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La voix de Catherine de Sienne / 2006/1 - N° 137 ; Mars/ avril 2006
 

Sommaire :
Edito - 3 ; Johannes Joergensen  1956 - 2006 - 4 ; Paroisse Ste-Catherine à Kinshasa (RDC) - 8 ; Prier à l'école de Ste Catherine - 10 ; A l'origine de  Caritas Christi - 12 ; Carte postale de Pologne - 14 ; Ressourcement en été - 15 ; Europe: Une source, six patrons - 16


Association internationale Catherine de Sienne, reconnue par Décret du Cons. Pont, pour les Laïcs, le 15 août 1992 ; www.caterinati.org ; Bulletin du groupe Liège-Bruxelles ; Ed. resp. Chantal van der Plancke, La voix de Catherine de S. rue de Rome 34, Bte 19, B 1060 Bruxelles. Belgique
Tél. Fax 00 32 2 539 07 45 - c.vd.plancke@skynetbe
Abon. Belgique 8€ CPP 000-1300647-71 EtranG. 10 € IBAN BE49 0001 3006 4771 - BIC BPOTBEB1
 


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Témoins de Dieu : Martyrologe universel29 AVRIL CATHERINE DE SIENNE Témoin (1347-1380) (Témoins de Dieu
Martyrologe universel)

Lectures bibliques
Pr 8,1.6-ll;3 Jn2-8; Jn 17,12-26

 

Les Églises font mémoire...
Anglicans : Catherine de Sienne, pédagogue en matière de
foi
Catholiques d'Occident : Catherine de Sienne, vierge et docteur
de l'Église (calendriers romain et ambrosien) Coptes et Éthiopiens (21 barmudah / miyazya) : Hiérothée Athènes (1er s.) disciple de l'apôtre Paul (Église copte) Lutheries : Catherine de Sienne, a prêché la pénitence en Italie Maronites. Catherine de Sienne, religieuse .
Orthodoxes et Gréco-catholiques: Jason et Sosipater (Ier s. apôtres; Les 19 martyrs de Cyzique (IIIe s.) ; Memnon le Thaumaturge (Église melkite)


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Editorial

Le 12 avril 06

Chers amis,
 

En février dernier, l'Assemblée générale des Caterinati s'est réunie à Sienne, en présence de l'Archevêque, Mgr Buoncristiani, du Professeur Nardi, Prieur général (dont le mandat de trois ans a été renouvelé, ainsi que celui de son équipe) et du Père Alfredo Scarciglia, op., assistant ecclésiastique.
Dans un climat de retrouvailles et d'amitiés, les délégués des différents groupes ont témoigné de leurs activités: rencontres, célébrations liturgiques, réunions de prière, groupes d'étude, journées de formation, internet (1) et publications de livres et revues étaient au menu.


< Parmi les nouveautés, le groupe de Trieste (2) a inauguré, avec la communauté chrétienne locale, une église paroissiale dédiée à Ste Catherine de Sienne : construite sur un plan octogonal, le Christ et l'Eucharistie y sont mis au centre de l'édifice et au cœur du rayonnement de la communauté. Aussi sont incorporés dans cet ensemble divers locaux pour le secrétariat paroissial, les activités des jeunes et des mouvements de jeunesse, des espaces de rencontre conviviale et un oratoire. La générosité impliquée dans cette réalisation témoigne du don de soi, fruit de la rencontre avec « Gesù amore » (Catherine).
 

Le groupe de Varazze (3) a fait part du jumelage de sa ville avec Bethléem, en mémoire de l'amour que Catherine avait pour les lieux saints et de la longue présence, à Varazze, des évêques chassés de Terre Sainte (1100 à 1400). En outre Mgr Vallerga, premier Patriarche latin de Jérusalem et fondateur du séminaire de Bethléem, fut aussi originaire de la cité ligure.
 

Des différents groupes, émerge l'intérêt des jeunes pour les six patrons de i'Europe, qui prennent progressivement place dans le paysage de la foi. A Sienne, dans la grande crypte de « basilique catherinienne de St-Dominique » une monumentale série de six vitraux contemporains leur est consacrée. De nombreux groupes de jeunes, en route pour les JMJ de Cologne en août 2005, ont rencontré Catherine sur leur route de pèlerinage, en Italie, et en Belgique au sanctuaire d'Astenet.
En direction des écoles, à Sienne, l'Association des Caterinati et le Service diocésain de l'enseignement ont organisé conjointement un parcours de formation fort suivi par les enseignants sur la vie et l'engagement spirituel de Ste Catherine. Le groupe de Rome lance un concours pour les enseignants sur le thème des racines chrétiennes de l'Europe et le témoignage des six patrons.
Bonne fête à toutes celles qui ont reçu au baptême le nom de Catherine, à toute la famille dominicaine, aux paroisses Ste-Catherine en Europe, en Afrique et au Canada... et à tous les amis de Ste Catherine, particulièrement à Rome, où se célèbre le 140éme anniversaire de la proclamation par Pie IX de Catherine comme patronne secondaire de cette belle capitale.
 

