blanches artificielles.

 

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guimpe n'existaient plus, la grosse bure des carmélites avait perdu toute consistance et se déchirait sans effort... Enfin, comme l'humble enfant l'avait souhaité, on ne retrouvait d’elle que des ossements !

Un des médecins présents voulut en offrir une parcelle à Mgr Lemonnier, mais Sa Grandeur s'y opposa et défendit qu'on en emportât la moindre partie. Il accepta seulement la petite croix de buis qui avait été placée dans les mains de la Servante de Dieu.

L'ancien cercueil fut alors déposé dans une bière de plomb disposée dans un cercueil de chêne. Puis on recouvrit le corps de vêtements neufs qui avaient été préparés, et la tête d'un voile que l'on entoura de roses, les dernières cueillies à ces mêmes rosiers du Carmel dont tant de fois l'angélique Thérèse avait jeté les fleurs au pied du Calvaire.

A ce moment, sur l'ordre de Mgr Lemonnier, pour contenter la foule qui stationnait dans le cimetière, silencieuse et recueillie, on écarta les toiles qui dérobaient aux regards le petit enclos des Carmélites et le cercueil fut placé sur des tréteaux devant la porte grillée.

Pendant trois quarts d'heure, on ne cessa de défiler, de prier, de faire toucher des objets de piété. Monseigneur l'évêque de Bayeux avait été le premier à faire toucher aux ossements des morceaux de soie violette apportés par lui à cette intention. On vit des ouvriers approcher leur alliance de mariage; tous ceux qui avaient travaillé à l'exhumation semblaient pénétrés de respect. On estima à plus de cinq cents personnes celles qui vénérèrent les restes, après trois heures d'attente.

            Une impression extraordinaire de surnaturel, une émotion dont ils n'étaient pas maîtres envahissait les assistants. L'âme de Sœur Thérèse planait sans doute auprès de sa dépouille mortelle, heureuse d'offrir à son Créateur l'anéantissement de son être physique... On sentait qu'il se passait quelque

 

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chose de grand, de solennel. Malgré les réalités lugubres et humiliantes du tombeau, les âmes, au lieu d'être déconcertées, troublées, refroidies dans leur foi et leur amour, sentaient croître au contraire la ferveur et la tendresse de leur vénération.

Quand le défilé eut pris fin, un procès-verbal, écrit sur parchemin timbré aux armes de Mgr Lemonnier, fut renfermé dans un tube de métal et déposé dans le cercueil de plomb. Puis on ferma celui-ci, sur la couverture duquel est soudée une plaque avec l'inscription :

 

SŒUR THERESE DE L'ENFANT-JESUS ET DE LA SAINTE FACE.
MARIE-FRANÇOISE-THERESE MARTIN, 1873-1897.

 

Le même texte se lit sur une plaque de cuivre fixée sur le cercueil de chêne. Deux empreintes de chacun des cachets de Mgr Lemonnier et de Mgr de Teil furent apposées sur la soudure aux quatre angles du cercueil de plomb. Il ne restait plus qu'à fixer le couvercle en bois de chêne.

A quelques pas de la première tombe, on en avait creusé une nouvelle, de deux mètres de profondeur, où l'on avait préparé un caveau en briques, aux dimensions du cercueil. Mgr Lemonnier l'avait bénite en arrivant, et c'est là que fut descendue la précieuse dépouille.

Le soir, les planches enlevées au cercueil, quelques fragments des vêtements et la palme, que la dévotion indiscrète des ouvriers avait mise en lambeaux, furent rapportés au Carmel et la Sœur chargée de les ramasser sentit par deux fois un parfum de roses. Des parcelles des vêtements et du cercueil exhalèrent ailleurs un parfum d'encens.

Une autre planche, détachée de la tête du cercueil et qui n'avait pu être retrouvée le jour même, fut également, huit jours

 

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découverte, doutant un peu de son authenticité, supplia Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus de la manifester par un signe sensible. Elle fut exaucée, car plusieurs Sœurs, qui n'avaient point été averties, furent embaumées d'un merveilleux parfum d'encens qui s'exhalait de cette planche et que l'une d'elles sentit à une assez grande distance.

Mais le cœur si tendre de Sœur Thérèse voulait encore consoler ceux qui l'aiment en leur donnant une image saisissante de la plénitude de vie dont elle jouit dans le Ciel.

Une des âmes qu'elle a favorisées en cette circonstance de ses célestes communications, et qui est fort estimée de prêtres pieux et éclairés, a attesté sous la foi du serment la vérité du récit qu'on va lire.

Cette personne souhaitait vivement assister à l'exhumation et avait projeté de s'informer de l'époque où elle aurait lieu, mais elle la croyait fort éloignée encore. Le fait suivant s'est passé dans la nuit même qui suivit l'exhumation, du 6 au 7 septembre.