Mais avant tout cela, et à la source de tout, Sainte fête de Pâques !
Chantal van der Plancke
 

1 www.caterinati.org  -  www.santacaterinadasiena.org
2 Trieste, au Nord de l'Italie, sur la côte Adriatique adossée à la Slovénie, scaterina@diocesi.triesie.it www.scaterina.ts.it.  Photo : La Patrona d'Italia e d'Europa.
3 Varazze (Voragine), au Nord de l'Italie sur la côte Ligure, à l'Est de Gênes. Catherine y arriva en octobre 1376, ainsi que ses compagnons, au retour de son expédition à Avignon. Elle délivra la cité de la peste.

 


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Johannes Jorgensen (1866-1956)

1956-2006 Cinquantenaire de la mort d'un grand poète danois, converti au christianisme en 1896,... et caterinato.

http://www.johannesjorgensenselskabet.dk

Joergensen est surtout connu au Danemark pour sa poésie, mais il est plus connu en dehors de son pays par deux Vivres : Saint François d'Assise (1907) et son pendant, Sainte Catherine de Sienne (1915), deux ouvrages admirablement documentés.
Le second fut traduit en français par M.-Th Fourcade et publié à Paris, chez Beauchesne, avec une préface datée de 1918. En 1919, on en était à la 4éme édition et en 1939, à la 21ème.
 

 

 

1. L'itinéraire d'un converti

De l'athéisme au besoin d'infini
Johannes Joergensen est né en 1866 à Svendborg, dans l'île de Fionie. Il appartenait à une famille de loups de mer, luthérienne pratiquante mais sans plus. Etudiant à Copenhague, il partit à la recherche de la vérité et s'engagea sur la voie de la théosophie. Mais son âme de révolté prit le dessus. Il fut fasciné par les nihilistes russes, puis par Georg Brandes qui se targuait de dissiper «les ténèbres du Christianisme ». Il mena une vie de plaisir, se maria, mais le bonheur ne dura pas. Bientôt de nouvelles voix se firent entendre au Danemark. Joergensen lisait Huysmans, Maeterlinck, et d'autres auteurs annonçant des valeurs spirituelles. Le sens du mystère se réveilla en lui. Il rompit avec Georg Brandes et son école, ce qui provoqua sa ruine.

Voyage en Allemagne, en Suisse
C'est au printemps 1894, que deux amis, Mogens Ballin (1) et Verkade, tous deux convertis au catholicisme, découvrirent la grande détresse, matérielle et morale, dans laquelle se débattait notre auteur. Pour l'arracher à son triste sort, ils organisèrent une loterie de tableaux qui devait permettre à Joergensen de prendre la route du Sud, grâce à cette bourse de voyage. Voilà le poète parti pour Berlin, Nuremberg... où il assiste à une messe basse matinale. Verkade lui avait donné rendez-vous au monastère bénédictin de Beuron. Joergensen y eut la révélation du pauvre garçon qu'il était. L'impression fut si forte qu'il choisit la fuite. Il retomba dans ses rêveries panthéistes et sa soif de plaisirs. Cependant il fut poussé à lire les psaumes, les hymnes et les litanies dans un livre que Verkade lui avait passé. Il commença à découvrir le besoin de la grâce et avec la conscience du péché, « l'espérance du pardon et d'une nouvelle vie... ». Quelques jours plus tard, à Lucerne, poussé par un orage, il s'abrita dans une église. Là, « Un prêtre, écrira-t-il, avait pris sur l'autel l'ostensoir d'or, l'avait soulevé et avait béni la foule agenouillée. Et moi aussi je m'étais trouvé à genoux, au milieu de cette
 

1 Juif danois, fortuné, qui menait une vie légère à Paris. Il avait rencontré Verkade chez le peintre Gauguin, puis au tristement célèbre « Bal Bullier ». De tous ces plaisirs frelatés, ils eurent finalement « soupé » !

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foule, comme poussé à cela par une force irrésistible. (...) Depuis cette soirée de Lucerne, le feu du Christ avait brûlé en mon cœur. Mais mon cœur n'avait pas voulu se laisser consumer par ce feu (...) car il craignait de s'abandonner à cette flamme que je savais venir de Dieu, et qui voulait remonter vers Dieu, la flamme de l'amour... ».
 

Arrivée en Italie
A Gênes, il fut hébergé par un de ses compatriotes, Sophus Clausen, avec qui il avait fait ses premières armes dans la littérature danoise. Clausen proclamait sa foi en «la sainteté de la corruption » ! Il rejetait toute morale et toute dimension surnaturelle. Les deux écrivains entrèrent dans d'ardentes discussions, très salutaires pour Joergensen qui, lorsqu'il arriva à Lucques et Pistoie fit une longue retraite, lisant les livres sur la doctrine catholique que lui envoyait Verkade. Un soir qu'il était tourmenté, il ouvrit le Nouveau Testament et y découvrit trois phrases qui le firent passer désormais « par la voie du Christ » pour aller vers Dieu :

« D'abord le mot de Marie-Madeleine au Ressuscité quand elle le reconnaît : 'Rabbôni' (Maître). J'éclatai en sanglots comme elle avait dû le faire.
Puis le mot de l'eunuque éthiopien à Philippe : 'Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu'. Enfin celui de Pierre : 'Nous croyons que nous seront sauvés par la grâce du Seigneur Jésus-Christ'. »

Un incident eut pu mettre fin à cet itinéraire. Joergensen découvrit que sa bourse était presque épuisée et qu'il était temps de reprendre la route du Nord ! Redoutant que l'auteur retourne à la libre-pensée danoise, Ballin l'invita à demeurer chez lui, à Assise, autant qu'il le voudrait.
 

Trois mois à Assise
Ballin et un franciscain mirent Joergensen à l'école de saint François : « Pendant ce temps, il se livra en moi un combat incessant comme ceux qui se livrent entre deux fronts» (2). Son orgueil se rebellait « Ce qui m'empêche de devenir catholique, c'est l'amour de ma propre personne, de mon passé, de mes convictions d'autrefois... C'est le mirage de l'égoïsme ». Cet égoïsme pouvait-il longtemps résister à la fréquentation du Poverello ?
Le 16 février 1896, Joergensen fut reçu dans l'Eglise catholique après avoir fait la veille, une confession générale. Sentiment de joie et de plénitude : « Ce fut ma première expérience de la vérité de cette promesse évangélique : donnez et vous recevrez » (3). Depuis sa conversion, l'écrivain ne vécut plus qu'avec les saints et celui qui avait jadis conquis une des premières places dans la jeune littérature danoise imposa désormais son nom à la littérature mondiale du XXème siècle. Il fut notamment rendu célèbre dans la littérature française par sa trilogie- Saint François d'Assise, les Pèlerinages franciscains et le Livre de la route - à laquelle il ajouta la Montée de l'Alverne et Sainte Catherine de Sienne.


L'exemple d'une vie
Joergensen voyagea beaucoup en France, faisant des conférences sur les sujets de ses livres. Alessandre Masseron entretint des relations avec Joergensen durant près de 25 ans. Il raconte dans une brochure (4) (où j'ai trouvé les sources de ce parcours biographique) cet détail significatif. Après que l'auteur eût donné deux conférences et fait 24h de train, dont 12 la nuit, Masseron vint l'accueillir à la gare à 8h du matin. Arrivé chez lui, il lui dit en riant :«ll y a deux opérations nécessaires, la toilette et le petit déjeuner. Par laquelle commencez-vous ? » Il lui répondit à la grande stupeur de son ami : « J'ai fait une toilette sommaire dans le train, je voudrais d'abord communier. Pensez-vous qu'à cette heure-ci, ce soit, durant la semaine, encore possible ? » Masseron le conduisit à l'Eglise paroissiale où il trouva un vicaire qui n'en fut pas moins édifié. Et de conclure : « A l'imitation de saint François, dont il a


2 'Chronique Ombrienne' de son Livre de la route, traduit en plusieurs langues.

3 Le pèlerinage de ma vie.

4 A. Masseron, Johannes Joergensen, coll. « Convertis du XXe siècle », Bruxelles, Foyer Notre-Dame, 1954.
 

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dit que 'son principal objet était toujours d'instruire les hommes par son exemple plus que par ses paroles', ce n'est pas seulement par la plume que le grand écrivain danois a voulu devenir un apôtre, c'est encore par l'exemple de sa vie. »
Joergensen espérait être dans la cité du Poverello lorsqu'il quitterait cette terre, mais c'est à l'hôpital danois de Stevenberg, qu'il mourut, le 29 mai 1956, âgé de 90 ans. Assise garde de lui un fier souvenir, comme en témoigne cette plaque commémorative (5).
 

2. Un zélé caterinato

Catherine, la déroutante
En la fête de saint Thomas d'Aquin 1918, Joergensen écrit dans la préface de l'édition française de son livre Sainte Catherine de Sienne, combien il ne lui fut pas facile, après avoir tant fréquenté le troubadour d'Assise, d'aborder la siennoise : il la jugeait autoritaire et donc rébarbative (sans doute est-ce aussi arrivé à quelques uns d'entre nous...). Puis vint le déclic !
« Mes rapports avec Catherine commencèrent donc, à vrai dire, dans des conditions un peu fâcheuses ; à certaines heures, j'avais presque peur d'elle. Mais à mesure quej 'appris à la connaître plus intimement, il m'advint ce qui était advenu à tant d'autres pendant sa vie terrestre : je fus subjuguée par elle et il me fallut me rendre. Comme ce Franciscain qui, tout d'abord, l'avait si violemment critiquée, je devins aussi un zélé caterinato, et comme la femme de la fresque d'Andréa Vanni, dans la Cappella delle Volte m'agenouillai moi aussi, et mes lèvres effleurèrent humblement les mains pâles qui sans aucun stigmate extérieur, étaient transpercées par la douleur des plaies du Christ.
 