Dans sa vision, elle aperçut d'abord une grande foule qu'elle prit à la fois pour un cortège triomphal et un enterrement très solennel. « Puis, dit-elle, je vis une jeune vierge resplendissante de lumière. Son vêtement de neige et d'or étincelait de toute part. Je ne distinguais pas ses traits, tant ils étaient imprégnés de lumière. A demi couchée, elle se souleva, paraissant sortir d'un suaire lumineux. Avec une candeur et un sourire d'enfant, elle m'entoura de ses bras et me donna un baiser. A ce céleste contact il me sembla que j'étais dans un océan de pureté et que je buvais à la source des joies éternelles. Je n'ai point de mots pour exprimer l'intensité de vie qui émanait de tout son être. Tout en elle disait sans parole, par un rayonnement inexprimable de tendresse, comment, en Dieu, foyer de l'amour infini, les bienheureux aiment au Ciel... »

 

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Ignorant ce qui se passait à Lisieux, l'heureuse privilégiée se demandait quelle était cette jeune vierge et pourquoi elle lui était apparue couchée et sortant d'un suaire. Trois jours après, lisant dans La Croix le récit de l'exhumation, elle eut aussitôt la certitude que c'était Sœur Thérèse qui était venue l'avertir de l'événement, et elle partit immédiatement pour l'en remercier sur sa tombe.

Mais ce n'était pas assez pour la Servante de Dieu d'avoir donné aux siens cette preuve d'affection, de leur avoir dit comme l'ange à Madeleine : « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celle qui est pleine de vie ? » elle voulut encore leur faire des promesses pour l'avenir.

Le 5 septembre, veille de l'exhumation, elle était apparue à la révérende Mère Prieure d'un Carmel étranger, et lui annonçant que le lendemain on ne retrouverait d'elle que des ossements, « à peine des ossements », elle lui avait fait pressentir les merveilles qu'elle doit opérer dans la suite. La révérende Mère les résume ainsi : « Ces ossements bénis feront des miracles éclatants et seront des armes puissantes contre le démon. »

Quelques semaines plus tard, le résultat de l'exhumation parvenait à la connaissance d'un professeur de l'Université de X., homme d'une grande valeur intellectuelle, d'une éminente piété et, de plus, très favorisé par la Servante de Dieu de grâces de tout genre, depuis plus de dix ans qu'il la connaît. Il s'attrista d'abord de ce que l'angélique vierge avait été soumise à la loi commune, et comme il se laissait aller à ces pensées mélancoliques, il entendit une voix intérieure lui répondre :

« C'était la robe de mes jours de travail que j'ai déposée ; j'attends la robe du dimanche éternel : peu m importe ce qui arrivera à l'autre. »

« Et alors, dit-il, j'eus une lumière qui me consola, je compris

 

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que cette dissolution répandra des atomes de son corps en tous lieux, de façon que non seulement son âme, mais encore quelque chose de son corps pourra être présent et FAIRE DU BIEN SUR LA TERRE.

«Il me semble, en effet, que tout ce qui a réellement appar-enu au corps d'un saint est une relique, et s'il en est ainsi, non seulement ses os, mais encore les molécules invisibles de matière peuvent porter en elles la grâce des reliques. » N'est-ce pas la réponse à ce désir si poétiquement exprimé :

Seigneur, sur tes autels, plus d'une fraîche rose

Aime à briller, Elle se donne à toi... mais je rêve autre chose :

C'EST M'EFFEUILLER...

 

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PRIÈRE
pour obtenir la béatification de la
Servante de Dieu
THÉRÈSE DE L'ENFANT-JÉSUS
et de la SAINTE FACE

 

O Jésus, qui avez voulu vous faire petit enfant, pour confondre notre orgueil, et qui, plus tard, prononciez cet oracle sublime : « Si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez point dans le Royaume des cieux », daignez écouter notre humble prière, en faveur de celle qui a vécu, avec tant de perfection, la vie d'enfance spirituelle et nous en a si bien rappelé la voie.

O petit Enfant de la Crèche ! par les charmes ravissants de votre divine enfance; ô Face adorable de Jésus! par les abaissements de votre Passion, nous vous en supplions, si c'est pour la gloire de Dieu et la sanctification des âmes, faites que bientôt l'auréole des Bienheureux rayonne au front si pur de votre petite épouse THERESE DE L'ENFANT-JESUS ET DE LA SAINTE FACE.

Ainsi soit-il.

Imprimatur :

21 novembre 1907.             + Thomas, év. de Bayeux et Lisieux.

 

O Dieu, qui avez embrasé de votre Esprit d'amour l'âme de votre servante, Thérèse de l'Enfant-Jésus, accordez-nous de vous aimer, nous aussi, et de vous faire beaucoup aimer. Amen.

 

50 jours d'indulgence.

17 juillet 1909.                  + Thomas, év. de Bayeux et Lisieux.

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