5 Photo ©: Iben Holk. site danois : http://www.e-poke.dk/joergensen.asp
 

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 Le présent livre a un avantage sur celui que j 'écrivis sur François d'Assise : il est né dans la ville de la Sainte. Il est écrit à Sienne, à deux cent pas de la maison paternelle de Catherine, au son des cloches carillonnant dans son cher San Domenico. Quand je quittais du regard les lignes noires sur la page blanche, je voyais au loin, par delà les champs d'oliviers, Belcaro,  le couvent qu 'elle fit bâtir sur une hauteur, au milieu des bois de pins, sous la ligne bleue de la Montagnola. Et bien des chapitres, bien des phrases formées en marchande long des chemins jadis parcourus par Catherine, ou en écoutant, comme l'a dit un jeune poète siennois, 'l'aqua che scorre e parla in Fontebranda' ».
Parmi toutes les personnes qu'il remercie dans sa préface, on est étonné de trouver en tête de liste bon nombres de Belges (1).
 

Un livre écrit en pleine guerre
« Par ces mots, je termine ce livre qui m'a si longuement absorbé. La paix l'a vu commencer, je l'achève durant la guerre la plus sanglante que le monde ait jamais vue, au milieu d'un fracas d'armes où ne se fait plus entendre la voix d'aucune sainte, et où aucune Catherine de Sienne ne s'élance entre les combattants, proclamant la paix au nom du Crucifié : pace, pace ! Le premier des trois cavaliers de l'Apocalypse - celui qui est monté sur le cheval roux - passe impitoyablement sur l Europe, et derrière lui, dans les empreintes des pieds du cheval, il n'y a que du sang, des cadavres, des ruines. Et là-bas, à l'horizon, nous entendons déjà piétiner impatiemment les deux autres coursiers, le cheval noir qui porte la famine et le cheval pâle qui porte la peste. »
 

Nostalgie de la période d'écriture de ce livre
« Sainte Catherine a connu elle aussi cette tristesse du départ, cette mélancolie tendre de l'adieu, cette piccola dolce tenerezza, comme elle l'appelle. Ce n 'est que trop bien qu 'elle sait comment tout passe, come il vento. Elle en a souffert ainsi que nous autres, pauvres mortels, en souffrons et en souffrirons. Mais son âme forte ne s'attarde pas dans les larmes, elle qui sait si bien distinguer les bonnes larmes d'avec les nuisibles et qui les a étudiée dans tout un traité de son livre ».
 

Les larmes qui font renaître
« Tout passe, oui, mais non pas tout. Il y a des larmes sans espérance : elles donnent la mort. Et il y des larmes derrière lesquelles rayonne un soleil immortel : elles donnent la vie. Caffarini nous dit qu 'à Sienne vivait une femme qui, après la mort de la sainte, lui raconta que jamais elle n 'avait pu regarder Catherine sans pleurer de tendresse et de dévotion. Et voilà les bonnes larmes qui font renaître. A nous d'imiter cette pauvre femme dont nous ne savons pas même le nom, mais qui eut le privilège immense de contempler la Sainte, pendant sa vie terrestre. Regardons hélas ! de bien loin, Catherine. Et pleurons les larmes qui font devenir des saints ! »
 

6 « Tout d'abord mon dévoué ami Monseigneur Simon Deploigne, Président de l'Institut supérieur de philosophie de l'Université, actuellement détruite, de Louvain », le professeur Armand Thierry, de la même Université ; Mme Bagniolle, de Bruxelles , Melle M.E. Belpaire, d'Anvers, « maintenant à La Panne » . la Comtesse d'Ursel de Boissieu et M.Gabriel Thomas, résidant tous deux à Paris.
 

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Ste Catherine de Sienne de Kinshasa / Ngaliema

PAROISSE SAINTE CATHERINE DE SIENNE
XI ANNIVERSAIRE
Kinshasa/Ngaliema 1993 - 2004


Merci pour la joie partagée !
Depuis des années, nous sommes en relation avec la toute jeune paroisse Ste-Catherine de Kinshasa, via ce bulletin, le courrier et la prière. Quelle belle surprise de recevoir le livret qu'elle vient de publier sur la naissance et la croissance de sa communauté. Ces 43 pages illustrées font mémoire des grands traits historiques de la paroisse, sur base de ses archives, d'enquêtes et d'interviews, pour le XIe anniversaire (1993-2004) de sa fondation, ainsi qu'une présentation de Ste Catherine. Elles sont le fruit de la « Commission des intellectuels et cadres dirigeants catholiques », des 'bakambi' (1) et de l'équipe pastorale. L'abbé Sébastien Yebo, prêtre animateur de la communauté, signe la première page en ces termes :
« Nous dédions cette brochure à notre Sainte Patronne Catherine de Sienne, à toutes les paroisses répondant ou baptisées à son nom, et à tous les chrétien(ne)s de la Paroisse Sainte-Catherine de Sienne de Kinshasa. »
Le 'mokambi' de la Paroisse, David Muyaya, signe ainsi la conclusion :
« Onze ans d'existence constituent le début d'adolescence pour une jeune fille en la personne de
Sainte Catherine de Sienne. Ceci symbolise le commencement d'un élan nouveau pour notre paroisse :
- une vraie famille de Dieu ;
- une communauté chrétienne où règnent la paix, l'unité, le partage et la fraternité ;
- une communauté soucieuse de vivre pleinement l'Evangile du Christ à l'exemple édifiant de sainte Catherine de Sienne, c'est-à-dire dans l'Amour de Dieu et la charité fraternelle. »
 

Dans le Quartier de Manenga
La paroisse est érigée sur un terrain de 80 m2, à Binza-Ozone (12, av. Vanga), dans la commune de Ngaliema à Kinshasa. (2) Elle fait partie des 13 paroisses du Doyenné du St-Sacrement et compte en son sein 13 « Communautés ecclésiales vivantes de base » (CEVB), divers services pastoraux - formation permanente des laïcs, CEVB, mariage et famille, cadres dirigeants et intellectuels, catéchèse, vocations, Renouveau dans l'esprit, liturgie (chorale, acolytat...), médias, jeunes, développement, Caritas, gestion et finances, œcuménisme, Justice et Paix - ainsi que des mouvements d'Action Catholique (Légion de Marie, Mamans catholiques, Mamans veuves). Elle est appelée à desservir environ « 10.000 âmes » et est entourée d'autres communautés (Kibanguiste, Presbytérienne, 'Réveil'...)
La paroisse dispose d'une salle polyvalente d'environ 500 places en attendant la construction d'une église sur un terrain encore à acquérir ; s'y ajoutent la résidence du mokambi, et des bâtiments provisoires (école primaire, bureau paroissial...) Une salle paroissiale de 300 places est en cours de construction. Outre les travaux techniques (anti-érosion, électrification, constructions et acquisitions de matériaux) la paroisse s'investit dans un service « socio-spirituel » soutenu notamment auprès des familles, des jeunes et des plus démunis. La communauté rêve de pouvoir aussi offrir à la population un centre de santé et une maternité, une école secondaire, un centre de formation en informatique... Elle lance un appel à toutes les personnes et associations, sur le plan national et international, pour que cette jeune communauté puisse être soutenue financièrement dans la réalisation de ses services.
 

1 Mokambi (plur. : bakambi) : responsable laïc chargé par l'évêque de l'administration de la paroisse.
2 Les 4 parcelles furent achetées entre 1983 et 1988. La communauté fut une succursale de la Paroisse St-Christophe (desservie par les PP. Gaston Franssen CICM et Daniel Delanote) jusqu'à l'installation du 1er mokambi en mai 1993. Elle fut érigée en paroisse autonome par le Cardinal Etsou en avril 1993.

 

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Prier à l'école de Sainte Catherine de Sienne laïque dominicaine


Une période tourmentée

C'est dans le contexte bouleversé du XIVe siècle européen (peste noire décimant la population avec ses répercussions sur les mentalités et l'économie; guerre froide et conflits incessants à Sienne; grand schisme de la papauté; expansion de l'islam ; intellectualisation excessive de la théologie (postthomisme)...) que vécut Catherine de Sienne (env. 1347 - 1380).
Sa vie mystique a pour beaucoup d'entre nous, qui n'avons d'autre cloître que la ville, l'intérêt d'avoir été orientée par l'appel pressant du Seigneur Lui-même vers une vie missionnaire. Elle développa par ses prises de parole un tel ministère de conversion que le pape Grégoire XI lui accorda par lettre en 1376 d'être accompagnée de trois confesseurs. Analphabète, elle dicta quantité de lettres, dont 373 nous sont parvenues. La répartition de leurs destinataires est éclairante: 22 adressées au pape, 16 à des évêques, 143 à des prêtres, religieux et religieuses, 42 à des gouvernants, 4 à des chefs militaires, 9 à des familles et 137 à des particuliers. Ainsi, Catherine s'impliqua pleinement dans les enjeux du monde de son temps, éveillant les consciences sans relâche.
 

De sa vie de prière, évoquons quatre traits suggestifs

1. Prier dans la ville: la cellule intérieure
Lorsque Catherine annonça à ses parents son désir de consacrer sa vie au Christ, ils la privèrent de l'usage de sa chambre personnelle, pensant la détourner ainsi de ses attraits. Voici ce qu'écrit son confesseur et biographe :
"Rien de tout cela ne l'ébranla. Elle se fit dans son cœur, sous l'inspiration de l'Esprit Saint, une cellule bien secrète... Celui qui est la Vérité même nous l'atteste: "Le royaume de Dieu est au dedans de nous. (Le 12,21)", et l'enseignement du Prophète nous apprend que toute la gloire de la fille du Roi éternel, lui vient de l'intérieur (Ps 94,14). Au dedans de nous se trouvent [...] notre intelligence avec ses lumières, notre volonté avec sa liberté, et notre mémoire avec la ténacité de son souvenir. Au dedans de nous se répand l'onction de l'Esprit Saint, qui, perfectionnant toutes ces facultés, surmonte et abat tous les obstacles extérieurs. Au dedans de nous, si nous sommes des passionnés du bien, habite l'Hôte divin qui a dit: "Ayez confiance, j'ai vaincu le monde." (Jn 16,33)...
Je me rappelle qu'aux jours où j'étais surchargé d'occupations extérieures, ou bien quand je devais voyager, (Catherine) me répétait souvent cet avertissement: "Faites-vous dans l'âme une cellule intérieure
"" (1)
Alors que le mot cellule désigne en premier la chambre du moine, Catherine nous enseigne ainsi en nos vies trépidantes à nous façonner intérieurement ce lieu réservé. Cette cellule est un puits, dit Dieu à Catherine. Entrons donc dans la profondeur de ce puits, écrit-elle à un frère dominicain ; en y habitant nous nous connaîtrons nécessairement nous-mêmes, et nous connaîtrons la bonté de Dieu (Cfr Lettre 151 ) (2).
En cette profondeur de son être, Catherine se voit dans le regard créateur et miséricordieux de Dieu : Je me vois en toi, Beauté au dessus de toute beauté. Dans notre culture occidentale où tant d'énergies se perdent en quêtes narcissiques, Catherine invite à pénétrer en la cellule qu'est la connaissance de soi-même en Dieu (L. 70) (3).
Alors qu'un prêtre se préparait à lui donner la communion, disant la prière "Je ne suis pas digne que vous entriez en moi ", Catherine "entendit une voix qui répondait: "Et moi, je suis digne d'entrer en toi". Quand elle eut reçu le Sacrement, il lui sembla que son âme entrait en Dieu et Dieu en elle, comme le poisson entre dans l'eau et l'eau dans le poisson" (4).
 

2. Miséricorde
La connaissance de soi implique la connaissance de ses fautes. Catherine exhorte à ne pas y penser sans se souvenir de la Miséricorde de Dieu, afin de pouvoir aller de l'avant avec humilité, sans tomber dans le désespoir (Le dialogue ch. 66) (5). Cette Miséricorde, Catherine supplie son Dieu de la déverser sur l'Eglise - dont elle percevait le mystère dans toute sa profondeur - et sur le monde. C'est dans cette supplication qu'elle se tint aux côtés de ceux vers qui elle fut envoyée, qu'il s'agisse du pape en exil à Avignon ou du prisonnier qu'elle
 

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accompagna jusqu'à l'échafaud et vit accueilli dans le côté du Christ.
Cette miséricorde est comme lame du feu prophétique qui la fit parler et exhorter à la prise de parole : "... ne gardez plus le silence, criez comme si vous aviez mille voix. C'est le silence qui perd le monde; l'Épouse du Christ (l'Église) est toute pâle..." (L. 84).
 

3. Prière et vérité
Que clamait Catherine? "Puisque la vérité ne peut être connue qu'à partir de la Vérité-même, Catherine interrogeait la Vérité". (6) Un cœur humble au désir ardent, qui avec persévérance se laisse éclairer et façonner par la grâce, s'ouvre à la connaissance de la vérité. C'est ce qu'exprime la structure du Dialogue, qui en son centre enchaîne les chapitres sur le don des larmes - don de la grâce qui dans son feu fait fondre l'écorce de l'âme - et celui sur la doctrine de la Vérité.

Le fondement de cette Vérité est exprimé par la doctrine du Pont. Il s'agit du Christ Médiateur qui nous mène à la Source de la Vie divine qu'est le Père. C'est parce que "...la racine de l'amour propre n'est pas arrachée de leur âme" que certains échouent dans leur traversée (D. 49). La prière fut pour Catherine le lieu de l'expérience d'un décentrement radical par rapport à elle-même. Sous le vocable du Sang du Christ, presque toujours associé aux mots Charité ou Miséricorde, Catherine expose sa mystique de l'attachement au Cœur du Christ, lieu de communication directe avec Lui.
 

4. L'action, fruit de la vie intérieure, est prière
Selon l'optique thomiste qui forma Catherine par les homélies des frères dominicains, l'intelligence éclairée par la foi est l'œil de l'âme (7) qui la mène à aimer. Ainsi, l'inhabitation de Dieu en son cœur mena Catherine à un don d'elle-même sans retenue, dans lequel la foi triompha de toute adversité. Pour Catherine, il est une façon d'agir qui est un mode de prière: "... tout ce que produit la charité pour le prochain, ou pour soi-même, toutes ces œuvres extérieures quelles qu'elles soient, si elles sont accomplies avec une volonté sainte, sont une prière. Comme l'a dit Paul mon glorieux apôtre : On ne cesse jamais de prier, quand on ne cesse pas de bien faire"" ( D. 66).
Catherine fut proclamée Docteur de l'Eglise en 1970 par Paul VI en raison de "la science infuse, c'est-à-dire l'assimilation brillante, profonde et enivrante de la vérité divine et des mystères de la foi", mais aussi pour sa prière en actes, la façon dont elle fut "affamée de justice et envahie jusqu'aux entrailles de miséricorde dans sa recherche déporter la paix au sein des familles et dans les villes déchirées par des rivalités". (8) ____________
 

Bénédicte Nolet chargée de cours a l'H I
 

1 Raymond de Capoue, o.p., Ste Catherine de Sienne, Trad. P Hugueny, Paris, Téqui, 2000, ch. 4.
2  Catherine de Sienne, Les Lettres, Paris Téqui (Coll. livre d'or). 19131, 1977.
3 Trad. de J.-M. Perrin, o.p in Catherine de Sienne, contemplative dans l'action, Paris, Téqui, 1999.
4 Raymond de Capoue, op. cit., ch.6.
5 Catherine de Sienne, Le dialogue, Paris: Téqui, 19131, 1976, ch 36 (66).
6 Eric de Clermont-Tonnerre, o.p., conférence au couvent dominicain St-Jacques, Paris, 1993.
7 "L'intelligence est l'œil de l'âme, et la pupille de cet oeil, c'est la foi"(D.45)
8 Homélie de Paul VI pour la proclamation de Sainte Catherine de Sienne comme Docteur de l'Eglise (Trad. de l'Oss Rom.)
9 Pour aller plus loin: C. van der Plancke et A. Knockaert, Prier 15 jours avec Sainte Catherine de Sienne. Paris. Nouvelle Cité 19971, 20053.

 



Sous l'égide de Catherine de Sienne

La voix de Catherine de Sienne (n° 136) nous a fait découvrir « un apôtre de la sainteté des laïques », le Père Perrin, dominicain. Nous voudrions enrichir et approfondir ce témoignage, en révélant comment providentiellement, selon le désir de Dieu, Catherine de Sienne a été l'inspiratrice de cette vocation et comment aujourd'hui ceux qui vivent de cette spiritualité, continuent à puiser à la source et en suivre le chemin.
 

Catherine, inspiratrice de la vocation de Caritas Christi
 

  • Le désir du Père Vayssières

« En tant que provincial, le Père Vayssières demeurait discret sur le projet qui l'habitait et qu'il portait en lui comme un désir de Dieu : faire revivre Catherine de Sienne pour répondre aux besoins de l'Eglise en notre temps. Il en parlait cependant assez pour que nous le sachions. Or, ce désir était entré en lui le 27 novembre 1971 à la suite d'un dialogue avec le provincial d'alors, qui lui demandait de penser à un renouveau catherinien pour nos fraternités tertiaires. Le Père Vayssières avait alors pris conscience de l'urgence de susciter des laïques qui ne se contentent pas d'être chrétiennes pour elles-mêmes, mais aillent jusqu'au bout de leur responsabilité apostolique. »
 

  • La rencontre Juliette et du Père Perrin

 En mars 1936, le Père Perrin avait prêché une retraite à laquelle participait Juliette. Selon son habitude il avait commencé ses prédications sur le thème « Dieu nous aime » : toute la retraite devait être une prise de conscience de cet amour pour se donner à Lui et se mettre à son service, au service de l'Evangile. Juliette dit avoir senti une harmonie totale entre la prédication et son expérience spirituelle. Elle raconte elle-même dans ses écrits la fin de sa confession : « Je vous demandai si vous ne pensiez pas qu'un cloître serait plus favorable à une vie intense du dedans. Vous m'avez ensoleillé le cœur par un non catégorique, en ajoutant il y en a d'autres qui marchent dans cette voie. Priez, priez bien. Lisez la vie de sainte Catherine de Sienne. A part la vie de sainte Thérèse par elle-même je n'avais lu l'amour divin que dans le cœur de mon Christ ».
 

  • Le désir de l'enfant Jésus

« Le matin de Noël... je pensais à l'enfant Jésus, à la joie de la Vierge Marie... le regard de mon âme avait en lui, sous forme d'image, l'enfant Jésus et la Vierge Marie... Et c'est ainsi que je reçus le désir divin sous la forme d'un colloque dans lequel Jésus parlait à mon esprit et auquel je répondais sans paroles. Dieu demandait la Fondation de cet Ordre.
Il insistait : 'Oui... Vous le ferez. Il le faut'. Il renouvelait le désir qu'il m'avait fait si souvent entendre : ' Il me faut des saints dans le monde'.
Je demandais avec quelles âmes il fallait faire cela...
- 'Avec des âmes du Tiers-Ordre et toutes celles que cet idéal attirera'.
- Comment ? Sous quel patronage ?...
- 'Sous l'égide de Sainte Catherine de Sienne, ma Mère, en demeurant la Protectrice et la Reine'.
- Des constitutions nouvelles ? Qui les écrira ? - ' Vous deux '.
En réponse à mes appréhensions intimes :
- ' N'aie pas peur. N'ayez pas peur, puisque je suis avec vous. '
Cela se passa très simplement dans la paix et tranquillité totales »

 


Juliette Molland
 

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La fondation
Juliette rencontre le Père Vayssières : « Je lui parlais de ce que Dieu nous demandait, de sainte Catherine qui m'attirait et qui, un soir, avait semblé m'appeler en me disant: Viens...'. Il écoutait avec attention, la tète un peu penchée... Des larmes coulèrent lentement de ses paupières : 'C'est bien ma petite enfant. Laissez faire le Bon Dieu. La volonté de Dieu, rien d'autre. Cela me paraît clair. Ayez confiance au Père. Marchez '».
 

Après la lecture du cahier contenant le projet du Père Vayssières, Juliette a rédigé « L'esprit des petites sœurs de sainte Catherine ». Avec le Père Perrin, ils écrivirent les premières constitutions pour « l'Union des petites sœurs de Sainte Catherine de Sienne, missionnaires du Sacré-Cœur et de Notre Dame du Rosaire ».

Le 4 août 1937, les dix premières s'offrent au cœur de Jésus et le 16 juin, font leur première donation.

Aujourd'hui la famille Caritas Christi
A la Pentecôte 1944, pour garder un caractère laïque et plus universel, l'Union des petites sœurs de Catherine est devenue Caritas Christi.

L'Institut Séculier féminin implanté sur les cinq continents, les prêtres, les associés et les fraternités, les membres de l'Institut Séculier masculin en formation, par des pensées de Juliette, des lettres et livres du Père Perrin, des bulletins de formation, la prière pour l'Eglise, approfondissent la spiritualité de Catherine de Sienne.


Comme elle, ils désirent mener une vie contemplative, dans la cellule intérieure sous le regard du Père qui voit dans le secret par l'oraison de la vie. Ils suivent l'audace, le feu de Catherine dans une vie apostolique très simple, engagée en tous domaines. Ils implorent la miséricorde de Dieu sur le monde et se donnent en Eglise pour l'Eglise, dans et par leur condition laïque.
 

Sainte Catherine demandait : « Que puis-je faire ô Amour ineffable ? » « Et sa bonté, dit-elle, me répondait offre de nouveau ta vie, ne te donne jamais de repos ; c'est pour cela que je t'ai choisie, toi et tous ceux qui te suivent et te suivront Appliquez-vous donc à ne jamais ralentir, mais à augmenter toujours vos désirs. Car moi je m'applique toujours avec amour à vous assister de mes grâces spirituelles et temporelles afin que vos âmes ne soient pas occupées d'autre chose, vous, consumez-vous pour servir l'Eglise. »
 

Marie-Claire de Sedouy
 

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Europe : la force des symboles

Manneken-Pis, citoyen européen
Dans bien des médias, « Bruxelles » n'est plus que le symbole d'institutions
dirigistes et de cages de verre qui toisent les citoyens européens. Mais pour
ceux qui ne connaissent que les statues ennuyeuses et les embouteillages
pour causes de travaux, il est vivement recommandé d'aller boire à notre
humble fontaine !
Rien de comparable avec les fontaines du Bernin à Rome ou à celles de
Versailles.
Manneke - littéralement : petit homme - symbolise, par son attitude désinvolte et sa taille, l'indépendance d'esprit des Bruxellois vis-à-vis des autorités. Depuis 1698, tous les grands de ce monde lui ont offert des habits évoquant leur fonction ou leur pays d'origine, lui donnant ainsi un peu de leur identité. Louis XV l'a même anobli pour se faire pardonner les débordements des armées françaises. Les guerres sont passées sur ce petit, comme sur les petits de toute l'Europe. En 1999, la Finlande, à l'occasion de sa présidence européenne, lui a offert un costume. Et les nouveaux pays membres ou candidats à l'Europe ne manquent pas de penser à lui. La garde-robe (plus de 750 tenues) de notre concitoyen n'en finit pas de s'enrichir ni d'afficher diversité et fraternité.
 

Un autre petit homme, qui était une femme
Catherine de Sienne aimait beaucoup les fontaines ; d'abord parce qu'elles évoquent l'eau et la soif : « Fais toi capacité, je me ferai torrent », lui dit le Christ comme si aucune fontaine ne pouvait canaliser le flot de sa grâce. Mais lorsqu'il y a rivalités entre ordres religieux, communautés nouvelles et charismes dans l'Eglise, la 'Petite Sirène' méditerranéenne recourt volontiers à l'image des fontaines dont le charme est qu'elles sont si diverses. C'est la même eau qui s'écoule, mais elle est projetée par des formes variées pour le plaisir des citadins et des voyageurs assoiffés.
Catherine n'est-elle pas depuis 1999, citoyenne européenne ou plutôt « patronne de l'Europe », avec Benoît, Cyrille et Méthode, Brigitte et Edith ?
Certes sa garde-robe ne vaut pas le détour : manteau noir et « voilure » un rien douteuse par les temps qui courent. C'est que la Mantellata, n'a que deux habits. Comme nous tous : le 'vêtement fétide' de notre amour-propre qu'il nous faut nous empresser de jeter, pour 'nous revêtir du Christ'. Rien que cela me laisse pantoise. St Paul est passé par là. Mais la prière de Catherine continue : « Ta vérité (Père), montre, que de même que l'homme peut mettre son vêtement à l'envers, de même l'âme doit se dévêtir de sa propre volonté, si elle veut se vêtir parfaitement de la tienne».
La prière de celui qui réconcilie l'humanité avec le Père, « Que tous soient un », n'est-elle pas son Testament ? Comment ne pas faire nôtre la visée de l'Europe : « Unis dans la diversité » ?
 

Une Source, six fontaines
Les idées ont leur force, mais sans chair, elles s'évaporent Sans source, elles tarissent.
Rien de tel que des vies qui les ont incarnées et qui, telles des fontaines, continuent à en être les « passeurs ». Les six patrons de l'Europe ne sont-ils pas ces fontaines vives qui, aujourd'hui encore, nous apportent l'eau de la Source pour irriguer l'Europe et cimenter son unité ?
N'est-ce pas ce qu'ils peuvent et veulent nous transmettre ?


C. van der Plancke
La voix de Catherine de S. 2006 /1 16

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